Etre Juif

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Etre Juif

Message non lupar GrumpyBear » dim. 8 juil. 2012 16:01

Il y a quelques jours, lors d'une fête d'anniversaire bien arrosée, j'ai discuté avec un jeune homme d'une trentaine d'années, qui se disait juif athée.

Il a ensuite ajouté qu'il faisait partie du peuple juif, vu que sa mère est juive, mais que son propre fils ne l'était pas, étant donné que ça se transmet par la mère.

Je savais que la religion se transmet par la mère chez les juifs, tout comme c'est par le père chez les musulmans...

Mais je me pose une fameuse question : pourquoi quelqu'un qui se déclare athée, se base sur une règle religieuse, pour dire : "un tel est juif, un autre ne l'est pas"...

J'ai essayé de discuter avec cet homme mais il était revenait toujours sur les mêmes arguments, en plus d'être "passablement émeché"...

Si quelqu'un a un complément d'info...


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Re: Etre Juif

Message non lupar yacoub » dim. 8 juil. 2012 16:09

Le judaïsme est à la fois une religion et une nationalité qui se transmet par la mère.

Des juifs athées comme Einstein se sentait quand même solidaire d'Israël.



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Re: Etre Juif

Message non lupar GrumpyBear » dim. 8 juil. 2012 16:13

Yacoub a écrit :Le judaïsme est à la fois une religion et une nationalité qui se transmet par la mère.

Des juifs athées comme Einstein se sentait quand même solidaire d'Israël.

Oui mais à la base, c'est un principe religieux, non? Sa mère n'a jamais mis les pieds en Israël...


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Re: Etre Juif

Message non lupar yacoub » dim. 8 juil. 2012 16:23

Bien sûr que c'est fondé sur le judaïsme, la torah et le talmud

Israël n'existe que depuis 1948 ce qui n'a pas empêché les juifs d'exister au sein de nombreuses nations

Sait on qu'avant l'empire almohade il y avait deux millions de juifs au Maroc ?




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Message non lupar Maried » dim. 8 juil. 2012 17:11



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Re: Etre Juif

Message non lupar Lilith » mer. 11 juil. 2012 10:23

le juif est issu d'un peuple, ce n'est pas une religion...
c'est ce que l'islam jalouse



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Re: Etre Juif

Message non lupar GrumpyBear » mer. 11 juil. 2012 12:15

donc être juif serait un peu une nationalité au delà des frontières, au delà de la carte d'identité mais pour moi, il en est de même pour tous les peuples du monde...

Mon grand-père était Polonais, donc je suis polonaise, mon arrière grand-mère était française, donc je suis française, mon arrière grand-père était hollandais, donc je suis hollandaise... D'autres étaient belges et je vis en Belgique, donc je suis belge

Je ne renie pas mes origines, j'ai même un petit faible pour la Pologne, en me remémorant les bons moments passés là-bas avec la famille, etc. mais pour plus de facilité, je me présente en tant que Belge car je vis en Belgique et il est vrai que culturellement, je me rapproche plus d'un belge que d'un français ou un polonais.

Cela dit, j'ai l'impression que, revendiquer à cor et à cri, c'est un peu vouloir à tout prix se montrer différent des autres...

Attention, j'aime la diversité culturelle mais j'ai l'impression que vouloir se montrer différent à tout prix cache un petit quelque chose...

Ce garçon que j'ai rencontré, qui se déclare juif athée, parce que sa mère est juive, mais que son fils n'est pas juif, m'a semblé vouloir se démarquer, en utilisant le principe "cela se transmet par la mère"... IL utilise donc un principe religieux, ancien, pour se donner une identité, alors qu'il se déclare athée...

Je n'ai aucun souci avec le fait qu'il dise être juif, bien qu'athée, mais ça me gène qu'il déclare que son fils ne l'est pas, et ce même si je suis consciente que la plupart des gens penseront comme lui


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Re: Etre Juif

Message non lupar sofasurfer » mer. 11 juil. 2012 18:13

Le garçon que tu as rencontré et lun peu produit du bourrage de crane communautariste qui monte en puissance depuis le début des années 80.

Chacun peut se dire qu'il est de telle origine ou de telle communauté, il n'y a pas de souci avec cela... Le souci c'est le repli communautariste, c'est à dire le fait de s'imposer et d'imposer des règles a sa communauté , différentes de celles de la société, dans une optique d'exclusivité ou de supériorité par rapport aux autres communautés.

