Fethi Benslama

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Fethi Benslama

Message non lupar yacoub » dim. 8 mai 2016 14:34

https://www.facebook.com/notes/christin ... 0988682383 Image Le surmusulman et la mort (Fethi Benslama dans L’Obs)
Christine Nesser·vendredi 6 mai 2016
De même que depuis Freud on parle du « surmoi » de l’homme, vous parlez du « surmusulman » pour rendre compte de la tendance chez certains musulmans à une forme de surenchère religieuse, mais qui travaille au fond l’ensemble du monde islamique. Comment en êtes-vous venu à élaborer cette notion ?
Le spectre du surmusulman a commencé à m’effleurer durant mes quinze années d’activité clinique en Seine-Saint-Denis. J’ai alors vu en consultation des musulmans, qui vivaient jusque là d’une manière tranquille et traditionnelle leur rapport à l’islam, plonger dans d’infinis tourments, se mettant à croire qu’ils étaient « insuffisamment musulmans », et plus que ça, à se sentir dans une situation de défection par rapport à leur religion. Ils étaient agités par un profond sentiment de culpabilité et le désir de retrouver une dignité perdue, et se mettaient en devoir d’être « plus musulmans » qu’ils ne l’étaient, en endossant les stigmates et la revendication d’une justice identitaire. On parlait d’« intégrisme » à l’époque. Lorsqu’ensuite j’ai étudié de plus près le discours de l’islamisme et sa genèse, le motif de « l’idéal islamique blessé » s’est dégagé comme le lieu d’un appel à la réparation, voire à la vengeance, par la religion. C’est donc ce croisement du clinique et du social qui m’a fait apparaître le surmusulman, comme figure qui peut exister sous forme de tendance ou trouver différentes incarnations, et qui consiste à vouloir être plus musulman que l’on est et sortir d’un sentiment de honte par un excès de ferveur religieuse.

Comment l’islamisme a-t-il historiquement généré cette figure ?
Le monde musulman est en guerre depuis plus d’un siècle. Il a subi des expéditions militaires et il connaît partout une guerre civile larvée ou déclarée. Cet état de belligérance permanent a produit ce que nous voyons aujourd’hui : des sociétés brisées et dans certains cas autodétruites. Mais la « scène primitive de l’islamisme » remonte à l’Expédition d’Egypte par Napoléon et la rencontre violente avec la puissance occidentale. Ce choc traumatique va générer une guerre à l’intérieur de l’Islam entre les partisans des Lumières et ceux qui y voient la destruction de leur civilisation. Si certaines élites vont chercher à s’approprier l’invention politique européenne de la distinction des pouvoirs en la pensant conciliable avec l’islam conçue comme foi et éthique, – et cela a donné lieu au grand mouvement de réforme de la Nahda au XIXe siècle –, la réaction de beaucoup d’autres est celle du refus. Ce sont les anti-Lumières. Le coup décisif pour la naissance de l’islamisme est ensuite donné avec l’effondrement de l’empire ottoman en 1924, vécu comme destruction de l’idéal islamique. Emerge alors un sentiment de trahison et d’humiliation, un peu comparable à celui qu’éprouve l’Allemagne après la défaite de la Première guerre mondiale. Dès 1928, l’islamisme apparaît sous la première structure des Frères musulmans. Son idée est d’opposer à l’Occident inventeur du politique, soit de la vie commune sans Dieu, un retour à la religion comme ayant réponse à tout (c’est le slogan des Frères). L’injonction à devenir un « surmusulman » découle de cela. Dès le départ, l’islamisme est donc une utopie antipolitique. A cet égard, je trouve que la définition de l’islamisme comme « islam politique » a fait barrage à la véritable compréhension de sa visée fondamentale qui est la fabrication d’une puissance ultra-religieuse qui renoue avec le sacré archaïque et la dépense sacrificielle. Ce sont des conceptions dont l’Europe a perdu le souvenir de la puissance sans mesure… Le fondamentalisme n’est évidemment pas propre au monde musulman. Olivier Roy et Marcel Gauchet ont montré comment l’islam radical est un cas du fondamentalisme qui touche un grand nombre de religions dans le monde, sous l’effet de la destruction de la tradition par la modernité. La particularité de l’islam, c’est que, du fait des guerres, une partie de son fondamentalisme a été armé.

L’islamisme a également beaucoup joué sur l’idée que la fin de l’Empire califal aurait mis en péril le rapport de chaque musulman à la « oumma », envisagée comme une « matrie » qui a volé en éclats et qu’il faudrait ressouder. C’est aujourd’hui un thème fort, et anxiogène, du point de vue identitaire musulman.
C’est le grand égarement de l’islamisme que d’entretenir l’illusion qu’à la communauté religieuse doit correspondre un empire. Car la oumma pour les musulmans, c’est la communauté spirituelle. Il se trouve que dans l’histoire du monde musulman, à celle-ci a effectivement correspondu un Empire. Mais celui-ci s’est effondré et sa reconstitution est impossible. Les musulmans doivent se séparer de cette idée. Il y a eu des empires, un empire romain, un empire français, un empire anglais sur lequel on disait que le soleil ne se couchait jamais… L’empire est fini, cela n’empêche pas les Anglais d’avoir une grande civilisation. L’association entre l’empire romain et le christianisme a été défaite, et le christianisme a continué d’exister. La France a plus de mal, elle aussi, à se sortir du passé de l’empire, qu’elle traîne comme un membre-fantôme. Chaque jour un homme politique se lève pour dire « la France doit retrouver sa grandeur ». Elle n’a pourtant pas besoin de l’empire pour cela. La civilisation française existe, elle est flagrante devant nous, vraiment grande en elle-même, par sa culture, son raffinement... Il faut donc que les musulmans lâchent à leur tour cette illusion de l’Empire, et qu’ils reconnaissent que le leur a été vaincu. Il y a des défaites beaucoup plus honorables que certaines victoires et des victoires qui sont des victoires de salauds.

Certains, on le voit, préfèrent néanmoins mourir pour un « califat » autoproclamé. En quoi le genre de mort qu’est l’autosacrifice du kamikaze peut-il être désirable pour un adolescent – les deux tiers des djihadistes ayant en effet entre 15 et 25 ans –, et qui plus est pour un jeune occidental, a priori peu concerné par l’idéal islamique blessé ?
La mort est bien plus désirable qu’on le croit : il y a près de 200.000 tentatives de suicide chaque année en France, 10.000 personnes en meurent effectivement, dont 1000 jeunes. Il y a aujourd’hui une offre de martyre adressée aux jeunes musulmans qui justifie et valorise ce désir de mourir par la défense d’une cause élevée. C’est donc l’offre qui transforme une tentation relevant du désespoir en acte héroïque. On ne raisonne pas suffisamment en termes d’offre et de demande, alors qu’il y a un marché de la mort désirable, ou du sacrifice. Les prédicateurs s’adressent à des adolescents qui sont attirés par la négativité, parce qu’ils vivent ce moment complexe de transition subjective et de désidéalisation où ils ne peuvent plus adhérer au monde positif de l’enfance et cherchent à s’appartenir en se réinventant. Et on leur fait entrevoir qu’à travers le sacrifice, ils accéderont à une jouissance absolue, héroïque, ainsi qu’à un monde meilleur dans l’au-delà.

On donne un sens à la mort.
Mieux que cela, on donne un avenir à la mort et à l’autre monde, ce qui est d’ailleurs le sens de l’espérance religieuse. Ces jeunes ne sont pas des « gogos », comme certains le disent. Il y a des gens naïfs bien sûr, mais le désir de mourir existe et il n’est pas ridicule, on doit le prendre au sérieux.

