Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

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Capricorne
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Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par Capricorne » lun. 30 sept. 2019 19:50

Bonjour

Voilà, je sais que ma demande est un peu spéciale, mais je voudrai savoir si vous connaissez un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet, ou alors quelqu'un qui pourrait me donner surtout la généalogie descendante de sa fille Ruqqaya, le nom de son conjoint de ses enfants, ses petits enfants, etc...

Voilà ce que dit Wikipedia : "Ruqayya (Née vers 601 et morte en 624) (arabe رقية [ruqayya] : élevée) est la deuxième des quatre filles de Mahomet et Khadija. Elle est morte avant son père.

Selon le tome II des Chroniques de Tabari, Ruqayya fut mariée au mécréant Otba (avant la Révélation de 610, ou au plus tard entre 610 et 613).

Otba, aristocrate mecquois, était le fils d'Abu Lahab, devenu l'un des pires ennemis de l'islam après 613.

Par conséquent, Otba répudia Ruqayya sûrement avant 615, sur ordre de son père Abu Lahab qui lui promit une autre femme bien plus noble de La Mecque, en échange de ce divorce1.

Répudiée, Ruqayya épousa ensuite Othman (futur calife). Vers 615, ils s'exilèrent tous les deux en Abyssinie pour échapper aux persécutions de La Mecque contre les musulmans.

Ils revinrent à La Mecque, vers 619 ou 620, où Ruqayya apprit la mort de sa mère Khadija bint Khowaylid2,3.

En 622, Ruqayya participa à l'Hégire. Elle émigra à Médine avec ses sœurs, son père Mahomet et son mari Othman.

Ruqayya mourut à Médine en 624. Cela provoqua un immense chagrin dans la famille de Mahomet qui rentrait de la bataille de Badr4.

Le calife Uthman fut successivement époux et veuf de Ruqayya et de sa sœur Umm Kulthum.

On trouve la forme Rokia en Afrique noire.

Elle a eu pour enfant Abdallah ibn Uthman ibn Affan."

Or je ne trouve aucune information sur cet Abdallah Ibn Uthman ibn Affan.

D'avance merci pour votre aide


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marmhonie
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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par marmhonie » mer. 2 oct. 2019 12:42

L'ADN parlera.
On a tout de Mahomet, ses sandales, sa brosse à dents, son musée, la kaaba, la Mecque, etc.
Il suffit d'un rien pour identifier le mahomet (vous savez que c'était le surnom du Messie chez les juifs ébionites), et comparer.



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yacoub
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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par yacoub » mer. 2 oct. 2019 13:45

marmhonie a écrit :
mer. 2 oct. 2019 12:42
L'ADN parlera.
On a tout de Mahomet, ses sandales, sa brosse à dents, son musée, la kaaba, la Mecque, etc.
Il suffit d'un rien pour identifier le mahomet (vous savez que c'était le surnom du Messie chez les juifs ébionites), et comparer.
Le projet ADN Mahomet
Vous êtes un descendant du prophète Mahomet ? L’analyse génétique d’origine du profil ADN de Mahomet et la recherche des descendants actuels.

Le Prophète Mahomet n’a pas eu de fils ayant atteint l’âge adulte. Sa fille Fatima a épousé Ali, cousin de Mahomet, et a eu deux fils, al-Hassan et al-Hussein. Tous les descendants en ligne purement paternelle de ces deux petits-fils du Prophète sont apparentés au Prophète en ligne paternelle, et partagent donc le profile ADN-Y de Mahomet et de son clan, les Hachémites. La lignée noble des Hachémites remonte à Hachim, l’arrière-grand-père de Mahomet. En font partie aujourd’hui entre autres les dynasties royales du Maroc et de Jordanie.
Image

Un test de deux membres de la famille royale jordanienne a permis de déterminer le profil ADN-Y de leur lignée. Jusqu’à présent seul l’haplogroupe était connu : J1-L859. Le profil ci-dessous fournit un point de référence pour l’appartenance à cette lignée :

Profil ADN de Mahomet

Locus 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
DYS# 393 390 19 391 385a 385b 426 388 439 389-1
Allele 12 23 14 10 13 18 11 17 11 13
Locus 11 12
DYS# 392 389-2
Allele 11 30

Haplogroupe

Les Hachémites appartiennent à l‘haplogroupe J1. Ce groupe est apparu avant env. 16.000 d’années au Proche Orient, venant probablement d’Anatolie ou de Mésopotamie. Puis il a migré vers la Péninsule arabique, où il s’est le plus répandu. On le trouve encore aujourd’hui le plus fréquemment au Proche Orient, en Afrique du Nord, mais aussi en Europe. Le sous-groupe particulier J1-L859 est typique de la Péninsule arabique.
Peuple d’origine et région d’origine

Les Hachémites sont une famille de la tribu arabe des Qurayshites. Cette tribu régnait au temps du Prophète sur la région de La Mecque, à l’ouest de l’actuelle Arabie Saoudite. Le profil ADN-Y confirme cette origine.
Descendants actuellement vivants :

Les petits-fils de Mahomet, al-Hassan et al-Hussein, ont eu de nombreux descendants, et l’origine hachémite est aujourd’hui partagée par de nombreuses familles. Notre projet s’attache à présent à rechercher davantage de descendants de cette lignée. Si vous souhaitez contribuer au projet, veuillez commander l’un des tests suivants :
S C I E N C E S

Le chromosome Y, le chromosome du sexe masculin est transmis du père à son fils; Tous les fils et hommes de la même lignée paternelle ont le même chromosome Y. Quand deux hommes correspondent sur le plan du chromosome Y, cela signifie que ceux-ci sont apparentés sur le plan paternel et partagent un ancêtre commun. Selon le niveau de correspondance (nombre de marqueurs communs), on peut aussi calculer le grade approximatif de parenté.
L I E N S

Profils ADN et haplogroupes des personnes célèbres
DNA could illuminate Islam's lineage
Y-DNA Signature That Might Represent the Prophet Mohammed

Presse

Mes ancêtres phéniciens (16.04.2009, DIE WELTWOCHE)
La généalogie par l'analyse génétique (05.06.2008, Der Sonntag)
Recherche de ses racines (26.01.2008, Mannheimer Morgen)
Nous sommes tous des immigrants (31.07.2007, Migrosmagazin, PDF 400KB)

Détermination les peuples d'origine par iGENEA

Par « peuples d'origine » on entend les peuples de l'antiquité définis non seulement par leur langue, culture et histoire, mais aussi par leur profil ADN particulier. Une analyse génétique par iGENEA vous permettra de déterminer votre peuple d'origine grâce à votre haplogroupe et votre profil génétique. Le résultat concerne la période environ entre 900 av. JC. et 900 ap. JC.