En France, le repli communautariste concerne surtout les noirs, les juifs et les musulmans. Ce communautarisme est créé et alimenté par des association "représentatives", qui ne représentent qu'elles mêmes, et qui , au nom de leur communauté, passent leur temps a quémander, se plaindre, demander des exclusivités pour leur communauté. C'est le cas du CRIF, du CRAN, de l'UOIF... Les associations comme SOS racisme et la LICRA exacerbent ce sentiment d’exclusivité, qui mène tout droit a l'exclusion envers la société...

C'est comme cela que l'on parviens à des gens qui confondent tout, religion ,tradition, appartenance a un pseudo peuple, etc...

En ce qui concerne ton sujet " être juif", pour moi il s'agit d’être croyant ou pratiquant du judaïsme, rien de plus... La notion de "peuple juif" a été inventée de toute pièce par des leaders pro sionistes.
Si tu veux en savoir plus, je te conseille cet ouvrage de Chlomo Sand :

http://www.youtube.com/watch?v=0yjxkHXfJUs


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Re: Etre Juif

Message non lupar yacoub » mer. 11 juil. 2012 20:50

Il ya deux sortes de juifs les sépharades et les askhénazes.
Les uns sont occidentalisés, les autres sont des orientaux ayant vécu ou vivant en pays d'islam
Ainsi par exemple, la polygamie est interdite pour les askhénazees.
Mais pas pour les sépharades.



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Re: Etre Juif

Message non lupar godess » mer. 11 juil. 2012 23:03

Lilith a écrit :le juif est issu d'un peuple, ce n'est pas une religion...
c'est ce que l'islam jalouse
Le judaisme n'est pas une race. C'est une religion basée sur des mythes bibliques. La seule histoire ancienne des juifs se trouve dans la bible. Cette histoire fut écrit par les grecs en environ 200 ans AD.

A l'Université de Tel Aviv, il y a 2 départements d'histoire. Un département avec l'histoire "normale", acceptée à travers le monde, et l'histoire judaïque (de la bible, avec toute référence religieuse ôtée). Et on ne peut pas apprendre les deux car rien à voir. Il est aussi super difficile de prouver que les juifs d'aujourd'hui sont les Israélites de la bible, car il existe beaucoup d'éléments contradictoires. Cependant on ne peut pas les juger, car de toute manière tout peuple a été construit en toute pièce. Le nationalisme est presque aussi néfaste que la religion.



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Re: Etre Juif

Message non lupar Lilith » jeu. 12 juil. 2012 19:55

je suis d'accord avec toi, mais c'est comme ça qu'ils se voient pour beaucoup d'entre eux...comme un truc presque génétique...



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Re: Etre Juif

Message non lupar sofasurfer » ven. 13 juil. 2012 13:55

Lilith a écrit :je suis d'accord avec toi, mais c'est comme ça qu'ils se voient pour beaucoup d'entre eux...comme un truc presque génétique...
Au cours de l'histoire du judaïsme, de nombreux juifs étaient des "mécréants" convertis... Donc cette histoire de peuple juif n'a aucun sens a ce jour.

Je pense que parler de "peuple hébreu" me parait avoir un sens replacé dans son contexte historique... Mais quel sens donne t il au "peuple juif?" Par exemple de nombreux aristocrates russes se sont " convertis" au judaïsme pour émigrer en Israël afin d'échapper au stalinisme...


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Re: Etre Juif

Message non lupar yacoub » ven. 13 juil. 2012 20:47

  • Moi Naïm, 24 ans, futur rabbin d’Algérie


    L’Algérie, pour laquelle ils ont participé à la libération, est leur patrie. Avec les Algériens, ils partagent tout à l’exception de... la religion. Eux, ce sont les juifs d’Algérie. Aujourd’hui, ils continuent encore de se cacher pour mieux vivre. Portrait d’un jeune qui a choisi de sortir de son silence.

    Je n’ai que 24 ans. Mais j’ai déjà passé l’essentiel de ma vie à me cacher. A cacher mon secret, celui de ma famille, de mes semblables. Je suis Algérien. Avec mes concitoyens, je partage le ciel, la mer, la terre, les joies et les tristesses. Mais pas la religion. Aujourd’hui, après des études de droit, je pars à l’étranger pour intégrer une école hébraïque afin d’approfondir mes connaissances et me spécialiser dans l’étude du culte nord-africain et du judaïsme algérien en particulier. Je voudrais devenir le futur rabbin d’Algérie pour qu’enfin, un jour, nous puissions célébrer la foi en hachem sur cette terre, en liberté, dans la sérénité et dans le partage, en respectant les lois de la République et du vivre-ensemble.

