le grand secret de l'islam

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omar
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par omar » mar. 12 juil. 2016 21:54

Dernier message de la page précédente :

C'est exagéré sinon le christianisme lui aussi est une secte


«L'Occident n'oppose aucune idéologie à l'islamisme, sinon celle de l'argent»


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Proust
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par Proust » mer. 13 juil. 2016 15:12

omar a écrit :C'est exagéré sinon le christianisme lui aussi est une secte
Le christianisme en a fini avec l'inquisition et toutes les horreurs du Moyen Age, le judaïsme aussi


Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n'est pas victime ! Il est complice.
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par omar » sam. 13 août 2016 21:35

Il faut être naïf pour croire que le christianisme est sorti de la violence


«L'Occident n'oppose aucune idéologie à l'islamisme, sinon celle de l'argent»

xtinah003
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par xtinah003 » lun. 29 août 2016 08:33

Olaf a écrit :Bonjour à tous,

Je vous invite à lire et à diffuser "Le grand secret de l'islam" : c'est un ebook gratuit que vous pouvez consulter et télécharger librement sur le site http://legrandsecretdelislam.com/.

Il est issu de ma collaboration pendant 2 ans avec le Père Edouard-Marie Gallez, grand spécialiste des origines de l'islam (c'est sa thèse de doctorat d'histoire des religions). J'ai voulu raconter avec lui l'histoire véritable de l'apparition de l'islam par delà la légende qui a été réécrite des centaines d'années après Mahomet. Et surtout l'écrire de manière simple, claire, documentée et accessible à tous comparateur assurance chien(sans pour autant sacrifier au sérieux et à la rigueur). Vous pourrez même y voir que l'on trouve toujours les traces de cette histoire véritable dans le coran lui-même, ce qui explique pas mal de ses obscurités.

Voici un petit extrait de la conclusion pour vous donner l'eau à la bouche :

"(...) le faisceau de preuves et d’indices est assez dense et convergent pour qu’émergent en pleine lumière le grand secret de l’islam, son imposture historique et la vérité sur ses origines véritables : le texte coranique et la biographie islamique de Mahomet sont des fabrications progressives des siècles suivant les premières conquêtes des Arabes de Syrie ; les 50 premières années suivant le règne d’Omar ont joué un rôle déterminant pour le premier et les 50 premières années après Abd al-Malik pour la seconde. Il n’y a jamais eu de révélation divine donnée à Mahomet : l’islam est le fruit d’un processus très long et très complexe de réécriture de l’Histoire, s’enracinant dans une foi judéochrétienne déviante, rendue folle par les espérances messianistes."

Bonne lecture !
Ce post me donne très envie de lire ce livre là tout de suite.
Merci beaucoup! Je vais m'y mettre.




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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par omar » lun. 29 août 2016 10:26

Bienvenue Xtinah03


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yacoub
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » lun. 29 août 2016 10:51

Salut Xtinah003 et bienvenue



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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » lun. 12 sept. 2016 12:37

3 preuves que l'islam est une fausse religion
https://youtu.be/dnkiqJu9rhc

http://youtu.be/dnkiqJu9rhc

01:28 La Mecque n'existait pas sous Mahomet
06:49 Mahomet n'a pas fondé l'islam
12:01 Le Coran contient des plagiats et n'est donc pas d'origine divine

Le but des trois arguments avancés est de démontrer que l'islam est une religion fausse en démontant trois points cruciaux de l'islam : La Mecque, Mahomet, le Coran.

Ces trois arguments ont pour vocation d'être faciles à vérifier.

La démonstration ne se veut pas abstraite mais repose sur des points tangibles c'est-à-dire facilement constatables.

Les voici :

1- La Mecque n'existait pas sous Mahomet 01:28

2- Mahomet n'a pas été considéré comme prophète, comme figure fondatrice de l'islam pendant environ 50 ans après sa mort jusqu'en 682. 06:49

3- Le Coran contient à un endroit un pastiche, c'est-à-dire une reprise d'un texte composé en 630 à une occasion précise. 12:01

Donc :

1- L'idée que La Mecque serait le berceau de l'islam qui justifierait que l'on s'y rende en pèlerinage ne tient pas.

2- L'idée que Mahomet ait désiré, grâce à une révélation, fonder une nouvelle religion appelée islam ne tient pas non plus.

3- L'idée que le Coran soit la mise par écrit d'une révélation d'origine divine ne tient pas.

¨¨ Sur l'inexistence de la Mecque :

1) Aucun écrit de l'Antiquité ne mentionne cette ville. Les itinéraires caravaniers où elle est censée se trouver ne la mentionnent pas non plus alors que ces itinéraires sont connus avec précision. Les produits supposément commercés à la Mecque ne sont pas crédibles vues les conditions historiques du commerce caravanier et la situation géographique de la Mecque.

http://www.islam-coran.fr/capucins.ne...

2) La localisation de la Mecque, une vallée inondable, battue par les vents et dépourvue de cours d'eau naturel ne permet pas l'implantation naturelle d'humains.

3) La Qibla des mosquées, direction de la prière dans les mosquées, indique jusqu'à la fin du 7° siècle une direction autre que la Mecque alors que d'après l'historiographie musulmane, Mahomet est censé avoir ordonné que l'on prie vers la Mecque à la fin de sa vie.

4) Les travaux entrepris au 20° et 21° siècle pour moderniser cette ville n'ont pas permis d'exhumer le moindre vestige préislamique.

5) La tribu arabe de Mahomet, les Qoreychites, demeurait au nord-ouest de la Syrie et en Palestine et non en Arabie.

https://www.facebook.com/legrandsecre...

Sur l'histoire réelle des origines de l'islam :

http://legrandsecretdelislam.com

Une explication plus fouillée de l'inexistence de la Mecque sous Mahomet et des raisons ayant motivées sa création :

https://www.youtube.com/watch?v=brP2u...

¨¨ Mahomet absent de l'islam avant 682 :

Jésus selon Mahomet de Prieur et Mordillat, ép. 6 la religion d'Abraham de 25' à 29'

https://www.youtube.com/watch?v=5igEI...

http://www.arte.tv/magazine/jesusetli...

http://www.academia.edu/1269026/La_th...


Note 144 page 94.

https://www.facebook.com/legrandsecre...


¨¨ Sur le pastiche du Coran :

Alexandre le Grand l'idolâtre, selon le coran prophète Dhul Qarnayn le Bi-cornu - Pr Dye

https://www.youtube.com/watch?v=lmveT...

https://www.youtube.com/watch?v=lmveT...


Les versets 83 à 102 de la sourate 18, la Caverne, sont un pastiche d'un texte composé en l'honneur de l'empereur byzantin en 630.


Plus généralement, sur les emprunts du Coran "Les trois visages du Coran" de Leila al Qadr.



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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » mar. 22 nov. 2016 14:40

Suspicions de manipulation idéologique et codicologie : approche synthétique provisoire
Edouard-M. Gallez (Paris)

