Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

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Amada
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Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par Amada » mar. 17 févr. 2015 10:55

Je trouve cet article très intéressant:

Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc a débattu du coran à la lumière des sciences sociales

http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/ ... mg00000005


"Connais-toi toi-même" (Socrate)
Mon forum des apostats de l'islam:
http://apostats-de-lislam.xooit.org/index.php


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yacoub
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Re: Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par yacoub » mar. 17 févr. 2015 16:21

  • Ce que M. Benzine et M. Arkoun avant lui n'arrivent pas à avouer (ou à comprendre ?) c'est que, justement, Mahomet est fascinant pour tous les musulmans par son HISTOIRE glorieuse, par ses conquêtes féminines et territoriales.

    C'est parce que son HISTOIRE est faite de butin qui le faisait bien vivre ainsi que son harem surabondant (jusqu'à onze femmes à la fois). C'est parce que son HISTOIRE nous raconte qu'une de ses razzias lui a permis de coucher juste après la bataille avec une belle femme juive dont le mari, le père et la famille venaient d'être décimés que ce personnage ignoble fascine les musulmans et met leur imaginaire en excitation morbide et en érection.

    C'est parce que l'HISTOIRE de Mahomet nous raconte qu'il a accepté qu'un homme musulman répudie sa jolie femme (que Mahomet avait vue en petite tenue), afin que le prophète l'épouse.
    C'est parce que l'HISTOIRE de Mahomet nous apprend que l'homme qui s'est vu répudier sa femme pour qu'elle couche avec le prophète n'était autre que le fils adoptif de Mahomet que les musulmans sont fascinés par cet être exceptionnel, même s'il est ignoble, à qui le Ciel ou la Providence, permet de pratiquer l'impensable et même l'inceste.

    Autrement dit : Mahomet n'est pas très différent des rois d'Egypte, d'Afrique, de Judée et de Samarie, qui, eux aussi, pratiquaient des infamies pour montrer que la Providence, le Ciel les avait élus et en a fait des êtres hors du COMMUN.

    C'est parce que l'HISTOIRE de Mahomet nous raconte qu'il est hors du commun qu'il est justement craint et vénéré : sacré !
    En résumé : MM. Benzine et Arkoun se gargarisent de Sciences sociales, mais n'expliquent jamais aux musulmans que c'est parce que l'HISTOIRE de Mahomet est monstrueuse, comme celle des rois juifs, égyptiens et africains qu'ils sont considérés comme des êtres exceptionnels.
Pascal Hilout



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Re: Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par yacoub » sam. 10 oct. 2015 19:19

  • Rachid Benzine: "Orphelin de son histoire, l'islam contemporain s’ouvre à tous les délires"


    Les portes de l’interprétation de l'islam sont ouvertes
    Islam : rouvrir les portes de l’interprétation
    Le djihadisme européen reflète la crise du politique

    Opinions Islamologue et chercheur associé à l'Observatoire du religieux, Rachid Benzine enseigne à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence ainsi qu’à l’UCL. Ce Franco-Marocain fait partie de cette nouvelle génération d'intellectuels qui prône un travail critique et ouvert sur le Coran à l’aune des outils issus des sciences sociales. Auteur de "Les Nouveaux penseurs de l’islam" et "Le Coran expliqué aux jeunes" , Rachid Benzine est l’Invité du samedi LaLibre.be

    Extraits :


    Dans le Coran, on retrouve des versets particulièrement violents. Êtes-vous d’accord avec les intellectuels qui préconisent une réinterprétation de ce texte sacré ?

    Comme tous les textes sacrés des grandes religions vivantes, le Coran est constamment en réinterprétation même si les croyants n'en ont pas conscience. Concrètement, ce sont les croyants de chaque époque qui font parler les textes et qui leur donnent du sens en fonction de leur époque et de ses enjeux. Des croyants habités de pulsions violentes prendront les passages qui les intéressent pour satisfaire leurs pulsions, alors que les pacifistes prendront les passages pacifiques. Les mystiques, eux, prendront les passages qui leur semblent de nature à soutenir leur perception spiritualiste du religieux. L'islam n’est pas une entité intemporelle, mais ce que les croyants de chaque époque en font. Finalement, chaque croyant proclame sa propre vérité et la jugera comme seule valide. Ce n'est d'ailleurs pas une originalité, car c’est pareil avec tous les textes sacralisés, qu’ils soient religieux ou pas.