    Je m’appelle Naïm et je suis juif toshavim. Je suis né un certain été 1988 à Alger. Il faisait beau. Rien n’indiquait que l’automne allait prendre un dramatique tournant dans la vie tourmentée de mon pays. Malgré cela, ma famille a toujours refusé de quitter l’Algérie et est restée liée à son histoire depuis des siècles. En 1962, alors que de nombreux juifs partaient dans la précipitation, emportés par les bruits qui couraient selon lesquels les juifs seraient tous «massacrés», mon grand-père décida de rester. «Ici, c’est notre terre. Elle a vu naître tes parents et tes aïeuls et nous n’avons nulle part où aller», répétait-il à chaque discussion.

    Mes parents étaient bien tentés de faire leur alya en Israël, mais mon grand-père les en a dissuadés. «En 1963, Israël avait interdit aux Algériens de faire l’alya comme les autres juifs du monde. Le procès intenté au judaïsme algérien et aux juifs d’Algérie en 1963 à Jérusalem était une honte et un mépris envers nous. Sous prétexte que nous n’avons pas fait l’alya en masse et que nous étions particuliers. Mais nous sommes fiers d’être ce que nous sommes. Il ne faut rien espérer des autres. Faisons confiance à nos frères algériens. Promets-moi de rester ici coûte que coûte, mon fils», disait-il à mon père.

    Engagement

    Mon grand-père, à l’époque commerçant à Znikat Laârayass dans La Basse Casbah, aidait ses frères moudjahidine. Son frère s’était même engagé dans l’Armée de libération nationale. C’est un chahid. Aujourd’hui encore, les vieux et les vieilles de La Casbah se souviennent de l’engagement de ma famille dans la Révolution. La France nous a causé du tort, car elle nous a assimilés puis francisés par ce sordide décret Crémieux*. «La France interdisait à nos frères juifs d’être enterrés sur son sol. Avec ce décret, elle voulait nous séparer de nos frères musulmans et nous mettre dans l’embarras», expliquait doctement mon grand-père. Il portait l’Algérie dans son cœur et ne voyait pas d’autres cieux que celui d’Alger. Il était fier d’être Algérien et n’acceptait aucune autre appellation, refusant les étiquettes «juifs d’Algérie», «juifs d’origine algérienne» ou encore «communauté israélite ou juive d’Algérie».

    Il aimait lamhadjab, zlabia et makrout. El Hadj El Anka égayait ses jours et ses soirées. Le chaâbi était sa musique favorite et Edmond Yafil, un de ses grands amis. Mon père, lui, était un homme discret qui avait tout le temps peur. C’était un fonctionnaire ambitieux qui, malheureusement, fut écarté des hautes fonctions de l’Etat à cause de son appartenance juive, découverte après de longues enquêtes d’éligibilité faites par les services de sécurité. Il ne nous a rien appris du halakha. Je me souviendrai toujours de cette anecdote. J’avais 6 ans et un jour que je l’accompagnais à la pêcherie, nous sommes passés devant la grande mosquée de Sahat Echouhada. Des barbus étaient en train de manifester devant la grande mosquée. Je contemplais cette magnifique mosquée blanche, ses ornements, quand soudain, j’aperçus des étoiles à six branches : «Regarde cette étoile, elle est bizarre, elle a six branches !, elle ressemble à celle accrochée au mur de ta chambre !» «Un jour, tu comprendras, mon fils !», me lança mon père, le regard fuyant, après un long moment de silence.

    Pas comme les autres

    Je me souviens de l’école, des premières leçons d’alphabet arabe. Puis des cours d’éducation islamique. Nous commencions à réciter Echahada et la Fatiha. Quelque chose d’inhabituel à mes oreilles. La tonalité était la même, mais les mots étaient différents de ceux que ma mère utilisait pour prier le soir ou le jour de shabbat. Le soir, à table, ma mère me sentit perturbé. Elle me posa des questions, mais je ne pus rien lui dire. J’attendais le moment où je la verrai s’asseoir et prier devant une bougie. C’est à ce moment-là que je compris que ma mère ne récitait pas le Coran et parlait bien une autre langue que l’arabe. Elle faisait son dafayoumi. Devant mon silence obstiné, me croyant hanté par un esprit, elle décida de me soigner avec la parole de Dieu. Elle récita des dafa et jeta de l’eau partout jusqu’à ce que je craque et que je lui raconte : «A l’école, nous avons appris le Coran et comment faire la prière. Mais je t’ai observée et tu ne faisais pas ce qu’on nous dit de faire à l’école !» Elle resta stupéfaite puis éclata en sanglots : «Nous ne sommes pas comme les autres ! Nous sommes juifs, mon fils ! Que Dieu te protège !»