Juifs
Vikings
Celtes
Germains
Basques

Analyse de l'origine et généalogie par ADN: déroulement du test

Un échantillon de salive suffit pour obtenir votre ADN. Le prélèvement de salive est simple et indolore et peut être fait à la maison. Utilisez l’enveloppe accompagnant le set de prélèvement et envoyez les échantillons.



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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par marmhonie » jeu. 3 oct. 2019 10:20

En tout cas, nous descendons d'Abraham. C'est un point de départ...

Image
https://www.youtube.com/watch?v=PykE0uxl28Y



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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par Georges » ven. 4 oct. 2019 14:17

Rien ne prouve l'existence des Adam, Noé, Abraham...



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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par marmhonie » ven. 4 oct. 2019 17:53

Sur Abraham, il y a quelque chose, la vallée où il fut inhumé porte depuis toujours son nom. Quand une légende se fixe dans un endroit précis et n'en bouge pas malgré le passage des civilisations, il y a toujours un fond historique.



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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par yacoub » sam. 5 oct. 2019 17:36

marmhonie a écrit :
ven. 4 oct. 2019 17:53
Sur Abraham, il y a quelque chose, la vallée où il fut inhumé porte depuis toujours son nom. Quand une légende se fixe dans un endroit précis et n'en bouge pas malgré le passage des civilisations, il y a toujours un fond historique.
L’article « Abraham » occupe une place privilégiée dans l’histoire du Dictionnaire philosophique : sous une forme différente, il fut un des premiers textes rédigés par Voltaire à l’époque où le dictionnaire fut conçu à Potsdam, dans ses conversations avec Frédéric II et ses autres invités « philosophes ». Voltaire, dans une lettre à Frédéric à la date incertaine, mais située autour d’octobre/novembre 1752 par Theodore Besterman, le présente en offrande au roi de Prusse :

Je mets à vos pieds Abraham, et un catalogue [1]
[1]Th. Besterman suppose qu’il s’agit du catalogue d’hommes…
. Le père des croyants n’est qu’ébauché parce que je suis sans livres. Mais si Votre Majesté jette les yeux sur cet article dans Bayle, elle verra que cette ébauche est plus pleine, plus curieuse et plus courte. Ce livre, honoré de quelques articles de votre main, ferait du bien au monde. Chérisac [2]
[2]Pseudonyme de Voltaire.
coulerait à fond les saints pères. [3]
[3]D. 5057. III, 817 dans l’édition de la « Bibliothèque de la…

3
« Abraham » appartient donc à la préhistoire du Dictionnaire philosophique et représente indéniablement un des articles « phare » qui ramèneront ultérieurement Voltaire à ce grand projet. D’autre part, et même si ce privilège peut paraître rencontrer le pur hasard de l’ordre alphabétique, « Abraham » constitue l’ouverture du Dictionnaire dans ses premières éditions : le lecteur y est confronté d’emblée à la démolition ricanante d’une des figures les plus prestigieuses de l’Ancien Testament, et on peut penser que sa puissance corrosive et poétique est sans doute égalée, mais peut-être pas dépassée par les meilleurs articles de l’« infernal Portatif » [4]
[4]Lettre de Voltaire à Damilaville du 29 sept. 1764, D 12109.
. L’ajout, en 1765, de la Préface présentant le Dictionnaire comme un « recueil » ou une œuvre collective et du cinglant article « Abbé » privera « Abraham » de son statut de coup de tonnerre inaugural, sans forcément atteindre à un effet d’ouverture plus saisissant. Placé sous orbite de ces deux textes, et même si la virulence d’« Abbé » a peut-être retiré une part de leur savoureuse ambiguïté à ses fausses concessions à l’autorité de la tradition, « Abraham » n’en garde pas moins sa force et acquiert même à certains égards une nouvelle signification. Premier article « signé » du Dictionnaire, présenté comme « tiré de M. Fréret » [5]
[5]P. 9.
, il est en effet, après l’anonyme « Abbé », la première illustration explicite de la polyphonie auctoriale revendiquée par la Préface. D’autre part, alors qu’« Abbé » dénonce la réalité moderne de la vie ecclésiastique, « Abraham » constitue une première et magistrale attaque des textes saints : ces deux articles fonctionnent donc de manière complémentaire, la croisade contre l’Infâme se tournant tour à tour, et en quelques pages, vers les deux fronts de la modernité historique du catholicisme (et plus sourdement du judéo-christianisme dans son ensemble), intolérable aux yeux de Voltaire, et de ses origines fondatrices censées la justifier et la soutenir.

4
L’article « Abraham » a, d’édition en en édition, été l’objet de modifications, et surtout d’ajouts relativement importants. Le texte de La Raison par alphabet figurant dans l’édition au programme ne correspond donc pas exactement à celui que découvrirent les premiers lecteurs du Dictionnaire dans l’édition de 1764, qui se terminait avec l’ironique référence aux « commentateurs » « points du tout pédants » [6]
[6]P. 8, dans l’édition de Raymond Naves et Olivier Ferret,…
qui ont tenté de justifier les aberrations du texte sacré. Le paragraphe suivant – « Au reste […] ce qui n’est pas démontré » – est un ajout de 1765. Et surtout, toute la fin du texte – à partir de « Mais ce qui paraît fort raisonnable » [7]
[7]P. 8.
, soit un petit tiers de l’article définitif – d’une tonalité assez différente, n’apparaît qu’à partir de 1767. Dans cette étude, on envisagera en général l’article dans la continuité discursive de sa version « définitive », mais on ne s’interdira pas à l’occasion de faire intervenir ces strates textuelles « diachroniques ». On se référera aussi au passage à d’autres textes importants de Voltaire portant sur Abraham, et qui entretiennent avec l’article du Dictionnaire philosophique un rapport fondamental : on pense notamment à un chapitre presque contemporain de La Philosophie de l’Histoire et à des développements ultérieurs sur le même sujet dans les Questions sur l’Encyclopédie.