Un débat a actuellement lieu entre chercheurs sur la pertinence de l’emploi du mot « radicalisation » pour décrire l’embrigadement djihadiste. Pourquoi, pour votre part, avez-vous décidé de vous emparer du terme ?
Certains le considèrent comme une notion à trop large spectre, ce n’est pas faux, mais des catégories comme « délinquance » ou « criminalité » le sont aussi. En revanche, le fait que « radical » signifie « la racine » me paraît d’un grand intérêt. La radicalisation est en ce sens une tentative de trouver une racine. Et les jeunes qui se laissent prendre par l’islamisme radical sont d’abord à la recherche de racines. Ceux que j’avais rencontrés à ma consultation de Seine-Saint-Denis et qui adoptaient subitement un mode d’être ultra-islamiste étaient également mus par le désir de s’enraciner ou de se ré-enraciner dans le ciel, à défaut de le pouvoir sur terre, parce que tout autour d’eux témoignait du déracinement, leur histoire familiale, le paysage de la cité, l’image qu’on leur renvoyait ou l’avenir sans horizon…
A l’inverse, je récuse fermement la notion de « déradicalisation ». C’est absurde de proposer un nouveau déracinement comme traitement ; personne ne peut accepter d’être déraciné, de devenir un paria. La ligne à suivre, sur le plan psychique, est plutôt celle qui consiste à aider le jeune à retrouver sa singularité, perdue dans l’automatisme fanatique et la fusion dans un groupe d’exaltés. Cette abolition des limites individuelles, dans les groupes sectaires, est du reste ce qui favorise l’autosacrifice. Il s’agit donc d’entreprendre un travail de reconstruction du sujet, en tant que responsable de lui-même et de ses choix.

C’est parce que le sujet serait déjà d’une certaine façon mort à lui-même en tant qu’individu qu’il peut recourir à l’autosacrifice ?
J’avance une comparaison avec « le syndrome de Cotard », c’est un état mélancolique extrême qui fait perdre à la personne l’idée qu’il est un être corporel. J’appelle cela « la mélancolie de l’inhumain ». Les jeunes qui désirent le martyre veulent sortir de l’humain pour devenir des êtres surnaturels. L’au-delà est si ancré dans leur esprit par les discours des prédicateurs qui pénètrent leurs fantasmes inconscients à un moment où les frontières entre le moi et le non-moi, le réel et l’irréel, la vie et la mort, sont si ébranlées, que le passage à l’acte auto-sacrificiel paraît finalement facile ; il est simplement conclusif. La mort imaginaire est si envahissante que la mort réelle devient insignifiante.

Vous écrivez que le surmusulman recherche une jouissance particulière qui est celle de « l’inceste homme-Dieu ».
L’humain est une espèce qui a la particularité d’être toujours travaillée par le désir de sortir de son espèce. Les anciens avaient bien compris cela. Je crois en effet que la tragédie avertit du fait que l’hubris des hommes apparaît quand ils se mettent à vouloir rejoindre la jouissance des dieux. Les fanatiques ne font rien d’autre en prétendant être dans une telle confusion avec Dieu qu’ils peuvent agir en son nom, comme s’ils étaient ses organes, et tuer en « allahant ».

Comment l’islam peut-il, pour l’avenir, réaliser le dépassement du surmusulman ?
En proposant à la réflexion le surmusulman, mon intention n’est pas de dire que les musulmans sont devenus des « surhommes », mais au contraire d’avertir les musulmans que l’islamisme a instillé dans le Surmoi de leur culture des possibilités qu’ils doivent reconnaître et récuser. La grande tâche des musulmans aujourd’hui, c’est de retrouver le contraire du surmusulman et ce qui est l’un des fondements de leur éthique, à savoir l’humilité. Musulman veut dire « humble ». Il faut retrouver l’humilité de l’humble, et non pas l’humilité de l’humilié. Et que les musulmans arrêtent de s’innocenter du fait qu’on puisse produire du monstrueux de l’intérieur de l’islam. Oui, comme toutes les civilisations, l’Islam a produit du monstrueux qui aujourd’hui les menace, eux, leur civilisation et leur religion. Il faut vraiment qu’ils en aient conscience. Beaucoup le disent de l’extérieur, mais souvent avec la volonté d’humilier encore. Je souhaite que cela soit plus audible de l’intérieur.

Vous faites partie de ceux, de plus en plus rares, qui gardent un regard positif sur les révolutions arabes de 2011, pourquoi ?
C’est terrible d’adopter le point de vue des destructeurs de cet espoir qui est apparu et qui reviendra, j’en suis sûr. Il y a de nouvelles subjectivités politiques qui ont été semées. Mais qui a détruit les révolutions arabes ? C’est l’Arabie saoudite, les pays du Golfe, qui ont tout de suite, dans le cas de la Syrie, fourni des armes et transporté des djihadistes pour transformer une révolte pacifique en une révolte armée. En Tunisie, ils ont échoué parce que la société civile avait des ressorts, et surtout les femmes étaient là. Grâce à l’émancipation et à la présence obstinée des femmes, les islamistes ont constaté qu’ils ne pouvaient pas mener leur projet à terme, et même plus que ça, ils ont été contraints de participer à l’instauration d’une Constitution qui reconnaît la liberté de conscience, ce qui signifie la liberté de cesser d’être croyant ! Et la génération qui viendra après celle des 15-25 ans d’aujourd’hui exercera sa liberté de conscience : la fin du XXIe siècle ne sera pas religieux dans le monde musulman. Je prends le risque de l’avancer, parce que je fais le pari de la raison humaine. Cette nouvelle jeunesse ne pourra qu’être trop dégoutée par ce que le fanatisme a fait, et le dégoût pour la sauvagerie commise au nom de l’islam est en réalité déjà très profond dans le monde musulman. On en voit même les premiers effets. Ces derniers jours, par exemple, un débat est né en Tunisie après que le ministre des Cultes a appelé à faire apprendre le Coran par cœur aux enfants pendant les vacances. Des femmes ont aussitôt fait une levée de boucliers. A la télévision, certaines disaient : « Que va-t-on apprendre à nos enfants, les versets où l’on recommande de tuer les apostats et de battre les femmes? Hors de question ! »

L’Europe a su trouver un mode d’organisation de la société qui a pu contenir les prétentions de la religion à régenter le monde. Et cela doit nous donner une leçon sur la fameuse « réforme théologique de l’islam ». Ces appels à « réformer l’islam » sont une tarte à la crème. Car la religion ne s’ouvre pas à la pensée de la liberté et au progrès social toute seule. C’est parce que la société change qu’on peut changer la religion. Le christianisme n’a été obligé d’évoluer que sous la pression d’une société qui s’était transformée, et ça continue aujourd’hui. En outre, il existe déjà des bibliothèques entières d’interprétations du Coran parmi lesquelles de très libérales. Je le répète, ce qui changera l’islam, ce sont les sociétés islamiques elles-mêmes. L’avenir n’est certainement pas entre les mains des théologiens ! Le changement de l’islam sera social, ou ne sera pas. Alors changeons les sociétés, le reste suivra.