M. Lamsiah (Helsinki – fondation Keymedia-mn)
paru en anglais dans Inârah, tome 7, 2014 /mise à jour 2014

1. Introduction


L’objectif de cette contribution est de procéder à une comparaison entre les résultats de l’étude des manuscrits les plus anciens actuellement connus et disponibles du Coran et les suspicions de manipulations du texte, fondées sur un croisement d’analyses exégétiques et idéologiques. Cette comparaison se présentera sous la forme d’un tableau dont, bien sûr, seuls quelques exemples pourront être développés dans le cadre de cet article.
Les cinq manuscrits qui ont été pris en compte et qui ne sont généralement pas complets sont : le Paris BNF ar.328a 1, le British Or.2165 (qui est doté des points diacritiques), le manuscrit de Samarcande, le palimpseste de Şan‘ā’ accessible grâce aux photos rapportées par Gerd Puin et aux articles de Madame Elisabeth Puin, et enfin le manuscrit de Saint-Petersbourg (plus tardif et doté de diacritisme). Dans la mesure où ils seraient très anciens, il faudrait joindre au tableau certains manuscrits microfilmés dans les années ’30 et gardés ensuite par Anton Spitaler 2 – mais celui-ci les a systématiquement soustraits à la recherche, et celle qui lui a succédé a fait de même jusqu’à présent 3.
À gauche des colonnes relatives respectivement aux cinq manuscrits (c’est-à-dire dans la colonne de gauche du tableau), figure une liste non exhaustive de 46 versets suspectés d’avoir subi une manipulation qui n’est pas de pure forme ou accidentelle comme le serait une faute de copiste, mais qui est volontaire et porte sur au moins deux mots ; il s’agit très généralement d’une interpolation. Il est vrai que le retrait intentionnel de mots est, lui, par nature, plus difficile à démontrer (nous envisagerons un cas). Au niveau de la fixation des points diacritiques ou plus tard encore de la voyellisation, des glissements, délibérés ou non, ont pu apporter un sens nouveau 4 mais cela ne rentre pas dans le cadre des comparaisons traitées ici et qui portent sur le rasm ou “squelette consonantique”, selon une formule de David S. Powers. En pratique, nous sommes partis d’études antérieures 5 portant sur 35 des 46 versets suspects de manipulations que nous abordons ici ; des recherches autres nous ont fourni les données relatives aux sept autres (E. Puin, M. Lamsiah, D. Powers), ce qui est peu, nous en avons conscience, par rapport au nombre d’études actuellement disponibles et qui évoquent des manipulations substantielles de versets coraniques. Le tableau qui suit est seulement une première étape.
En fait, il s’agit moins de « démontrer » quelque chose, que de percevoir des rapprochements entre d’une part ces manuscrits étudiés à l’aide de méthodes exégétiques, et d’autre part un certain contexte historique et idéologique qui éclaire la question « pourquoi » (notamment pourquoi telle manipulation ?). Il s’est avéré que ces rapprochements sont doublement féconds : ils apportent certaines lumières à la fois sur l’histoire du texte et sur la validité du contexte idéologique et historique envisagé.
Des manuscrits précités, un seul apparaît être antérieur au règne de ‘Abd al-Malik (685-705), en tout cas au niveau de sa strate de palimpseste : celui de Şan‘ā’. La datation par la méthode au Carbone 14 d’un de ses feuillets indique une datation antérieure à 655, tandis que d’autres donnent des résultats divers ; il est permis de s’interroger sur la validité de cette méthode appliquée aux parchemins 6. En tout cas, l’analyse des variantes que nous verrons suggère une première écriture ou scriptio inferior remontant à la seconde moitié du 7e siècle.
Dans son livre de 2009, Muḥammad is not the father of any of your men, David S. Powers rappelle :
“Les sources rapportent qu’une campagne systématique en vue de détruire les manuscrits coraniques non conformes fut menée en deux occasions séparées : d’abord durant le califat de ‘Uthmân et à nouveau durant celui de ‘Abd al-Malik; et que celle en 45/665, les ṣuḥuf ou feuillets collectés par Zayd b. Thâbit pour Abû Bakr furent détruits par le gouverneur de Médine. Autant que je sache, les seuls chercheurs qui aient accordé une attention sérieuse à l’activité rédactionnelle commandée par ‘Abd al-Malik sont A.-L. de Prémare et C. Robinson” 7.
Bien entendu, nul ne s’attend à retrouver, dans les manuscrits parvenus jusqu’à nous, un état du texte antérieur à ces époques de manipulations et de destructions. Et si même des versets idéologiquement divergents avaient subsisté, il est certain qu’un jour où l’autre, les folios les présentant auraient été retirés de ces manuscrits. Or justement, nous constatons que, dans ces manuscrits, les folios devant présenter les 46 versets suspects semblent manquer assez généralement. Bien sûr, on peut attribuer cette situation à une suite de coïncidences, mais sa fréquence reste surprenante, comme en témoigne le tableau qui suit. Cette étude se limitera à en commenter brièvement quelques exemples. D’abord, un mot sur le code des couleurs utilisées. Les cases blanches signifient l’absence du folio ; elle mentionnent souvent quand commence le folio suivant ou quel est le dernier. Les cases vertes indiquent que le verset existe avec son rasm comme il est aujourd’hui. Les cases orange alertent sur la visibilité de l’ajout. Enfin, les cases en vert clair manifestent la visibilité d’un ou de plusieurs mots manquants. La première colonne, à gauche, donne la liste des versets qui posent question au point de vue à la fois de l’analyse historico-idéologique et de celui de l’exégèse. Le cadre de l’analyse historico-idéologique qui a été privilégié ici a pour origine la piste entrevue dès les débuts de l’islamologie germanique puis développée à partir des années ’70 dans un milieu plutôt franco-moyen-oriental 8 : il s’agit de la piste de recherche « nazaréenne », parfois appelée aussi « ébionite »9, et que nous appellerons « judéo-nazaréenne » pour éviter toute confusion 10. 2. Les versets où il est question des « naṣārā » Commençons par dix versets parmi les 46 que donne le tableau. Il s’agit justement des versets suspectés d’avoir été interpolés par une expression contenant le terme de « nazaréen » – « naṣārā » en arabe – ou « naṣrāniy » au singulier comme dans le cas du verset 67 de la sourate 3, La famille de ‘Imrān. Les voici extraits du tableau général :
pas de folio /le folio commence par… /état du manuscrit non connu le verset existe avec son rasm actuel ajout visible manque visible
Coran Paris ar.328a British Or.2165 Samarkand Şan‘ā’ DAM 01-27.1 scriptio superior DAM 01-27.1 scriptio inferior E20 St Petersburg/Tashkent
s.2:111 F.1r 2:275-281 F.1r 7:42–53 2:109-111 / 2:111-113 F.1r 2:246-250 2:30-2:47puis 2:126-140
s.2:113 F.1r 2:275-281 F.1r 7:42–53 2:111-113 /2:113-115 F.1r 2:246-250 2:30-2:47puis 2:126-140
s.2:120 F.1r 2:275-281 F.1r 7:42–53 2:118-120 / 2:120-123 F.1r 2:246-250 2:30-2:47puis 2:126-140
s.2:135 F.1r 2:275-281 F.1r 7:42–53 2:133-135 /2:135-137 F.1r 2:246-250 2:126-140
s.2:140 F.1r 2:275-281 F.1r 7:42–53 2:137-140 / 2:140-142 F.1r 2:246-250 2:126-140
s.3:67 F.3v 34–43puis 3:84–96 F.1r 7:42–53 3:65-67 /3:67-70 F.6r 3:57-71 3:42-61puis 3:95-112
s.5:14 F. 21v 5:6-14 F.1r 7:42–53 4:142-145puis 5:85-5:88 pas de folio 5:10-17
s.5:18 F. 22r 5:15-23 F.1r 7:42–53 4:142-145puis 5:85-5:88 pas de folio 5:17-28
s.5:51 5:23–33puis 6:20–33 F.1r 7:42–53 4:142-145puis 5:85-5:88 F.20r 5:49-61 5:46-54
s.9:30 F.40v: 8:13-25 F.41r: 9:66-73 F.11v 9:21-30 -12r 9:39 7:103-106puis 11:47-49 F.31v 9:27-39 F.20v 7:206 – 8:1-9puis 9:61-70
Dans les quatre grands manuscrits, rares sont les folios dans lesquels figurent ces versets (ils manquent à 65%). Mais le fait le plus surprenant encore, c’est d’imaginer que les chrétiens se seraient jamais appelés « nazaréens » : ils n’ont jamais porté un tel nom, ni en Occident, ni en Orient. Tout cela est très suspect. Il y a plus suspect encore. Le Coran présente encore quatre autres occurrences du terme : s.2:62 ; 5:69 ; 5:82 ; 22:17. Souvent les traducteurs le rendent là par « Nazaréens » – même les traducteurs saoudiens de l’IFTA –, tellement le co-texte empêche d’imaginer que le terme puisse signifier là « chrétiens ». Mais dans les dix occurrences déjà mentionnées, « naṣārā » ne peut vouloir dire que « chrétiens ». Pourquoi ? A chaque fois de ces 10, une même raison joue : le terme de « naṣārā » se situe juste après celui de « yahūd » (ou éventuellement de « hūd ») désignant les juifs judaïques ; donc, le sens du mot ne peut qu’être celui de « chrétiens ». Six fois sur dix, le mot se trouve dans une formule très courte : « et les naṣārā » ou éventuellement « ou naṣārā » et les quatre autres fois, le parallélisme entre les Yahûd et les naṣārā est légèrement plus long 11. De plus, dans la sourate 5, on se trouve devant une contradiction totale entre le rejet des « naṣārā » affiché au verset 51 et l’amitié envers eux au verset 82. Faudrait-il supposer deux groupes différents ? Or, une rupture de rythme correspondant à la formule « et les naṣārā » est parfaitement décelable à la psalmodie du verset 51 – ainsi qu’Antoine Moussali, un grand spécialiste de la langue arabe, l’avait montré dès 1996. Tous les indices exégétiques convergent : ces dix parallélismes brefs ou longs sont artificiels, il faut en enlever la partie qui contient le mot « naṣārā ». La confirmation qu’il faut le faire tient au résultat : le texte redevient parfaitement cohérent et limpide. Et on voit qu’à ces endroits, il ne parle jamais que des Yahūd. Quelle est la signification idéologique de ces interpolations ? Pourquoi les avoir introduites dans le texte coranique ? Pourquoi fallait-il absolument que le terme de « naṣārā » fasse penser aux chrétiens, même au risque de graves incohérences internes ? Pour comprendre cet enjeu, il faut suivre la piste de recherche judéo-nazaréenne à partir des années 639-640. En résumé, c’est à ce moment qu’eut lieu la rupture de l’alliance arabo-nazaréenne, entre les initiateurs du proto-Islam que furent les judéo-nazaréens et leurs alliés arabes : cette rupture fut déterminante pour l’avenir. Les seconds se retournèrent contre les premiers pour affirmer leur souveraineté propre sur les conquêtes et dire qu’ils forment désormais l’Ummah choisie par Dieu pour dominer le monde, c’est-à-dire l’Ummah des Arabes 12. L’idée des Califes est d’évoquer une volonté nouvelle et explicite de Dieu – Dieu venant cautionner en quelque sorte le pouvoir désormais arabe établi sur une large zone du Moyen-Orient. Ce passage du proto-Islam à l’Islam actuel n’était possible qu’en occultant soigneusement le passé « nazaréen ». Or, comment y arriver mieux qu’en modifiant le sens même du mot qui le désignait ? Les Nazaréens prétendaient être les seuls vrais juifs et les seuls vrais chrétiens : c’est sans doute ce qui a suggéré l’idée de noyer le sens de « nazaréens » dans celui de « chrétiens » et d’intégrer ce glissement de sens dans le texte du livre de référence appelé « Coran ». 3. Le texte coranique : à partir de quoi et vers quoi ? Très tôt en effet, les Califes ont eu besoin de produire un texte qu’ils puissent exhiber face au Livre des juifs et des chrétiens. À partir de quoi est-il fait ? Pourquoi la langue araméenne affleure-t-elle si souvent, jusque dans les mots « Coran »13 et « sourate »14? Pourquoi sa connaissance permet-elle de corriger des erreurs de diacritisme, comme l’ont montré les travaux de Christoph Luxenberg (ainsi par exemple qu’une étude de Munther Younès sur la sourate 100, montrant en plus que son verset 3 est probablement un ajout 15) ? Quels sont ces feuillets ou șuḥuf que la tradition islamique dit avoir été rassemblés avec beaucoup de peine ? Pourquoi étaient-ils dépourvus de tout diacritisme, alors que celui-ci existait déjà pour une bonne part, comme on le sait aujourd’hui 16? Sur tous ces points, la piste de recherche judéo-nazaréenne apporte des éclairages. Si les feuillets du recueil coranique original sont des aide-mémoire divers en arabe récupérés des enseignants judéo-nazaréens, les quatre questions posées là reçoivent ensemble leur réponse. Vu que leur langue maternelle était l’araméen et non l’arabe, le ou les enseignants nazaréens des alliés arabes préparaient leurs prédications par écrit ; et quand on met par écrit pour soi-même, on ne perd pas du temps à s’occuper du diacritisme : on sait ce que l’aide-mémoire veut dire. La période des șuhuf s’étend du début du 7e siècle jusqu’à l’entrée dans Jérusalem au temps de ‘Umar. Elle se termine par le retournement des chefs militaires arabes contre leurs mentors appelés « naṣārā » (dans les quatre mentions coraniques originelles du mot). L’enjeu devient alors de justifier le pouvoir acquis sur un vaste territoire par un Livre qui dise en arabe que c’est Dieu qui a voulu ce pouvoir arabe. Étant dans l’impossibilité de produire un tel écrit, l’entourage arabe des Califes a voulu utiliser les aide-mémoire laissés en arabe par les Nazaréens en divers lieux : ne suffirait-il pas de choisir parmi ces écrits divers ceux qui conviendraient le mieux ? Mais détourner des textes de leurs signification première ne va pas sans poser rapidement de nombreux problèmes. « L’activité rédactionnelle », comme dit Powers, va devoir s’exercer pour longtemps – surtout jusqu’à ‘Abd al-Malik inclus –, en même temps que l’activité toute différente qui consiste à faire disparaître tous les recueils ou feuillets qui divergeraient – et ces destructions continuent après ‘Abd al-Malik. Avons-nous quelque indication d’un tel cadre historique et théologique dans les manuscrits anciens, malgré l’absence de nombreux Folios ? La réponse est oui, autour de la question de l’inspiration du texte coranique. 4. Un Coran inspiré, mais comment et par qui ? L’étude du palimpseste de Șan‘ā’ atteste que l’article « al » fut tardivement enlevé à la formule « ar-rūḥ al-qudus ». Or, une telle manipulation est loin d’être anodine 17. Dans le texte actuel, on trouve l’expression « rūḥ al-qudus » quatre fois dont trois dans un co-texte identique à propos de Jésus-‘Īsā qui est dit être assisté par Dieu grâce à Son « rūḥ al-qudus ».
Suppression de l’article “al-” de “ar-Rūḥ al-qudus”, l’Esprit Saint, de sorte que la signification [de devienne : l’esprit du Saint (et s’accorde avec le récit islamique d’un ange dictant le Coran) :
Coran Paris ar.328a British Or.2165 Samarkand Șan‘ā’ DAM 01-27.1 scriptio superior DAM 01-27.1scriptiones inferiores TEXT :
s.2:87|| s.:253 F.1r 2:275-2:281 F.1r 7:42–7:53 2:85-87 /2:87-89 sans al Folio 2r : 2 scriptiones inferiores:ancienne : “ar-rūḥ al-qudus” *récente : sans “ al- ” . Nous l’avons assisté [Jésus] par l’– – –
s.5:110 5:23–5:33puis 6:20–6:33 F.1r 7:42–7:53 5:109-110-113sans al Je l’assisterai par l’– – –
s.16:102 15:52–15:87th 35:13-35:30 F.37v 16:94-106sans al 16:97-16:101puis 16:114-16:116 024004 16:102-106sans al L’ – – – a fait descendre de la part de ton Seigneur
* Cf. Puin Elisabeth, Ein früher Koranpalimpsest aus Şan‘ā’, Teil I, in Inârah 3, Berlin: Schiller, 2008, p.476 + Teil III, Inârah 5, 2010, p.275 Remarquons déjà que cette formule avec son article « al » a toujours été la manière dont les Arabes chrétiens appellent l’Esprit Saint. C’est aussi une formule normale pour les judéo-nazaréens quoiqu’ils rejettent la foi chrétienne, car elle est biblique ; simplement le sens est différent : pour eux, « Esprit Saint » est une manière de dire comment Dieu anime et soutient Son « Messie-Jésus »18. Cet arrière-plan permet de comprendre les diverses lecture possible du quatrième des versets où figure rūḥ al-qudus, le si important verset 102 de la sourate Al-Naḥl : “L’Esprit Saint [ou du[/b] Saint] l’a fait descendre de la part de ton Seigneur avec la vérité, pour fortifier ceux qui croient et comme guidée et bonne nouvelle (bušra) pour les soumis (muslimūn)” (s.16:102). Ce verset mériterait une étude à lui seul, tellement il est chargé : on y trouve le mot « muslimūn » qui ne sera employé qu’à partir du 8e siècle de notre ère pour désigner les instruments du pouvoir califal arabe, c’est-à-dire les « musulmans »19: dans le Coran, le terme muslim a simplement le sens de soumis (et celui d’islām, le sens de soumission). On y trouve aussi le mot « bušra » qui signifie Evangile pour les Araméens et les Arabes chrétiens, au sens où le mot est employé dans le Nouveau Testament pour désigner l’ensemble des enseignements des Apôtres et des témoins. Et on y trouve l’expression ar-rūḥ al-qudus avec ou sans l’article en rapport avec quelque chose qui est descendu du Ciel par la volonté de Dieu et dont au moins le résultat est un écrit. Or, le co-texte est très polémique ; au verset 101 se lit l’accusation de faussaire, tandis que le verset 103 indique : “Un homme l’enseigne assurément (innamā). La langue de celui qu’ils pointent est étrangère (a‘ğamyy), tandis que ceci est de l’arabe pur et clair” (s.16:103). La discussion porte donc sur le fait que la langue de l’enseignant n’est pas l’arabe, et non sur le fait que celui qui enseigne serait un ange plutôt qu’un homme : c’est l’interprétation erronée donnée à l’adverbe innamā (seulement à la place de assurément – voir plus loin) qui fait penser que certains croiraient à l’intervention d’un ange, tandis que d’autres objectent qu’il s’agit seulement d’un homme. Ce qui nous intéresse dans le verset 102, c’est sa formule ar-rūḥ al-qudus : si l’on veut qu’elle désigne l’ange Gabriel, il faut alors supprimer le premier article, de sorte qu’au lieu de signifier « l’Esprit Saint », elle veuille dire : « l’esprit du Saint » c’est-à-dire un ange de Dieu. Le changement est radical et on peut le dater : il est lié à l’idée selon laquelle l’ange Gabriel a dicté le Coran à Muḥammad. Or cette idée est postérieure à 735, année autour de laquelle Jean de Damas écrivit simplement que Muḥammad reçut le Coran durant son sommeil. On peut donc avancer que la scriptio superior ou texte dernier du manuscrit de Şan‘ā’ et même sa seconde scriptio inferior – la plus récente donc – sont postérieures à l’an 735. 5. Diviniser le Coran et /ou le rasūl ? Ceci montre à nouveau l’intérêt qu’il y a à comparer l’analyse idéologique (ou « théologique ») du texte coranique avec ce qu’indique la codicologie, à la lumière des apports de l’exégèse. Le palimpseste de Şan‘ā’ révèle une autre modification encore, en deux versets de la sourate Al-Baqarah, les versets 89 et 101 20; ici, il ne s’agit plus d’une suppression mais d’un ajout, et il est idéologiquement et historiquement significatif.
DAM 01-27.1 / scriptio inferior moins ancienne DAM 01-27.1 / scriptio inferior plus ancienne Text :
s.2:89 Folio 2 r: avec “min ‘inda Llāhi” sans “min ‘inda Llāhi” un Livre leur vint d’auprès de Dieu
s.2:101 Folio 2 v: sans “min ‘inda Llāhi” sans “min ‘inda Llāhi” un messager leur vint d’auprès de Dieu
Pour comprendre, notons d’abord que l’expression « min ‘inda Llāhi » est plus forte que « min Llāhi » qui signifie simplement « de Dieu » ou « de la part de Dieu ». « Min ‘inda Llāhi » veut dire : « d’auprès de Dieu », ou « venant de chez Dieu »21. Elle est présente dans dans le texte standard mais absente des deux scriptiones inferiores du palimpseste sauf quant à la scriptio inferior la plus récente du verset 89. Or, de quoi parlent ces deux versets ? Face à des gens qui ne le croient pas, ils affirment respectivement qu’un livre ou qu’un messager (rasûl) est venu d’auprès de Dieu. Ils sont donc idéologiquement très importants, vu que, pour le lecteur musulman, le messager ne peut qu’être Muḥammad 22 et le livre ne peut qu’être le Coran. Du point de vue de l’exégèse, il y a une grosse difficulté. Le Coran parle certes de messagers qui viennent de la part de Dieu (min Llāhi), mais jamais d’auprès de Dieu (min ‘inda Llāhi) – sauf au verset 101 de la sourate 2 dans le texte standard –; cette expression est employée à propos des récompenses que Dieu donne 23, et, si une message mis par écrit est dit venir d’auprès de Dieu, c’est seulement dans un co-texte de polémiques avec les Yahûd qui produisent des écrits autres que ceux de la Bible tout en disant qu’ils viennent d’auprès de Dieu : le texte coranique leur en fait grief (s.2:79 ; 3:78). Or, le co-texte de nos deux versets reflète une telle polémique, il évoque Moïse, le veau d’or, et le Mont – assurément le Sinaï –, et ce sont les Yahūd qui sont visés par les désignations de kāfirūn 24 (v.89) et de “ceux à qui le Livre a été donné” (v.101). Pourquoi de telles polémiques ? Depuis le 2e siècle, le judaïsme enseigne que près de Dieu se trouve une Torah éternelle et que celle de Moïse vient donc « d’auprès de Dieu »; plus tard, c’est ce qui sera dit aussi de la « Torah orale » qui est consignée dans les Talmud-s. Mais ces commentaires bibliques ne sont pas tenus pour inspirés par les judéo-nazaréens, qui reprochent également aux Yahūd de ne pas croire à l’injīl, notamment dans un verset où on trouve justement min ‘inda Llāhi : “Venez donc avec un livre [venant] d’auprès de Dieu, qui soit meilleur guide que ces deux-là [il s’agit de la Torah et l’Evangile]” (s.28:49) 25. Les judéo-nazaréens ne disent jamais que l’Évangile vient « d’auprès de Dieu »: ils savent bien que Jésus n’est pas l’auteur de l’injīl–évangile, même si Dieu le lui a enseigné d’après la sourate La famille de ‘Imrān – versets 48-49 –, tandis que Moïse, lui, est considéré comme l’auteur de la Torah. Mais le co-texte est polémique. Le « Livre » dont parle le verset 89, et avant lui le verset 87, c’est l’Évangile “qui est venu” aux Yahūd mais que ceux-ci ont écarté. De même, le messager du verset 101, c’est le Messie-Jésus qui vient accomplir ce qui est dans le Livre – la Bible. Jamais la théologie judéo-nazaréenne n’aurait ajouté que Jésus vient « d’auprès de Dieu »: cela irait trop dans le sens de la foi chrétienne. Dans les strates anciennes de ces deux versets, il est donc normal que la formule min ‘inda Llâhi soit absente. Il en va tout autrement de la lecture induite par la doctrine islamique qui va exalter le « rasûl Muḥammad ». D’abord, elle va imaginer un Coran céleste « auprès de Dieu » tout comme le fait le judaïsme pour la Torah. Au verset 89, le Livre “qui leur est venu” ne peut qu’être le Coran, et il faut qu’à cet endroit soit dit clairement que ce Coran est auprès de Dieu. C’est ce qui va être dire dès l’époque de la seconde strate du palimpseste. Ensuite, les théologiens islamiques vont appliquer le mot « rasûl » à Muḥammad aussi souvent que possible, notamment ici, au verset 101. Pourquoi ajouter qu’il vient « d’auprès de Dieu » comme ce sera dit du Coran (déclaré d’origine céleste ? Il y a une raison à cela : donner à Muḥammad un statut au moins égal à celui de Jésus. Historiquement, on sait que la question de sa non-mort a été soulevée et discutée – certains musulmans voulaient probablement le faire monter aux Cieux tout comme Jésus. Et c’est ce que le verset s.3:144 vient contredire curieusement (en tout cas selon l’interprétation que la lecture islamique donne du verbe halā ): “Muḥammad est seulement un messager ; des messagers avant lui ont passé” (halā – s.3:144a).
Coran Paris ar.328a British Or.2165 Samarkand Şan‘ā’ DAM 01-27.1 scriptio superior DAM 01-27.1 scriptio inferior + St Petersburg E20
s.3:144 F.6v 3:140-151 F.1r 7:42–7:53 3:142-144 /3:144-146 142213 3:112-3:131puis 3:163- 3:179
À titre d’illustration, voici les photos des premiers mots “wa mā Muḥammad ila rasūl” du verset 144 de la sourate 3 dans les folios 6v du Paris BNF arabe 328a, et dans celui de Samarcande (Muḥammad ila rasūl) : En d’autres mots, l’ajout de la formule min ‘inda Llāhi au verset 101 dans le texte standard témoigne d’un moment où le statut du « messager-Muḥammad » se discutait encore. Nous tenons là une trace indubitable des tâtonnements idéologiques qui ont secoué les fabricateurs du récit islamique au cours de la seconde moitié du 8e siècle, voire plus tard encore. 6. « Islamisation » de Jérusalem et sourate 17 Al-Isra’ Passons maintenant au fameux verset 1 dit du « voyage nocturne » qui a donné son nom à la sourate 17 Al-Isra’ – mais elle s’appelait auparavant Les fils d’Israël (Bani Isra’il) à cause du verset 2 26. Ce premier verset parle-t-il vraiment d’un voyage effectué une nuit par le messager-Muḥammad jusqu’à Jérusalem sur le dos de la jument ailée Buraq ? Qu’est-ce qui y fait penser ? Voici le texte des deux versets : “Gloire à Celui qui, une nuit, fit voyager [avec] son serviteur de la Mosquée sacrée (masjid al-ḥarām) vers la Mosquée al-aqşâ dont nous avons béni l’enceinte, afin de lui faire voir certains de nos signes. Il est l’Audient, le Clairvoyant. Et Nous avons apporté à Moïse le Livre duquel Nous avons fait une guidée pour les fils d’Israël en ceci : Ne prenez hors de Moi aucun protecteur ” (s.17:1-2).
Coran Paris ar.328a British Or.2165 Samarkand Şan‘ā’ DAM 01-27.1 scriptio superior DAM 01-27.1 scriptio inferior + St Petersburg E20
s.17:1 F.54v 15:52–15:87 puis F.55r 35:13-35:30 F.38v-39r 17:1-4 134180,049027, 119120 Folio 11:2-11:14 puis 20:89-20:108
Diverses questions se posent : quant à la longueur inattendue du verset 1, quant à sa mention de la Mosquée al-Aqşa de Jérusalem qui ne sera construite que sous ou même après ‘Abd al-Malik 27, quant à l’identité de la « Mosquée sacrée », et finalement quant à l’identité du serviteur que Dieu fait voyager : est-ce bien Muḥammad ? Pour ce qui est de la Mosquée al-Aqşa, on peut toujours dire que Dieu révéla à Muḥammad le nom de la mosquée qui serait élevée plus tard et qu’on nomma al-Aqşa en fonction du nom qu’Il lui avait donnée en sachant qu’elle serait construite sous le nom qu’il lui aurait donnée – ceci ressemble à un cercle vicieux. Quant à la « Mosquée sacrée », l’exégèse soulève des difficultés. Dans la même sourate 17, le traducteur Hamidullah voit dans le verset 5 une allusion à l’invasion de la Terre sainte par Nabuchodonosor, et une autre à l’occupation romaine au verset 7 ; mais alors, les expressions « La Mosquée sacrée » (al-masjid al-ḥarām) et « la Maison sacrée » (al-bayt al-ḥarām) ne désigneraient-elles pas les restes du Temple de Jérusalem ? Heureusement, un verset indique : “Dieu a fait [de] la Ka‘ba, la Maison sacrée, une station pour les gens (qiyām, un lieu où les gens se tiennent debout)” (s.5:97).
s.5:97 5:23–5:33puis 6:20–6:33 LNS 19 cf. note 1 5:96-97/ 5:97-100 pas d’image 5:95-106