    Que répondez-vous à ceux qui dénoncent "les violences inhérentes à l’islam" ?

    Le problème est qu'en dehors d'une approche qui historicise les textes, qu’ils soient dans le Coran ou l'Ancien testament, ceux-ci peuvent être pris pour argent comptant dans un contexte de crise, de frustration et de violence comme aujourd'hui. Il ne faut surtout pas parler d'une violence inscrite dans l'islam. En quinze siècles d'histoire, l'islam a été tout et son contraire dans les situations les plus variées, avec des moments de grande ouverture interculturelle et des moments de fermeture puis à nouveau d'ouverture. Il est évident qu'une culture et une religion n'auraient jamais pu avoir une telle durée en s'appuyant sur les idéologies de la violence de Daech. Les djihadistes actuels sont les fils du présent pas du passé. On retrouve aussi énormément de violences dans l'Ancien Testament, car il s'inscrit dans une durée historique beaucoup plus longue. Si les circonstances politiques et idéologiques s'y prêtaient on pourrait tout aussi bien tuer au nom de Yahvé qu'au nom d'Allah.

    (...)

    Comment peut-on réinterpréter les versets les plus violents ?

    Les passages violents des textes sacrés doivent être ramenés à leur contexte d'origine. Tous les textes sacralisés qui sont entrés dans l'histoire ont des passages violents qui sont l'écho et souvent la surenchère de moments historiques particuliers et donc conjoncturels. Il est donc tout à fait important de se donner une connaissance historique de ces moments dont la violence n'est pas en soi transposable, d'autant plus qu'à travers le texte, on n'accède qu'à la parole violente et non à ce qui s'est réellement passé. Une parole violente peut chercher à compenser une action qui ne parvient pas à se réaliser. C'est souvent le cas dans le Coran quand l'adversaire est anathémisé mais voit son sort remis au Jugement dernier, une manière d'avouer qu'on ne peut rien faire sur le champ. Le discours violent peut refléter une impuissance à agir dans l'immédiat plutôt qu’un acte physique. A ce titre, les idéologues non musulmans qui utilisent ces mêmes versets pour dénoncer une prétendue essence violente de l’islam s’enferment – en miroir – dans une lecture totalement anhistorique et non pertinente.

    Comment peut-on expliquer aux jeunes musulmans qui se radicalisent que les textes religieux d’un autre temps ne justifient pas certains actes violents aujourd’hui ?
    (...)

    Les musulmans ont-ils raison d’affirmer que les attentats n’ont rien à voir avec l’islam, alors que les terroristes les font au nom d’Allah ?
    (...)
Source



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Re: Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par yacoub » sam. 6 févr. 2016 17:45