L'OBS
Numéro du 5 au 11 mai 2016
Entretien exclusif avec Fethi Benslama “ Le surmusulman et la mort “
Propos recueillis par Marie Lemonnier

Membre de l’Académie tunisienne, Fethi Benslama est psychanalyste et professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot. Il est l’auteur d’essais importants tels que « la Psychanalyse à l'épreuve de l'islam » (Flammarion, 2004) et « la Guerre des subjectivités en islam » (Lignes, 2014). Il a récemment dirigé l’ouvrage « l'Idéal et la Cruauté. Subjectivité et politique de la radicalisation » (Lignes, 2015). Le 12 mai, il publie aux éditions du Seuil : « Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman ».
Image https://youtu.be/MiikuSNXO7s




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Re: Fethi Benslama

Message non lupar yacoub » mer. 11 mai 2016 10:55

« Assimiler la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème »


Fethi Benslama est psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot et membre de l’Académie tunisienne. Le 12 mai, il publie « Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman ». Dans la lignée de ses précédents ouvrages « La Psychanalyse à l’épreuve de l’islam » (Flammarion, 2004) ou « Déclaration d’insoumission. A l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas » (Flammarion, 2011), il se demande comment penser le désir sacrificiel des jeunes au nom de l’islam.

La grande majorité des travaux font l’impasse sur la dimension psychologique et a fortiori psychopathologique dans la radicalisation, considérée phénoménalement comme un fait qui appartient à la conscience et à la volonté de l’acteur, ce qui exclut la dimension de l’inconscient. (…)

Essayer de penser ce qui arrive à quelqu’un pour qu’il en vienne à choisir des voies périlleuses de traitement de lui‑même et des autres nous oblige à ne pas en rester à un niveau comportemental, ni à la langue de bois des radicalisés, mais à prendre en considération ce qui conduit quelqu’un à s’enflammer et à embraser tout autour de lui. De même que la psychanalyse nous montre que le symptôme est une solution de compromis qui a une fonction dans l’économie d’un sujet, la tentative de résorption des symptômes dans la radicalisation a également sa raison : obtenir une guérison par un circuit très particulier, celui qui requiert d’affronter le danger interne par une mise en danger externe plus importante, dût‑elle conduire à la mort. C’est un fait que j’ai constaté cliniquement : le symptôme est effacé par l’effet d’une saturation de l’idéal qui place le sujet dans une mission divine. (…)

Cette approche nous permet aussi de comprendre le succès de l’islamisme radical auprès des convertis. Les failles identitaires ne sont pas l’apanage des enfants de migrants ou de familles musulmanes, c’est ce qui explique que 40 % des radicalisés soient des convertis. Je dirais que ces sujets cherchent à se radicaliser avant de trouver le produit de la radicalisation. Peu importe qu’ils ignorent de quoi est fait ce produit, pourvu qu’il apporte « la solution ». La presse a rapporté le cas de djihadistes qui avaient commandé par Internet des ouvrages tels que L’Islam pour les nuls. Il faut une dose importante d’ignorance pour que les fantasmes se drapent dans l’innocence et cherchent leur réalisation sans crainte ni doute. Le juge d’instruction Marc Trévidic, du pôle antiterroriste de Paris, a déclaré, à plusieurs reprises, que certains revenants des zones de combat qu’il a interrogés ne connaissaient pas les cinq piliers de l’islam ! Il est possible que cette catégorie dite « des convertis » comporte beaucoup de born again, ces personnes qui retrouvent la foi délaissée par eux‑mêmes ou par leur groupe familial à la génération précédente.

Notons, toutefois, que certains engagés sur les zones de combat ne cherchent pas de prime abord la dimension spirituelle ou la conversion religieuse. Ils veulent s’insurger contre l’oppression cruelle subie par les Syriens du fait du régime de Bachar Al‑Assad . Pour d’autres, le départ vers l’Orient mystérieux fait office d’un passage initiatique et romantique. J’ai été frappé, en lisant des textes sur l’histoire des croisades, de constater de nombreuses similitudes avec l’équipée subjective de ces départs au djihad. Le djihadisme serait‑il une croisade inversée ? Aujourd’hui, l’islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché par Internet, le plus excitant, le plus intégral. C’est un passe‑partout de l’idéalisation à l’usage des désespérés d’eux‑mêmes et de leur monde.

L’assimilation de la radicalisation islamiste à un phénomène sectaire pose problème. Il y a certes quelques aspects comparables, comme le phénomène dit « de l’emprise mentale », mais des différences essentielles sont patentes. Dans la secte, l’individu s’assujettit aux fantasmes ou à la théorie délirante du gourou, à son exploitation économique, voire sexuelle. Le djihadiste, quant à lui, adhère à une croyance collective très large, celle du mythe identitaire de l’islamisme, alimentée par le réel de la guerre, à laquelle on lui propose de prendre une part héroïque, moyennant des avantages matériels, sexuels, des pouvoirs réels et imaginaires. Le mélange du mythe et de la réalité historique est plus toxique que le délire.

L’offre radicale va donc se saisir des impasses du passage juvénile et se modeler sur les possibilités d’une traversée à la fois individuelle et collective, physique et métaphysique, mythique et historique, dont je voudrais relever les principaux motifs.

Sans être exhaustif, on peut dégager quelques opérateurs fondamentaux de la séduction narcissique des idéaux dans l’offre de radicalisation. Cette séduction constitue une dimension fondamentale dans l’attirance qu’elle exerce sur les jeunes, comme le souligne à juste titre Philippe Gutton [in Adolescence et djihadisme, L’Esprit du temps, 2015].

Idéal blessé

La justice identitaire est la clé de voûte de la construction radicale. Elle touche au cœur des failles de l’identité des jeunes. Elle opère comme une soudure des parties du soi menacé en le fusionnant avec un groupe de pairs, pour former une communauté de la foi, vivant de concert les mêmes émotions morales. L’effet du groupe est de procurer l’illusion qu’ensemble on peut jouir du même corps. La justice identitaire repose sur une théorie de « l’idéal islamique blessé » et du tort fait aux musulmans au présent et au passé. L’idéal blessé est celui de la perte du principe de souveraineté politico‑théologique de la communauté musulmane avec l’abolition du califat et le dépeçage par les puissances coloniales du dernier empire musulman, l’Empire ottoman, en 1924.

Notons ici que la première organisation islamiste, celle des Frères musulmans, est fondée en 1928. On peut dire que les mouvements islamistes sont nés du traumatisme de cette période et en ont propagé l’onde de choc auprès des masses. Quant aux torts faits aux musulmans, ce sont les guerres anciennes et récentes au Moyen‑Orient : Palestine, Afghanistan, Irak, etc. Des images de destruction, de massacres, d’enfants morts et mutilés viennent à l’appui, assorties de l’appel à devenir justicier. Il y a des jeunes non‑musulmans qui répondent à cet appel. Mais, pour la majorité, l’offre djihadiste consiste ici à superposer le tort fait à la communauté musulmane au vécu d’un préjudice individuel dans l’existence du sujet. Elle vise à ce que l’idéal blessé absorbe le sujet et que la blessure parle et agisse à travers lui comme une revenante dans le corps d’un zombie. Il est appelé à devenir le vengeur de l’idéal, ou bien, ce qui revient au même, le vengeur de la divinité outragée. Le cas des frères Kouachi dans l’attentat contre Charlie Hebdo est paradigmatique à cet égard. Il y a des jeunes que la déficience de l’idéal du moi conduit à rechercher une incarnation de l’idéal collectif, dont la plénitude est donnée dans le devenir martyr. (…)

J’appelle « surmusulman » la contrainte sous laquelle un musulman est amené à surenchérir sur le musulman qu’il est par la représentation d’un musulman qui doit être encore plus musulman. (…) Surmusulman est un diagnostic sur la vie psychique de musulmans imprégnés par l’islamisme, hantés par la culpabilité et le sacrifice. Il doit expier et se repentir, se purifier et chercher la vie homogène. Si, en principe, il y a lieu de distinguer entre la tendance au surmusulman et son accomplissement, en réalité leurs frontières sont poreuses et les passages imprévisibles, même si la tendance est plus fréquente que l’incarnation du surmusulman.

