Manuel Valls : Si les Français élisaient Marine Le Pen en 2017, nous suspendrions le processus électoral…
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Manuel Valls : Si les Français élisaient Marine Le Pen en 2017, nous suspendrions le processus électoral…
Manuel Valls : Si les Français élisaient Marine Le Pen en 2017, nous
suspendrions le processus électoral…
ON NE SE LASSE PAS DE CETTE INTERVIEW DE 1er AVRIL…
Au lendemain des élections départementales, le Premier ministre,
Manuel Valls, a accepté d’accorder une interview exclusive à Riposte
Laïque. L’entretien s’est tenu dans son bureau de Matignon, entre 15
heures et 16 heures. Notre journal était représenté par Jeanne
Bourdillon. Manuel Valls a demandé à relire l’ensemble de l’interview,
avant de nous donner l’autorisation de la publier. Cet accord nous est
parvenu ce mardi 31 mars, à 17 heures.
Manuel Valls : Si les Français élisaient Marine Le Pen en 2017, nous
suspendrions le processus électoral…
Riposte Laïque : Monsieur le Premier ministre, quelles sont vos
premières analyses, 24 heures après la quatrième défaite spectaculaire
de l’ensemble de la gauche, depuis l’arrivée au pouvoir de François
Hollande ?
Manuel Valls : En 1980, Margareth Thatcher, pour laquelle j’ai
énormément d’admiration, disait, concernant sa politique : « There is
no alternative ». Je dirai ce jour la même chose, il n’y a pas d’autre
choix économique possible, et je suis en place pour faire appliquer la
politique décidée à Bruxelles, comme la France s’y est engagée. Le
reste n’est que démagogie et fausses promesses, que cela vienne des
prétendus frondeurs ou de l’extrême droite anti-républicaine.
Riposte Laïque : Vous vous réclamez souvent de la République, pour
attaquer vos adversaires, et les taxer d’antirépublicains. Pour vous,
qu’est-ce qu’un républicain, en 2015 ?
Manuel Valls : Un républicain est un homme qui a compris qu’il n’y a
pas d’avenir en dehors de l’Union européenne. Etre contre Bruxelles,
c’est combattre la République.
Un républicain a compris que le mariage homosexuel, c’est une
nouvelle avancée pour plus d’égalité. Combattre le projet de
Christiane Taubira, c’est combattre la République.
Un républicain sait que l’immigration est une chance pour la France.
Demander la fermeture des frontières, c’est alimenter le racisme et
combattre la République.
Un républicain sait que l’islam est une religion d’amour, de
tolérance et de paix. Critiquer cette religion, c’est attiser la haine
contre les musulmans, et combattre la République.
Un républicain sait que la gauche, c’est le camp du progrès et de la
justice sociale, alors que la droite, c’est le camp de la réaction.
Critiquer la gauche, c’est donc combattre la République.
Riposte Laïque : Pourtant, récemment, vous avez été qualifié de «
crétin » par le philosophe de gauche Michel Onfray…
Manuel Valls : Je peux vous dire que nous avons mis immédiatement sur
écoute cet ennemi de la République, et qu’il va subir un contrôle
fiscal sur vingt ans, pour que nous sachions qui le finance. Je ne
veux plus entendre parler de ce personnage, sinon je mets fin à
l’entretien !
Riposte Laïque : Dans ce cas, Monsieur le Premier ministre, revenons
aux élections de dimanche. Que répondez-vous à ceux qui disent qu’il
ne sert plus à rien d’aller voter, puisque, quoi qu’expriment les
Français dans les urnes, vous n’en tenez pas compte ?
Manuel Valls : Vous posez une bonne question, et le gouvernement
s’interroge sérieusement sur cette piste. En effet, les élections sont
très coûteuses pour la Nation. Elles ne servent pas à grand-chose.
Encore plus ennuyeux, les ministres, comme moi, sont obligés d’aller
sur le terrain pour limiter les dégâts, et, pendant ce temps là, nous
ne travaillons pas sur nos dossiers. Et en plus, on se fait siffler !
Je pose donc clairement la question, en homme de gauche qui n’a pas
peur d’affronter les tabous. La preuve, je suis favorable à ce qu’on
change le nom du Parti socialiste, car socialiste ne veut plus dire
grand-chose. J’ai osé défendre Tony Blair. J’ai eu le courage de dire
que les 35 heures étaient une stupidité économique qui avait ruiné la
France. J’ai multiplié les exonérations fiscales aux entreprises,
faisant hurler les gauchistes de service. Eh bien, j’ose cette
question, au lendemain des départementales : le suffrage universel
est-il de gauche, et devons-nous le maintenir ?
Riposte Laïque : Mais enfin, Monsieur le Premier ministre, vous déniez
au peuple le droit de choisir ses dirigeants, et la politique qui va
être menée ? Mais c’est le retour à l’ancien Régime ?
Manuel Valls : Arrêtez avec vos grandes formules, Madame, on n’en est
plus là ! Le suffrage universel a eu sa raison d’être, il y a une
époque, je l’admets. Mais à ce jour, la situation n’est plus la même.