5
« Abraham », premier article à être présenté comme un emprunt à une source « philosophique » du temps – et qui met donc en scène un des ces masques énonciatifs affectionnés par Voltaire – apparaît comme un modèle d’imitation et de détournement « carnavalesque » d’une écriture savante, jouant avec les normes du traité ou de l’article érudit. Cet arrière-plan formel, pour une large part parodique, donne un maximum de force à la mise en scène magistrale d’un affrontement entre deux conceptions de la vérité, qu’on dira pour l’instant, et pour simplifier, « traditionnelle » et « philosophique ». Le récit biblique se trouve ainsi déconstruit et pourtant, et c’est ce que nous montrerons enfin, en même temps « reconstruit » comme « conte expérimental » singulièrement moderne rivalisant en puissance narrative, poétique et symbolique avec le récit de l’Ancien Testament.
Une scénographie érudite

6
En consacrant un article à « Abraham » dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire choisit une des figures les plus importantes de tout l’Ancien Testament, évidemment incontournable dans toute œuvre « alphabétique » même minimale accordant une place importante aux questions religieuses et à la Bible. Ses références en la matière sont par exemple, sur le plan purement érudit le Dictionnaire historique, critique, chronologique, géographique et littéral de la Bible d’Augustin Calmet, et, sur le plan « philosophique » et critique, le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, que nous l’avons vu citer dans sa lettre à Frédéric II. Et il intéressant de signaler qu’un très bref article « Abraham » figurera, peu de temps après le Dictionnaire philosophique, dans La Théologie portative ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne (1768), œuvre alphabétique du baron d’Holbach, imitation de l’entreprise de Voltaire nourrie, elle, par un athéisme radical d’inspiration « spinoziste ». Au-delà de ces ouvrages érudits ou polémiques, on notera que Voltaire connaissait parfaitement le Discours sur l’histoire universelle d’un Bossuet qui fut son « repoussoir » historiographique et qui apparaît comme la référence négative principale de sa propre histoire universelle, l’Essai sur les mœurs. Or, le chef d’œuvre de Bossuet contient un chapitre entièrement consacré à Abraham, évidemment porté par des valeurs et des convictions bien différentes de celles de Voltaire, et dont on peut penser qu’il constitue un autre intertexte majeur de l’article du Dictionnaire. L’énonciateur auquel l’article est attribué rivalise donc en savoir et en érudition avec plusieurs « interlocuteurs » prestigieux et aborde un sujet autour duquel les discours savants se sont multipliés presque à l’infini. Abraham occupe en effet dans l’Ancien Testament une place fondamentale que Voltaire ne rappelle que de manière on ne peut plus insolemment allusive et que Bossuet, au contraire, explique à la fois majestueusement et pédagogiquement à son destinataire princier :

7

Quatre cent vingt-six ans après le déluge, comme les peuples marchaient chacun en sa voie, et oubliaient celui qui les avait faits, Dieu, pour empêcher le progrès d’un si grand mal, au milieu de la corruption, commença à se séparer un peuple élu. Abraham fut choisi pour être la tige et le père de tous les croyants. Dieu l’appela dans la terre de Chanaan, où il voulait établir son culte et les enfants de ce patriarche qu’il avait résolu de multiplier comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer. [8]
[8]Bossuet, Œuvres, éd. abbé Vélat/Yvonne Champailler, Gallimard,…

8
Abraham est donc le « grand patriarche dont l’histoire inaugure celle du peuple d’Israël » [9]
[9]André-Marie Gérard, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont,…
et apparaît comme l’origine sacrée du « peuple élu ». Sa figure sublimée par les textes sacrés est celle d’un fondateur, plusieurs fois promis par Dieu dans la « Genèse » à un destin glorieux :

9

1. Le Seigneur dit ensuite à Abram : sortez de votre pays, de votre parenté et de la maison de votre père, et venez en la terre que je vous montrerai. 2. Je ferai sortir de vous un grand peuple ; je vous bénirai ; je rendrai votre nom célèbre, et vous serez béni. [10]
[10]« Genèse », XII, 1-2, traduction de Lemaître de Sacy, éd.…

10
Et un peu plus loin :

11

15. Je vous donnerai et à votre postérité pour jamais tout ce pays que vous voyez. 16. Je multiplierai votre race comme la poussière de la terre. Si quelqu’un d’entre les hommes peut compter la poussière de la terre, il pourra compter aussi la suite de vos descendants. [11]
[11]« Genèse », XIII, 15-16, p. 18.

12
Enfin, et cette dernière citation conduit à observer comment Bossuet « ramasse » plusieurs images éparses dans le texte biblique :

13

5. Et après l’avoir fait sortir dehors, il lui dit : Levez les yeux au ciel, et comptez les étoiles, si vous pouvez. C’est ainsi, ajouta-t-il, que se multipliera votre race. [12]
[12]« Genèse », XV, 5, p. 19.

14
Or, Voltaire, on le sait, s’acharne avec une vigueur particulière, tout au long du Dictionnaire, et dans la foulée de la brèche décisive ouverte par Spinoza, sur l’idée de peuple élu, élément essentiel de son attaque du judéo-christianisme et de ses fondements. Il ne pouvait donc qu’accorder une place importante à Abraham dans son entreprise de démolition, et confie à une énonciation « postiche » on ne peut plus significative le soin de se charger de cette tâche destructrice.

