le maroc, quel avenir?

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yacoub
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Re: le maroc, quel avenir?

Message non lu par yacoub » mer. 16 nov. 2016 11:28

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Le Maroc révise l’enseignement islamique


Le royaume marocain a totalement revu cette année ses programmes d’éducation islamique.
La réforme vise à mettre en pratique « l’islam du juste milieu » prôné par Mohammed VI.
Alors que les djihadistes français de Daech ont annoncé qu’ils allaient diffuser des cours de religion deux fois par semaine sur leur radio, la lutte contre l’extrémisme passe plus que jamais par l’éducation.

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Le cours de pratique religieuse au collège puise ses exemples dans différents aspects de la vie quotidienne.


« La leçon d’aujourd’hui porte sur la pratique religieuse” », annonce le professeur Abdeslam Jilary. Les élèves de deuxième année du collège public Mansour Eddahbi de Casablanca ouvrent leurs manuels flambant neuf d’éducation islamique, une matière obligatoire pour tous les élèves marocains. « Nous allons voir aujourd’hui comment cette pratique doit s’appliquer concrètement, poursuit l’enseignant. Mais d’abord, qui veut lire le verset 104 de la sourate Al Kahf (La caverne) ? » Les doigts se lèvent, puis un élève commence la psalmodie du Coran.

Abdeslam Jilaty en interprète ensuite le texte : « Être un bon croyant ne consiste pas seulement en la pratique de la prière et du jeûne. Le musulman doit par exemple s’occuper des animaux, protéger l’environnement, rechercher la justice sociale, assurer la sécurité… Et, par son comportement, il doit s’attirer la sympathie des autres hommes. Alors il sera plus près de notre Dieu. »


> A lire : « La recherche sur les textes de l’islam est indispensable pour contrer l’extrémisme »

Différencier la vérité des rumeurs

Le cours de deux heures, qui s’appuie sur le Coran et les hadiths (actes et paroles du prophète Mohammed), passe alors aux exemples pratiques. Ceux-ci sont puisés dans plusieurs aspects de la vie, y compris les plus modernes. Une leçon ultérieure apprend par exemple à différencier la vérité des rumeurs, « comme le recommande le prophète ». Le manuel conseille alors de ne pas partager n’importe quoi sur Facebook et autres réseaux sociaux.

Pour les élèves, qui ont ici 13 ou 14 ans, le cours n’a plus rien à voir avec ceux de l’an dernier. Ils suivent un nouveau programme d’éducation islamique, réalisé en quelques mois seulement sur instruction du roi Mohammed VI. Le souverain met ainsi en application les recommandations de la Déclaration de Marrakech sur les droits des « minorités » religieuses dans le monde islamique, publiée en janvier dernier. Des dizaines de responsables musulmans du monde entier demandaient en effet de revoir les programmes d’éducation religieuse pour combattre l’extrémisme.

« Il faut développer l’esprit critique »

« Le nouveau programme reflète l’islam tolérant, qui est celui de l’État marocain », indique Fouad Chafiqi, directeur des programmes au ministère de l’éducation nationale marocain. Auparavant, les sourates étaient apprises par cœur, de manière linéaire. Chaque cours est désormais consacré à une thématique. « Les versets coraniques sont choisis selon leur pertinence et selon l’âge de l’enfant », poursuit le fonctionnaire. Le nouveau programme est censé aussi n’utiliser que les hadiths les plus « forts », c’est-à-dire considérés comme étant « très certainement authentiques ».

Pendant des années, l’islam rigoriste venu de la péninsule arabique a pris ses marques au Maroc, mais le roi Mohammed VI veut faire du Maroc un modèle d’« islam du juste milieu ». Si le pays fait figure d’îlot de stabilité dans une région en proie au djihadisme, il fournit aussi l’un des plus gros contingents de djihadistes : plus de 1 500 Marocains combattraient en Syrie et en Irak. Les autorités affichent donc leur volonté de s’attaquer aux racines du problème. « L’enseignement islamique n’est pas contextualisé. C’est de l’endoctrinement », s’inquiète Mohamed Sghir-Janjar, président de la fondation Abdul Aziz à Casablanca, qui organisait les 23 et 24 septembre un colloque international sur l’éducation religieuse. « La réforme semble en revanche s’orienter vers plus de cohérence avec l’âge de l’enfant et son contexte social, poursuit-il. Mais il faudra s’assurer que les professeurs l’acceptent. Beaucoup sont nourris de télévision moyen-orientale, qui offre les discours sur l’islam les plus agressifs. Comment s’assurer qu’ils ne les ressortiront pas en classe ? »