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yacoub
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » mar. 22 nov. 2016 14:42

Mais l’auditeur supposé de Muḥammad a-t-il besoin de savoir que la « Maison sacrée », c’est la Ka‘ba ? De plus, une apposition explicative (ou badal) et un attribut (qiyām) à Ka‘ba, cela fait vraiment beaucoup. Enfin, il apparaît que, psalmodiée, la phrase est nettement mieux balancée et équilibrée si l’on enlève « la Maison sacrée » ou « la Ka‘ba », ainsi que l’a fait remarquer Antoine Moussali. Ces trois raisons conjointes indiquent une interpolation certaine. Primitivement, la phrase devait être par exemple celle-ci : “Allah a fait [de] la Ka‘ba, une station pour les gens” (s.5:97) – ce qui a du sens au regard de l’existence d’un haut-lieu Ka‘ba ailleurs qu’en Arabie (en Syrie). Est-ce qu’une partie du verset 1 de la sourate 17 ne serait pas, de la même manière, une interpolation ? Elle aussi évoque des lieux saints qui sont rapportés à ceux de l’Islam. De plus, on est devant un problème de rime. Une rime en “an” court tout au long de la sourate pour marquer la fin de chaque verset (et même les pauses)… sauf précisément au verset 1 (qui se termine en îru). Mais il présente cette rime en “an” à la fin du mot laïlan (de nuit). N’est-ce pas là que le verset s’arrêtait ? Enfin, il y a un troisième argument. Dans ce verset 1, le rasm بعبدة peut être lu aussi bien au singulier bi ‘abdihi, avec son serviteur, qu’au pluriel, bi ‘ibādihi, avec ses serviteurs, le alif (ā) étant connu pour manquer fréquemment au milieu d’un mot. Un exemple d’alif manquant est le mot ar-raḥmān qui devrait être écrit , mais qui est écrit . Autre exemple : le rasm , peut être lu aussi bien au pluriel (ar-rīyaḥ, ) qu’au singulier (le vent) – c’est sous ces deux formes que des “grammairiens” de l’époque abbasside le lisent en s.18:45 28. Tous les coranologues connaissent l’imprécision de l’alif qui, sous sa forme suscrite, fait partie du diacritisme ajouté après coup. Il est donc possible de lire le rasm ‘abd comme un pluriel, et c’est même nécessaire si l’on tient compte des parallèles que l’on trouve dans le Coran :“Nous avons révélé à Moïse ceci : fais partir mes serviteurs (‘ibādiy)” (s.20:77 || s.26:52). Ou encore : “Fais partir mes serviteurs (‘ibādiy) de nuit ; vous allez être poursuivis” (s.44:23) 29. En conséquence, il apparaît que les deux premiers versets de la sourate 17 forment un ensemble et qu’originellement, ils concernaient tous deux Moïse : “Gloire à Celui qui, une nuit, fit voyager ses serviteurs [à travers la mer Rouge]. Et Nous avons apporté à Moïse le Livre duquel Nous avons fait une guidée pour les fils d’Israël en ceci : Ne prenez hors de Moi aucun protecteur ” (s.17:1-2). Et il faut voir la fabrication du « voyage nocturne » en lien avec la modification apportée au verset premier de la sourate 17 qui s’appelait « les Fils d’Israël ». De quelle manière ? Qu’est-ce qui a précédé l’autre, le récit du voyage, la construction de la masjid al-Aqşa ou encore l’interpolation au début de la sourate 17 ? Il en impossible de le déterminer actuellement. Ce qui est certain en tout cas, c’est le but recherché : depuis la rupture avec les judéo-nazaréens, l’importance cultuelle de Jérusalem ne pouvait plus se justifier. Il fallait la fonder d’une nouvelle manière : c’est ce que va permettre la légende de l’isra’ de Muḥammad. Une fois encore, force est de constater que l’analyse idéologique recoupe celle de l’exégèse et s’accorde avec les indications de la codicologie – le plus ancien des cinq manuscrits, le Paris arabe 328a – ne présentant curieusement pas le Folio de ce verset. 7. Quand l’analyse idéologique se fait eschatologie : s.4:176… Passons maintenant à un ensemble de problèmes soulevés par le manuscrit arabe 328a de Paris et qui sont recoupés par l’analyse exégétique et idéologique présentée dans Le messie et son prophète à propos du verset 171 de la sourate 4 An Nisā’. Ceci terminera le survol que nous faisons du tableau dans le cadre de notre contribution.
Coran Paris ar.328a British Or.2165 Samarkand Şan‘ā’ DAM 01-27.1 scriptio superior DAM 01-27.1 scriptio inferior + St Petersbourg E20
s.4:171b F.20r4:160-173a F.1r 7:42–7:53 4:142-4:145puis 5:85-5:88 Folio Christie’s4:171-5:10 lisible 4:170-4:176 30
à la place de 4:171b versets disparus
s.4:176 ajout visible en 20v: 4:173b-5:3a F.1r 7:42–7:53 4:142-4:145puis 5:85-5:88 Folio Christie’s4:171-5:10 lisible 4:170-4:176
Constatant que le Folio 20 verso présente 25 lignes plutôt qu’une moyenne de 22, et surtout que les six premières sont trop serrées et trop larges, David S. Powers conclut que le dernier verset de la sourate 4, le verset 176 a été composé et ajouté durant la copie même de ce manuscrit. Pourquoi titre-t-il une telle conclusion ? Parce que ce verset juridique n’a aucun lien avec les versets qui précèdent, et surtout parce qu’il introduit une doctrine nouvelle en matière d’héritage. Tout tourne autour du mot kalālah qui apparaît seulement là et précédemment dans la même sourate au verset 12. Or, Powers constate qu’il y a un gros problème en s.4:12. Là, le mot a été réécrit, et on peut voir que le mot gratté est kallah, c’est-à-dire belle-sœur. Fig. 1 : “kallah” en s.4:12 En inventant un nouveau mot (inconnu en arabe mais non en araméen 31), kalālah, et en lui donnant la signification de « sans descendant », les manipulateurs du Coran obéissaient à des injonctions juridiques en matière d’héritage : pour les sacraliser, ils ont modifié le sens et les consonnes du mot apparaissant en 4:12 et ils ont explicité leur nouvelle doctrine juridique au dernier verset 176 32. C’est ainsi que Powers a découvert que “des versets ont été ajoutés, révisés, et /ou enlevés du texte” et qu’il a compris que “l’ossature consonantique du Coran est restée ouverte et fluide durant trois quarts de siècle” 33. Fig. 2 : Verso du Folio 20 actuel du BNF ar328a
- fin de la sourate 4 et début de la sourate 5
Ces questions juridiques nous intéressent peu, elles sont tardives et recouvrent peu d’enjeux idéologiques. Ce qui nous intéresse davantage, c’est d’abord que le Folio 20 recto (voir ci-après) présente trop de lignes, elles aussi très chargées : 27, c’est à peu près cinq de trop. Si l’on y ajoute les trois lignes excessives du verso et les deux lignes vides, on arrive à un excès total de dix lignes pour le recto et le verso ensemble, et il faut encore y ajouter les 6 lignes du verset 176 supplémentaire, soit 16 lignes. Selon Powers, le copiste avait prévu de commencer la sourate 5 Al-Mā’ida au milieu du verso du Folio 20 actuel, mais il fut interrompu dans son travail au milieu de l’écriture de la sourate 4 : c’est la seule explication rationnelle. Cependant, il y a une anomalie plus grave encore que révèle Powers en passant : le troisième des cinq cahiers qui forment le manuscrit de la BNF ne compte que sept Folios, alors qu’il devrait en avoir huit. La photo qu’il donne p.185 est explicite : le Folio 20 primitif a été coupé, on en voit encore le talon. Comme l’actuel, ce Folio 20 primitif commençait par les deux derniers mots du verset 160. Et le verset 171 devait se trouver en bas du recto : c’est justement celui qui est idéologiquement et exégétiquement si suspect que l’on peut penser que le travail du copiste a été arrêté à cet endroit, c’est-à-dire tandis même qu’il écrivait le Folio 20 primitif, qui a été a été enlevé ensuite. Fig. 3 : Recto du Folio 20 actuel du BNF ar328a

8. … l’ajout manifeste du sous-verset 4:171b … Il faut comprendre l’enjeu que représente le verset 171 dans sa formulation actuelle et peut-être aurons-nous du même coup un éclairage sur les lignes manquantes qui figuraient sur le Folio 20 primitif. Sous sa forme actuelle, ce verset 171 se présente clairement en deux parties : “Ô gens du Livre, n’errez pas dans votre jugement [plutôt que : n’exagérez pas dans votre religion, comme l’a montré Christoph Luxenberg , et ne dites de Dieu que [lā illā] la vérité. Le-Messie-Jésus (‘Īsā), fils de Marie, est inna-mā le messager (rasūl) de Dieu, Sa parole qu’Il envoya à Marie, et un souffle (de vie 35) venant de Lui ! Croyez donc en Dieu et en Ses messagers [c’est-à-dire en lui et en Moïse . (s.4:171a)
Et ne dites pas : Trois. Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Inna-mā Dieu est divinité unique. Pureté à Lui ! Il aurait un enfant (walad) ? À Lui tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et Dieu suffit comme protecteur” (4:171b). La seconde partie de ce verset s’en prend manifestement à la foi chrétienne et s’adresse spécifiquement aux chrétiens ; et donc, à cause de la première partie, les chrétiens sont considérés comme étant des « Gens du Livre ». Mais prise en soi, cette première partie (4:171a) exprime le reproche de ne pas reconnaître “le messie-Jésus” et s’adresse aux Yahūd – et ce serait uniquement eux les « Gens du Livre » au sens de l’ensemble du peuple de Moïse à qui le Livre a été donné 37. Certes, en 4:171a, on lit habituellement : “Le messie Jésus fils de Marie est seulement le messager de Dieu”, c’est-à-dire que ce sous-verset s’adresserait en fait aux chrétiens qui croient que Jésus est davantage qu’un “messager de Dieu”. La preuve de cette « lecture » serait le fait qu’en 4:171b, on lit : “Seulement Dieu est divinité unique” – et donc cet adverbe inna-mā aurait effectivement le sens de seulement. Mais cela sonne faux. Trois raisons indiquent une manipulation : • La formule de 4:171b : “Inna-mā Dieu est divinité unique” est un hapax très anormal par rapport à la formule consacrée : “Pas de divinité sinon Dieu” (lā Ilāh illā Llāh). De plus, le sens restrictif exprimé en arabe par lā… illā… (pas de… sinon…) se trouve justement dans la partie 171a : “Ne dites de Dieu que la vérité (lā taqūlū ‘alā Llāh illā l-ḥaqq)”. Pourquoi alors ne se retrouve-t-elle pas en 4:171b ? Y aurait-il deux manières d’exprimer la même restriction, une fois par lā illā et une autre fois par inna-mā ? Ou y a-t-il une manipulation intentionnelle ?
• Car que signifie inna-mā ? Si l’on regarde les autres occurrences de cet adverbe, le sens n’est clairement pas restrictif : “Les croyants sont assurément (inna-mā) des frères” (49:10). Manifestement, il serait absurde qu’ils soient “seulement des frères” ! Déjà les neuf premières occurrences de l’adverbe (c’est-à-dire celles de la sourate 2 Al-Baqara) ne laissent planer aucun doute, en 2:107 en particulier : “[Les anges de la magie disent :] Assurément (inna-mā), nous sommes une tentation”, car s’ils ne sont qu’une tentation, leur action ne serait pas bien grave – au contraire de ce que le Coran veut dire. Voyons encore deux autres exemples où l’adverbe ne peut signifier seulement sous peine d’absurdité : “S’ils se détournent, ils sont alors assurément dans le désaccord” (2:137) “Alors, le péché pèse assurément sur ceux qui l’ont changé [le testament]” (2:181). De plus, étymologiquement, le sens de inna-māne fait aucun doute : cet adverbe est un composé de deux intensifs qui se renforcent : oui vraiment 38. La conclusion s’impose : 4:171b contient une manipulation destinée à changer le sens de l’adverbe inna-mā en 4:171a, et cela pour deux raisons théologico-idéologiques : ― pour que les musulmans puissent se dire « Gens du Livre », il est décisif que le texte coranique dise que les chrétiens le sont (ce qui est le cas ici mais jamais ailleurs), sans quoi le schéma des trois religions successives ne fonctionnerait pas ;― grâce au sens nouveau donné à inna-mā, le titre de Messie en 171a devient (seulement) un titre négligeable, ce qui est également décisif en vue d’asseoir le prophétisme de Muḥammad qui, sans cela, resterait toujours inférieur au Messie. Or, c’est tout le sous-verset 4:171b qui veut suggérer que le prédicateur s’adresse ici aux Arabes chrétiens. Aussi doit-il être considéré comme un ajout et fabriqué, pour une bonne part, d’emprunts faits au reste du texte : “Pureté à Lui ! Il aurait un enfant 39? À Lui tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et Dieu suffit comme protecteur”. • Enfin, la logique textuelle confirme que 4:171b est bien un ajout. En effet, tout le passage redevient étonnamment clair quand on le supprime : “Ô gens du Livre, n’errez pas dans votre jugement, et ne dites de Dieu que [lā illā] la vérité. Le-Messie-Jésus (‘Īsā), fils de Marie, est assurément le messager de Dieu, Sa parole qu’Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui ! Croyez donc en Dieu et en Ses messagers [c’est-à-dire en lui et en Moïse] (s.4:171a). “Le Messie n’a pas trouvé indigne d’être serviteur (‘abd) de Dieu non plus que les anges rapprochés. Quiconque dédaigne de Le servir (‘abada, adorer) et s’enfle d’orgueil, Il (Dieu) alors les rassemblera tous vers Lui [pour le Jugement]” (s.4:172). L’affirmation de la Messianité de Jésus (v.171a), si chère aux judéo-nazaréens, s’adresse évidemment à ceux qui la refusent, les Yahūd ; le verset 172 s’adresse toujours à eux quand il dénigre la foi des Arabes chrétiens par l’astucieux jeu de mots entre ‘abd et ‘abada. Quand le prédicateur veut s’adresser aux chrétiens, il s’exprime autrement : il met leur foi frontalement en cause ; et de manière incisive, il utilise inna… illā (certes… seulement), une locution adverbiale qui a un sens très restrictif (tout au contraire de inna-mā, précisément) : “Inna hu illā ‘abdun : Oui, lui [le fils de Marie, v.57] est seulement un serviteur” (43:59),
ou encore en utilisant mā… illā (quel… sinon… ?) : “Mā al-Masyḥ ibn Maryam illā rasulun : Qu’est le Messie fils de Marie sinon un messager ?” (5:75). Il n’y a donc aucun doute sur les destinataires du message de 4:171a : les Yahūd. C’est à eux encore qu’ensuite le verset 4:174 précise que ce Messie est la “lumière manifeste” que Dieu a “fait descendre vers vous” – c’est-à-dire vers eux qui ne croient pas en lui –; il doit être cru car il est aussi parfait serviteur de Dieu que les anges (auxquels croient les Yahûd).
Ce message n’est autre que celui de la vieille foi nazaréenne 40 qui tient Jésus pour un Messie-Roi-serviteur, ni plus, ni moins. L’intentionnalité idéologique (et textuelle) de l’ajout que constitue 4:171b est toute autre 41. Et, comme on l’a vu, l’intentionnalité sous-jacente à l’ajout du verset final 4:176 est différente encore : elle est moins théologique que juridique. Or, deux gros ajouts si proches, qui se trouvent respectivement au recto et au verso de l’actuel Folio 20, cela fait beaucoup. D’autres manipulations ont eu lieu, dont témoignent la découpe du Folio 20 primitif, dont il ne reste plus que le talon ; mais ces manipulations-là ont consisté à retirer du texte.
À ce stade, deux remarques s’imposent :
• le manuscrit BNF de Paris, qui a été changé au cours même de sa rédaction, semble être devenu la norme des autres manuscrits anciens, même si le Folio concerné est absent de deux d’entre eux, le British Oriental 2165 et celui de Samarkand (ceci constitue peut-être un indice de datation).
• la suppression de plusieurs versets figurant sur le Folio 20 primitif doit avoir un rapport avec le verset 171a ainsi qu’avec ce qui le précède, en vertu de la cohérence des feuillets primitifs.