15
L’article, en effet, est attribué en fin de parcours à « M. Fréret », plus exactement présenté comme un « Article tiré de M. Fréret ». Tiré par qui ? On ne peut que répondre : par l’énigmatique et anonyme auteur de la Préface qui prétend, on s’en souvient, n’avoir « d’autre mérite, et d’autre part à cet ouvrage que le choix » et se présente comme une espèce de compilateur. On voit mal d’ailleurs comment Nicolas Fréret aurait pu participer volontairement au projet du Dictionnaire philosophique, puisqu’il était mort depuis quinze ans [13]
[13]En 1749.
lors de sa première parution, et le texte est donc présenté comme le résultat d’un travail de sélection. Mais si l’attribution est naturellement factice, le choix de Voltaire mérite quelque commentaire : secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Nicolas Fréret apparaît en effet comme un modèle de démarche érudite et critique dans son approche de questions historiques, distinguant avec obstination « fable » et « histoire » et apparaissant comme un véritable spécialiste de ce qu’on appellerait aujourd’hui « mythologie » [14]
[14]Les hommes du xviiie siècle parlent de « fable ». Sur ces…
, ainsi que de complexes questions chronologiques. Jonathan I. Israel, dans sa grande synthèse sur les Lumières radicales [15]
[15]Éditions Amsterdam, 2005 pour la traduction française. Voir…
, l’identifie, à côté de Boulainvilliers son ami, comme une des figures importantes des tendances « dures » des Lumières au début du xviiie siècle et cite un témoignage de Sylvain Marchal inscrivant, en pleine période révolutionnaire, Fréret dans une glorieuse tradition d’athées (ou déistes… ou supposés tels) vertueux : « Studieux Bayle ! Vertueux Spinoza ! Sage Fréret ! Modeste du Marsais ! Honnête Helvétius ! Sensible d’Holbach » [16]
[16]P. 692.
. Il est donc à bien des égards un modèle pour Voltaire et cette signature peut apparaître comme la manifestation d’une « filiation » en même temps qu’une mise à l’abri commode pour le véritable auteur de cet article sulfureux. Fréret avait la réputation d’être antichrétien et d’avoir sourdement œuvré en faveur de positions plus ou moins athées ou déistes, et les philosophes, après sa mort, prirent l’habitude à la fois prudente et ludique de lui « attribuer » quelques-uns de leurs textes les plus hardis, comme l’Examen critique des apologistes de la religion chrétienne (1766) ou une Lettre de Thrasybule à Leucippe (1768). Voltaire se situe donc dans un mouvement de « récupération » du nom de Fréret qui déborde largement son article « Abraham » et concède quelques petits efforts pour rendre cette attribution crédible : on citera notamment la discussion de l’origine troyenne des Francs, sujet traité par Fréret dans De l’origine des Français et de leur établissement dans la Gaule, ainsi que l’essai magistral de « mythologie comparée » qui commence l’article [17]
[17]Qui était toutefois présent avant que l’attribution ne fasse…
, tout à fait dans l’esprit des véritables travaux du grand savant. Si donc l’érudition déployée par Voltaire dans « Abraham » est, bien entendu, la sienne propre, il ne faut pas oublier qu’elle est aussi à penser comme un élément de la mise en scène énonciative, reconstituée et fictive, de cette voix de « masque ». Voltaire, tout en étant véritablement savant, s’amuse à « imiter » une écriture érudite qu’il offre en ironique spectacle au lecteur, et qu’il est parfois bien difficile de prendre au sérieux tant le « badinage » et l’insolence du propos prennent le pas sur la carcasse formelle de discours « expert ». Voltaire n’en est d’ailleurs pas, avec le Dictionnaire philosophique, à son premier exercice de parodie d’écriture érudite, dont les innombrables notes de son poème héroï-comique, la Pucelle d’Orléans, offrent un exemple époustouflant. Au fil des éditions, cet aspect de l’article est considérablement renforcé, en accord avec la polyphonie de façade qui s’est progressivement imposée à l’œuvre. Et les derniers paragraphes du texte, tardivement ajoutés, présentent avec une densité plus nette que le texte initial ce type de procédés.

16
Dans la continuité discursive de sa version « définitive » de 1769, le texte est globalement organisé sur un des modèles canoniques de l’article érudit. Bayle, dans son propre article, commençait directement par une narration des données principales fournies par la Bible, passait ensuite en revue les multiples « fantaisies » entassées par les Juifs, par les Musulmans et par les Chrétiens autour de la figure d’Abraham [18]
[18]Par exemple : « les Juifs lui attribuent le privilège d’être né…
, et rejetait l’essentiel de ses commentaires, parfois fort audacieux, en note. Voltaire, en revanche, encadre son récit pour le moins original de la vie d’Abraham, en amont, d’un paragraphe « savant » inscrivant la réflexion dans le cadre très général d’une évocation des grandes figures « mythiques » de l’humanité remarquée par Sylvain Menant qui parle d’un « éblouissant numéro d’érudition universelle » [19]
[19]Littérature par alphabet : le « Dictionnaire philosophique » de…
, en aval, d’un long commentaire critique sur la question de l’origine du peuple juif. Le récit lui-même est constamment interrompu par de brèves interventions discursives, le but de l’article érudit n’étant pas de simplement paraphraser le récit biblique, mais de lui associer toutes sortes d’apports informatifs et interprétatifs. L’alternance du récit et des remarques savantes donne donc de bout en bout son rythme à l’article, sur un modèle familier aux lecteurs des « dictionnaires » les plus en vue du temps. Et c’est évidemment le heurt entre les conventions érudites formelles et les extravagances et les audaces permanentes du « détail » qui apparaît comme signe majeur du travail de parodie.

17
Du point de vue énonciatif, les articles du Dictionnaire philosophique font souvent surgir de manière inattendue voire provocatrice un « je » incongru et hyper-expressif : on en trouve une seule occurrence dans « Abraham », assez discrète (« Je ne parle ici que de l’histoire profane ») pour être « soluble » dans un discours savant conventionnel, et assez peu différente de celles qu’on trouve chez Bayle (par exemple, en note : « Je ne voudrais pas accuser Philon de s’être contredit » [20]
[20]P. 32.
). Pour le reste, l’article « joue » le jeu d’une énonciation sobre typiquement savante, faisant alterner un « Nous » du type de celui qui apparaît dans la préface (« Nous ne nous adressons ici qu’aux Arabes » [21]
[21]P. 6.
) et des tournures impersonnelles (« Il est difficile de percer dans les ténèbres de l’antiquité (…) »). La façade énonciative d’un discours de savoir relativement objectif et rendant aussi effacées que possible les traces de l’énonçant, pour parler comme Barthes dans le Discours de l’histoire, est donc en surface à moitié sauvegardée, même si cette « objectivité » apparente est continuellement perturbée et menacée.