https://blogs.mediapart.fr/mustapha-che ... -fourvoyes
La crise du monde moderne, l’islam et les intellectuels fourvoyés
5 févr. 2016 par Mustapha Cherif
Blog : Le blog de Mustapha Cherif
Des chercheurs tentent de répondre à la crise du monde moderne. Nous vivons une fin de civilisation. Une autre modernité attend d’être pensée. Pour identifier et relever les défis complexes de notre temps et sortir des diversions et fourvoiements, le dialogue entre l'Occident et l'islam est-il une voie?
La crise du monde moderne,
l’islam et les intellectuels fourvoyés
Par Mustapha Cherif
Des chercheurs tentent de répondre à la crise du monde moderne, en multipliant les concepts : « postmodernité », « transmodernité », « deuxième modernité», «hyper-modernité ». Nous vivons une fin de civilisation. Pour pouvoir identifier et relever les défis complexes de notre temps, il faut dialoguer. Une nouvelle modernité est le défi pour les intellectuels d’Orient et d’Occident.
Qu’appelle t-on modernité ? Telle qu’elle existe, elle est ambivalente. Elle produit du progrès, de l’efficience, de l’émancipation, mais favorise des iniquités, des déséquilibres et des violences. La modernité depuis trois siècles se fonde principalement sur trois critères : la raison instrumentale, pratiquée comme technoscience, le capitalisme mis en œuvre comme libéralisme et la sécularisation, areligieuse, voire antireligieuse.
Le choc des civilisations, une diversion
Alors que les civilisations sont liées et que le dialogue est la voie pour faire lien et relever les défis, il y a un quart de siècle, Francis Fukuyama dans « La fin de l’histoire » décrivait cyniquement l’islam comme un « grain de sable » qui empêche l’hégémonie du libéralisme marchand et Samuel Huntington parlait de « Choc des civilisations ». Pourquoi cet acharnement ?
L’islam représente la version du monde qui résiste à la sortie de la religion de la vie et à la marchandisation du monde ; même si des régimes «islamiques» s’engouffrent dans le libéralisme sauvage et que des dérives dramatiques, fabriquées et amplifiées, le fondamentalisme violent, prolifèrent. Comme l’a dénoncé L’Émir Abdelkader l’Algérien : «Le musulman est parfois une manifestation contre sa religion. » Les pays musulmans doivent se remettre en cause et assumer leurs responsabilités pour reprendre une place digne dans le monde.
Les principes bien compris de l’islam peuvent contribuer à faire face aux défis et non à susciter le désordre et l’obscurantisme. A juste titre, Jacques Derrida écrit : « L’islamisme n’est pas l’islam, ne jamais l’oublier » et Jacques Berque « L’islamisme est contre l’islam ». Le dénigrement de l’islam est une diversion et un fonds de commerce. C’est une islamophobie ancienne, un orientalisme débridé, comme l’a démontré Edward Saïd. L’islam a orienté vers le vrai, dialogué avec les civilisations de l’antiquité, produit une civilisation universelle et contribué à la renaissance européenne. Notre temps actuel obscur ne peut occulter mille ans de luminosité et de scientificité.
Alors que nous avons besoin les uns des autres pour rouvrir l’horizon, préserver les acquis, corriger les dérives et rechercher une civilisation universelle, l’islamophobie, diversion aux impasses de notre temps, bat son plein. De nombreux pouvoirs détournent le mécontentement de leurs populations contre d’autres. Diviser pour régner est une vielle recette. La fabrique de l’ennemi interne ou externe, le bouc-émissaire, a toujours fait des ravages.
Aujourd’hui, au cœur de la crise permanente et du non règlement de la question palestinienne symbole du recul du droit et des murs érigés, la politique islamophobe en est le prolongement. Des intellectuels, sans certification en matière de théologie musulmane, prétendent parler en islamologues. Ils tentent de faire croire que le Coran et le Prophète sont antimodernes.
Combattre le fanatisme, critiquer la religion en elle-même et passer au crible la tradition pour chercher à comprendre, ou réformer, est légitime. Cependant, sciemment, les islamophobes ne discernent pas entre les sources fondatrices et les lectures arbitraires, entre la révélation et les constructions humaines.
Le Coran appelle à penser et à s’opposer à son instrumentalisation : « Ne réfléchissez-vous donc pas? » (6-122.) Cela implique de ne pas l’aborder comme une archive morte, ni de voir en lui, de façon choquante, contre toute vérité historique et scripturaire, une essence du fanatisme. Ni Descartes, ni Voltaire, ni Marx n’ont cultivé cet amalgame, tout en sachant que la religion peut devenir une borne.
Lire le Coran à la lumière de l’évolution, énoncer et renouer avec la pensée libre est vital. D’autant que l’instrumentalisation arbitraire de versets, qui appellent à l’effort, à l’usage de la force et à la légitime défense, induit des contre-sens et des comportements déviants. Cela a pour conséquence des tragédies.
Des adresses au monde entier, par des savants musulmans, existent pour contrebalancer la propagande des fondamentalistes et celle des islamophobes. Mais leur visibilité est faible.La propagande islamophobe, expression d’un vide de la pensée et d’une stratégie de diversion, cache les impasses politiques, les situations critiques, les dysfonctionnement du vivre ensemble national et mondial, qui suscitent l’exacerbation des extrêmes et des folies de tous bords.