Fig. 4 : Le talon du Folio 20 primitif est très visible entre le Folio 19 (verso) et l’actuel Folio 20 (recto)
9. … et la suppression de versets entre 171a et 172 Or que pouvons-nous dire ? Logiquement, il manque un long développement entre les actuels versets 171a et 172, qui concernent tous deux le Messie-Jésus – et ce passage devait s’adresser aux Yahūd. En effet, avant le verset 160, le texte explique que Jésus a été enlevé au Ciel : “Dieu l’a élevé vers Lui” (s.4,158). Les traditions islamiques ont conservé le souvenir de la prédication – typiquement judéo-nazaréenne – qui annonçait que Jésus redescendrait un jour du Ciel comme Messie et ferait advenir le Jugement, dont il est justement question aux versets 173-175. Entre-temps, il est retenu au Ciel 42. Cette doctrine se retrouve dans une vaste littérature guerrière et eschatologique qui prône une délivrance politico-religieuse mondiale de l’emprise du mal, et à laquelle se rattachent des livres comme les versions les plus tardives du quatrième Livre d’Esdras 43, les manuscrits les plus tardifs des grottes de la mer Morte, les Testaments des douze Patriarches (dont plusieurs se trouvaient dans ces grottes), ou encore le Codex Damascus où on lit : “Ceux-là seront sauvés au temps de la Visite mais les autres seront livrés au glaive, quand viendra le Messie d’Aaron et d’Israël, ainsi qu’il fut au temps de la première visite” (CD-b 1,10) 44. Il s’agit donc bien d’une seconde visite. Un exposé sur la cohérence de la doctrine judéo-nazaréenne serait nécessaire, elle devrait faire l’objet d’un article en soi 45. Ce qu’il importe de percevoir ici est l’absence tout à fait anormale, dans le texte coranique, de toute allusion au retour matériel du Messie-Jésus sur le mont des Oliviers (d’où il était parti) – car, bien sûr, sa redescente sur un minaret de la mosquée des Omeyyades à Damas est une transformation légendaire tardive. Plausiblement, le passage manquant de la sourate 4 portait non seulement sur cette redescente et la victoire sur les armées de la terre entière, mais aussi sur la reconstruction du Temple. Or, que fut donc le Cube rapidement construit en 638 sur son emplacement par des « juifs » alliés aux Arabes 46 ? Cinquante ans après, à l’époque des copistes du manuscrit BNF ar.328a, ce même cube était en train d’être remplacé par l’octogone de ‘Abd al-Malik (terminé après 692). Le travail de ces copistes et ses aléas ont dû être intimement liés aux révisions doctrinales que ce Calife Omeyyade imposait à l’époque. Quel était le nombre de versets qui furent supprimés entre l’actuel verset 171a et le 172 ? Sans tenir compte du folio manquant, Powers (p.188-190) a essayé un réarrangement des versets simplement en enlevant la finale ajoutée à la fin de la sourate 4 (le verset 176) ; mais même ainsi, deux lignes au moins paraissent être de trop : il est obligé de postuler des lignes longues et chargées – un peu comme on le voit dès le début du Folio 20 actuel. De plus, dans ce cas, les copistes se seraient retrouvés avec un folio en trop à la fin de leur travail. En réalité, on est amené à poser simplement l’hypothèse de la non copie de 41 ou 42 lignes du manuscrit original (puisqu’il faut compter 22 lignes par face de Folio) ; le copiste avait commencé à les copier sur le verso du Folio 20 primitif, mais il s’était arrêté avant d’atteindre le Folio 21 (qui est devenu l’actuel Folio 20 après que le 20 primitif ait été coupé). Une telle quantité de lignes correspond à la matière doctrinale que l’on peut supposer avoir été exposée là primitivement. 10. Une fécondité à développer La confrontation entre les études codicologiques et les approches exégétiques appuyées par les analyses idéologiques est une voie qui n’a encore livré qu’une petite partie de sa richesse. La piste judéo-nazaréenne montre une importante validité et fécondité. Et en matière de codicologie, on peut penser qu’une étude minutieuse de l’ensemble du manuscrit même de Paris apporterait davantage encore de compréhension de l’histoire du texte que la seule étude de ses photos, en attendant peut-être la découverte de nouveaux fragments coraniques aussi anciens. ________________________________________________ 1 Divers folios doivent être rattachés aux soixante-dix que compte le manuscrit parisien BNF ar328a, en raison de critères d’identité d’écriture, de format, de couleur d’encre et de nombre de lignes ; leur matière ne recouvre pas de versets étudiés ici, sauf dans le cas du dernier groupe de folios que nous n’avons malheureusement pas été en mesure de consulter. Il s’agit de : • les fragments Vaticani arabi 1605 et 1606 (recto 10:102-11:3 /verso 11:4-11:35) publiés en 1947 par Levi Della Vida, • un autre, le KFQ60 (recto, fin de la sourate 11 et début de la s.12) dans la N.D. Khalili Collection, chez Khalil Nasser à Londres, et publié en 1992, • et surtout les vingt-six folios de la Bibliothèque Nationale de Russie à Sant-Petersbourg (Marcel 18, f. 1-24 et 45-46). La conservatrice Olga Valentinovna Vasiljeva a pu nous donner accès à des copies correctes.
Selon François Deroche, l’ensemble comptant 98 folios correspond approximativement à 45% du manuscrit qui devait compter entre 210 et 220 folios à l’origine (216 en toute logique, puisque le nombre doit être divisible par 8, huit folios formant une « main » ou codex) – cf. La vulgate ‘uthmanienne et le témoignage des premiers manuscrits, in Urvoy Marie-Thérèse, Ethique et religion au défi de l’histoire, Versailles, éditions de Paris, 2011, p.76. Quant au manuscrit LNS 19 CA (5:89-100 et 5:120-6:12) exposé au Koweit, il appartient visiblement au ms British Or.2165 (diacritisme, format, couleur, etc.). 2 L’Académie scientifique bavaroise avait réuni 154 microfilms d’anciens Corans. En 1944, elle fut détruite par les bombes américaines et tout le monde crut que ces microfilms avaient disparu. En réalité, ils avaient été mis en lieu sûr par un jeune orientaliste, Anton Spitaler (1910-2003), qui servait auprès des troupes musulmanes du régime nazi. Après la guerre, au long de sa carrière de professeur à l’Université de Munich, celui-ci garda secrets les microfilms. En 1970, Günther Lüling, qui était chargé de cours, avait préparé une thèse doctorale analysant certains passages du Coran par rapport à des hymnes syriaques. Spitaler s’acharna à détruire la carrière universitaire de Lüling et favorisa celle de sa disciple Angelika Neuwirth. Mise au courant de l’existence des microfilms, celle-ci les reçut de Spitaler vers 1990, comme elle l’a admis après avoir nié leur existence durant vingt ans. Mais elle ne les a pas publiés. 3 Le projet berlinois de « Corpus Coranicum », annoncé à grand renfort de publicité en 2007, est une réaction de A. Neuwirth face aux études qui commençaient sur les photos de manuscrits coraniques ramenées de Şan‘ā’ par Gerd Puin. Cf. HIGGINS Andrew, The lost archive missing for a half century, a cache of photos spurs sensitive research on Islam’s holy text, in The Wall Street Journal, Saturday, January 12, 2008, page A /1-4 ; ou l’article du 15 janvier 2008 de Asia Times online, atimes.com/atimes/Middle_East/JA15Ak03.html. 4 Concernant des voyellisations inexactes, voir par exemple Blachère Régis, Le Coran, Paris, Librairie Orientale et Américaine, 1957, p.429 (sourate ar-Rūm 30:1-3) ; Sfar Mondher, Le Coran est-il authentique ?, Paris, 2000, p.19 (à propos de l’expression “muṣadd●qan li-mā bayna yada–” où ● représente la divergence déterminante quant au sens, entre les voyelles i ou a).
Concernant des ponctuations diacritiques inexactes, voir par exemple Munther Younes, Charging Steeds or Maidens Doing Good Deeds?: A Reinterpretation of Qur’ān 100, in Arabica 55, Leyden, Brill, dec. 2008, pp. 362–386 ; Angels, Stars, Death, the Soul, Horses, Bows – or Women? The Opening Verses of Qur’ān 79, in Reynolds Gabriel Said (dir.), New Perspectives on the Qur’ān: The Qur’ān in Its Historical Context 2, 2012 (actes du colloque de l’Université Notre-Dame, Indiana, 2011), Londres, Routledge, 2011. 5 De ces versets suspects, la liste a été établie sur diverses sources (mentionnées dans les notes de cet article), surtout de l’étude de Gallez E.-M. parue en 2005 : Le messie et son prophète (Versailles, éditions de Paris, 1 100 pages, 1 659 notes). Diverses parties de cette étude ou des compléments sont accessibles sur le web en français et en anglais (lemessieetsonprophete.com). 5 bis Concernant la partie centrale du verset 6 de la sourate 61 (mentionnant aḥmad, voir Blachère Régis, Le Coran, o.c. p.593 ; Samir Khalil Samir (dir.), Actes du 3e Congrès international d’études arabes chrétiennes, collection Paroles de l’Orient vol. XVI, Kaslik, Liban, 1990-1991, p.311-326 ; GALLEZ Edouard-M., Le messie et son prophète, Versailles, éditions de Paris, tome II, 3.1.6.2 – 3.1.6.4 (= p.141-153 éd. 2005). Sur le web : lemessieetsonprophete.com/annexes/s.61,6_ahmad.pdf. 6 Selon le site islamique très apologétique islamic-awareness.org/Quran/Text/Mss/radio.html, le manuscrit Dam 01-27.1 de Şan‘a’ remonterait ainsi à avant 655 avec une probabilité de 91,8%. Ce résultat concerne la datation de la scriptio inferior (ou plutôt des deux scriptiones inferiores) de ce palimpseste, le texte supérieur apparent étant évidemment plus tardif. Cependant, l’équipe de Christian Robin (CNRS, Paris) a fait analyser également divers palimpsestes provenant de Şan‘ā’ et obtient des résultats parfois clairement aberrants, comme quand un palimpseste se voit situé à 95% de chances entre 430 et 499. Ces résultats ont été communiqués lors du colloque international « Les origines du Coran, le Coran des origines », tenu l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Paris) les 3 et 4 mars 2011. 7 Les ouvrages de A.-L. de Prémare sont bien connus en français ; celui de C. Robinson que cite David S. Powers est : ‘Abd al-Malik, Oxford, OneWorld, 2005, p.100-104. La citation de Powers est tirée de : Muḥammad is not the father of any of your men, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, p.161) 8 Theodor Nöldeke s’était demandé quelles pouvaient être les sources orales de Muḥammad : il envisage alors l’influence d’une certaine doctrine « juive », souvent appelée « ébionite », qui aurait contribué ainsi à la naissance de l’Islam ; mais cette remarque reste marginale, dans un traité qui reste globalement peu critique (Geschichte des Qorâns, Göttingen, 3 tomes, 1860sq). Ce sont les bons connaisseurs du monde juif et chrétien qui ont mis réellement en lumière cet aspect déterminant de la recherche historique, comme David S. Margoliouth qui entrevit l’importance de certains « juifs » dans l’émergence de l’Islam (The Relations between Arabs and Israelites prior to the Rise of Islam, Londres, 1924), comme Hans-Joachim Schoeps qui évoque des « éléments ébionites dans l’Islam » (Theologie und Geschichte des Judenchristentums, Tübingen, Mohr, 1949, p.334-342), comme J.-M. Magnin, patrologue (Notes sur l’ébionisme, éd. Proche-Orient Chrétien, 1979 – qui réunissent les cinq articles parus in POC de 1973 à 1977), comme Joseph Azzi, islamologue libanais (Le prophète et le prêtre, paru d’abord en arabe en 1979), comme Patrcia Crone ou comme Alfred-Louis de Prémare (1930 - 2006), un islamologue qui avait une vaste culture biblique et parabiblique. Pour ne citer que les principaux. 9 « Ebionites » est une appellation parfois employée par les Pères gréco-latins de l’Eglise, mais non une dénomination : il s’agit d’un adjectif biblique signifiant « pauvres », et que s’appliquaient les Nazaréens non sans arrière-pensée revendicatrice (celui qui est le « pauvre de Dieu » est innocent en ce monde et est donc en mesure de revendiquer le contrôle de celui-ci, au nom de Dieu). 10 Le néologisme de « judéo-nazaréens » offre également l’avantage de rappeler l’origine lointainement judéenne de ce mouvement lié aux suites de la première guerre juive (66-70), alors que l’appellation de « judéo-christianisme » est devenue un fourre-tout où l’on range, non sans malice parfois, le christianisme apostolique (dont la grande Eglise de l’Orient [assyro-chaldéenne] est la continuation directe) et ses dérives qui lui sont radicalement contraires – comme le nazaréisme, précisément. C’est à ce mouvement que se rattache la littérature politico-guerrière (messianiste) post-chrétienne, écrite en araméen ou en hébreu, qui a été étudiée dans Le messie et son prophète, op. cit., tome I. 11 Ces occurrences ont été étudiées pour la plupart dans Gallez E.-M., “Gens du Livre” et Nazaréens dans le Coran : qui sont les premiers et à quel titre les seconds en font-ils partie ? in Oriens Christianus, 92, 2008, p.219-231 ; on peut trouver l’article sur lemessieetsonprophete.com/annexes/Ahl-al-Kitab_'gens-du-livre'.pdf (ou .htm). L’étude exhaustive est parue dans Le messie et…, volume II, p.247-253. 12 L’analyse co-textuelle des occurrences du mot « ummah » dans le texte coranique suggère que ce mot, quand il n’a pas le sens général (et biblique) de tribu (notamment à propos des douze « tribus » d’Israël, s.7:60), pointe vers la secte judéo-nazaréenne, ce qui apparaît de manière particulièrement frappante en 3:113 et en 7:159. 13 Dans le texte « coranique », si le mot « qur’ān » désigne un lectionnaire (selon le sens du mot en syro-araméen), il s’agit de celui que les judéo-nazaréens traduisirent pour leurs alliés arabes et auquel renvoient les occurrences authentiques du mot (plutôt qu’à un « Coran céleste ») ; les versets redeviennent alors très clairs. 14 Cf. lemessieetsonprophete.com/annexes/Surat-le_mot.pdf (ou .htm). 15 Cf. Munther Younes, Charging Steeds…, op. cit. 16 Cf. lemessieetsonprophete.com/annexes/Coran_&_diacritisme-II.pdf (ou .htm). 17 Les Chrétiens arabes n’ont jamais parlé de l’Esprit Saint qu’avec la formule ar-Rūḥ al-Qudus, qui comprend l’article al devant le substantif et qui est biblique (רוּחַ קָדְשׁו – rūaḥ qadəš-ū, son Esprit Saint, Is 63:10.11 ; Sg 1:5 ; 9:17 ; רוּחַ קָדְשׁך – rūaḥ qadəš-kā, ton Esprit Saint, Ps 51:11 ; Mt grec ou araméen 1:18.20 etc. – sinon le sens serait différent : l’esprit du Saint). Elisabeth Puin suggère arbitrairement que la présence de l’article serait facultative (cf. note suivante). 18 Cette expression « al-Masiḥ ‘Īsā » se lit quatre fois dans le Coran (le titre de « Masiḥ » apparaissant onze fois en tout et toujours à propos de Jésus). 19 Avant de s’appeler muslimūn (ceux qui sont soumis – cf. lemessieetsonprophete.com/annexes/musulman.pdf), ils s’appelaient simplement « muhāğirūn », c’est-à-dire ceux qui ont fait l’Hégire. 20 Cf. Puin Elisabeth, Ein früher Koranpalimpsest aus Şan‘ā’, Teil I, in Inârah3, Berlin: Schiller, 2008, p. 477.485. 21 On peut traduire aussi « min ‘inda Llāhi » par « de chez Dieu », à la manière du langage courant qui dit : ils sont “sortis de chez toi (min ‘inda-ka)” (4:82), ou simplement par de, comme on dit : cela lui est venu “de lui-même” (2:109) ou “d’eux-mêmes” (3:16), etc. 22 En ce verset 2:89, il est possible d’appliquer le mot de « messager » (rasūl) à l’ange Gabriel ; mais cela ne se voit nulle part dans le Coran. 23 En plus des deux versets s.2:89.101, « min ‘inda Llāhi » apparaît en s.2:103 ; 3:37 [pour Marie]; 3:126 [à propos d’une victoire]; 3:195 ; 3:198 ; 4:78 [d’une récompense ou punition]; 8:10 [d’un secours]; 24:61 [de salutations]; 41:52 ; 46:10 [d’un message]. Il faut ajouter les formules équivalentes où « Llāh » est mentionné sous un pronom personnel: s.3:7 [à propos d’un livre ou message]; 5:52 [d’une victoire ou d’un ordre]; 8:32; 9:52 [d’un châtiment]; 10,76 [de la vérité]; 11:28 [d’un message]; etc. 24 Les reproches exprimés par la racine kfr se rapportent aux Yahūd et à eux seuls, comme cela a été montré dans : La racine kfr, importance et significations biblique, post-biblique et coranique, in Le texte arabe non islamique, Studia Arabica vol. XI, éditions de Paris, 2009 (colloque de Toulouse, 22-23 octobre 2007), p.67-87 – cf. lemessieetsonprophete.com/annexes/kfr.htm. 25 Un autre verset utilise la formule min ‘inda Llāhi et évoque expressément le lectionnaire-qur’ān en usage : “S’il [ce lectionnaire] provenait d’auprès d’un autre que Dieu, ...” (s.4:82). 26 Ibn ‘Ashur, 15.5. 27 Selon Bernard Flusin, la construction de la Mosquée al-Aqşa est postérieure à 710 – cf. L’esplanade du Temple à l’arrivée des Arabes, in Bayt al-Maqdis. ‘Abd al-Malik’s Jerusalem part 1, Oxford Studies in Islamic Art xi, Oxford Univ. Press, 1992 p.30. 28 Al-Khatib (5:228) explique que certains ont lu le rasm ryḥ (sans alif) au singulier (vent) et d’autres au pluriel, ce qui montre bien que l’alif comme marque du pluriel est souvent un ajout diacritique. 29 Selon la traduction de Palmer. On peut citer ce verset encore : “Quand Moïse fut parti de nuit avec sa famille…” (s.28:29). 30 Le recto du Folio du manuscrit de St Petersbourg qui contient le verset 4:171 commence par le verset 170. Une partie importante du coin supérieur droit a été réécrit dans un style d’écriture différent et avec deux ajouts non significatifs : الذي (aladi, lui, le messager) sur la 1ère ligne, et ما في (mā fī, ce qui est [sur la terre]) sur la 3ème ligne. 31 En effet, une vieille racine araméenne, kelyla’, couronne, donne le mot kalalè’>, qui a le sens liturgique de « martyrs » – littéralement : ceux qui ont été couronnés (au Ciel), comme Christoph Luxenberg nous l’a indiqué (cf. Dictionnaire Köbert [Vocabularium Syriacum], Rome, 1956, p.95). Il est permis de penser que le manipulateur de ce verset coranique est un lettré araméophone légèrement moqueur : puisque la cour du Calife exigeait de lui qu’il trouve à remplacer le mot kallah, il a « inventé » un mot qui existait déjà, à la barbe des Arabes qui n’y ont rien vu. 32 Ce cas de fin de sourate interpolée est loin d’être unique. Le long verset final s.48:29 en est un autre exemple : de nombreux indices, auxquels s’ajoutent des raisons doctrinales, montrent que ce verset 29 formant la fin actuelle de la sourate 48 al-Fatḥ peut être considéré comme une insertion – elle s’arrêtait au verset 28 –; ils ont été exposés dans Le Messie et…, tome II, p. 358-368. 33 “L’évidence littéraire et documentaire étudiée dans cette monographie suggère que l’ossature consonantique du Coran est restée ouverte et fluide durant ¾ de siècle [= jusque vers 700], entre la mort du prophète et le califat de ‘Abd-al-Malik. Le procédé de fixation de cette ossature fut rempli d’erreurs. Des problèmes furent identifiés et résolus, des erreurs furent corrigées, des versets ajoutés, révisés et /ou retirés du texte” (Powers David S., Muḥammad is not…, o.c., p. 227). L’étude du Folio 20 primitif manquant se situe plus spécialement aux p.184-196. 34 Traduire “lâ taġlû fi dynikum” par “N’exagérez pas dans votre religion” n’a pas de sens. Comme l’explique Christoph Luxenberg, ceci doit être rendu selon le syro-araméen, de la sorte : “N’errez pas dans votre jugement” (cf. Neudeutung der arabischen Inschrift im Felsendom zu Jerusalem, in Die dunklen Anfänge, neue Forschungen zur Entstehung und frühen Geschichte des Islam, Berlin, Hans Schiler, 2005, p.136. Tout le monde peut vérifier que, dans le Coran, le mot “dîn” ne présente pas le sens de religion (c’est celui du mot “millah), mais bien celui de Jugement, comme on le voit dès le verset 4 de al-Fâtiḥah: “Maître du Jour du Jugement” (et non du “Jour de la Religion”!). 35 Dans l’arabe ancien comme en hébreu et en syro-araméen, le mot ruḥ signifie à la fois vent et esprit ; c’est la langue arabe classique qui différencie maintenant ruḥ (esprit) de rîḥ (vent – la racine reste la même). 36 Il est cependant possible que le texte originel de s.4:171a ait indiqué ici : Croyez donc en Dieu et en Son Messie. C’est ce qu’indique une traduction syriaque du Coran, faite au plus tard au 10e siècle, qui était certainement complète, mais seuls quelques passages nous sont parvenus grâce à Denys Bar Salibi (m. 1171), évêque d’Amid, dans son Traité contre les musulmans (cf. Mingana Alphonse, An ancient Syriac Translation of the Kur’ān exhibiting new Verses and Variants, Manchester / London, University Press, 1925, p.4.6.27.41). Ceci qui ne change pas le sens de fond, à savoir d’être un appel à croire en Jésus, rasūl et Messie. 37 Si l’on regarde les occurrences coraniques de ahl al-Kitāb, il apparaît clairement qu’elles désignent les Juifs dans leur ensemble, en tant qu’ils sont les héritiers et propriétaires légitimes de la Bible – quitte à préciser ensuite que certains en font une lecture juste et d’autres non – cf. lemessieetsonprophete.com/annexes/Ahl-al-Kitab_'gens-du-livre'.pdf. 38 De plus, dans un livre à paraître, Christoph Luxenberg indique que l’adverbe arabe ’inna + mâ correspond exactement au syro-araméen ên + mâ qui signifie : “Oui, assurément”! Cette correspondance s’ajoute à la liste déjà longue qu’a ouverte cet auteur (cf. Die syro-aramäische Lesart des Koran. Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache, Berlin, Das Arabische Buch, 2000). 39 Le terme walad employé en 4:171b relève d’une polémique déloyale contre la foi chrétienne. Les chrétiens arabes n’ont jamais dit que Dieu avait un enfant-walad mais un fils-Ibn (au sens figuré ou analogique du mot). Cette polémique se retrouve en d’autres passages coraniques. 40 Voir notes 9 et 10. 41 Cette intentionnalité ne fait pas partie de ce qui est « religieusement correct » à aborder. C’est sans doute la raison pour laquelle, quoique très empressés d’imaginer dans les évangiles toutes sortes de manipulations, nombre d’exégètes n’en remarquent aucune dans le Coran – voir lemessieetsonprophete.com/annexes/Questions-debat.htm#RecensionGnilka. 42 Cette doctrine apparaît par exemple dans ce passage du quatrième Livre d’Esdras : “Quant au lion,... c’est le Messie que le Très-Haut a mis en réserve pour la fin des jours. Il se lèvera de la race de David, [...] jusqu’à ce que vienne la fin, ce jour du Jugement dont je t’ai parlé au début” (4Esdras 12,31-34 – Ecrits intertestamentaires, Paris, Gallimard, 1987, p.1452-53).
Ou dans celui-ci : “Cet Homme que tu as vu monter du sein de la mer, c’est lui que le Très-Haut tient en réserve depuis longtemps pour délivrer sa création [...] Lorsqu’arriveront ces signes que je t’ai montrés par avance, alors sera révélé mon fils, cet Homme que tu as vu montant de la mer” (4Esdras 13,25-32 – Ecrits…, p.1457). 43 Le quatrième Livre d’Esdras évoque les 400 ans de règne du Messie revenu après une mise en réserve au Ciel (4Esdras 7,28-31 – Ecrits…, p.1420sq.), ce qui n’est pas sans faire penser aux 40 ans de vie que la tradition islamique attribue au Messie-Jésus après son retour sur la terre – après quoi il meurt et le Jugement final advient. 44 Ecrits…, p.161 45 Pour donner une idée, voici l’analyse thématique de passages messianistes dans plusieurs des livres de cette mouvance (cf. Le messie…, tome I, p.181 et lemessieetsonprophete.com/annexes/quatre.htm), avec la mention du pourcentage des manuscrits donnant le texte (il apparaît ainsi improbable qu’il s’agisse d’interpolations « chrétiennes » – faussement, au demeurant : aucun chrétien ne se serait exprimé de la sorte, car il est question d’une descente de Dieu sur son Messie, non d’une union en lui, déjà enfant) : 46 Selon la Chronique de Sebêos (xxxi), ce Cube avait été construit par des « juifs » : “Les juifs construisirent là un lieu de prière pour eux-mêmes […] Mais les Ismaélites les jalousèrent et les expulsèrent de l’endroit” – et ils durent se contenter d’un lieu marginal sur l’esplanade (cf. Macler Frédéric, Histoire d’Héraclius par l’Evêque Sebêos, Paris, 1904, p.102-103).
Ces données sont recoupées par deux apocalypses mises par écrit au 8e siècle. La première, appelée les Secrets de Rabbi Simon ben Yohay, donne à lire cette prophétie ex eventu : “Le deuxième roi qui se lève en Ismaël [c’est-à-dire en fait ‘Umar] réparera les brèches du Temple” (citée par Crone et Cook, Hagarism, The Making of the Islamic World, Cambridge University Press, 1977, p.5 /note 21).
Et la seconde est une apocalypse qualifiée de « judéo-arabe » par son découvreur, Israël Lévi (il la date de vers 750) ; dans un des fragments, on lit que Mu‘âwîyah (660-680) a “restauré les murs du Temple”, et l’auteur « juif » de ce document “célèbre la construction d’une mosquée sur l’emplacement du Temple, comme si c’était le rétablissement de cet édifice”, remarque Israël Lévi non sans étonnement (Une apocalypse judéo-arabe, in Revue des Etudes Juives, t.67, n° 133, 1914, p.178-182).