18
Le « savant » à qui est attribué cet article exhibe son érudition sur plusieurs plans : 1) la connaissance précise du texte biblique qui s’avère à plusieurs reprises suivi de très près. Ainsi, ses « calculs » malicieux sur l’âge d’Abraham quittant la Mésopotamie résultent-ils de la mise en relation de plusieurs passages du texte saint. En XI, 26 : « Tharé, ayant vécu soixante-dix ans, engendra Abraham, Nachor et Aram ». En XI, 32 : « Et Tharé, après avoir vécu deux cent cinq ans, mourut à Haran ». En XII, 1 : « Le Seigneur dit ensuite [22]
[22]Je souligne.
à Abraham : Sortez de votre pays ». En XII, 4 : « Abraham avait soixante quinze ans lorsqu’il sortit d’Haran ». La contradiction est patente, et j’ai cité ici le texte dans la traduction de Lemaître de Sacy que Voltaire pratiquait volontiers. Ailleurs, la Bible est précisément citée, comme dans le cas d’un discours direct d’Abraham à Sara (« Feignez que vous êtes ma sœur (…) » [23]
[23]P. 7.
: Lemaître de Sacy traduit plus sobrement « Dites (…) que vous êtes ma sœur ») ou une énumération des cadeaux du roi égyptien à Abraham pour le remercier de la complaisance de sa « sœur ». Plusieurs critiques – et notamment René Pomeau et Marie-Hélène Cotoni – ont montré que ce type d’exercice de haute voltige érudite repose sur une familiarité réelle et incontestable de Voltaire avec la Bible [24]
[24]Voir notamment, de M.H. Cotoni, « Voltaire et la Bible », Le…
. 2) La connaissance de différentes cultures qui l’amène à proposer à plusieurs reprises un exercice de « mythologie » comparée. Il en est ainsi pour l’ouverture de l’article qui, de manière fulgurante, traite Abraham comme un cas parmi d’autres de grande figure du passé travestie en « fable ». De même, dans un passage ajouté en 1765, l’hésitation sur le nom (Bram, Abraham) et le parallèle avec Zoroastre et Brama relèvent d’une vision qui se veut « panoramique » des cultures humaines. Voltaire puise ici dans un matériau historique largement exploité dans l’Essai sur les mœurs et surtout dans sa future et prodigieuse « Introduction », la Philosophie de l’histoire. 3) La connaissance des sources anciennes, avec, en particulier, deux références à Flavius Josèphe, souvent cité dans le Dictionnaire philosophique et dans les autres œuvres antichrétiennes de Voltaire, qui se réfère très souvent aux principaux historiens de l’antiquité et cite, dans ce registre, dans le Dictionnaire philosophique et dans la Philosophie de l’histoire, à peu près tout le monde. 4) La connaissance, surtout, des « recherches » contemporaines avec lesquelles, en docte soucieux de complémentarité des savoirs, l’énonciateur « dialogue » à plusieurs reprises. Le plus souvent, il s’agit de références très vagues comme celles aux « commentateurs » « fins et délicats » de la fin du texte d’origine, aux « doctes » associant Abraham à Zoroastre, aux « savants » faisant l’hypothèse d’un Abraham « Chaldéen ou Persan ». Dans un cas unique l’autorité invoquée est précise, l’énonciateur s’appuyant sur les travaux de Hyde [25]
[25]P. 8.
, qu’il semble d’ailleurs, si l’on en croit les annotateurs de l’édition du Dictionnaire philosophique de la Voltaire Foundation [26]
[26]I, 297 dans l’édition de référence dirigée par Christiane…
, détourner vers ses propres fins.

19
Enfin, le dernier procédé frappant de cette « scénographie » savante tient à l’aveu de zones d’incertitude dans le savoir ainsi construit, l’énonciateur signalant à plusieurs reprises ses hésitations sur ses propres conclusions ou sur celles des « autorités » qu’il invoque. Ainsi l’assimilation d’Abraham à Brama n’est-elle « pas démontré(e) » [27]
[27]P. 8. Voltaire est beaucoup plus affirmatif dans le chapitre de…
. Ce n’est que « probablement » [28]
[28]P. 8.
et non certainement que la nation juive connut le nom d’Abraham « par les Babyloniens » et ailleurs, puisqu’il est « difficile de percer dans les ténèbres de l’antiquité » [29]
[29]P. 9.
plusieurs « évidences » ne sont en réalité présentées que comme des hypothèses basées sur le vraisemblable et non sur une certitude avérée. Le procédé est très fréquent chez Voltaire et lorsqu’en 1776 il confiera à un « historien » anonyme et postiche le soin de faire sa propre biographie, le Commentaire historique sur les œuvres de l’auteur de la Henriade, il aura soin de lui faire avouer quelques incertitudes sur des détails de la vie de son illustre sujet [30]
[30]Voir sur ce point mon article « Le Commentaire historique sur…
!
La guerre des vérités

20
La critique systématique du texte biblique n’est évidemment pas une originalité de Voltaire, même si le talent qu’il y investit laisse loin derrière la plupart de ses contemporains. Le traité théologico-politique de Spinoza, presque un siècle plus tôt, en posant de manière déjà au moins aussi radicale la question de l’historicité du texte, de son origine « énonciative » au sens à la fois culturel et auctorial, en soulignant des problèmes linguistiques ardus et en suggérant de multiples corruptions au fil des siècles, travaillait à la démolition pure et simple de son autorité et le ravalait au rang de production humaine « historique » parmi d’autres. Les recherches d’un Richard Simon, dont on ne peut que très difficilement remettre en question la piété, n’en avaient pas moins semé le trouble dans les esprits en soumettant l’Ancien Testament et le Nouveau Testament à une critique textuelle « historique » systématique. Pierre Bayle, prince de l’ambiguïté, avait multiplié les « piques » en ce sens dans son Dictionnaire historique et critique et, dans la foulée, des armées de « philosophes » avaient, aux quatre coins de l’Europe, travaillé de plus en plus explicitement, en soulevant des vagues d’indignation, à la dénonciation des impostures et des « fables » du texte sacré. En pleine période de rédaction et de publication des différentes éditions du Dictionnaire de Voltaire, à un moment particulièrement intense d’explosion de la critique philosophique radicale, l’« écurie » du baron d’Holbach lâchait sans relâche un flot ininterrompu de pamphlets et d’études de fond visant à « enfoncer » le clou et à discréditer totalement les textes saints, le tout culminant en 1770 avec la parution du manifeste « matérialiste », Le Système de la nature, qui épouvantera Voltaire et de la cinglante Histoire critique de Jésus-Christ. L’idée maîtresse, chez Voltaire comme chez ses plus illustres devanciers ou ses plus hardis contemporains, est de tout situer sur le plan d’une histoire purement humaine et immanente et, dans le cas particulier de l’article « Abraham », de faire d’un « père des croyants », privé de la transcendance divine censée lui conférer son sens, un fantoche incompréhensible. Deux types de vérité sont donc en conflit dans une espèce de « concentré » magistral de l’esprit des Lumières : celle qui prétend systématiquement émaner de l’autorité et de la tradition, tournée en dérision de manière systématique ; celle qui, s’appuyant sur la « raison » et sur un savoir historique construit, relève d’un effort purement humain d’établissement des « faits ». La démolition de la transcendance en histoire est d’ailleurs au cœur d’une des œuvres les plus importantes de Voltaire déjà mentionnée, l’Essai sur les mœurs, qui s’oppose à Bossuet en racontant une histoire des hommes privée de « Providence » et en contestant systématiquement l’autorité spirituelle de l’Eglise. « Abraham » se situe évidemment dans les perspectives ainsi ouvertes et mène la bataille sur plusieurs fronts.