Rien ne peut justifier l’extrémisme. La religion est un masque. Pourtant, une frange d’intellectuels nie le caractère nouveau du phénomène transnational et hybride de l’extrémisme violent et la complexité des causes. Elle prétend que le fanatisme est dans l’essence de la religion. Elle accable les musulmans et exonère l’hégémonie des puissants des souffrances, humiliations, discriminations. La stigmatisation des musulmans est flagrante.
C’est du délire que d’affirmer que l’extrémisme est un islam contre un autre islam, une guerre de l’islam avec lui-même, un conflit entre deux lectures du Coran. Par-delà la pluralité des écoles théologiques et l’inépuisabilité du sens, notamment de par la spécificité et la richesse de la langue arabe, une lecture attentive du texte et quinze siècles d’histoire prouvent que la ligne du Coran est celle de la mesure, du juste milieu, de la contre-violence.
La confusion absurde entre islam et extrémisme occulte les causes géopolitiques, mafieuses, socio-économiques, psychiques, l’ignorance, le «malaise dans la civilisation » dont parlait déjà Freud. Comment imaginer que la propagande qui met l’accent sur le culturalisme soit encore crédible ?D’autant qu’existe des travaux sérieux, de penseurs qui analysent du dedans les causes du désordre et les impasses de l’histoire des Occidentaux, dominants depuis trois siècles, en tant qu'elle nous a tous conduits à une situation préoccupante.
La critique des politiques, des forces économiques occidentales et de l’état de l’Orient, occupe une place importante dans les textes, si peu dans les médias. Des intellectuels conséquents s’interrogent sur les causes des malheurs de notre temps, récusent les attaques islamophobes et les approches culturalistes. Le souligner c’est en tenir compte et redonner espoir.
Le Coran, livre ouvert par excellence, qui exige le respect du pluralisme, a été source d’une civilisation fraternelle. Il est une guidance, pour ceux qui ne sont ni sourds, ni aveugles. Il responsabilise. Inépuisable, il finalise l’histoire du salut, éveille et vise l’existence. Bien reçu, il permet de sortir de toutes les formes d’idolâtries, d’illusions, et de maîtriser les pulsions négatives. Nul n’est immunisé contre l’égoïsme, les troubles psychiques, et les déviances. La lucidité n’est pas donnée d’avance, mais l’islam, par les repères qu’il donne et les liens qu’il crée, permet de prévenir, de guérir, de se dépasser.
Il ouvre aussi la possibilité de percevoir l’unité de l’humanité, au-delà de la multiplicité, ainsi que l’accord universel par-delà les divergences. Il appelle à distinguer, à discerner et à articuler la foi et la raison, le permanent et l’évolutif, l’un et le multiple. Ce n’est pas un hasard que le premier mot révélé soit « Lis » ! Pour le Coran, le cosmos et l’homme sont aussi des livres.
Notre civilisation commune est judéo-islamo-chrétienne et gréco-arabe. Nul n'est monolithique, ni n’a le monopole de la vérité. En islam il y a une pensée de l’être capable de forger des êtres équilibrés, de la modernité et de l’authenticité, d’honorer la vie, de surmonter l’épreuve de l’existence, apte à la sécularisation, qui ne soit ni deshumanisation, ni désignification.
Les intellectuels fourvoyés perpétuent les préjugés. Ils ne discernent pas entre les sources fondatrices de l’islam et les lectures arbitraires, entre la révélation et les constructions humaines. Dans un monde en crise permanente, qui accuse à tort la religion d’être fondée sur le sacrificiel, l’idéologie fondamentaliste piège ses adeptes. Ce n’est point un retour aux sources.
Par l’amalgame, les islamophobes diabolisent l’islam. Ils perturbent le rapprochement entre les peuples et cherchent à empêcher que les êtres épris de paix, de justice et de sens tissent des liens et énoncent un autre projet pour le monde. Ils n’endiguent pas le désordre et les sectes. Ils ne résistent pas aux extrémismes. Ils les propagent. La diversion ne peut occulter le fait que du dialogue entre l’Occident et l’Islam, imbriqués, entremêlés, dépend l’avenir.
Trois défis
Les trois dimensions de la modernité, la technoscience, l’économie de marché et la sécularité sont des valeurs universelles qui peuvent êtres adaptées à une autre discipline de vie, en vue d’aboutir à une société véritablement humaine. Le temps n’est plus d’imiter un modèle hégémonique qui donne priorité à l’économisme. Il faut réinventer une civilisation de l’homme total. Le progrès sera plénier, ou ne sera pas.
La difficulté du savoir moderne à favoriser un monde juste et équilibré, est flagrante, au moment où la mondialisation se présente comme un monopole qui impose ses divisions, ses prédicats, ses concepts et ses catégories, et au moment où l’Orient a des difficultés à bien résister, faute de pensée politique nouvelle et de créativité suffisante, malgré des atouts.
La révolution scientifique, la sécularité et la démocratie sont bénéfiques. Ils peuvent êtres refaçonnées selon les fins de chaque peuple. Chacun peut s’affirmer tels qu’il se sent et se veut. Or, l’essence de la modernité occidentale, de la mondialisation, suscite trois contradictions :