sylvie049
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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par sylvie049 » sam. 26 nov. 2016 16:46

Krinou a écrit :Merci Olaf pour l'inauguration de cette catégorie que je désespérais de voir un jour alimentée.
Cela me fait penser que j'ai le lien de Compositeur musique documentaire l'ouvrage de Ibn Warraq et qu'il serait plus qu'approprié de le placer dans la bibliothèque.
Bonsoir,
Oui je suis aussi du même avis que vous!
On a le sentiment de tout revoir ici et que rien n'a beaucoup changé et j'aime bien!
Bonne soirée à vous!



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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » sam. 26 nov. 2016 17:08

Bienvenue Sylvie049 :mrgreen:



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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » mer. 30 nov. 2016 11:36




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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » jeu. 5 janv. 2017 14:15

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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » jeu. 2 nov. 2017 14:56

Les Judéonazaréens et les origines de l’Islam: “réponse à la réponse” de Stephan Hoebeeck et de quelques autres...
Odon Lafontaine·jeudi 2 novembre 2017

Mes réponses et mes commentaires (figurant entre crochets et débutant par “Olaf :”) à la publication de Stephan Hoebeeck intitulée « Les judéo-nazaréens et les origines de l’Islam: réponse à Odon Lafontaine et à quelques autres... », publiée le 31 octobre 2017 sur son compte Facebook [0].
Mes réponses figurent dans le corps du texte de Stephan (téléchargé le 31/10/2017). Ce texte est distingué par l’accroche « SH : ». Les notes de bas de pages sont aussi de moi. Et puisque tel est mon plaisir, j’ai décidé de débuter par ma conclusion que voilà :
----------------------------------------------------------------------------------------------------------
[Olaf : Qu’écrire en conclusion de tout cela ?
1) Lisez les auteurs que vous voulez réfuter ;
2) Réfutez les pour ce qu’ils ont écrit, pour leurs argumentations réelles et non sur la base de déformations de ces argumentations ;
3) Réfutez les pour ce qu’ils ont écrit et non pour ce que vous croyez qu’ils sont : la recherche s’intéresse aux idées et aux faits, pas aux personnes ;
4) A votre disposition pour continuer d’échanger sur ces bases-là.]
----------------------------------------------------------------------------------------------------------
SH (début) :
Aujourd’hui, on veut expliquer l’émergence de l’islam à travers un mystérieux mouvement appelé le mouvement judéo-nazaréen. Nous allons résumer succinctement cette hypothèse à travers les écrits d’Edouard-Marie Gallez et d’Odon Lafontaine.
[Olaf : Qui est ce « on », si ce n’est le P. Edouard-Marie Gallez ? Quels autres écrits que les siens (et les miens) défendent cette thèse ?]
SH :
Les judéo-nazaréens seraient des nazirs (c’est de là que, d’après eux, ils tirent leur nom) judéo-chrétiens, c’est-à-dire qu’ils s’abstiennent de vin, qu’ils sont juifs (ou judaïsants) et qu’ils croient que Jésus est le messie.
[Olaf : Non.
Ce n’est pas ce que ni moi, ni le P. Edouard-Marie Gallez, avons soutenu. J’ai mentionné la reprise de la règle du naziréat (Le grand secret de d’islam, Createspace 2015, p. 165) mais n’ai jamais prétendu que les Judéonazaréens auraient été des nazirs. Le sens de leur nom est un sujet complexe. Je vous renvoie au chap.6, « qui sont les Nazaréens ? », de l’étude que j’avais faite sur le sujet en réaction au livre La voie des Nazaréens (Soleiman Al-Kaabi, Éditions Nawa, 2015) : “Recherche islamologique et déni de réalité musulman”, publiée sur Academia [1]]
SH :
D’après ces mêmes auteurs, ces nazirs auraient combattu les Romains en 70 et puis auraient fui en Arabie.
[Olaf : Non.
Ce n’est pas la thèse du P. Edouard-Marie Gallez, ni ce que j’ai écrit : « En 68-69 (…) les Romains avaient en effet laissé les Juifs non combattants quitter Jérusalem (…), les judéochrétiens, conduits par l’évêque Simon - et avec eux, à leurs côtés, des messianistes issus du creuset judéochrétien de Jérusalem. Ils partent ensemble en exil au nord, vers le plateau du Golan, en Syrie. » (Le grand secret de d’islam, op.cit. p.49). J’ajoute que les auteurs sur lesquels se fonde le P. Gallez (Eusèbe de Césarée et Epiphane) mentionnent également une installation de ces Nazaréens non chrétiens chez les Nabatéens, en Jordanie (capitale : Pétra). Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas combattu dans la première guerre juive. Les combattants ont été exterminés par les Romains. Enfin, il ne faut pas croire que toute leur doctrine était fixée en l’an 70, ni qu’il s’agissait d’un courant homogène : nous avons à faire à un phénomène idéologique, un processus qui fait évoluer les croyances en fonction des événements historiques et des buts recherchés.]
SH :
Et enfin, ces nazirs croyaient que Jésus avait été conçu par le Saint-Esprit et qu’il était né d’une vierge, mais ils ne croyaient pas que Jésus était dieu, ni non plus que Jésus avait été crucifié, pour eux, il était monté vivant au ciel. Ces nazirs considéraient aussi que Jésus allait revenir sur terre pour les conduire et détruire l’Empire romain.
[Olaf : Non.
Dans la doctrine judéonazaréenne, Jésus doit redescendre physiquement sur terre pour terminer sa « mission » : assumer la royauté sur Israël promise par les écritures et soumettre physiquement le monde entier à la Loi de Moïse – au besoin en exterminant les impurs et les récalcitrants.]
SH :
Muhammad aurait hérité de cette doctrine par Waraqa,
[Olaf : Non.
Cette simplification extrême induit les lecteurs en erreur sur la thèse du P. Gallez. Celle-ci stipule la transmission des idées messianistes aux Arabes qoréchites par un jeu d’alliance et de propagande. Mahomet était peut-être « né chrétien ou dans une famille déjà endoctrinée par les Judéonazaréens » (Le grand secret de l’islam, op. cit. p.63) - nous pouvons le conjecturer au vu du récit traditionnel musulman sur son mariage avec Khadija. Pour ce qui est de la propagande, j’ai mentionné le souvenir conservé par la tradition musulmane du « milieu propagandiste dans lequel il [Mahomet] baigna », symbolisé dans la mémoire déformée transmise par cette tradition par des « figures de religieux Judéonazaréens plus ou moins symboliques (Waraqa et Bahira notamment) » (Le grand secret de l’islam, op. cit. p.63). On peut supposer à partir de là que certaines autres figures de la tradition musulmane (Zayd, le « secrétaire de Mahomet », Ka’ab, le juif qui accompagnait Omar lors de la prise de Jérusalem et qui construisit une « synagogue » sur le Mont du Temple…) seraient elles aussi des mémoires déformées de « religieux Judéonazaréens plus ou moins symboliques ». Il n’a donc jamais été question dans la thèse du P. Gallez de faire de Waraqa l’unique propagandiste du messianisme judéonazaréen auprès des Arabes. Cette simplification que je vois souvent chez nombre de contradicteurs musulmans les empêche de comprendre le fond de l’argumentation.]
SH :
et ce sont ses successeurs qui l’auraient synthétisée dans le Coran au VIIIe–IXe siècle.
[Olaf : Non.
Dans la thèse du P. Gallez, dans mon esprit également, le Coran est le fruit d’un long processus :
1) un travail de collecte de feuillets de prédication judéonazaréenne auprès des Arabes – certains pouvant, pourquoi pas, être attribués au Mahomet de l’Histoire. Ce travail a été réalisé après que les Judéonazaréens ont été écartés du pouvoir (après 638-640), dans l’objectif de constituer un livre arabe justifiant les prétentions des Arabes conquérants à régner au nom de Dieu. Il y a donc eu un travail de sélection des feuillets adéquats (on n’a pas repris de prédication annonçant explicitement la « redescente » de Jésus à Jérusalem). On trouve encore la trace du messianisme judéonazaréen dans ces feuillets, qui donneront le Coran (par exemple le projet de relèvement du Temple à Jérusalem comme devant être réalisé par l’alliance d’Abraham – les Judéonazaréens – et d’Ismaël – les Arabes ralliés[2]). On peut estimer que ce travail de collecte et de sélection a été achevé sous Abd al Malik. Le texte coranique y a été à peu près fixé sous son règne - du moins son rasm, ou squelette consonantique. Dans les faits, les chercheurs indiquent une fixation sous la forme d’une scriptio defectiva ou écriture défective. Cette « langue coranique » comportait initialement seulement une dizaine de graphèmes distincts (selon les manuscrits les plus anciens) pour signifier les 28 consonnes différentes de l’alphabet arabe d’aujourd’hui, dans lequel on distingue de nombreux graphèmes entre eux par des signes diacritiques. Il y manque l’essentiel de la vocalisation, ou voyellisation, faite au moyen d’un appareil d’accents lui aussi absent des manuscrits les plus anciens, et qui a été ajouté et perfectionné au fil des siècles pour signifier par écrit l’ensemble des phonèmes de la langue arabe (plus de 200). Ainsi, ces manuscrits anciens, sans accents, ou très peu accentués, montrent une quasi infinité de possibilités de lectures différentes, même avec un squelette consonantique (rasm) conforme au texte coranique actuel. Et ce sans compter les corrections et ajouts qui ont pu être faits directement sur le rasm, comme le montrent les recueils anciens de manuscrits.
2) un travail de lecture et d’interprétation qui s’est poursuivi durant des siècles après al Malik, à peu près achevé au IXe (mais qui continue toujours de nos jours[3]) : à mesure que se fixait l’islam, on a également fixé la langue arabe écrite (alphabet, graphie, grammaire, signes diacritiques) et imposé une interprétation islamique du texte coranique (« envoyé » = Mahomet ; « cité sûre » = La Mecque ; « rappel » = Coran ; « lectionnaire » = Coran ; « masjid al haram » = sanctuaire de La Mecque, etc…). On est ainsi passé progressivement d’un livre à vocation de catéchèse et enseignement au concept de parole divine incréée (dont la dogmatisation définitive s’est faite sous le califat d’al Mutawakkil, après 847).]
SH :
Rappelons à ces gens qu’un moine qui interrogeait les musulmans vers 660 et leur demandait de lui citer des sourates, or de celles qu’ils citaient, certaines nous sont connues et d’autres nous sont inconnues, ce qui correspond assez bien aux tensions entre Ali et Othman, puisque la recension d’Ali était trois fois plus longue que celle d’Othman. Si de nombreux passages furent donc supprimés progressivement, d’autres furent ajoutés par les califes (Othman et ses successeurs immédiats), citons l’histoire de Dhul qarnayin qui s’inspire du Roman d’Alexandre le Grand; le début de la sourate Maryam qui s’inspire d’apocryphes chrétiens et d’homélies, certainement inconnus en Arabie à l’époque de Muhammad. L’appel à la conversion des chrétiens de la sourate 5 aurait été un discours d’adieu à la Mecque; malheureusement, la présence de chrétiens à la Mecque en 632 n’est pas du tout établie, c’est donc, plutôt un discours califal postérieur aux conquêtes musulmanes en vue d’obtenir leur conversion. Mentionnons encore le verset de la djiziya (9, 29), la capitation imposée aux Juifs et aux chrétiens, qui est en réalité le nom d’une taxe que les Sassanides zoroastriens imposaient en Irak aux non-zoroastriens… (Je remercie Guillaume Dye pour ses conférences.)
Le Coran doit être considéré comme achevé dans les années 640–660.
[Olaf : Non.
La seule tradition musulmane indique que la sélection s’est poursuivie jusque sous Abd al Malik (avec destruction de « Corans » non conformes). De plus, les recueils (fragmentaires) les plus anciens dont nous disposons (entre autres les manuscrits de Sanaa, ou le manuscrit Wetzstein II 1913) montrent par des preuves physiques évidentes que le travail d’écriture, d’édition et de correction s’est poursuivi aux VIIe et IXe s.
Voir mon développement plus haut et l’article « Recherche islamologique et déni de réalité musulman » (op. cit.)]
SH :
Quant aux proto-corans, ils étaient probablement oraux et ont donc disparu avec la mort des derniers compagnons.
[Olaf : Le concept de proto-coran n’a pas de sens dans la thèse du P. Gallez. Dans son scénario, Mahomet ne prêche pas un « Coran », mais exhorte des Arabes chrétiens à renoncer à leur foi trinitaire et à rallier l’oumma, la communauté des vrais croyants messianistes, arabes et Judéonazaréens, qui portent le projet de relever le Temple de Jérusalem et de faire redescendre le Messie Jésus. Les références faites à un « coran » dans la prédication judéonazaréenne (et dans celle du Mahomet réel, le Mahomet de l’Histoire) concernent l’introduction et la présentation auprès des Arabes d’un lectionnaire (coran) rédigé pour eux par les Judéonazaréens (recueil de textes sacrés, de prières et chants destinés à la liturgie). ]
SH :
Il est d’ailleurs surprenant que ces gens prétendent que la rédaction définitive du Coran est extrêmement tardive (100 à 200 ans après la mort de Muhammad);
[Olaf : Non.
Cf. ci-dessus : la « rédaction » du Coran n’est ni précoce ni tardive. Elle débute avec la rédaction des feuillets de prédication (début VIIe s.), leurs collectes, leurs sélections, leurs recopies et leurs interprétations définitives]
SH :
alors que dans le même temps, ils énoncent que les évangiles datent des années 40 et que les épîtres de Paul datent des années 50–60; ainsi que l’affirme la tradition catholique. Il est pourtant facile de montrer que ce sont les textes chrétiens qui sont infiniment plus tardifs.
[Olaf : Argumentation totalement hors de propos… Pourquoi confondre les processus de composition et de mise par écrit des Evangiles avec celui du Coran ? Qu’ont-ils donc en commun ?
J’ai le sentiment que vous cherchez cette confusion délibérément, pour pouvoir justifier d’une attaque ad personam spécieuse, celle qui m’accuserait (et le P. Gallez avec moi) de faire preuve d’une double éthique antiscientifique, qui disqualifierait d’office tous mes arguments. Difficile de ne pas voir dans ce genre d’insinuation les signes d’une certaine mauvaise foi de votre part…
Quoi qu’il en soit, voici un argument des plus simples pour lever la confusion et montrer que les processus de composition et de mise par écrit des Evangiles n’ont rien à voir avec ceux du Coran : les langues araméennes et grecques étaient déjà des langues d’écrit au Ier siècle, là où il faut attendre le IXe siècle pour voir la langue arabe être dotée de l’appareil grammatical, alphabétique et graphique indispensable à ce qu’elle puisse transcrire fidèlement un discours oral.]
SH :
· Marcion, fils d’un évêque chrétien du Pont, après avoir visité les différentes communautés chrétiennes dans les années 130–138, finit par aboutir à Rome où il découvre un recueil de textes comprenant 4 «évangiles» et 9 épîtres de Paul. Il parvint à copier les textes et finit par publier son propre texte qu’il appelle Evangelion. Justin en 145–160 connaît ces textes mais les intitules les Mémoires des Apôtres, il se ralliera tardivement à l’appellation marcionite devenue populaire et parlera alors des Évangiles.
· Clément de Rome qui écrit vers 130–140, ne connaît pas les évangiles, mais seulement les Paroles de Jésus. Pire, dans les bases de la doctrine chrétienne, il ne mentionne pas la divinité de Jésus, et l’eucharistie lui est inconnue.