21
Voltaire dénonce ainsi avec acharnement les inconséquences et les incohérences du texte biblique en essayant d’atteindre à autant de précision que possible dans son travail de destruction que complèteront d’autres articles majeurs, comme « Moïse » contestant à la suite de Spinoza et de bien d’autres philosophes et érudits la paternité du Pentateuque, ou « David », surenchérissant sur Bayle en présentant ce grand personnage vénéré comme un monstre sanguinaire. À titre de comparaison, l’article « Abraham » de la Théologie portative, dictionnaire antichrétien publié anonymement en 1768 par le baron d’Holbach, ne fait que quelques lignes et se limite à quelques insolences qu’on peut juger assez « rudimentaires » par comparaison avec la véritable intimité « négative » avec le texte biblique que Voltaire exploite magistralement dans son article. Voici le texte de d’Holbach, suffisamment bref pour être ici cité in extenso :

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ABRAHAM
C’est le père des croyants. Il mentit, il fut cocu, il se rogna le prépuce, et montra tant de foi que si un ange n’y eût mis la main, il coupait la jugulaire à son fils, que le bon Dieu, pour badiner, lui avait dit d’immoler. En conséquence, Dieu fit une alliance éternelle avec lui et sa postérité, mais le fils de Dieu a depuis anéanti ce traité pour de bonnes raisons que son papa n’avait point pressenties.

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Voltaire, lui, peut-être moins radical sur le plan des idées, mais plus redoutable par le brio éblouissant de sa rhétorique, suit de très près le texte des livres de la « Genèse » en traquant avec un pragmatisme systématique et profanateur toutes les « failles » réelles ou apparentes qui les font apparaître comme contradictoires, invraisemblables et immoraux. Si la Bible est un texte « infaillible » porté par l’autorité divine, comment peut-elle se contredire dans les données chiffrées qu’elle fournit sur l’âge d’Abraham quittant Aram ? Comment peut-elle doter de jeunesse et de beauté une femme arithmétiquement vieille ? Calculs mesquins, peut-être, mais dévastateurs pour qui entend maintenir la fiabilité absolue de chaque élément de la lettre du texte biblique. Et les contradictions du texte sacré sont un leitmotiv obsessionnel de la critique des Lumières, qui s’est particulièrement et redoutablement exercée sur la comparaison des Évangiles, qu’on retrouve dans le Sermon des cinquante aussi bien que dans L’histoire critique de Jésus-Christ. D’autre part, Voltaire oppose à la « vérité » transcendante supposée émaner du récit biblique des schémas de vraisemblance « modernes », tour à tour géographiques, culturels ou psychologiques. Quoique la Bible l’affirme, il n’est pas « vraisemblable » de quitter son pays à un âge aussi étrangement avancé, pas vraisemblable de s’aventurer sans raison apparente dans des déserts, pas « naturel » d’aller sans plus de motifs dans des pays étrangers, dans un monde linguistique différent. À plusieurs reprises Voltaire oppose un récit « vraisemblable » voire « réaliste » avant la lettre aux « vérités » assénées par une tradition autoritaire qu’il a décidé de mettre à terre. Comme le remarque justement Sylvain Menant, qui recense tous les marqueurs de vraisemblance « reconstituée » dans « Abraham », il s’agit, pour Voltaire, d’opposer à la « vérité » invraisemblable de la parole autoritaire une vérité « conforme à la vraisemblance » [31]
[31]Littérature par alphabet : le « Dictionnaire philosophique » de…
. Vidées de la transcendance qui est censée leur donner du sens, les déambulations d’Abraham apparaissent comme une succession d’absurdités qui heurtent le « bon sens » le plus trivial aussi bien que la raison la plus « philosophique », Voltaire essayant de jouer sur les deux fronts. Mais surtout – et ce trait sera considérablement développé dans « David » – Voltaire réduit les motivations d’Abraham à celles d’un homme « normal » et, excluant toute justification « providentielle » sublime, suggère insidieusement la médiocrité « humaine, trop humaine » du personnage et sa moralité plus que douteuse : vénal, menteur, pour ne pas dire proxénète, Abraham apparaît comme un intrigant toujours prêt à tout sacrifier à son intérêt. Sa dégradation au terme du texte est sur ce point complète et la seule conclusion du parcours narratif qui nous est proposé est la richesse toute terrestre d’un ambitieux manipulateur qui a su utiliser les charmes de son épouse pour parvenir à ses fins. Réduit au plan purement humain d’une historicité « ordinaire », le récit de la Bible paraît totalement absurde et son étrange « héros » d’une vertu très fragile. Du coup, le « narrateur » peut se permettre de traiter avec une familiarité un peu cavalière des personnages désincarnés et désacralisés, ce qui est particulièrement perceptible dans un usage insolent et dédaigneux du démonstratif tour à tour associé à Tharé (« ce Tharé vécut jusqu’à deux cent cinq ans ») et à son illustre fils (« On peut dire que cet Abraham devint fort riche du chef de sa femme »).