1. La tension entre science et conscience. Le concept d’infinité de la recherche est problématique. Il est légitime de chercher à poser des limites éthiques au déchaînement de toutes les exploitations. Il ne faut pas avoir peur de la science, nul ne peut arrêter le progrès scientifique, mais pour quelles finalités ? Plus que jamais, s’offre la maxime «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme».
2. La tension entre individu et le vivre-ensemble. Le monde est moderne parce qu’il a atteint un niveau élevé dans sa recherche d’un individu autodéterminé. L’individu au centre, montre au reste du monde la voie de l’émancipation. Pourtant l’enjeu n’est pas seulement l’autonomie de l’individu mais aussi le commun, le vivre ensemble.
3.La tension entre la raison et le sensible. Il y a une disjonction entre la logique et le sens. Les trois caractéristiques – l’infinité de la recherche, l’individualisme et la raison coupée du sens– posent problème pour les peuples qui recherchent la cohérence et l’être, pas seulement l’avoir. Des problèmes de fond.
Sur le plan du sens de la vie, le problème est d’ordre éthique. Qui adhère à une grille de lecture faisant place à une pensée de l’être, aux valeurs de l’esprit, au sens religieux, voit marginaliser le sens éthique et spirituel de la vie. Aujourd’hui, la réalité, ce n’est pas simplement la sécularisation, mouvement libérateur, mais son corollaire, la désignification éthique du monde et le refus qu’une Norme supérieure puisse éclairer la vie humaine. L’invention d’une « religion civile », en la figure de la « République » et le mythe du progrès n’ont pas répondu à toutes les attentes.
Sur le plan politique, le problème réside dans le fait que la démocratie en vigueur est plus que perfectible et les relations internationales ne sont pas démocratiques. Des puissants cherchent à asseoir leur totale domination. Le corps social est réduit à un corps productif, soumis aux intérêts des détenteurs de capitaux et spéculateurs. Le pouvoir des monopoles économiques et la course au consumérisme sont valorisés. Cette dépolitisation de la vie et sa marchandisation remet en cause la possibilité de faire l’histoire, d’être un peuple responsable, capable de décider, de résister au nom de la liberté, d’avoir ses raisons et d’avoir raison, de donner réalité à un projet de société choisi après débat.
En dépit de la généralisation des progrès de la science, de la légitimité des institutions, de la prédominance des droits de l’homme, de la libre entreprise, des normes juridiques, la possibilité d’exister en tant que peuples et citoyens responsables, participant à la recherche collective et publique du juste, du beau et du vrai, est hypothéquée. L’avenir dépend moins de la décision de chaque citoyen que de systèmes hégémoniques.
Le désordre du monde moderne est aveuglant. On va dans une mauvaise direction. Le système dominant demande une mobilisation totale, même si cela ne se présente plus sous sa forme brutale de naguère. Il s’agit pour lui de modeler tous les systèmes – scientifiques, éducatifs, culturels, sociaux – sur les besoins de leurs entreprises. Produire de la richesse est légitime, reste à respecter des normes éthiques et écologiques.
Le processus infini d’accroissement de la production a franchi la limite au-delà de laquelle il ne lui est plus possible de dissimuler le besoin de totalité qui lui est inhérent. Mondialisation, totalisation, clôture: le monde est engagé dans ce processus. L’individu jouit de bienfaits, mais ne sait plus comment fonder la validité de ses actes et de ses projets. Les revendications écologiques et sociales vont au-delà des problèmes immédiats, un désir d’existence veut être entendue.
Sur le plan du savoir et de la connaissance, le troisième problème est la remise en cause de la possibilité de penser et de penser autrement. Le cloisonnement et la technicité l’emportent sur la transversalité, la diversité et le partage. La mondialisation vise à maîtriser toutes les choses de la vie par l’exploitation des résultats des sciences exactes, appréhendées comme les seules qui soient pertinentes pour la logique du développement. Malgré le travail des sciences humaines et sociales, la modernité privilégie les sciences exactes et leurs applications, soumises à la logique du marché. Pourtant la philosophie, la culture, les arts, les valeurs de l’esprit et la théologie sont aussi au cœur de la civilisation humaine.
Il est vital de donner la priorité aux savoirs ouverts, de réexaminer les incohérences, pour décider librement des objectifs de la recherche et réinventer d’autres formes à donner à l’existence. Ne rien céder quant à l’attachement au dialogue entre les mondes et à l’interdisciplinarité. Mettre fin à tous les dogmatismes et réhabiliter l’interculturel, l’interreligieux, l’éducation et les sciences, au centre des préoccupations. Réinventer une modernité alliée à l’authenticité. Un nouvel humanisme, universel, qui fonde le respect du droit à la différence et reste attentif à ce qui dépasse infiniment l’homme.
*M. C est philosophe, professeur des Universités, auteur notamment de « Islam et Occident », Odile Jacob, 2006, et « l’Émir Abdelkader, apôtre de la fraternité », Odile Jacob, 2016.