· Dans les Discours Eschatologiques des différents évangiles, il est question du retour des Juifs en Judée, de la profanation du temple, de la nécessité de fuir la Judée, de persécutions de la synagogue, etc. Or, toutes ces descriptions correspondent très bien à la Guerre de Kitos, pendant laquelle les Juifs de l’Empire Romain furent renvoyés en Judée, à la volonté d’Hadrien de bâtir un temple de Zeus sur le lieu de l’ancien Temple de Jérusalem, à la révolte juive de 132–135 pendant laquelle un Shiméon bar Kokhebâ sera proclamé messie (le faux messie des évangiles), qui persécutera les chrétiens, non parce qu’ils croient en Jésus, mais parce qu’ils refusent de rallier ses armées et de combattre les Romains, et enfin le passage (Matthieu 24, 28) qui dit: En quelque lieu que soit le cadavre, là s'assembleront les aigles. Pourrait parfaitement faire allusion à la chute de Betar. En effet, quand la forteresse de Betar tomba en 135, les Romains interdirent que les cadavres des Juifs soient enterrés, ils furent exposés et leurs cadavres ne furent enterrés qu’à l’époque de Marc Aurèle…
Comme on le voit la datation de nos évangiles est bien plus tardive qu’on ne le pense.
[Olaf : Tout cela ne présume en rien de la date de composition des Evangiles… Et est, je le souligne à nouveau, totalement hors sujet pour ce qui concerne les origines de l’islam. Mais allons-y quand même, car vous racontez là des énormités : à ce compte, avec ce genre d’arguments, puisque les Juifs sont retournés en Judée depuis les années 1920, et que l’Etat d’Israël a été fondé en 1946, cela signifierait que les Evangiles auraient été composés après cela… Au moins avez-vous le bon goût de ne pas souscrire aux élucubrations des sources Q (et P, et R, et S, etc.).
Si vous souhaitez vous intéresser à la datation de la composition des Evangiles, je vous renvoie aux travaux académiques[4]. Grosso modo, ils indiquent une mise par écrit en grec à partir des années 40 (pour les plus « précoces » de ces chercheurs) jusque 90-100 environ (Evangile selon Saint Jean). Vous pouvez toujours les contester au moyen des arguments ci-dessus, si le cœur vous en dit : troussez nous un bel article, publiez le et soyez la risée des chercheurs sérieux (voyez par exemple la fessée donnée récemment par Jean-Marie Salamito à Michel Onfray[5])
Pour ma part, et avec le P. Gallez, nous allons au-delà de ces travaux académiques occidentaux en intégrant à notre réflexion la dimension araméenne du christianisme des origines (en particulier la primauté de composition orale en araméen du récit évangélique, préalable à son ordonnancement en 4 évangéliaires, ou recueils évangéliques, ou « 4 Evangiles », plus les Actes des Apôtres, destinés à la proclamation de l’Evangile dans un cadre liturgique). Cette dimension araméenne est quasi totalement ignorée dans le monde académique occidental. Depuis les guerres judéo-romaines, puis Eusèbe de Césarée (IVe s. !!!), pour qui ses ouailles araméophones (et jusqu’aux Apôtres eux-mêmes) n’étaient que des « barbares » et des « illettrés », en passant par la conquête islamique qui a coupé en deux la Méditerranée, jusqu’aux divers courants d’exégèses protestantes pour qui le dogme de la primauté du grec est la condition de leur légitimité autoproclamée, le contact s’est quasi rompu entre le christianisme occidental (gréco-latin) et le christianisme oriental. Et pourtant, l’étude du christianisme oriental de langue araméenne se révèle passionnante et fondamentale pour la compréhension des origines de la foi chrétienne… et aussi des Evangiles.
L’examen conjoint des diverses versions grecques des Evangiles et de la Peshitta (= mise par écrit de la Pshytta, qui est la récitation orale araméenne de l’Evangile ; la Peschitta ordonne ce récit selon les 4 évangéliaires, ou Evangiles, plus le récit des Actes des Apôtres) montre à qui veut bien s’en donner la peine (et n’est pas dépendant du dogme de la primauté du grec) que les versions grecques des Evangiles sont les traductions d’une composition orale première en araméen. Il faut ensuite entrer dans l’étude de l’oralité araméenne pour en évaluer avec précision la capacité à transmettre un récitatif (en l’occurrence le récit évangélique) dans toute son intégrité. C’est ce que transmettait encore la tradition des chrétiens chaldéens (qui sont araméophones) dans les années 1980, comme Pierre Perrier l’avait alors étudié sous la direction de Mgr Francis Alichoran, évêque chaldéen[6]. Ces études font remonter la composition du récit évangélique en araméen entre l’an 30 et la fin des années 50 (un peu plus pour les Actes), à peu près. Le découpage en évangéliaires (oral dans un premier temps) est intervenu dans les années 30, début des années 40 au plus tard (Evangile selon Saint Matthieu en araméen, reprenant le témoignage principal de Jacques le Mineur). La traduction en grec du récit évangélique (et de son ordonnancement selon les 4 évangéliaires) a débuté avant l’an 37[7]. La mise par écrit en grec a sans doute dû être concomitante. La mise par écrit en araméen est intervenue aussi au Ier siècle, je ne saurais dire quand en revanche. Le colophon du manuscrit Khabouris (manuscrit de la Peshitta recopié au XIe s.[8]) indique ainsi qu’il est la copie d’un manuscrit lui-même recopié au IIe siècle (164 ou 165) d’après un premier texte rapporté à Ninive par un des 72 disciples - sans doute avant la 1ere guerre judéo-romaine.
Que retenir de tout cela ?
Tout d’abord qu’il nous faut réviser nos conceptions occidentales à propos des Evangiles (plus les Actes) : ils ne sont pas la mise par écrit du témoignage de tel ou tel évangéliste (ou telle ou telle communauté associée à tel ou tel évangéliste), ils n’ont pas vocation d’être des « reportages » ou de rapporter des témoignages historiques, mais ils sont des compositions destinées à la liturgie, selon les calendriers en vigueur dans les premières communautés judéochrétiennes (not. à Jérusalem) – dans les synagogues (3 synoptiques et Actes) et au Temple (Evangile selon Saint Jean)[9]. Ceci les différencie déjà de tous les textes apocryphes, qui n’ont jamais été utilisés dans le cadre de liturgies chrétiennes (à rapprocher par ailleurs du concept de « canonisation », qui mériterait un développement en soi).
Il nous faut aussi réviser nos méthodes de travail et nos préjugés : cesser de travailler uniquement à partir des écrits grecs anciens, mais considérer d’abord le texte araméen, cesser de réfléchir d’après les présupposés de la civilisation d’écriture gréco-latine (concepts de « rédaction », de « texte », de « rédacteur »), mais incorporer ceux, préalables, de la civilisation d’oralité araméenne (concepts de « composition », de « récitatif », de « compositeur »)[10]]
SH :
Il faudrait rappeler à certains prétendus chercheurs que l’esprit critique n’est pas à sens unique; et quand il devient à sens unique, ce n’est plus de l’esprit critique mais de la banale propagande.
[Olaf : Dois-je me sentir visé ? Ou le P. Gallez ? Je n’ai de toutes façons pas la prétention d’être chercheur, du moins ne suis-je pas spécialiste de quoi que ce soit en islamologie.
Par ailleurs, cette affirmation est complètement fausse sur le plan scientifique. Elle procède d’un jugement moral qui n’a rien à faire dans un travail à vocation scientifique : la qualité d’un travail ne dépend pas de la bonne foi, de la bonne moralité ou des bonnes intentions de la personne qui y procède, mais de sa bonne application de la méthode scientifique. Il faut savoir considérer un travail, une recherche, un article pour ce qu’ils valent en tant que tels et non les assimiler à la personne de leurs auteurs. C’est ce genre de comportement qui serait complètement antiscientifique, et même propagandiste selon les cas. Par exemple, telle étude scientifique de tel savant musulman (ainsi les traités d’optique d’Ibn Al Haytham) peut ainsi être tout à fait recevable d’un point de vue scientifique (et ô combien recevable en l’espèce) si son auteur a travaillé pour cela en scientifique, quand bien même il n’aurait pas mis en œuvre le même esprit scientifique dans tous les compartiments de sa vie (par exemple en soumettant l’islam à la même rationalité scientifique que le champ étudié de l’optique). Un bon chrétien vous dirait qu’il faut distinguer le pécheur de son péché… C’est par exemple dans cet esprit que je vous réponds, Stephan Hoebeeck. Si je devais tenir compte de ce que je crois être votre moralité - au vu des attaques personnelles auxquelles vous vous livrez - et si je devais agir comme vous le faites vous-même, vous n’auriez de ma part que le même genre d’attaques en retour. Mais je suis bon et aimant envers mon prochain, vous avez bien de la chance.
Quant à moi, je pense faire preuve de davantage encore d’esprit critique vis-à-vis de la foi chrétienne que vis-à-vis de l’islam. Je suis un ancien athée, figurez-vous. Je n’étais pas encore venu à la foi chrétienne quand j’ai commencé à m’intéresser à l’islam, et j’avais alors pour cette religion des prédispositions tout à fait bienveillantes. Son étude approfondie me l’a dévoilée pour ce qu’elle est : un système totalitaire et une falsification de l’histoire. Dont acte. Ce n’est en rien en raison de ma foi que je suis arrivé à ces conclusions, mais bel et bien par mon travail. Ainsi, quand bien même aurais-je été une grenouille de bénitier, un abominable bigot, un vil calottin depuis toujours que cela ne devrait rien changer à la façon dont il convient d’aborder mes écrits : critiquez-les, éreintez- les, saccagez-les pour ce qu’ils sont et non pour ce que je suis.]
SH :
Il faut une fois pour toute affirmer que les judéo-nazaréens du Père Gallet Gallez et d’Odon Lafontaine sont inconnus de l’hérésiologie chrétienne de l’Antiquité. Afin de ne parler que des hérésies qui seraient apparentées aux judéo-nazaréens, nous limiterons nos investigations aux hérésies judaïsantes, et ne nous occuperons pas des hérésies gnostiques ou christologiques.
[Olaf : L’existence des Judéonazaréens est une hypothèse de recherche, validée, en l’état de l’analyse du dossier historique, par l’impressionnant faisceau d’indices convergeant en son sens. Il n’a jamais été question de trouver l’existence de ce courant messianiste en soulevant un caillou ou en lisant une chronique historique ancienne (ce serait tellement commode si la recherche historique ne fonctionnait qu’en lisant l’histoire à partir de ceux qui, aimablement, auraient pris la peine de l’écrire pour nous des siècles auparavant…). Seule cette hypothèse permet, pour le moment, d’expliquer l’ensemble du dossier historique des origines de l’islam. En particulier les éléments (factuels) suivants :
- Définition par le texte coranique lui-même, selon son exégèse critique, de deux communautés parmi les « Gens du Livre » (Gens de la Torah, « Juifs » ou Israëlites) : les mauvais, les Yahud, ou Judéens, coupables d’avoir « recouvert leurs écritures » et encourant pour cela la colère de Dieu, c’est-à-dire les Juifs rabbiniques, et les bons, la « communauté droite » (S3,113) des nasara amis des Arabes, qui portent avec eux le projet de relèvement du Temple de Jérusalem[11]
- Prétention des Arabes conquérants à « dominer la terre entière », selon le témoignage contemporain de la conquête (Sophrone de Jérusalem)
- Relèvement du Temple à la conquête de Jérusalem par une alliance d’Arabes de « Juifs » (décrits comme tels par les témoins chrétiens contemporains)
- Absence quasi totale de référence à l’islam au VIIe siècle : les conquérants arabes ne sont pas vus par leurs contemporains chrétiens et arabes comme porteurs de cette religion mais comme des sortes de chrétiens plus ou moins dévoyés (Cf. par exemple la controverse de 644 entre le patriarche jacobite de Syrie Jean 1er et l’émir Saïd ibn Amir, gouverneur d’Homs et compagnon de Mahomet, qui ne mentionne encore aucun prophète, ni prophétie, ni Coran), ce que corroborent tous les témoignages matériels (monnaies califales frappées de croix chrétiennes, absence totale de référence à Mahomet ou à la « révélation coranique » dans l’épigraphie ou la numismatique avant la fin du siècle, etc.)
- Substrat araméen (syriaque) du texte coranique, qui renvoie à ses origines réelles judéonazaréennes et à la proximité culturelle nécessaire de l’auditoire arabe avec la culture syriaque religieuse pour comprendre les prédications dont ce texte rend lointainement compte (ce qui localise pour une part certaines des prédications originelles auprès des Arabes de Syrie et non dans un Hijaz polythéiste fantasmé)
- Traditions orales islamiques qui font de Mahomet l’annonciateur de la redescente imminente de Jésus, corroborant des témoignages non musulmans contemporains
- Fonds biblique et para-biblique du Coran et de l’islam (vous qui appréciez Guillaume Dye, vous saurez vous référer à ses travaux)
- Eschatologie islamique fondée sur la redescente physique de Jésus et la soumission du monde à la loi de Dieu par le Mahdi (lequel n’est autre … que Jésus lui-même selon le hadith)
- Etc. Je ne vais pas vous faire non plus la liste détaillée des éléments du dossier historique (elle prend 1000 pages de thèse de doctorat, dont je vous recommande fortement la lecture puisque vous vous targuez de la réfuter – et la liste s’allonge depuis la publication en 2005 de cette thèse).
Je ne vois pas d’autre explication que celle de l’existence du courant judéonazaréen décrit par Gallez pour donner un sens rationnel à ce dossier historique. Autrement, bien sûr, en dehors du monde rationnel, on peut toujours croire qu’il existe a priori des chevaux volants et des anges qui étouffent les gens avec des livres et qui dictent des textes… Mais même le monde magique et merveilleux de l’islam ne peut pas prendre en compte sans s’autodétruire certains éléments du dossier historique que l’hypothèse Gallez des Judéonazaréens explique sans problème (par exemple les soubassements araméens du texte coranique, ou le sens réel du mot de nasara dans le texte coranique, qui n’y signifie pas « chrétien » mais « juif nazaréen »).
Enfin, cette hypothèse ne pourrait bien sûr être validée si des éléments du dossier historique s’y opposeraient. En l’occurrence, je ne vois rien qui la démente à ce jour. On verra ce que l’analyse et les recherches nouvelles feront émerger dans les années à venir, rien n’est fixé.]
SH :
Les hérésies judaïsantes sont au nombre de trois:
[Olaf : Vous devez sûrement penser aux hérésies chrétiennes judaïsantes, et non aux seules « hérésies » judaïsantes. Auquel cas il vous faudrait mentionner foultitude de courants juifs (samaritains, esséniens, sadducéens… cf. Epiphane et les autres Pères de l’Eglise)]
SH :