Abderrazzak Drissi, secrétaire général de la fédération nationale de l’enseignement, regrette de n’avoir été ni informé, ni consulté sur cette réforme. « Mais nous sommes d’accord sur le principe », précise-t-il. Ce syndicaliste prône même la transformation de l’éducation islamique en éducation religieuse pour l’ouvrir à d’autres religions. Le ministre de l’éducation nationale avait semblé soutenir cette évolution mais a fait machine arrière, cet été, devant les protestations de l’association des professeurs d’éducation islamique. Mohammed Sghir-Janjar espère de son côté que les réformes se poursuivront : « La religion est partout dans la société, il est difficile de l’extraire, de l’isoler. Il faut une réforme en profondeur du système éducatif, de la recherche scientifique. Une théologie nouvelle. En somme, il faut développer l’esprit critique, l’autonomie, le comparatisme. »


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Les manuels scolaires expurgés des mentions « discriminatoires »

L’opération n’a pas la même portée que la réforme de l’éducation islamique mais elle a concerné cette fois les manuels de toutes les matières. Avant la rentrée, le ministère de l’éducation nationale a fait la chasse aux discriminations présentes dans 364 manuels homologués, 147 d’entre eux étant épinglés. Discriminations de genre, de handicap, de géographie… ont été supprimés. Les manuels de maths représentaient, par exemple, presque uniquement des garçons. Un manuel d’arabe dépeignait, lui, un aveugle en mendiant. « C’est la moindre des choses, commente le président de l’ONG de défense des droits de l’homme, Fettah Bennani. Il faut aussi surveiller les questions du bac, qui posent parfois problème. »

Rémy Pigaglio, à Casablanca (Maroc)




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Re: le maroc, quel avenir?

Message non lu par yacoub » mer. 28 déc. 2016 12:28

Au Maroc, un manuel scolaire affirme que la philosophie est « contraire à l’islam »

Les professeurs de philosophie du royaume sont mobilisés contre une révision de manuels scolaires qui visait pourtant à enseigner un « islam tolérant ».

Par Ghalia Kadiri (contributrice Le Monde Afrique)


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Fresque de Raffaello Sanzio présentant Averroès, penseur majeur de la philosophie musulmane et commentateur d’Aristote.
En découvrant les nouveaux manuels d’éducation islamique, les professeurs de philosophie marocains ont eu un choc. Au chapitre « Philosophie et foi » de « Manar at tarbia al islamiya », un ouvrage d’enseignement religieux destiné aux élèves de première, la philosophie est définie comme « une production de la pensée humaine contraire à l’islam » et « l’essence de la dégénérescence ». Le choc a été d’autant plus important que ce manuel scolaire a été réédité fin octobre 2016 dans le cadre d’une réforme de l’enseignement islamique visant à promouvoir « un islam tolérant ». « Le résultat de cette révision est médiocre, estime Mounir Bensalah, militant du Mouvement démocratique Anfass. C’est encore plus décadent qu’avant ».
« Nous sommes revenus dix siècles en arrière »

Réunis au sein de l’Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP), des professeurs ont organisé des sit-in du 21 au 23 décembre dans plusieurs lycées à travers le royaume pour dénoncer des contenus « diffamatoires », qui nuisent à leur matière, obligatoire au Maroc et enseignée dès la seconde. « Les leçons inculquées dans ce livre vont tuer la liberté de pensée », avertit Aidda Lakhlif, professeur de philosophie dans un lycée d’Assa-Zag (sud) et membre de l’AMEP. « Nous avons cru que la haine de l’Etat envers la philosophie était révolue. Mais nous sommes revenus dix siècles en arrière », regrette l’enseignant.

