Pleure oh pays bien aimé !

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Re: Pleure oh pays bien aimé !

Message non lu par yacoub » mar. 25 sept. 2018 15:34

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Re: Pleure oh pays bien aimé !

Message non lu par yacoub » mer. 3 oct. 2018 14:57

Nina Bouraoui: d’où je viens, qui je suis


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Tous les hommes désirent naturellement savoir, en lice pour les prix Médicis et Femina, marque le retour de Nina Bouraoui sur ses terres. « À la cinquantaine, j’ai ressenti le besoin de renouer avec l’écriture de soi », indique la romancière d’origine franco-algérienne.
Au cours des années 2000, elle avait beaucoup puisé dans son intimité pour écrire. Son métissage, son histoire familiale trouble, son enfance algérienne et sa jeunesse française, sa quête d’identité sexuelle et amoureuse… Tout était déjà là en germe dans Garçon manqué, La vie heureuse, Poupée Bella, puis Mes mauvaises pensées, prix Renaudot 2005. Tout revient, mais éclairé autrement, abordé plus frontalement, dans son 16e roman.
Si elle a parlé d’elle dans ses livres des dernières années, c’était de façon beaucoup plus maquillée, convient Nina Bouraoui. « J’avais délaissé l’écriture de soi parce que je la trouvais narcissique, égocentrique », explique-t-elle à la terrasse d’un café parisien.
« Sauf qu’aujourd’hui, mon petit moi éclaté parle du monde, poursuit-elle. Il est inscrit dans le monde, dans la complexité du monde tel qu’il a évolué, tel qu’il a basculé. »
La montée des extrémismes, la résurgence de la violence dans le monde, et notamment les attentats des dernières années en France, l’ont reconnectée à la réalité qu’elle a connue enfant en Algérie. Née d’une mère française et d’un père algérien, elle y a passé les quatorze premières années de sa vie.
« Tout ce qu’on vit aujourd’hui a commencé là-bas à la fin des années 1970, dit-elle. Tout d’un coup, les femmes ont commencé à se voiler, à allonger leur jupe, à avoir peur dans la rue. »
Sa mère, une blonde aux yeux bleus qu’on appelait « la Suédoise », a subi des menaces, des insultes, en Algérie. Elle a aussi été attaquée physiquement. Mais Nina Bouraoui insiste pour dire que sa mère adorait ce pays où, contre l’avis de sa famille raciste, elle avait suivi son mari en 1962, à la fin de la guerre d’indépendance et de colonisation… alors que les Français faisaient majoritairement le chemin inverse.
« En épousant mon père, elle avait épousé l’Algérie. Elle nous a fait connaître ce pays, à ma soeur et moi, avec beaucoup d’amour, de verve. Elle nous a emmenées partout : dans le désert, à la plage, à la campagne. Mais on a vu très vite basculer ce pays. Et ma mère, qui avait une conscience politique très forte, a dit : “Ça finira dans un bain de sang !” »
La mère et ses filles ont quitté le pays en catastrophe au début des années 1980, alors que le père, haut fonctionnaire, était encore en poste en Algérie. Nina Bouraoui n’y est jamais retournée. « Je suis toujours orpheline de ce pays, lance-t-elle. Je me sens très française et très occidentale, mais il y a toute une partie de moi qui est algérienne. »
Elle compte bien remettre les pieds en Algérie… un jour. Elle a un éditeur là-bas, elle y est lue, célébrée, étudiée dans les universités. Elle reçoit plusieurs invitations de part et d’autre. « J’ai envie soit d’ouvrir une nouvelle porte, soit de fermer une porte », glisse-t-elle.
Elle se sent redevable envers ce pays. « L’Algérie m’a appris la poésie », laisse-t-elle tomber. La poésie, c’est-à-dire : la beauté. Beauté du paysage, avec ses couleurs, ses odeurs. « J’ai toujours eu la croyance un peu magique que j’étais imprégnée de quelque chose de sacré et presque mystique. L’Algérie m’a donné cette vision du monde qui est finalement la vision d’un poète. »
Se souvenir : c’est l’un des sous-titres qui revient dans Tous les hommes désirent naturellement savoir, conçu comme une mosaïque. Se souvenir de son enfance en Algérie, une nécessité pour elle. Non seulement pour cette beauté éblouissante, lumineuse qui l’a traversée enfant, mais pour la violence qu’elle a sentie, dont elle a été témoin, avant que le pays sombre dans les années noires de la guerre civile.
Savoir, devenir… être
Se souvenir, mais aussi savoir. Ça fait partie du leitmotiv de son nouveau livre. Savoir d’où elle vient, quelles sont ses origines. Fouiller ce que lui ont légué ses ancêtres. Et s’interroger sur le poids de l’histoire familiale qu’elle porte en elle.
Ce n’est pas pour rien qu’elle a dédié Tous les hommes désirent naturellement savoir à ses parents. « Je leur ai tout volé avec ce livre, je leur ai volé leurs secrets. J’ai voulu leur rendre hommage. Parce que ce couple mixte, comme on les appelait à l’époque, a survécu à bien des crises, à bien des rejets. Mon grand-père maternel a 104 ans et il attend que mon père meure, il l’a dit à maman… »
Autre sous-titre récurrent dans l’ouvrage de Nina Bouraoui : devenir. Ce qui fait référence à ses 18 ans. Et qui coïncide avec le moment où elle se lance à corps perdu dans l’écriture. Elle le fait au petit jour, alors qu’elle rentre chez elle pleine de doutes, après avoir passé ses soirées dans une boîte de nuit parisienne pour femmes seulement.
À 18 ans, son homosexualité s’affirme, mais elle ne l’assume pas. Elle est attirée par ses semblables, mais elle est rongée par la culpabilité, par la honte. « C’est dû à ma double culture, et peut-être à ma personnalité, confie l’écrivaine. Mais je pense que chaque homosexuel dans sa vie a été confronté à sa propre homophobie. Et pour moi, c’était important de le dire, de l’écrire, parce qu’on a du mal à se l’avouer. »
Arrive à la toute fin du livre le moment où, pour la jeune fille de 18 ans, c’est être qui importe. Être qui elle est : s’incarner, vivre son désir pleinement. « À ce moment, précise Nina Bouraoui, je ne suis pas fière d’être homosexuelle, mais j’en ai beaucoup moins honte. Tout à coup, il n’y a plus de tabous, plus de barrières. Et il n’y a plus d’homophobie intérieure. »
Pour elle, cet affranchissement passe par l’amour, par la rencontre amoureuse. Elle y tient : ce n’est pas tant une quête sexuelle qu’une quête amoureuse qui l’habitait. Trop souvent, à ses yeux, on prive les homosexuels d’histoires d’amour. « On catalogue avant tout quelqu’un dans ses pratiques sexuelles, ce que je trouve très violent, très brutal. Et c’est ça qui est difficile à assumer. »
Nina Bouraoui se définit comme une grande amoureuse. « Ce que les gens doivent comprendre, c’est que pour moi, l’amour compte avant tout ! »

Tous les hommes désirent naturellement savoir

Nina Bouraoui, JC Lattès, Paris, 2018, 272 pages



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