· les elqasaïtes (de El-Qasaï, Force Cachée, peut-être Alcios en grec) qui sont principalement des baptistes-gnostiques, défenseur de la guerre sainte en vue d’obtenir la libération de Jérusalem. Ils apparaissent vers 100 et sont exterminés par les Romains en 118 pour leur participation aux Révoltes juives. Les survivants se réfugient dans le désert de Syrie, peut-être en Irak, et enfin à Petra. Leur christologie ignore toute naissance ou mort du Christ ou de Jésus, le Christ est une puissance spirituelle préexistante à l’humanité qui se manifeste aux hommes pieux; le christ est pour eux une entité angélique gigantesque, et leur Jésus n’a jamais eu d’existence humaine. Leurs descendants actuels pourraient être les mandéens d’Irak. Il y a néanmoins une différence entre les mandéens et les el-qasaïte, c’est que les mandéens sont très hostiles aux rabbins. En effet, les rabbins, dans les années 135–200, ont reçu des Romains l’autorisation et l’obligation de définir qui était Juif et qui ne l’était pas et, en général, tous ceux qui n’acceptaient pas les enseignements rabbiniques furent déclarés non-juifs (qu’ils soient Juifs ou convertis), c’est ainsi que les derniers sadducéens partirent se réfugier au Yemen, etc. Cette question de la judéité était très importante; en effet, seuls les Juifs étaient dispensés du culte impérial, cela voulait dire que les el-qasaïte, les chrétiens, les sadducéens, etc. en étant définis comme non-juifs par les rabbins étaient obligés d’adorer les empereurs romains comme des dieux… C’est probablement de là que date l’hostilité de ces différentes écoles aux Juifs identifiés à ceux qui étaient épargnés par Rome; alors qu’eux, en subissaient les persécutions.
· les ébionites. Les Ébionites sont considérés comme les héritiers des enseignements de Jacques, il s’agit de chrétiens qui croient que les commandements sont toujours d’application pour les chrétiens, donc que ceux-ci doivent être circoncis, et considèrent que Jésus n’a été qu’UN messie et pas le Messie. Le Messie est pour eux une puissance spirituelle qui fait que l’homme est adopté par Dieu quand cette puissance spirituelle a triomphé en l’homme; leurs conceptions messianiques s’apparentent à la fois aux Paraboles d’Hénoch (chapitre 37 à 71 du Livre d’Hénoch) et au Discours des Deux Esprits (Règle de la Communauté) trouvé à Qumran. Pour les Ébionites, ce monde appartient à Satan et le monde à venir appartient au Christ (qui n’est pas Jésus); l’homme pour son salut, doit se contenter d’observer parfaitement les commandements énoncés dans la Torah afin d’empêcher que Satan ait prise sur lui. Leurs positions sur Jésus sont simples, Jésus est un homme fils d’un homme, devenu sage par son observation rigoureuse de tous les commandements de la torah et par ses pratiques spirituelles. Il fut finalement exécuté par les Romains qui le redoutaient. Après son exécution, il est remonté au Père céleste et est devenu un ange; mais avant, Jésus est venu consacrer le pain et le vin à Jacques qui est le seul à avoir reçu la transmission; il est possible qu’elle se soit faite dans un rêve. Les ébionites participèrent aux révoltes juives contre l’Empire byzantin dans les années 600–629; et furent défaits. Pour eux, l’exécution de Jésus n’a apporté aucun salut au genre humain.
· Les Nazaréens. Les nazaréens sont plus ou moins ce que nous appelons aujourd’hui des Juifs pour Jésus ou Juifs messianiques, c’est-à-dire des chrétiens qui pratiquent une liturgie en hébreu, qui sont principalement juifs, qui reconnaissent que Jésus est fils de Dieu et né d’une vierge; ils reconnaissent sa mort et sa résurrection pour le salut du genre humain. Ils diffèrent des chrétiens majoritaires sur la Trinité quoique ce ne soit pas absolument certain et sur la divinité de Jésus en tant que deuxième personne de la Trinité.
[Olaf : Ils diffèrent aussi, si l’on en croit le Panarion d’Epiphane, en ce qu’ils considéraient Jésus comme le candidat au rétablissement de la royauté en Israël. C’est le sens qu’Epiphane donne à leur dénomination de « Jesséens ». Faut-il y voir un lien avec la doctrine judéonazaréenne ?]
SH :
En général, ils rejetaient l’Évangile de Jean au profit du seul Évangile de Matthieu dans sa forme canonique. Les ébionites utilisaient un Évangile de Matthieu fort différent de l’évangile canonique de Matthieu; enfin les nazaréens tenaient les épîtres de Paul en grande estime, alors que les ébionites les rejetaient. Les nazaréens doivent être considérés comme des chrétiens qui rejetaient partiellement ou totalement les thèses les plus extrêmes de l’Évangile de Jean, et c’est tout.
Aucun de ces mouvements n’a de rapports avec l’islam, en tout cas leurs christologies sont aux antipodes de l’islam; aucun d’entre eux n’a enseigné que Jésus n’aurait pas été exécuté. Pour les el-kasaïte, Jésus est le nom d’un ange qui n’a aucune existence humaine et qui se révèle spirituellement aux hommes; rappelons que Philon d’Alexandrie dit que le nom du Logos, c’est Dieu Sauveur, ce qui est le sens du nom Jésus (Yah/dieu Qui Sauve). Pour les ébionites, Jésus est un sage qui a été banalement exécuté comme des dizaines de milliers de Juifs à cette époque, à cause de son hostilité aux Romains; quant à sa résurrection, elle est spirituelle et angélique. Les nazaréens ont une christologique quasi identique à celle des chrétiens: Jésus est mort pour le salut des hommes.
[Olaf : On pourra aussi ajouter le mouvement des « Nasaréens » avec un « s » (cf. Panarion d’Epiphane, ou Histoire et religion des Nosaïris, de René Dussaud, Emile Bouillon éditeur, 1900) et sans doute beaucoup d’autres mouvements composés aussi de Juifs ethniques et abusivement identifiés par les non-chrétiens au mouvement chrétien, comme on qualifiait alors de « chrétien » aux premiers siècles nombre de mouvements gnostiques (cf. Epiphane). Vous l’avez de toute façon déjà souligné dans votre texte.
La question à se poser vis-à-vis de l’articulation de la thèse du P. Gallez avec l’existence de tous ces mouvements est la suivante : en quoi les témoignages antiques dont nous disposons infirmeraient-ils la possibilité de l’existence du courant judéonazaréen ? Réponse : en rien. C’est ce qu’explique le P. Gallez dans sa thèse (je sais, vous ne l’avez pas lue ; avouez cependant que cela vous aurait facilité le travail de réfutation de ladite thèse si vous aviez fait l’effort de la lire). En quoi la confirmeraient-ils ? Ils ne la confirment pas de manière manifeste (comme je l’expliquais plus haut, on ne fait pas l’histoire en la lisant à livre ouvert dans les sources anciennes, comme par exemple les musulmans prétendent le faire). Ils lui laissent la possibilité d’exister cependant, et lui donnent un cadrage : le courant judéonazaréen se serait développé au sein du très large courant ébionite (qui n’est pas aussi défini que vous l’écrivez) – lequel nom, « ébionite », avait de toute façon fini par devenir une appellation générique (comme on a pu dire « prolétaire », ou « gauchiste » par exemple).]
SH :
La réalité, c’est que l’Arabie
[Olaf : Et le Levant alors ? Et les Arabes de Syrie ? Et de Mésopotamie ?]
SH :
n’étant pas soumise à une autorité religieuse centralisée, était simplement un terrain fertile pour toutes les discussions… L’islam a donc pris des éléments aux ébionites, aux Juifs, aux païens, etc. et les a combinés ensemble dans une perspective idéologique du pouvoir califal.
[Olaf : Ah ? C’est donc comme cela que ça s’est passé ? L’islam est arrivé, comme ça, un beau matin et puis avec ses petits bras, il a « pris des éléments ». Un peu de ceci, un peu de cela… Un peu comme Mormon ou Raël en fait qui se sont levés un jour en se disant, « tiens, je me créerai bien une religion aujourd’hui… ». Mais dites-moi donc, Mormon ou Raël, nous savons bien qui ils étaient avant de fonder leurs sectes, quelles étaient leurs formations intellectuelles, leurs diverses influences politico-religieuses, leurs weltanschauung, et derrière, nous savons bien aussi pourquoi ils ont créé leurs mouvements… Alors, expliquez-moi, quelle était la formation intellectuelle de « l’islam » comme vous l’écrivez, quelles étaient ses influences politico-religieuses et sa weltanschauung ? Et quelles étaient ses objectifs ?
Et d’abord, qu’est-ce que c’est que ce concept complètement abstrait de « l’islam » qui combine des « éléments », concept que vous mettez en scène sans aucun rapport avec la réalité humaine ? Les hommes ne fonctionnent pas comme cela. Ils pensent par eux-mêmes. Ils s’inscrivent dans des courants de pensée, dans un substrat, dans une histoire collective, une vision du monde et de l’avenir. Qui donc a appris à « l’islam » que l’Histoire avait un sens inéluctable, celui de la soumission du monde à la loi de Dieu ? Et qui donc lui a appris que Dieu avait choisi un peuple en particulier pour cela ? On n’invente pas une telle idée en se rasant le matin… On la reçoit d’abord, et, éventuellement, on la modifie… Et puis qu’est-ce que c’est ça « l’islam », comme vous l’écrivez ? C’est Mahomet ? Ce sont les Arabes qoréchites ? Les Nazaréens ? Sortez de vos abstractions et de vos concepts !]
SH :
En effet, quand l’islam nie que Jésus soit mort, il nie avant tout que sa mort serve au salut du genre humain comme l’affirment les chrétiens et veut obliger les hommes à être responsables de leurs actes,
[Olaf : Pour ce qui est d’obliger les hommes à être responsables de leurs actes, laissez-moi rire… Les doctrines islamiques de la prédestination et de la soumission absolue de toute chose et toute personne à la volonté de Dieu s’y opposent de façon manifeste[12]. Ou plutôt laissez-moi pleurer. Car, évidemment, ces doctrines de la prédestination contredisent absolument l’expérience humaine qui apprend à tous qu’ils sont libres de leurs décisions, ce qui contredit donc absolument le texte coranique lui-même qui enjoint ses lecteurs à décider d’agir selon ses commandements[13]. On a donc ici affaire à ce que la psychologie décrit comme des injonctions contradictoires, du genre de celles qui caractérisent les pervers narcissiques qui tyrannisent leur entourage… jusqu’à le rendre fou.]
SH :
ce en quoi il plus juif que chrétien; et quand l’islam parle de la naissance miraculeuse de Jésus, il est plus chrétien que juif.
[Olaf : Plus apocryphe que chrétien, vous voulez dire ? Vous savez comme moi, puisque vous suivez les travaux de Guillaume Dye, que les récits islamiques de la naissance miraculeuse de Jésus sont des reprises du Protévangile de Jacques.]
SH :
Au fond, l’islam est une sorte de compromis entre l’ancienne alliance et la nouvelle alliance,
[Olaf : Non.
L’islam se situe après la Nouvelle Alliance : il en reprend des idées nouvelles, absentes de l’Ancienne Alliance, absentes du monde préchrétien, comme celle du sens inéluctable de l’Histoire ou de l’espérance du Salut. De fait, l’islam ne peut pas exister, ne pourrait pas être apparu sans l’existence préalable du substrat des idées chrétiennes.]
SH :
sans mentionner l’alliance, et en tenant compte du paganisme arabe qui organisait le pèlerinage à La Mecque.
[Olaf : On repassera pour le paganisme arabe (la christianisation des Arabes était achevée au VIIe siècle, quand bien même il subsistait toujours des éléments de folklore païen arabe ancien – comme les Celtes et les Francs christianisés avaient conservé leurs sources miraculeuses), et on repassera pour le pèlerinage à La Mecque. Prouvez-moi donc que La Mecque existait au temps de Mahomet quand tout, absolument tout, nous crie le contraire.]
SH :
Il est en réalité plus facile de voir en Muhammad un chef de guerre prophète, influencé par les différentes tendances religieuses présentes en Arabie à son époque, et en sachant qu’il devait composer avec elles; tant il est impossible de circonscrire sa doctrine à une idéologie unique préexistante.
[Olaf : Quel sens donnait-on au VIIe siècle au mot de prophète ?
Que faites-vous alors des éléments factuels du dossier historique, en particulier ceux que je décrivais plus haut ? Quelle est votre hypothèse des événements ayant conduit à l’apparition de l’islam ? En quoi prend-elle en compte tous les éléments du dossier ? Vous qui suivez les travaux de Guillaume Dye[14] savez bien pourtant que l’hypothèse du Mahomet vu comme étant à l’origine de l‘islam à lui tout seul (le « paradigme nöldekien », qui n’est que la sécularisation du récit traditionnel de l’islam) a volé en éclats depuis une quarantaine d’années (et notamment avec le travail de Patricia Crone et Michael Cook). Le proto-islam est le fruit de son contexte. Comme tous les mouvements religieux sont le fruit de leur contexte (pas de christianisme sans judaïsme préchrétien, par exemple).]
SH :
Rappelons que contrairement à ce que croit Odon Lafontaine, le mot nazaréen ne vient pas de l’hébreu nazir.
[Olaf : Vous êtes bien présomptueux pour vous prononcer ainsi sur ce que je « crois ». A vrai dire, vous n’en savez pas grand-chose en dehors de vos suppositions. Avez-vous lu le chapitre « Qui sont les nazaréens ? » de mon article « Recherche islamologique et déni de réalité musulman »[15] ?]
SH :
En effet, ces vœux d’abstinence nécessitent l’existence matérielle du temple, ils sont donc tombés en désuétude depuis sa destruction, il y a quasi deux mille ans. De plus, à l’époque de Jésus, il est très possible que ces vœux étaient compris non comme un abstinence du vin, mais comme une abstinence sexuelle, ce que le texte biblique ne dit absolument pas. Les ébionites semblent s’être néanmoins abstenus de vin et de viande, remplacés par l’eau et le pain; mais, cela ne correspond pas non plus aux vœux de nazir, mais à leur ascétisme propre. Le mot nazaréen vient bien de l’hébreu, mais pas de nazir, mais de notzerîm qui signifie «envahisseurs, sentinelles, observants» et qui désigne dans le Livre de Jérémie des non-juifs qui rejoignent le judaïsme. Dans la mesure, où les premiers disciples de Jésus étaient bien appelés des nazaréens, cela signifie qu’ils étaient des non-juifs convertis/circoncis au judaïsme et que le Jésus historique avait refusé les ordonnances de Rabbi Shammay qui bloquaient les conversions au judaïsme.
[Olaf : Je vous renvoie à mon article, que je viens de citer, un peu plus détaillé que ce que vous en écrivez là[16]. Le sujet est très complexe, et on ne peut résumer l’évolution au fil des siècles et des événements des sens du mot nâtsrâyâ (nazaréen en araméen) sans un minimum de développements.]
SH :
Au fond la thèse du Père Gallez et d’Odon Lafontaine consiste à créer un christianisme fantasmé qui sous l’influence brillante de Paul renonce à la circoncision, mais quelques juifs sournois résistent toujours et vont fonder l’islam quelques siècles plus tard, représentant la réaction juive anti-chrétienne, leur thèse est un simple remake du complot juif ou de la judaïsation des peuples chrétiens, chère aux intégristes catholiques.
[Olaf : Non mais ça va pas bien dans votre tête ?
Qu’est-ce que c’est que ces délires que vous nous prêtez ? Comme ça, paf, sans préavis, au coin d’une phrase, sans rien pour l’étayer ?
Ce que nous défendons avec le P. Gallez, c’est la complexité de l’Histoire, de ses processus, de l’évolution des idées des Hommes, au contraire de vos fantasmes simplistes et pour le coup proprement débiles de complot.
Au passage, merci d’effacer de vos préjugés sur nous deux l’idée que serions des défenseurs d’un quelconque christianisme paulinien. Si vous avez lu mon article, vous aurez compris en quoi cette idée ne tient pas la route
NB : je développe de toute façon ce point ci-après, vu que vous en remettez une couche sur le sujet.]
SH :
Ces thèses n’aident en rien à la compréhension de l’islam ou du christianisme ;
[Olaf : Ce ne sont pas mes thèses ni celles du P. Gallez]