24
Voltaire s’attaque en outre à la spécificité d’Abraham et fait apparaître son rapport au peuple juif comme un exemple parmi d’autres de constitution par des communautés humaines de « grands ancêtres » plus ou moins légendaires. Ici encore, l’enjeu est de tout réduire à un régime « historique » immanent qui traite cette croyance comme n’importe quelle croyance de n’importe quel peuple et, dans une logique encore héritée de Spinoza, fait apparaître comme simple produit de l’imagination humaine des vérités prétendument « absolues ». L’éblouissante ouverture de l’article traite donc Abraham comme une figure comparable à d’autres personnages « mythiques » qui apparaissent clairement comme « fabuleux » à partir du point de vue des croyances chrétiennes. Un point de vue surplombant fait d’Abraham – et implicitement de toute la Bible – un produit de la même espèce. Un paragraphe ajouté en 1765 enfonce le clou en évoquant des hypothèses qui feraient d’Abraham une déformation ou une « variante » de Brama ou de Zoroastre. Un ajout encore ultérieur va jusqu’à suggérer qu’Abraham ne serait même pas juif et ne serait donc que l’objet d’une « récupération », un ancêtre de « seconde main ». Ici, Voltaire se situe dans un débat central de l’époque classique car les défenseurs de la religion chrétienne ont souvent tenté de sauver la chronologie biblique et le caractère absolument premier des récits bibliques en présentant les grands mythes des autres cultures comme des déformations ou des avatars de ce modèle sublime, originel, qui serait seul porteur de vérité. Aurélia Gaillard, dans sa thèse Fables, mythes, contes (Champion, 1996) évoque plusieurs tentatives tout au long du xviie siècle pour montrer, par exemple, que toutes les langues proviendraient de l’hébreu [32]
[32]Voir p. 51 ce qu’elle dit d’Etienne Guichard.
, que Noé serait le modèle de Saturne, Salomon celui d’Hercule, Moïse celui de plusieurs divinités « païennes » majeures. Jonathan I. Israel montre que cette argumentation reviendra à la charge à la charnière des xviie et xviiie siècles pour répondre aux redoutables insinuations des spinozistes et des libertins [33]
[33]Voir Les Lumières radicales, déjà cité.
. Elle vise à maintenir le caractère absolu des croyances judéo-chrétiennes et à dénoncer le caractère au contraire relatif ou au moins dérivé de toutes les autres croyances. Il ne faut donc pas s’étonner si Voltaire, conformément à toute une tradition « philosophique » militante, s’acharne à la déconstruire complètement par une histoire critique et à montrer au contraire que ce sont d’autres croyances qui sont premières et le peuple juif un peuple radicalement incapable d’originalité et ayant tout emprunté à des civilisations puissantes et rayonnantes. Il n’est pas question ici d’antisémitisme « racial » mais d’acharnement « philosophique » contre l’idée même d’élection du peuple juif pour ruiner la valeur absolue de sa « vérité ». Si peu question d’antisémitisme même que Voltaire emprunte la plupart de ses arguments défavorables à l’idée de peuple élu, tout au long du Dictionnaire philosophique, au chapitre III du Traité théologico-politique et à ses innombrables imitations. Sur ce point particulièrement délicat et souvent mal compris, on se reportera à l’article excellent de Roland Desné, « Voltaire était-il antisémite ? », qui clarifie parfaitement les positions de Voltaire et la place de son anti-judaïsme dans sa croisade antichrétienne [34]
[34]Repris dans Parcours critique, Klincksieck, 1994, p. 115-125.
. Remarquons notamment que la fameuse affirmation à propos des Juifs « nos maîtres et nos ennemis, que nous croyons et que nous détestons » [35]
[35]P. 6.
ne renvoie évidemment pas à la personne particulière de l’énonciateur mais à la communauté entière des chrétiens dans laquelle il s’inscrit avec un mélange sarcastique de feinte obéissance et de constat d’évidence. Ce n’est nullement une déclaration de haine « personnelle » de Voltaire pour les Juifs ! Quoi qu’il en soit, le texte biblique, au terme de ce travail de sape, n’est plus qu’un « document » permettant de tenter de « reconstituer » des pans d’histoire, comme l’épisode des cadeaux à Abraham réduit à prouver « que L’Égypte dès lors était un royaume très puissant et très policé » [36]
[36]P. 7.
– et donc à suggérer que les Juifs doivent tout à L’Égypte, et non l’inverse ! Les Juifs, au départ classiquement opposés aux Arabes, ne sont plus en fin de parcours que des « Arabes parmi d’autres » qui ne se seraient singularisés que par leurs extravagantes prétentions à l’élection divine. Sur ce plan également, le texte met en scène une « guerre des vérités » et oppose les résultats d’une démarche historique uniformément appliquée à tous les peuples et à toutes les cultures à l’idée pour Voltaire aberrante de « peuple élu ».

25
Mais ce qui rend pour une part ce texte véritablement saisissant et formidablement drôle, c’est que loin de ne faire entendre que la voix « philosophique » poursuivant avec ardeur son travail de déconstruction, Voltaire joue magistralement à faire « dialoguer » la voix de l’autorité et la voix de la philosophie en les faisant s’entrechoquer dans la monodie apparente d’une même énonciation. Ainsi le texte est-il parsemé de fausses concessions à la voix de l’autorité et de la tradition qui cohabitent dans un « dialogisme » fulgurant, les tronçons de « voix autoritaire » disposés ça et là apparaissant en contexte comme les éclats absurdes d’une « vérité » entièrement démolie et d’une pensée totalement figée tournée en dérision, qui, faisant de brèves apparitions incongrues, attire l’attention sur l’état de « fossilisation » auquel le texte l’a réduite. Ce procédé est particulièrement remarquable dans le texte original d’« Abraham », et tend à disparaître dans les additions ultérieures qui font retentir de manière plus claire et sans les extraordinaires ambiguïtés de ce qui précède la seule voix de la « raison ». Ainsi, dans le texte « définitif », le dialogue des deux voix laisse en fin de compte triompher totalement celle de la « modernité » et du refus de l’autorité, qui s’impose, si l’on peut dire, sur les décombres de sa rivale.

26
Mais, jusque là, quelle brillante cacophonie ! Dans le premier paragraphe, la vertigineuse mise en perspective d’Abraham dans la pluralité des croyances humaines, qui a d’emblée fait voler en éclat les prétentions du texte biblique à la vérité « absolue », est « ponctuée » d’une feinte soumission à la tradition qui vient précisément d’être ébranlée. L’énonciateur prétend ne se situer que sur le terrain de l’histoire « profane », sans évidemment souligner qu’il n’est pas ici question d’une distinction respectueuse entre deux registres d’histoire qu’on retrouve au début de la préface des Mémoires de Saint-Simon [37]
[37]« L’histoire a été dans tous les siècles une étude si…
, mais d’une « guerre des histoires » où l’Histoire Sainte est mise à mort par sa rivale ! Dans l’élan de cette soumission apparente qui prend en réalité des accents menaçants encore renforcés à partir de 1765 par les imprécations qui viennent tout juste de conclure « Abbé », la voix de l’autorité vient faiblement soutenir la responsabilité du Saint-Esprit dans l’histoire sacrée du peuple juif, mais cette soumission nullement argumentée apparaît comme une caricature grimaçante, et sa conclusion (« nous avons pour elle les sentiments que nous devons avoir ») comme la mise en évidence du fonctionnement tout à la fois absurde et mécanique de l’autorité.