    La mise en garde

    De la petite fenêtre de ma chambre, je contemplais le ciel. Chema Béni Israël, Adonai Elohenou, Adonaie’had (peuple d’Israël : Adonai est notre seul dieu, Adonai est un). C’est notre echahada, à nous, les juifs. Je me suis mis à prier Dieu aux côtés de ma mère. La foi est devenue la priorité de mon existence. Ma mère avait pris le soin de me mettre en garde : je ne devais jamais révéler mon appartenance religieuse. Surtout en cette période. Le 23 janvier 1994, mon oncle maternel nous rendit visite pour nous annoncer le meurtre de Raymond Louzoum. Un opticien juif d’origine tunisienne de l’actuelle rue Didouche Mourad, lâchement assassiné en face de la librairie des Beaux-Arts. Mon père rentra précipitamment de son travail. Il passa la soirée à discuter avec ma mère. Je l’entendais crier : «Non ! Je reste ici ! Je n’irai nulle part ailleurs !»

    Mon oncle revint quelques jours plus tard et m’emmena à la synagogue. Enfin, disons plutôt un local aménagé en lieu de prière. Pendant les années 1990, les juifs d’Algérie étaient obligés de se faire encore plus discrets. C’était risqué en cette période sanglante de l’Algérie. Nous avions l’habitude de prier dans une petite mosquée où l’imam nous avait permis de le faire pour shabbat. J’appris quelques années plus tard que les autorités étaient au courant et qu’elles surveillaient les lieux pour notre sécurité. Nous n’étions pas nombreux et étions dépourvus des accessoires nécessaires à notre office. Mon oncle m’initiait et m’enseignait la tradition juive selon le rite des grands rabbins algériens.

    Protection

    Le 22 janvier 2005, l’avocat Joseph Belaïche fut assassiné. Alger devint morose. Les nouvelles d’assassinats d’intellectuels, de journalistes et d’artistes nous parvenaient chaque jour. Mon oncle reçut la visite de terroristes à son domicile, à Saint-Eugène, qui lui demandèrent de payer la fidya. «Et nous te laisserons tranquille», ne cessaient-ils de lui dire. A force de pression, malgré la résistance de ma mère, nous avons fini par quitter Alger pour Oran. Des gens que je ne connaissais pas étaient venus à la maison pour discuter avec mon père. Mon oncle me révéla quelques années plus tard qu’il s’agissait des autorités sécuritaires. Elles nous avaient conseillé de quitter Alger et de dire aux voisins que nous partions pour l’étranger. D’après mon oncle, les autorités ne voulaient justement pas de ce scénario.

    «Ils ne veulent pas voir les juifs quitter massivement leur pays. Ils se soucient de notre situation et font tout pour nous protéger», me confiait-il. Cet été-là, nous nous sommes donc installés dans un nouvel appartement en plein centre d’Oran. Je découvris alors combien nous formions une grande communauté ! Le reste de ma famille nous avait suivi. Les consignes restaient les mêmes : nous ne devions rien dévoiler. Après un détachement, mon père fut embauché dans l’administration locale. Ma mère, quant à elle, ne sortait plus, sauf pour rendre visite à la famille et aux amis. Nous avons passé beaucoup de temps à Beni Saf, où mon oncle possédait une maison en bord de mer. Chez lui, on faisait shabbat et j’assistai à ma première hayloula. Un moment magique et plein d’émotion. Ma mère me disait : «Ce sont nos traditions, nous devons les vivre pleinement et tu dois les perpétuer à la gloire de Dieu.»

    A la maison, nous parlions l’arabe et le français à force de fréquenter la «communauté» où mon oncle était un des animateurs. Oran était un havre de paix. J’apprenais l’hébreu dans une école clandestine, puis le judéo-arabe, si bizarre et si poétique, puis la Torah. Je vivais alors pleinement ma judaïté. Mais entre mes parents, les tensions étaient de plus en plus visibles. Le doute prit le dessus. Ils se séparèrent et mon père se convertit à l’islam. A la rentrée, je repris le chemin de l’école avec le sentiment d’avoir été abandonné par mon père. Il m’avait caché que j’étais juif.

    Conversion

    Je peux comprendre, mais il a trahi la halakha. A l’école, il m’était difficile de faire face à tant de haine, de mépris et à la négation de tout ce qui est juif. J’appris le Coran malgré moi, même si je respecte cette religion et son enseignement divin, ses valeurs de tolérance et de cohabitation entre les peuples. Mais l’école algérienne forme des xénophobes, des antisémites. Combien de fois ai-je entendu : «Les juifs sont honnis par Dieu.» Ils sont «mauvais», «mécréants», «hypocrites», «sales». «C’est une épreuve parmi d’autres, un sacrifice mon fils», me disait ma mère, qui a toujours été d’un grand soutien. Elle respectait beaucoup ses concitoyens et vivait pleinement son algérianité.