Concrètement, on peut observer les conduites du surmusulman chez des croyants pour lesquels il n’est plus suffisant de vivre la religion dans le cadre de la tradition, fondée sur l’idée de l’humilité. En effet, l’une des significations majeures du nom « musulman » est l’humble. C’est le noyau éthique fondamental de l’islam. Avec le surmusulman, il s’agit au contraire de manifester l’orgueil de sa foi à la face du monde : Islam pride. Elle se traduit par des démonstrations publiques : stigmate sur le front, prière dans la rue, marquages corporels et vestimentaires, accroissement des rituels et des prescriptions témoignant de la proximité continuelle avec Allah, évoqué à tout bout de champ.

Les surmusulmans se veulent les bouches ouvertes de Dieu dans le monde, proférant leur haine de ceux qui n’ont pas leur croyance de feu et de flamme. On pourrait les nommer aussi les « allahants », tant ils ahanent sans cesse Allah akbar. Cette invocation, qui devait en principe rappeler à celui qui la prononce sa petitesse apaisante, voici qu’elle est devenue la manifestation d’une suffisance, d’un pouvoir de tout se permettre. Ils tuent en allahant. Ils ne se soumettent à Dieu qu’en le soumettant à eux.

C’est pourquoi la figure du surmusulman attire les délinquants ou ceux qui aspirent à le devenir ; ils se convertissent par désir d’être des hors‑la‑loi au nom de la loi, une loi supposée au‑dessus de toutes les lois, à travers laquelle ils anoblissent leurs tendances antisociales, sacralisent leurs pulsions meurtrières. Le surmusulman recherche une jouissance que l’on pourrait appeler « l’inceste homme‑Dieu », lorsqu’un humain prétend être dans la confusion avec son créateur supposé au point de pouvoir agir en son nom, devenir ses lèvres et ses mains. Ce n’est pas l’union mystique avec Dieu qui n’est jamais permanente et loin de toute arrogance, comme dans le soufisme. Si le musulman cherche Dieu, le surmusulman croit avoir été trouvé par lui.

Crainte récurrente

L’angoisse de beaucoup de musulmans est de vivre dans un monde où la sécularisation, dont ils consomment par ailleurs les objets, leur fait vivre le sentiment de devenir autres, de ne plus être eux‑ mêmes. Le malheur de se percevoir comme un soi inauthentique est le ressort du désespoir musulman. Se voir emporté inexorablement vers l’exil occidental sans Dieu est une crainte récurrente qui s’exprime dans les discours et dans les actes visant à planter partout des minarets comme des clous pour empêcher le sol de s’en aller. D’où la recherche désespérée d’arrêter la dérive, en convoquant le pieux ancêtre au présent. Or l’islamisme a produit une fiction qui séduit ce qui est plus grand qu’un moi, essentiellement inauthentique : un surmoi d’origine, incarné par la figure du surmusulman. Comme toute figure, elle se décline et revêt des éditions plus au moins typifiées, parmi lesquelles celle de se retirer du monde, mais la plus flamboyante est d’en finir avec lui, de participer à sa fin. C’est celle qui attire des jeunes engagés dans le djihadisme.

Comment le surmusulman a‑t‑il été enfanté historiquement ? Les traumatismes historiques ont une onde de propagation très longue, surtout lorsqu’une idéologie les relaie auprès des masses, pour constituer un idéal préjudicié. C’est l’œuvre principale de l’islamisme. Dès lors, les générations se transmettent le trauma et le préjudice, de sorte que des individus se vivent en héritiers d’infamies, sachant les faits ou pas. L’année 1924 marque la fin du dernier empire islamique vieux de six cent vingt‑quatre ans, l’abolition du califat, autrement dit du principe de souveraineté en islam, et la fondation du premier Etat laïque en Turquie. Le territoire ottoman est dépecé et occupé par les puissances coloniales ; les musulmans passent de la position de maîtres à celle de subalternes chez eux. C’est l’effondrement d’un socle vieux de mille quatre cents ans, la fin de l’illusion de l’unité et de la puissance. S’installe alors la hantise mélancolique de la dissolution de l’islam dans un monde où il ne gouverne plus.

Le symptôme de cette cassure historique est la naissance, en 1928, des Frères musulmans, qui est la traduction dans une organisation de la théorie de « l’idéal islamique blessé » à restaurer, à venger. L’islamisme promet le rétablissement du califat par la défaite des Etats nationaux. Il véhicule le souvenir du traumatisme et le projette sur l’actualité désastreuse de populations souffrant du sort qui leur est réservé par leurs gouvernements, les expéditions militaires occidentales et les guerres civiles. L’effondrement historique s’est accompagné d’un clash inédit dans le modèle du sujet musulman. C’est un fait que les Lumières arrivent en terre d’islam avec des canonnières. Pour autant, des élites musulmanes deviendront des « partisans des Lumières » et de leur émancipation politique, considérant que les Lumières occidentales permettent une remémoration de celles oubliées de l’islam, au nom d’une alliance universelle contre « les armées des ténèbres ». S’opposeront à eux des « anti‑Lumières », qui revendiquent la restauration de la souveraineté théologique et le retour à la tradition prophétique, au nom de la suffisance de l’islam à répondre à tous les problèmes. Le mot d’ordre des Frères musulmans est : « L’islam a réponse à tout. »

Une discordance systémique apparaît alors dans le rapport du sujet de l’islam au pouvoir. Les uns veulent être citoyens d’un Etat, musulmans mais séparés de l’ordre théologique, c’est ce que j’appelle les « musulmans séparés », les autres veulent au contraire s’affirmer davantage musulmans, encore et encore plus. D’où l’émergence du surmusulman. L’islamisme apparaît alors comme une défense de l’islam, si acharnée qu’elle veut se substituer à lui. Elle a mobilisé tous les anticorps d’un système se percevant en perdition. Mais la défense est devenue auto‑immunitaire, au sens où elle détruit ce qu’elle veut sauver. C’est pourquoi le surmusulman a deux ennemis : l’ennemi extérieur, l’Occidental, et l’ennemi intérieur, l’Occidenté, qui est le musulman définitivement disjoint du califat, celui qui refuse la soumission de la politique à la religion, qui se veut citoyen d’une nation. Le surmusulman le considère comme un islamoïde, pire qu’un Occidental, un répliquant à débusquer, à éliminer.

En savoir plus sur
http://www.lemonde.fr/religions/article ... 4Mq7eVO.99



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Re: Fethi Benslama

Message non lupar yacoub » mar. 7 juin 2016 16:58

Face à l'islam : le débat Michel Onfray-Fethi Benslama

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Michel Onfray publie “Penser l'islam”, où il expose ses convictions sur le terrorisme, la France, la gauche et la laïcité. L'occasion d'un rude débat avec le psychanalyste Fethi Benslama.

L'OBS. Dans son livre, Michel Onfray parle de «l'évident choc des civilisations qui oppose la civilisation islamique à la civilisation occidentale». Le seul fait que de jeunes Français, issus ou pas de l'immigration, se revendiquent de l'Etat islamique pour combattre leur propre pays ne contredit-il pas cette affirmation?