27
De la même manière, le premier mouvement narratif consacré à Abraham, après avoir dénoncé une succession d’absurdités et d’incohérences du texte et du personnage et multiplié les arguments pragmatiques et rationalistes blasphématoires, ne s’en conclut pas moins sur des déclarations parodiques outrées de reconnaissance de la « transcendance » à l’œuvre : « mais Dieu voulait qu’il fît ce voyage (…) L’esprit humain comprend avec peine les raisons d’un tel voyage ». On croirait presque une citation de Bossuet, défenseur par excellence de l’autorité et de la tradition, et qui entonne souvent l’air de la sublimité incompréhensible de la Providence : dans le Discours sur l’histoire universelle, Dieu est en tout cas le sujet de presque toutes les phrases au début du récit consacré à Abraham ; il explique tout et est le seul moteur de toute l’histoire, d’une certaine manière son seul vrai « personnage ». Dans le récit concurrent de Voltaire, Dieu n’intervient qu’in extremis pour sauver, par une transcendance factice et injectée de l’extérieur par une voix discréditée, un récit qui, limité au seul plan humain, semblait hésiter entre l’absurde et l’insignifiance. Et au terme de la narration, d’ailleurs volontairement très lacunaire, de la vie d’Abraham, ce n’est plus à la logique divine mais à celle de ses commentateurs « orthodoxes » justifiant l’incompréhensible par des sophismes que, dans le même élan, l’énonciateur, qui fait leur parodique éloge, feint encore de se soumettre. Le procédé du « choc » des deux voix est, dans des passages très caractéristiques du Voltaire le plus « canonique », miniaturisé dans des raccourcis fulgurants. Exemple parfait : « Le père des croyants fit le même mensonge qu’en Égypte » [38]
[38]P. 8.
. La périphrase désignant traditionnellement et respectueusement Abraham comme « père des croyants » (voix 1, celle de l’autorité) laisse aussitôt la place à la dénonciation de la bassesse morale du personnage (voix 2, celle de la « philosophie » et du « pragmatisme »). De même, un peu plus loin et dans une même phrase, la voix « philosophique » dénonce le caractère « horrible » du désert traversé par Abraham, mais c’est la voix « autoritaire » qui semble continuer à soutenir contre toute logique que Sara serait « toujours jeune et toujours jolie » [39]
[39]P. 8.
. Enfin, dans « La jeune Sara avait quatre-vingt dix ans » [40]
[40]P. 7.
, le choc des deux voix suscite un énoncé totalement absurde. Le texte de Voltaire ne se contente donc pas d’exprimer le conflit entre la passé et le présent, entre la vérité révélée et la vérité construite (par l’historien, par le « philosophe ») : il intériorise dans son style même cette tension explosive et suscite un rire libérateur et/ou profanateur par des effets de discordance et de décalage, par un « dialogisme » (au sens bakhtinien) qui est au cœur d’un véritable théâtre de l’écriture.



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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par Capricorne » lun. 7 oct. 2019 20:44

Je descendrai (je dis bien descendrai) de Mahomet par sa fille Rukkaya. Mais comme je l'ai écrit, rien n'est moins certain. J'ai juste du mal à faire la jonction historique entre Rukkaya et Muzuma. Certains sites de généalogie font descendre Muzuma de Rukkaya, mais Wikipedia ne donne pas les ascendants de Muzuma. Sachant que Wikipedia n'est pas LA référence en matière de généalogie de personnages secondaires d'origine étrangère de cette époque, je souhaite donc m'adresser à un spécialiste.


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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par Capricorne » lun. 7 oct. 2019 20:46

marmhonie a écrit :
mer. 2 oct. 2019 12:42
L'ADN parlera.
On a tout de Mahomet, ses sandales, sa brosse à dents, son musée, la kaaba, la Mecque, etc.
Il suffit d'un rien pour identifier le mahomet (vous savez que c'était le surnom du Messie chez les juifs ébionites), et comparer.
Sa brosse à dents ????? :lollol :lollol :lollol :lollol :lollol :lollol


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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par Capricorne » lun. 7 oct. 2019 20:50

marmhonie a écrit :
ven. 4 oct. 2019 17:53
Sur Abraham, il y a quelque chose, la vallée où il fut inhumé porte depuis toujours son nom. Quand une légende se fixe dans un endroit précis et n'en bouge pas malgré le passage des civilisations, il y a toujours un fond historique.
Dans les Alpes il y a une montagne qui s'appelle "les fesses de Noé". Je doute pourtant que Noé y ait mis les pieds, et à postériori ( :mrgreen: ) encore moins son postérieur.... :lol:


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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par marmhonie » lun. 7 oct. 2019 23:05

Introuvable sur un moteur de recherche. Je ne puis donc que douter.
On trouve des surnoms classiques, "l'homme mort" est souvent en France. Il s'agit de la déformation de l'ormeau mort, un arbre important au Moyen-Age.
Ces lieux dits ne restent pas durant des millénaires.
Dans le cas de Abraham, la Bible est précise. Il est inhumé à Hébron, devenue une ville importante palestinienne de Cisjordanie, dans la région des monts de Judée, au sud de Jérusalem. Il y a aussi le Tombeau des Patriarches, nom donné au bâtiment construit il y a 2000 ans sur les ordres du roi Hérode Ier le Grand au-dessus de la grotte de Machpela où auraient été enterrés Abraham et sa famille il y a 3500 ans.
3500 ans que ce lieu précis porte ce nom, Hébron pour Abraham, parce qu'en hébreu חֶבְרוֹן se prononce Hévron, il y a un fond historique certain. L'archéologie moderne a confirmé.

Idem, le Golgotha est un tout petit rocher en forme de crâne, fendu en deux depuis 2000 ans suite au tremblement de terre qu'on signale à la mort de Jésus en croix. Peu importe si ce petit roche insignifiant fut brisé en deux après, on l'a, la mémoire est intangible depuis 2000 ans autour de ce petit truc insignifiant : il y a forcément un fond historique.

Si vous voulez vous amuser avec des lieux dits aux noms loufoques, il n'en manque pas, cela ne nous intéresse pas car c'est récent.



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Re: Je recherche un historien spécialisé dans la descendance de Mahomet

Message non lu par Georges » mer. 9 oct. 2019 06:02




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