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Re: Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par yacoub » jeu. 28 avr. 2016 19:23




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Re: Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par omar » ven. 29 avr. 2016 11:12

Bien, cette vidéo


«L'Occident n'oppose aucune idéologie à l'islamisme, sinon celle de l'argent»

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Re: Rachid Benzine : L'islamologue de passage au Maroc

Message non lu par yacoub » mer. 16 nov. 2016 18:37

Rachid Benzine, nouveau penseur de l’islam

Spécialiste de l’interprétation du Coran, le chercheur franco-marocain, dramaturge et essayiste, l’une des figures de proue de l’islam libéral francophone, invite les musulmans au «décentrement». Parcours d’altérité

Ce qu’il dit est brûlant mais ne brûle pas. Heurte mais ne fait pas mal. Des claques? Oui, mais en douceur. Un paradoxe? Non, un propos. Rachid Benzine a de la chance dans le malheur ambiant: il est celui par qui le bonheur peut arriver. Le bonheur de comprendre et surtout d’apprendre, d’être un peu moins fermé, un peu moins orgueilleux, un peu moins bête – il n’emploierait pas ce mot-là.

Son propos, venons-y, s’adresse aux musulmans et tout autant, par ricochet, à ceux qui ne le sont pas. Elevé dans la marmite de la foi dès son plus jeune âge marocain, devenu, en France, historien d’une religion jouant les supernovæ (grand boum interstellaire suivi d’une nuit froide), il affirme, à la suite de maîtres et professeurs insuffisamment écoutés, que l’islam n’est pas tombé du dattier.
«La réalité va faire bouger tout le monde»

Justement, côté écoute, ça urge. «La réalité va faire bouger tout le monde», prédit l’islamologue. Daech en Syrie et en Irak, imams «YouTube» en Occident, salafistes au coin de la rue indiquant la voie à suivre… C’est le moment de soumettre ses certitudes au tri sélectif de la raison.

Les devanciers de Rachid Benzine, tel Mohammed Arkoun le grand démystificateur, n’ont pas réussi à amener sur leur terrain rationnel les croyants embrigadés dans l’oumma postcoloniale, la communauté islamique en quête de luttes et de dignité. Lui, en revanche, a ses chances.
«Mon discours peut être déstabilisant»

Et chez lui, tout ou presque passe par le dialogue, comme sur une scène. Son dernier livre, paru en octobre, «Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir?» (Seuil), un ready-made de la dialectique pro et anti-djihadiste, échange épistolaire de haut vol et de crash annoncé entre un père et sa fille partie courir le guilledou auprès de l’Etat islamique, est à présent également une pièce, «Lettres à Nour», lue par Rachid Benzine en personne et la comédienne belge Delphine Peraya. La première a eu lieu le 7 novembre au Théâtre de Liège.