Fethi Benslama. Je dois d'abord dire qu'à travers «Penser l'islam», vous avez, Michel Onfray, écrit à mon sens un livre d'impensé de l'islam. Ce n'est pas que vous ne vous soyez pas documenté, vous avez fait des lectures et vous êtes loin d'être ignorant, mais on peut vous appliquer le mot de Valéry: «Le mélange de vrai et de faux est énormément plus toxique que le faux pur.» C'est à ce titre que je vous prends au sérieux.

La France, qui a produit dans la deuxième moitié du XXe siècle le plus grand nombre de penseurs d'envergure, voit apparaître aujourd'hui leur antinomie, ceux qu'on pourrait appeler «les impenseurs». Ils ont leur public, ils sont très médiatisés tout en vilipendant les médias, ils dénoncent un système tout en en profitant. L'une de leurs caractéristiques est d'insuffler la détestation de leur pays, et le désespoir, au nom de l'amour qu'ils ont pour eux-mêmes à travers lui. Par exemple



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Re: Fethi Benslama

Message non lupar yacoub » ven. 4 août 2017 12:51

morpheus777 a écrit :L'ISLAM ENCOURAGE LA « DISSIMULATION » ET LA « TROMPERIE » ENVERS LES NON-MUSULMANS
(Durée 1:12:06)

Ecrit et produit par Appolinaire Noël Koulama

La guerre des musulmans contre les non-musulmans est une affaire perpétuelle, qui doit durer, selon les termes mêmes du Coran, jusqu’à ce que « tout chaos prenne fin et que toute religion appartienne à Allah » (Vérifiez le verset du [Coran 8 :9])

« Le prophète Mahomet a dit : + La guerre est basée sur la tromperie + » (Bukhari 52:269)

Les 4 méthodes de « Tromperie » et de « Dissimulation » dans l'Islam sont :

- La « Tawriya »
- La « Taqqiya »
- La « Muruna »
- Le « Kitman »

Cependant, la Bible montre une autre voie :

« C'est pourquoi, renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres » [Éphésiens 4 :25] ;

« Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain » [Exode 20 :16].

Alors, Allah serait-il le même Dieu que celui de la Bible ?

Un avertissement de Dieu dit ceci :

« Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. … Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. … Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu … C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » [Matthieu 7 :17-20].

Allah n'est pas le même Dieu que celui de la Bible.

Video http://prophetie-biblique.com/forum-rel ... t6657.html

Fethi Ben Slama, psychanalyste franco-tunisien dit dans son livre qu'Allah et PBSL, c'est kif-kif bourricot. Allah est la marionnette qui permet à PBSL de satisfaire tous ses désirs
sans craindre aucune opposition. Il y a même un Noble Hadith rarement cité et on comprend pourquoi
Je n'ai créé l'islam que pour assouvir mon ventre et mon bas ventre.





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Re: Fethi Benslama

Message non lupar yacoub » mer. 11 oct. 2017 15:32

N.Ismael a écrit : C'est ce Bart D. Ehrman lui-même qui explique qu'il n'ose pas appliquer la critique biblique au Coran parce qu'il tient à sa vie..
je suis pas au courant
Tous ceux ont critiqué le Saint Coran en terre d'islam ont été contraints à l'exil quand ils n'ont pas été égorgés

http://www.manifeste.org/article.php3?id_article=308

[spoiler]Ce qui est fait au nom de l’islam partout dans le monde

par A.M.L
Association du Manifeste des Libertés

SOUDAN
Janvier 1985 : Mahmoud Mohammed Taha fut condamné à mort et pendu à Khartoum, à plus de 80 ans. Il avait écrit un livre sur l’histoire de l’islam où il défendait l’idée de séparation du politique et du religieux (« Un islam à vocation libératrice », L’Harmattan, 2002). Il défendait l’idée que le message spirituel du prophète, tel qu’il fut révélé à La Mecque, est universel, mais que toute la construction juridique élaborée à côté, dans un contexte historique précis, n’était plus en phase avec la vie des musulmans aujourd’hui.
1991 : Ajjabna Mohammed devient apostat : il est renvoyé de l’Université. Rejeté par sa famille, il tente de s’enfuir ; on le met en prison, où il subit des tortures pour revenir à l’islam.

IRAN
1946 : Assassinat de Ahmad Kasrawi, historien, juriste et linguiste accusé d’incroyance par les Fida’iyyani Islam, et assassiné sous une fatwa pour hérésie.
1946 (mars) : l’écrivain Ahmed Kusravi est assassiné par des membres des associations unionistes islamiques.
1981 : Saïd Soltanpour, poète et metteur en scène du théâtre, est exécuté en raison de ses convictions politiques.
1982 : Ata Nourian, homme de lettres et membre de l’Union des écrivains, est exécuté en 1982, en raison de ses convictions politiques.
1984 : Ali Dashti, auteur d’un livre très critique envers l’islam, meurt en prison de mauvais traitements à 83 ans.
1987 : Autodafé à l’Université d’Ispahan : 80 000 livres sont brûlés.
1989 (février) : Exécution des écrivains iraniens Amir Nikaiin, Monouchehr Behzadi, Djavid Misani, Abutorab Bagherazdeh.
1989 : Exécution des poètes iraniens Saïd Soltanpour et Rahman Hatefi.
14 février 1989 : « Les Versets sataniques », roman de Salman Rushdie, sont déclarés blasphématoires par Khomeyni, qui appelle au meurtre de l’auteur « ainsi que de tous les éditeurs » du roman. Trois millions de dollars sont offerts en récompense à celui qui donnera la mort de Rushdie (un million seulement si c’est un non-Iranien). Attentats en juillet 1991 contre le traducteur italien à Milan et le traducteur japonais à Tokyo. Attentat perpétré sur les ordres des services de renseignement de Téhéran le 29 mars 1989 contre le recteur de la Mosquée de Bruxelles et son adjoint, qui avaient déclaré que Rushdie devait être jugé et se repentir comme l’exige la juridiction. Cette fatwa est toujours en cours parce que déclarée irrévocable, le seul pouvant l’abroger, Khomeyni, étant mort.
1992 : Freydoun Farrokhzad, poète et homme de spectacle, est assassiné en Allemagne, en raison de ses activités artistiques considérées comme blasphématoires.
1993 : Un dessinateur satirique, Manouchehr Karimzadeh, est condamné à dix ans de prison pour avoir dessiné un footballeur dont le visage ressemblait vaguement à celui de Khomeyni. Le directeur du journal est fouetté, de même que le dessinateur ; les peines ont ensuite ét réduites (article du « New York Times »).
1994 : Saiidi Sirjani, écrivain, essayiste et romancier, est assassiné en prison pour avoir publié à l’étranger ses ouvrages interdits en Iran.
1994 (mai) : Arrestation de l’universitaire et militant des droits de l’homme E. Sahabi pour avoir participé à un colloque en Allemagne, jugé comme une « manifestation anti-révolutionnaire ».
1995 : Ahmad Miralai, homme de lettres et traducteur de la littérature étrangère en persan, est assassiné, en raison de ses activités littéraires.
1996 : Ghafar Hosseini, écrivain, est assassiné en raison de ses activités au sein de l’Union des écrivains en Iran.
1996 : Reza Mazlooman, journaliste et écrivain, est assassiné à Paris, en raison de ses écrits sur la période pré-islamique en Iran.
1996 : Ebrahim Zalzadeh, éditeur, est assassiné, en raison de ses activités d’édition.
1996 : Ahmad Tafazoli, chercheur et traducteur, est assassiné en raison de ses activités.
1998 : Pirouz Davani, journaliste, est enlevé et assassiné en raison de ses activités journalistiques.
1998 (novembre) : Majid Sharif, sociologue, journaliste et traducteur dans un journal progressiste interdit, est assassiné.
1998 (décembre) : Mohammad Mokhtari, poète et écrivain, est retrouvé étranglé. Il avait essayé de créer une association d’écrivains libres.
1998 (décembre) : Mohammad Jafar Pouyandeh, traducteur et écrivain, est retrouvé étranglé en raison de ses traductions et de ses activités au sein de l’Union des écrivains iraniens.
1998 (novembre) : Assassinat par des islamistes de deux intellectuels iraniens : Darius et Parvaneh Foruhar.
1998 : Hamid Pour Hajizadeh, poète, est assassiné avec son fils âgé de 9 ans en raison de ses écrits.
1999 (février) : Le religieux réformateur Hadi Khamenei est battu à Qom par des étudiants islamistes.
1999 (novembre) : Arrestation du rédacteur en chef d’une revue iranienne pour « injures aux valeurs de l’islam ».
1999 (novembre) : Condamnation du journaliste Chamsolvaezin à trois ans de prison pour propagande anti-islamique.
2000 (août) : Hassan Eshkevari, religieux iranien, est accusé d’apostasie, de blasphème et d’hérésie.
2003 : Zahra Kazemi, journaliste, est assassinée pendant sa détention, en raison de ses activités journalistiques.
2004 : Ahmad Bayat Mokhtari, poète et musicien, est enlevé et écrasé sous une voiture à Chiraz, en raison de ses activités artistiques.
2006 (janvier) : La journaliste de l’hebdomadaire « Tamadone Hormozgan » Elham Afrotan est emprisonnée le 23 janvier 2006. Selon des informations, la journaliste serait dans le coma suite à une tentative de « suicide ». Induite en erreur par le titre d’un article émanant d’un site Internet qui prônait la lutte contre le sida, l’équipe de rédaction en a fait une reprise dans sa page « santé ». Il s’agissait d’un article satirique comparant la venue de l’ayatollah Khomeyni au sida. Les journalistes ont été appréhendés à Bandar-Abbas, au sud du pays, après la publication de l’hebdomadaire. Les médias proches du pouvoir, les organisations gouvernementales et les écoles coraniques en ont profité pour organiser des manifestations, qui ont abouti à la mise à sac et à l’incendie du siège du journal.
Depuis leur arrestation le 23 janvier, Elham Afrotan et six autres collaborateurs de son journal étaient harcelés afin d’avouer « qu’ils recevaient des ordres à l’étranger les incitant à insulter l’ayatollah Khomeyni ».
Par ailleurs, Ali Afsahi, critique de cinéma et ancien rédacteur en chef de la revue culturelle et sportive « Cinama-Varzech » (suspendue en 2000), collaborateur d’Emadoldin Ebaghi, journaliste et fondateur d’une association de défense des droits des prisonniers d’opinion, a été arrêté le 12 février sans motif officiel. Le journaliste avait déjà été arrêté le 30 décembre 2000, et condamné à quatre mois de prison par le tribunal spécial du Clerg.