    Un jour, j’ai osé avouer à un camarade de classe ma religion, mais il ne m’a pas pris au sérieux. Pour lui, il était inconcevable que je sois juif. Grâce à ma foi en hachem, j’ai pu passer bien des épreuves, car je continuais, le soir, à fréquenter l’école hébraïque. En réalité, à l’image de la synagogue, cette école avait été ouverte «clandestinement» par le descendant d’une famille de rabbins d’Algérie. On entrait dans ce garage aménagé par une porte discrète située dans une impasse. Un membre de notre communauté faisait le guet et surveillait les lieux. Nos réunions ressemblaient aux réunions secrètes de certaines confréries ! «Nous devons nous protéger. Nous n’agissons pas en secret, mais la situation du pays ne nous permet pas de nous exposer. Il y a trop de dangers. Restez toujours éveillés et discrets», répétait sans cesse notre prof. En 1999, lorsque le président Bouteflika a été élu, un clin d’œil dans son discours a redonné espoir aux juifs d’Algérie.

    Réunions secrètes

    Tante Sarah, Enrico, des hommes d’affaires… allaient enfin pouvoir revenir. Je me souviens avoir vu ma mère pleurer et avoir prié pour que Bouteflika soit béni. Et puis le rêve tourna au cauchemar. Après une campagne haineuse dirigée à notre encontre, Bouteflika fit marche arrière sous les pressions. Nous avons continué à garder le silence, à prier en cachette et à accepter des compromis parfois contraires à notre religion. Comme ce jour où j’ai assisté aux funérailles d’un «vieux» de notre communauté. Discrétion oblige, la dépouille fut amenée la nuit, au cimetière de Tlemcen, dans une ambulance accompagnée d’un fourgon de police, contraire à la tradition juive.

    Cet homme, qui a longtemps soutenu la lutte de Libération nationale, méritait mieux que cela. Cette scène restera gravée à jamais dans ma mémoire. Quand internet est arrivé à la maison, toutes mes premières recherches concernaient l’histoire des juifs d’Afrique du Nord. Je découvris la spécificité du judaïsme algérien, ses pratiques, ses particularités. Je me suis abonné aux cours de paracha, à l’enseignement de la sefer torah. Le site zlabia.com (site officiel de la communauté juive algérienne en Algérie et à l’étranger) me compte parmi les éléments les plus actifs. Je me suis fait plein d’amis juifs en Algérie et à l’étranger, à qui, aujourd’hui toujours, je dis combien je crois en mon pays, pour lequel je nourris beaucoup d’espoir et d’ambition. Je prie hachem matin et soir pour que l’Algérie reconnaisse enfin ses enfants, sa pluralité. Pour qu’elle respecte, comme elle l’a toujours fait, ses minorités, sans distinction. L’Algérie appartient à tous les Algériens. Amen.


    *En 1870, le décret Crémieux accorde d’office la citoyenneté française à 35 000 juifs d’Algérie. Dans la foulée, les colons originaires d’Europe sont aussi francisés. Les musulmans d’Algérie sont maintenus dans leur statut d’indigène.

    Lexique :

    -Hachem : littéralement le «nom», indique un des noms divins.
    -Toshavim : natif, de Tochav, habitant du lieu, natif.
    -Alya : littéralement «ascension», qualifie le «retour» des Juifs vers Israël depuis l’occupation de la Palestine en 1948.
    -Halakha : ensemble des lois, sentences rabbiniques et prescriptions religieuses qui règlent la vie quotidienne des juifs.
    -DafaYomi: récitation quotidienne de la Torah.
    -Dafa : verset de la Torah
    -Hayloula : jour anniversaire de la mort des saints, marqué par des pèlerinages sur leurs tombes et le partage de repas rituels dans les synagogues.
    -Paracha : passage de la Torah lu à l’office du shabbat et des fêtes.
    -Sefer Torah : de «sefer», comme en arabe qui veut dire «livre». Copie manuscrite de la Torah ou Pentateuque.

    Zouheir Aït Mouhoub



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Re: Etre Juif

Message non lupar Maried » mer. 7 nov. 2012 10:54



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Re: Etre Juif

Message non lupar sofasurfer » mer. 7 nov. 2012 11:46



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