L’auteur, qui habite Trappes, une ville reculée des Yvelines dont soixante à quatre-vingts habitants ont rejoint Daech en Syrie, est une figure connue aussi en Belgique: entre autres engagements, il y anime des ateliers de lecture du Coran privilégiant l’approche anthropologique des textes. Ces exercices inédits réunissent des musulmans et des musulmanes, pour certaines voilées et découvrant alors des pans insoupçonnés de leur religion, chose qui les bouleverse, parfois jusqu’aux larmes. «Mon discours peut être déstabilisant, créer de la violence. Je dois y aller petit à petit», explique-t-il.
Ancien champion de kickboxing

Ce déniaisement à la table de travail a commencé, si l’on veut bien, à Kenitra, au Maroc. C’est dans cette ville côtière proche de Rabat, où le roi Hassan II faisait endurer le calvaire à des opposants politiques, qu’est né Rachid Benzine le 5 janvier 1971. Quarante-cinq ans plus tard, dans un café parisien situé à la sortie de la gare Montparnasse, arrivant des Yvelines, chemise blanche à col cassé, veste noire tenant ses presque deux mètres d’ancien champion de kickboxing, une tête à mettre des coups et à en encaisser, il raconte.

«Ma mère s’occupait du foyer. Mon père, orphelin très tôt, venait de la campagne. Il allait entrer dans la gendarmerie après un examen réussi, mais on lui demandait en plus un bakchich. C’était contraire à ses convictions. Il avait en lui un idéal de justice et devint instituteur dans un bidonville, par choix. Il enseignait l’arabe, le Coran et les hadiths, les paroles attribuées au prophète Mohamed. C’était un islam traditionnel.»
A 7 ans, le Coran pour ainsi dire par cœur

Il y aura neuf enfants, cinq garçons et quatre filles. Rachid est le sixième de la fratrie. En 1972, départ du père pour la France. Il s’installe à Trappes, travaille comme ferrailleur sur des chantiers. Six ans plus tard, la mère et les enfants le rejoignent et emménagent au rez-de-chaussée d’un immeuble, Square Louis-Pergaud – «mes parents ont toujours habité au rez-de-chaussée».

Rachid a 7 ans, il connaît le Coran pour ainsi dire par coeur. Pas encore le français. C’est «Mme Cohen», l’institutrice, qui le lui apprend. C’est elle qui insiste pour le faire sauter deux classes à l’école primaire. Le petit est doué.
Les écrits musulmans comme objets de recherche

Adolescence. Années 80. L’islamisme, déjà, recrute. Lui, prend le chemin de l’altérité, le «décentrement» dont il vante aujourd’hui les vertus: il fait la connaissance de prêtres ouvriers, travailleurs sociaux en banlieue, des «cathos de gauche» dont il gardera l’ancrage politique.

Rachid lit les Evangiles et comprend très vite tout le profit qu’il peut en tirer pour la lecture du Coran. Quand il réalise que les ecclésiastiques qu’il côtoie ne se scandalisent pas des études profanes sur le christianisme, que leur foi demeure, il se dit que la sienne ne court aucun danger à considérer les écrits musulmans comme des objets de recherche. Jeune homme, pour payer ses études, il enseigne l’économie au lycée Plaine-de-Neauphle, où il fut élève, à Trappes toujours.

A l’invitation des pouvoirs publics, lui et deux autres chercheurs français remettront fin novembre des recommandations portant sur la manière dont «l’université peut contribuer à la connaissance anthropologique et historique de l’islam». Public visé: les imams. En 2004, à 33 ans, il publiait un livre remarqué, «Les nouveaux penseurs de l’islam» (Albin Michel). Désormais il en est un.
Profil

5 janvier 1971: naissance à Kenitra, au Maroc.

1998: «Nous avons tant de choses à nous dire» (Albin Michel), écrit avec le père Christian Delorme.

2004: «Les nouveaux penseurs de l’islam» (Albin Michel).

2005: début de son enseignement à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence.

2013: «Le Coran expliqué aux jeunes» (Seuil).

21 août 2016: décoré par le roi du Maroc Mohamed VI du «Wissam Al Moukafâa Al Watania», équivalent de la légion d’honneur française, avec rang de Commandeur.




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