Dans un système très complexe de mondialisation de l’économie, les
dossiers sont devenus trop ardus pour que le commun des mortels y
comprenne quelque chose. Nous avons vu le désastre en 2005. On a
demandé l’avis des électeurs sur le Traité constitutionnel européen,
par référendum (une belle connerie de Chirac). Tous les partis
respectables ont demandé aux électeurs de soutenir ce traité, et nos
meilleurs journalistes sont allés dans le même sens. Eh bien, les
Français ont fait massivement le contraire, à 55 %. Résultat, 2 ans de
perdus, et il a fallu faire le traité de Lisbonne, et contourner leur
vote. De même, depuis que nous sommes au pouvoir, nous n’arrêtons pas,
inlassablement, d’expliquer aux électeurs ce qu’est vraiment l’extrême
droite. Nous leur disons que le FN est xénophobe, raciste, homophobe
et islamophobe. Et bien, plus nous le disons, plus ce parti
antirépublicain progresse. Nous ne pouvons qu’en tirer les conclusions
qui s’imposent, et prendre toutes nos responsabilités…
Riposte Laïque : Que voulez-vous dire, Monsieur le Premier ministre ?
Manuel Valls : Chère Madame, j’ai une admiration sans bornes pour les
généraux algériens qui, en 1991, ont suspendu le processus électoral
pour sauver la démocratie dans leur pays. En effet, les électeurs,
sans doute trop incultes, se préparaient à mettre au pouvoir le FIS,
qui voulait instituer une République islamique en Algérie. Tout le
monde a félicité les dirigeants de leur choix de mettre fin au
processus électoral. Je vous rappelle que les Allemands ont élu
démocratiquement Hitler, et qu’on a vu la suite… Dans le contexte
actuel, si les Français, en 2017, élisaient Marine Le Pen à l’Elysée,
quel serait notre devoir de Républicains, de socialistes et d’hommes
de progrès ?
Peut-on croire que les millions d’enfants français de la diversité
laisseraient faire de telles choses ? Nous serions dans des émeutes de
2005 puissance cent ! Devrions-nous abandonner notre pays à la guerre
civile ? Naturellement, les organisations syndicales, en pointe dans
la défense du service public, n’accepteraient pas qu’un parti fasciste
puisse diriger la France, et déclencheraient une grève générale qui
paralyserait le pays. Avons-nous le droit de laisser notre France dans
les mains des nostalgiques de Vichy ? Pouvons-nous laisser un parti
raciste expulser massivement des millions de citoyens étrangers sans
qui l’économie de la France ne peut pas tourner ? Faudrait-il leur
permettre de casser notre belle Union européenne ? Est-il possible de
les laisser attaquer nos mosquées, et détruire l’islam de France que
nous mettons en place patiemment ? Peut-on accepter que se mette en
place, dans notre France, une politique sécuritaire où des jeunes en
pertes de repères seraient systématiquement mis en prison à la moindre
pécadille ?
Ma réponse est très claire, chère Madame, c’est non !
Riposte Laïque : Mais enfin, cela ressemblerait à un Coup d’Etat. Vous
auriez le peuple de France contre vous…
Manuel Valls : Vous me paraissez bien naïve, chère Madame.
Rappelez-vous, en 2002, Chirac a refusé tout débat avec le père Le
Pen. Pendant quinze jours, nous avons occupé la rue. Ils étaient où,
les électeurs du FN ? Terrés chez eux. En 2005, nous avons violé le
vote des Français. Vous avez vu un mouvement de rue ? Rien. Sarkozy a
refusé tout débat avec Marine Le Pen. Et pourtant, les Français ont
voté majoritairement UMP. Donc, on peut suspendre des élections, il
n’y aura pas de mouvements de masse, parce que nous contrôlons les
médias, et que nous mettrons en avant tous ceux qui se sont livrés à
une répétition générale avec « Je suis Charlie ». Je vous rappelle
qu’on avait interdit le FN, et que tout le monde s’en est foutu…
Nous aurons peut-être quelques réactions d’activistes identitaires ou
patriotes, mais cela sera très vite réglé…
Riposte Laïque : Donc, si je comprends bien, vous dites aux Français
que s’ils continuent à mal voter, ils n’auront plus le droit de voter
?
Manuel Valls : Je demande à nos compatriotes de se ressaisir, et de
mériter le droit de vote qui leur a été accordé. Faute de quoi,
l’exécutif, en 2017, sous ma direction, prendra toutes ses
responsabilités. Si Marine Le Pen arrive en tête en 2017, je ferai
suspendre le processus électoral, j’instituerai l’Etat d’urgence, je
ferai dissoudre le Front National pour tentative de putsch
démocratique et pour anti-républicanisme. Je le dis en me revendiquant
de l’héritage de Jaurès et de Clemenceau, et, faites moi confiance,
mon bras gauche ne tremblera pas si cette hypothèse se confirmait.
Je veillerai, d’autre part, à ce que les discours réactionnaires des
Zemmour, Onfray, Rioufol et autres n’aient plus leur place sur les
plateaux de télévision et dans une presse que nous subventionnons.
Pour sauver la République, j’interdirai enfin que la formidable
liberté que permet Internet ne soit dévoyée par des revues comme la
vôtre et d’autres, pour attiser la haine et diviser les Français. Pas
de liberté pour les ennemis de la liberté !
C’est le message que je souhaitais faire passer, à travers votre site,
Madame, à tous les Français qui votent mal. L’entretien est terminé,
vous pouvez quitter ce bureau.
Propos recueillis par Jeanne Bourdillon