EGYPTE
1925 : Le cheikh d’Al-Azhar Ali Abd ar-Raziq est radié de l’université et interdit de publication par ses pairs pour avoir proposé une séparation entre la religion et l’État.
1925 : Interdiction du livre d’Ali Zbd ar-Raziq « Islam et principes de gouvernement » pour hérésie.
1926 : Interdiction du livre de Taha Hussein « Poésie pré-islamique ». Taha Hussein est expulsé en 1931 de l’Université par le ministre pour ses intérêts pour la littérature pré-islamique.
1981 : Interdiction du livre de Fikri Al Aqad « Histoire de la langue arabe ». L’auteur écrivait que certains mots du Coran étaient d’origine égyptienne.
1985 : « Les Milles et Une Nuits » sont condamnées par le Tribunal des mœurs du Caire, pour atteinte à la pudeur et pour corruption des mœurs des jeunes. Le tribunal ordonne la destruction de 3000 exemplaires saisis, l’emprisonnement de l’éditeur et de l’imprimeur. Une autodafé publique a lieu.
1990 : Nasr Abou Zeid, professeur d’Université, qui a « commencé à penser l’islam de l’intérieur et à présenter une voie profondément réformiste (« Critique du discours religieux », Actes Sud, Sindbad, 1999), est menacé de mort par les islamistes pour avoir voulu historiciser le Coran. Déclaré apostat le 14 juin 1995 par la Haute Cour égyptienne qui lui ordonne de se séparer de sa femme, il doit quitter l’Egypte et s’installer en Europe.
Janvier 1992 : Une délégation de savants d’Al-Azhar demande la saisie de huit publications traitant de l’islam.
8 juin 1992 : L’intellectuel laïque Farag Foda est assassiné par les islamistes en juin 1992, après avoir publié « La vérité absente », et après que le cheikh de la mosquée d’Al-Azhar au Caire l’a déclaré quelques jours auparavant « apostat ». Les universitaires d’Al-Azhar condamnent les conditions du meurtre de Foda, mais ils estiment qu’il était un apostat, et qu’il méritait une mort légale.
Décembre 1992 : Sur ordre d’Al-Azhar, « au nom de l’islam, religion de l’État », les œuvres de Foda, rééditées en hommage, sont interdites et saisies.
14 octobre 1994 : Nagib Mahfouz, 83 ans, le plus célèbre écrivain égyptien, Prix Nobel de littérature en 1988, est poignardé au Caire par un jeune intégriste, et gravement blessé à la gorge. Cette tentative d’assassinat a été revendiquée par Al-Djamaa al-Islamiya. En 1959, puis en 1988, juste après son prix Nobel, les romans de l’écrivain égyptien avaient été censurés par l’université Al-Azhar.
1997 : L’université Al-Azhar prépare l’interdiction de 196 livres pour des raisons morales et religieuses.
1997 : l’université Al-Azhar prépare l’interdiction du livre d’Al-Qimany « Dieu du Temps » pour dérision envers la religion puis hérésie de « réécriture de la tradition musulmane ». Le livre est saisi dans les imprimeries.
1998 : l’écrivain Ala’a Hamed est poursuivi pour « injure envers l’islam » dans un roman.
Avril 2000 : L’écrivain syrien Haïdar Haïdar est devenu la cible des islamistes égyptiens pour son livre, « le Festin pour les Algue marines ». Son roman, édité pour la première fois en 1983 à Chypre, allait être réédité par le ministère de la culture en Egypte. Une campagne est menée contre le roman. C’est un journaliste du périodique « Ach-Chaab », organe du parti de l’Action, qui a lancé le premier cri de guerre dans un article intitulé : « Qui fait le serment de mourir avec moi ? Puissent vos mains être coupées ! Il ne reste plus que le Coran... Que se passera-t-il si nous disons que le premier ministre est de la merde ? » On demande la condamnation du ministre de la culture et des responsables de l’édition. On s’en prend aux personnages du roman, et le recteur d’Al-Azhar appelle à un cérémonial d’autodafé du roman dans un lieu public 2000 : « La liberté d’expression est bienvenue, mais tous les hommes de lettres doivent comprendre que cette liberté est restreinte par le respect de Dieu, du Prophète et des valeurs religieuses. »
2000 (mai) : Le président d’Al-Azhar dit des intellectuels qui critiquent la censure : « Ils veulent la liberté absolue, sans respecter les valeurs et la morale religieuse. »
17 mai 2000 : l’Académie des recherches islamiques, sous l’autorité d’Al-Azhar, émet une déclaration, diffusée par le bureau du Grand Imam de l’université, Mohammed Sayyid Tantaoui. Le roman est considéré comme contrevenant à l’islam - littéralement, pour « être sorti de ce qui est connu en matière de religion » (khuruj ‘amma hua maalum min ad-din). L’Académie a incriminé le ministère de la culture qui a entrepris la réédition de roman. Des milliers d’étudiants d’Al-Azhar ont manifesté. Suite à cette affaire, le ministère de la culture interrompt l’impression de trois autres romans condamnés pour atteinte à la pudeur.
Janvier 2001 : Le diwan d’Abu Nuwas était exposé dans la foire du livre au Caire mais n’était pas à vendre. Agissant comme un Saint-Office pour la salubrité de la pensée, l’Académie azharite des recherches islamiques continue son œuvre censuriale : elle n’autorise pas la diffusion d’un livre sur « La femme dans la pensée de Khomeyni », fait appel au « Comité de la censure sur les œuvres artistiques » pour qu’il saisisse un livre intitulé « Appel à la réflexion et à la méditation du Coran et de la tradition du prophète, etc. »
2001 : Nawal Saadaoui fait l’objet d’une plainte formulée par les islamistes ; une audience est fixée pour le 18 juin 2001. Elle est reconnue coupable d’atteinte à la religion. Aujourd’hui, elle est menacée de mort par les intégristes. Déjà, en 1981, elle a été emprisonnée pour onze ans en raison de son engagement et de ses écrits féministes.
2001 : L’auteur Salaheddin Mohsen et la prédicatrice Manal Manea sont condamnés à trois ans de prison, pour athéisme et blasphème contre l’islam.