Lire aussi : « Si le Maroc veut être en Afrique, il faut que l’Afrique soit au Maroc »

Le manuel scolaire s’appuie sur les propos d’une grande figure du salafisme du XIIIe siècle, Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri, qui aurait décrit la philosophie à l’époque comme « le summum de la démence et de la dépravation », provoquant « l’angoisse et l’errance, l’hérésie et la mécréance ». Faker Korchane, journaliste spécialisé dans les questions religieuses, dénonce ce choix :

« Aujourd’hui, dans l’islam sunnite, l’idée d’imitation se développe de plus en plus. Les élèves sont incités à suivre à la lettre des textes très anciens, sans réflexion critique. On crée ainsi des automates qui risquent de développer par la suite un terreau fertile à une pensée exclusiviste et militante. »

D’autres passages enseignent aux élèves marocains à faire la distinction entre les sciences religieuses et les sciences profanes, parmi lesquelles les mathématiques, la physique ou les sciences de la vie et de la terre. Un schéma très proche des concepts utilisés dans le courant wahhabite. « Affirmer que les sciences humaines sont contraires à la religion encourage l’obscurantisme, met en garde M. Korchane. Ce passage fait croire aux élèves qu’ils ne peuvent pas être à la fois rationnels et religieux. C’est très dangereux, car cela peut amener à une lecture rigoriste de l’islam, avec tous les risques que ça engendre. »
« Ce n’est pas un enseignement doctrinal, les élèves sont incités à réfléchir, non pas à épouser une seule doctrine. Nous voulons mettre en place un débat social dans les classes ». Fouad Chafiqi, responsable de la révision des manuels scolaires au ministère de l’éducation nationale
« Islam du juste milieu »

De son côté, le ministère marocain de l’éducation nationale dénonce un « procès d’intention ». Face à la polémique, il a fait savoir le 19 décembre dans un communiqué que l’ouvrage ne sera pas retiré des écoles, malgré la requête de l’Association marocaine des enseignants de philosophie. « Les passages ont été sortis de leur contexte, se défend Fouad Chafiqi, directeur des curricula au ministère de l’éducation nationale. Nous avons fait le choix de mentionner Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri mais ce texte est donné comme objet de réflexion. Ce n’est pas un enseignement doctrinal, les élèves sont incités à réfléchir, non pas à épouser une seule doctrine. Nous voulons mettre en place un débat social dans les classes. »

Lire aussi : Au Maroc, un petit guide de « survie » à usage des homosexuels confrontés à la police

Fouad Chafiqi, 55 ans, diplômé de l’Ecole normale supérieure de Rabat et docteur en Sciences de l’éducation de l’université Bordeaux 3, a été chargé en février 2016 de mener la refonte des programmes d’éducation islamique. En sept mois, 29 manuels ont été réédités. « Je regrette que quelques lignes sur les 3 252 pages homologuées gâchent tout le travail positif qui a été fait », poursuit le directeur qui se dit personnellement « absolument convaincu que l’enseignement de la philosophie est nécessaire, comme d’ailleurs toutes les sciences humaines et sociales ». Avec une réserve, cependant : M. Chafiqi estime que ces enseignements doivent « apprendre [aux élèves] à philosopher au lieu d’apprendre les citations philosophiques par cœur ».

Le roi Mohammed VI s’était en effet engagé, lors d’un conseil des ministres, le 6 février à Laâyoune (Sahara), à réviser les programmes d’enseignement religieux, une des matières les plus controversées du système éducatif marocain, enseignée de la primaire jusqu’au baccalauréat. Le souverain affirme vouloir promouvoir un « islam du juste milieu ». Le ministère de l’éducation nationale avait alors formé une commission chargée d’expurger les manuels scolaires des textes qui pourraient renvoyer à une lecture rigoriste de l’islam. Dans les nouveaux ouvrages, les discriminations de genre, de handicap ou de géographie ont été supprimées. Mais la réforme s’est heurtée à l’hostilité des milieux conservateurs et salafistes. L’appellation « éducation islamique », qui exclut les autres confessions dans son enseignement, devait notamment être remplacée par « éducation religieuse ». Les professeurs d’éducation islamique s’y étaient eux-mêmes opposés.



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