INDE
1989 (février) : Emeutes à Bombay contre « les Versets sataniques » : 12 morts.

BENGLADESH
1993 (24 septembre) : Un groupe d’islamistes du Bangladesh prononce une fatwa contre Taslima Nasreen, la condamnant pour blasphème. Sa tête est mise à prix. Sous la pression des manifestations islamistes, un mandat d’arrêt sera lancé contre elle en juin 1994. Médecin, écrivain (son dernier livre : « Rumeurs de haine ») née en 1962 au Pakistan oriental, devenu en 1971 le Bangladesh. Ses chroniques dans la presse, ses critiques de la condition faite aux femmes, de la religion et du pouvoir religieux, puis son livre « Lajja » en 1993, qui relate les exactions contre la minorité hindoue au Bangladesh au nom d’Allah, ont provoqué la haine des fondamentalistes musulmans. Lors du Salon du livre national, ses livres furent brûlés en public. Un comité « Détruisez Talisma » fut mis en place, et elle n’eut plus le droit de se rendre au salon du livre. Les fondamentalistes ont envahi les librairies qui vendaient ses livres et tout cassé. Après une campagne de haine sans précédent, le gouvernement a confisqué son passeport et lui a ordonné de cesser d’écrire si elle voulait garder son poste de médecin dans un hôpital public. Elle a été contrainte de s’exiler. Depuis lors, elle continue son combat pour la laïcité et pour la liberté des femmes.

PAKISTAN
1995 (avril) : Fatwa d’excommunication contre le poète Mohammed Alvi par le mufti Shabbir Siddiqi d’Ahamdabad, pour une phrase dans un poème écrit dix-sept ans auparavant : « O Dieu, si tu es trop occupé pour nous rendre visite, envoie un bon ange pour nous guider ». 1998 : Condamnation à mort d’Ayub Masih pour blasphème.
2000 (octobre) : L’universitaire pakistanais Younus Shaik est arrêté et condamné à la prison à vie pour ses écrits jugés blasphématoires.

SYRIE
1977 (février) : Le président de l’Université de Damas est assassiné sur le campus par des islamistes.
2004 : Nabil el-Fayadh, chercheur et écrivain, auteur de plusieurs ouvrages interdits en Syrie et dans la plupart des pays arabes, est arrêté par les services de renseignements le 30 octobre 2004 à Damas. Comme lors des précédentes interpellations, l’incarcération fait suite aux plaintes déposées par l’un des savants en religion les plus intégristes, Mohammed Saïd Ramadan el-Bouti, de l’Université de la Charia de Damas. Il a par ailleurs été menacé de mort à plusieurs reprises par le cheikh wahhabite Khatib Khodra.

ARABIE SAOUDITE
En Arabie saoudite paraît un livre où un anathème général est lancé contre plus d’une centaine d’écrivains arabes morts et vivants : Salama Moussa, Shibli Shmmayyil, Naguib Mahfouz, Lufti as-Sayyid, Muhammad al-Jabiri, Shakir Shakir, Saïd Aql, Adonis... Ces auteurs sont toujours interdits dans ce royaume.
1992 (3 septembre) : Sur la grande place de la ville de Qatif, le poète Sadiq Melallah a été décapité au sabre. Son délit : blasphème et abjuration.
1993 : Une bande dessinée publiée dans le « Arab News » provoque l’arrestation de deux employés indiens ; selon les théologiens, elle remettait en cause l’existence de Dieu. Les deux hommes sont condamnés à 300 et 500 coups de fouet. Sous la pression internationale, ils sont pardonnés par le roi.
1993 mai : Emprisonnement pour quatre ans du professeur M. Al Awaji, intellectuel réformateur ; il est démis de ses fonctions et son passeport est confisqué.
2003 : Le quotidien « Al-Watan » relate l’agression dont a été victime l’un de ses journalistes, qui a requis l’anonymat. En pleine journée, à la sortie d’un restaurant, trois membres de la police religieuse (les « moutawa ») emmènent le jeune homme dans un poste de police où la torture est ouvertement pratiquée. Le chef du poste de police lui reproche d’avoir les cheveux longs et de travailler pour un journal d’« impies ». Outre les insultes et les humiliations, la police lui coupe les cheveux, en lui dessinant, comme à l’habitude, des trous au ras du crâne. Le journaliste se voit confisquer son agenda et une disquette sur laquelle se trouvaient ses reportages.
2003 (27 mai) : Le rédacteur en chef d’« Al-Watan », Jamal Khashoggi, est limogé, moins de deux mois après sa nomination, pour avoir autorisé la publication d’articles critiquant ouvertement l’establishment religieux, notamment les « moutawa » (police religieuse). Le gouvernement saoudien a cédé à la pression des religieux ultraconservateurs qui avaient condamné le journaliste, l’accusant notamment de « se moquer [...] des gens vertueux » et de « propager le mal et la corruption » et avaient appelé au boycott du journal. Après les attentats-suicides du 12 mai à Riyad, attribués au réseau Al-Qaeda et qui ont fait 34 morts, le journal avait servi de tribune pour les écrivains et intellectuels réformistes du royaume.
2003 (fin juillet) : Le grand mufti interdit à l’auteur réformiste Abdulaziz al-Qasim d’exprimer ses vues dans le quotidien « Al-Madina ». Cette interdiction s’inscrit dans une large campagne d’intimidation des médias saoudiens engagée après l’attentat du 12 mai à Riyad. Si la presse paragouvernementale se félicite, timidement, des quelques réformes politiques annoncées par les autorités, celles-ci et l’establishment religieux ultraconservateur n’ont de cesse de réduire au silence les voix contestatrices qui jugent ces réformes trop restreintes et leur adoption trop lente. D’après Ali Al-Ahmad, un dissident saoudien basé à Washington, une centaine de journalistes, écrivains et intellectuels réformateurs auraient été censurés ou interdits d’écrire dans les journaux du royaume entre juillet et novembre 2003.
2003 (29 juillet) : le journaliste Hussein Shobokshi n’est plus autorisé à publier dans le quotidien « Okaz », suite à un article dans lequel il disait rêver du jour où les Saoudiens auraient le droit de voter, de débattre des droits de l’homme et les femmes le droit de conduire. Cette interdiction aurait été signifiée au journal par le ministère de l’information. Quelques jours plus tard, sa rubrique dans un autre journal, « Arab News », est à son tour supprimée et son émission politique, diffusée sur la chaîne à capitaux saoudiens « Al-Arabiya », est rayée de la grille des programmes. En juillet toujours, la chronique de l’écrivain Dawoud al-Shirian dans le quotidien « Al-Hayat » est suspendue. L’éditorialiste Mansour al-Nogaidan du quotidien « Al-Riyad » est quant à lui mis en congé pour une durée indéterminée. Comme Hussein Shobokshi, il affirme avoir reçu plusieurs menaces de mort.
Le Mouvement pour la réforme islamique en Arabie (MIRA), basé à Londres, s’est doté, en mai, d’une nouvelle chaîne de télévision, « Islah TV », diffusée par satellite. Fin août, la télévision cesse mystérieusement d’émettre. La fabrication des programmes, leur diffusion et l’émission du signal transitent via plusieurs pays européens. D’après Saad Al-Fagih, directeur du MIRA, de fortes pressions saoudiennes sur les différents opérateurs intervenant dans la diffusion de cette télévision sont à l’origine de cette interruption. L’opposant politique et porte-parole de « Islah TV », Saad Al-Fagih, avait été attaqué et blessé à coups de couteau par des inconnus qui s’étaient introduits chez lui à Londres, le 22 juin. Ils lui auraient dit en partant : « C’est un message du gouvernement. »
Fin août, le ministre de l’information émet des directives interdisant la publication des articles de Wajeha al-Huwaider, du quotidien arabophone « Al-Watan » et du quotidien anglophone « Arab News ». Ce geste intervient suite à la parution, fin mai, d’un de ses articles traitant du sentiment de désillusion de certains citoyens saoudiens à l’égard de leur pays et de leur tendance à se tourner alors vers les Etats-Unis.
Mohammed al-Harbi, enseignant, il est condamné à 750 coups de fouet, trois ans et quatre mois de prison, pour « atteinte à l’intégrité de l’islam ».
Mohammed al-Souheimi, enseignant saoudien, est condamné à 300 coups de fouet, trois ans de prison et interdiction d’exercer pour apostasie.

KOWEIT
Ahmed al-Baghdadi, enseignant d’université accusé de « dévalorisation de la religion », « d’insulte ou de dérision envers les préceptes de la religion » ou de « blasphème », est arrêté à plusieurs reprises.
1996 : l’« Arab Times » publie une bande dessinée américaine sur le viking Hagar ; il est représenté en prière et un voix sort des nuages pour dire après un long silence : « Pardon ? » ; une émeute est organisée contre le journal ; ses locaux sont détruits ; le directeur est poursuivi par la foule et reçoit des coups de feu.
2000 (janvier) : Deux femmes écrivains, Leyla ‘Uthman et ‘Alia Sha’ib, sont condamnées à un mois de prison pour outrage aux mœurs et à la religion.

JORDANIE
2000 (février) : Mossa Hawamda, poète, est accusé d’apostasie par un tribunal.

TURQUIE
Turan Dursun, ancien mufti turc devenu athée, est assassiné par les islamistes.
1993 : Assassinat d’intellectuels et de poètes alévis et kurdes dans l’incendie d’un hôtel à Sivas, où une réunion se tenait avec le traducteur des « Versets sataniques » de Salman Rushdie. Le dessinateur satiriste Asaf Koçak, militant des droits de l’homme et adversaire des islamistes, y meurt.
1998 (décembre) : Le journaliste Nuredin Sirin est condamné à vingt mois de prison pour avoir écrit : « Nous devons soutenir les opprimés même s’ils sont athées. »

ALGERIE
1973 : En Algérie, assassinat par des islamistes, du poète Jean Sénac.
1993 : S’ouvre en Algérie une hécatombe des intellectuels et artistes : assassinatsdeDjilaliLiabès(sociologue),AhmedAsselah(directeurdesBeaux-Arts),M’hamedBoukhobza(sociologue),Salah Djebaïli (recteur de l’université Bab-Ezzouar à Alger), Youssef Sebti (poète et écrivain), Abdelkader Alloula (dramaturge et metteur en scène), Mahfoudh Boucebci (psychiatre), Salah Chouaki (inspecteur de l’Education nationale), Azzedine Medjoubi (dramaturge), Dilalli Belkhanchir (pédiatre), AbderahmaneFaredeheb(économiste),FerhatCherkit,YoussefFathallah,Lamine Lagoui, et Ziane Farrah (journalistes)... La liste est douloureusement longue.
26 mai 1993 : Tahar Djaout, écrivain, poète et rédacteur en chef du magasine « Ruptures », est assassiné.
31 juillet 1993 : Merzag Baghtache, journaliste et écrivain, est blessé dans un attentat.
3 août 1993 : Rabah Zenati, journaliste de télévision, est assassiné.
9 août 1993 : Abdelhamid Benmenni, journaliste à « Algérie-Actualités », est assassiné.
11 septembre 1993 : Saad Bakhtaoui, ancien journaliste d’« El-Minbar », est assassiné.
28 septembre 1993 Abderrahmane Chergou, écrivain et journaliste, un des animateurs du FAM (Front de l’Algérie moderne), est assassiné devant chez lui.
2000 : juin : Fatwa de mort contre le réalisateur algérienM.Zemmouri,auteur du film « 100 % Arabica » consacré au raï.

MAROC
1975(18décembre) : Omar Benjelloun,leaderdel’Unionsocialiste desforces populaires (USFP) et directeur du journal « Almouharrir », est poignardé à mort par un groupe faisant partie de La Jeunesse islamique.

FRANCE
1989 : Manifestation à Paris contre « les Versets sataniques ».
1989 (septembre) : demande de saisie des « Versets sataniques » à Paris ; appel rejeté.
1994 (janvier) : « Affaire Claudia Schiffer » qui défile avec une robe sur laquelle sont écrits des fragments de versets coraniques : scandale en France dans les organisations musulmanes et dans les pays musulmans ; Chanel s’excuse, fait brûler les trois robes, exige la restitution de toutes les images de la robe ; son PDG déclare « qu’en aucun cas son respect de la religion musulmane ne l’aurait porté à commettre un sacrilège ou à offenser la communauté musulmane ».

GRANDE-BRETAGNE
1989 : 20 000 manifestants à Londres contre « les Versets sataniques ».

CANADA
Irshad Manji, journaliste et essayiste (« Musulmane, mais libre »), née ougandaise, de parents d’origine indienne, vivant au Canada, est régulièrement menacée de mort.

PAYS-BAS
Theo Van Gogh, cinéaste, est assassiné par un islamiste marocain pour avoir réalisé un film, « Soumission ».
Ayaan Hirsi Ali, députée hollandaise, d’origine somalienne, scénariste du film de Theo Van Gogh Soumission, est menacée de mort dans une lettre poignardée sur le corps du cinéaste assassiné. Cette lettre se termine par :
Je suis certain, O Amérique, que tu périras
Je suis certain, O Europe, que tu périras
Je suis certain, O Hollande, que tu périras
Je suis certain, O Hirshi Ali, que tu périras
Je suis certain, O infidèle fondamentaliste, que tu périras »[/spoiler]





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