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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par yacoub » jeu. 2 nov. 2017 14:57

SH :
au fond, les chrétiens et les musulmans se concentrent principalement à s’attaquer afin de ne pas avoir à prouver ses propres thèses. Les chrétiens se disent que pour convaincre les musulmans de devenir chrétiens, ils doivent les convaincre que Muhammad n’est pas un prophète; et les musulmans se disent que pour convaincre les chrétiens de devenir musulmans, ils doivent convaincre les chrétiens que Jésus n’est pas dieu. On constate que les partisans de l’islam falsifiés ne remettent jamais en cause la datation des écrits chrétiens et les partisans du christianisme falsifié ne remettent jamais en cause la datation des écrits musulmans…
[Olaf : ??? J’ai du mal à vous suivre. La foi chrétienne ne se définit pas par rapport à l’islam, elle existe indépendamment de lui, elle existait bien avant son apparition, elle existe en des lieux où l’islam reste encore inconnu et n’a pas besoin « d’attaquer » pour « prouver ses propres thèses ».
La réciproque n’est pas vraie cependant, sur chacun de ces points. Vous savez qui sont les « égarés » de la Fatiha, qui définissent a contrario la « voie droite » dans laquelle les musulmans demandent à Dieu de les guider. Vous savez la dénonciation constante de l’associationnisme dans le texte coranique (le péché gravissime du shirk, qui vise explicitement la foi chrétienne). Vous savez que toutes les « terres d’islam » sont d’anciennes « terres chrétiennes ». Vous savez bien, in fine, que si la foi chrétienne est fondée historiquement, alors l’islam perd toute légitimité : si la foi chrétienne est bel et bien l’enseignement du Jésus de l’histoire, alors celui-ci n’est pas le Jésus du texte coranique et de l’islam, et alors il n’y pas eu de dévoiement de l’enseignement du Jésus islamique par les chrétiens, et alors il n’y aucune nécessité que Dieu envoie un nouveau prophète corriger définitivement tout ce bazar. Il n’y a pas besoin d’être chrétien pour écrire cela… C’est du simple bon sens.]
SH :
Nous sommes juste dans l’affrontement de deux intégrismes: les chrétiens apprennent l’islam pour attaquer l’islam et les musulmans apprennent le christianisme pour attaquer le christianisme…
[Olaf : Voilà exactement l’illustration de ce que je dénonçais plus tôt dans votre prose : vous vous posez en grand scientifique, seul capable d’une réflexion sur les origines de l’islam contrairement à ces chrétiens et musulmans stupides, englués dans les ténèbres de leurs croyances, mais au final, vous n’avez montré que votre propre incapacité à raisonner réellement de manière scientifique. C’est-à-dire à raisonner sur les faits, sur les éléments factuels présentés par la thèse du P. Gallez, présentés par mon livre ou autre, à raisonner sur des argumentations rationnelles, et non à vous à prendre aux personnes, à leur moralité supposée ou à leurs croyances. En quoi le fait que le P. Gallez et moi soyons chrétiens aurait-il obscurci notre jugement, biaisé nos analyses, forcé nos conclusions ? Je veux bien admettre que la chose puisse être possible, mais encore faudrait-il le prouver pour nos cas particuliers. Et je n’ai pas encore lu dans votre prose l’ombre du début du commencement d’une preuve en la matière hormis ces attaques personnelles, spécieuses, indignes, malhonnêtes et infamantes pour vous-même. Vous devriez avoir honte, sacripant ! Où est le débat scientifique ? Quelles sont vos hypothèses, vos argumentations ? C’est cela qu’on attend de vous, non des imprécations et des procès en crédibilité ou en légitimité. En matière de recherche scientifique comme en matière de bon sens, on juge des faits et des actes. En l’occurrence, les vôtres ne prêchent pas pour vous. Reprenez-vous, bon sang.]
SH :
Qu’on nous permette une digression sur la République de Platon et sur les Lois du même. Au fond, la torah est la réalisation du Traité des Lois de Platon; alors que le christianisme et le rabbinisme, c’est le retour à la République de Platon; quant à l’islam, c’est le retour aux Lois de Platon. La question fondamentale qui divise les trois monothéismes: c’est devons nous réaliser ou non la cité de Dieu dans ce monde-ci ou attendre que celle-ci se manifestera, naturellement en quelque sorte, lors de la venue du monde à venir?
[Olaf : Voilà enfin une analyse à laquelle je souscris. Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit : la réalisation de la cité de Dieu, l’établissement d’un monde parfait, délivré du mal, idée nouvelle apportée par le christianisme (préfigurée partiellement par le judaïsme préchrétien ou la réflexion de la philosophie grecque). Le christianisme est limpide sur le sujet : c’est une espérance pour la fin des temps, Dieu le fera quoi qu’il arrive à l’accomplissement des siècles, et il ne peut donc s’agir d’un projet à réaliser ici et maintenant, par des moyens politiques (cf. parabole du bon grain et de l’ivraie[17]). L’islam est également limpide sur le sujet : il faut réaliser la cité parfaite ici et maintenant, par l’application de la loi divine, c’est-à-dire par la politique. Le judaïsme rabbinique est ambigu : il conserve plus ou moins l’espérance de la venue d’un envoyé de Dieu (messie) à la fin des temps, figure transformée, au regard de la figure messianique très floue du judaïsme préchrétien, en une figure de sauveur ultime. Difficile là aussi de ne pas y voir l’apport des idées chrétiennes et de la figure messianique de Jésus assumant les rôles de prêtre, prophète et roi rattachés à l’idée préchrétienne de messie - ou messies - de Dieu. Ce judaïsme rabbinique préconiserait alors l’établissement d’une cité parfaite par le messie lui-même (empruntant là-encore aux idées chrétiennes) à la fin des temps, se gardant ainsi des dérives politiques de cette espérance. On observe néanmoins combien, au cours de l’histoire, il a été difficile à de nombreux Juifs rabbiniques (et à de nombreux chrétiens aussi) de ne pas politiser leurs espérances, de ne pas chercher à hâter par leurs propres moyens la venue du messie, voire de ne pas chercher à s’approprier son rôle dans l’édification de la cité parfaite.
Au passage, je vous invite à lire mon dernier livre, La Laïcité, mère porteuse de l’islam ?, où je développe exactement ces thématiques, et analyse en particulier leurs déploiements dans l’islam, et dans et par et depuis les Lumières.]
SH :
Le christianisme et le rabbinisme étant nés après les échecs successifs des trois révoltes judéo-romaines de 66–70, 115–118 et 132–135,
[Olaf : Ah bon ? Le christianisme est né après 70 ? Pourquoi est-ce que les chrétiens ont-ils refusé de prendre part aux combats de 66-70 à Jérusalem alors, si ce n’est par refus d’édifier de leurs mains la cité parfaite (comme le prônaient alors les Zélotes) ?
Quelle est alors cette croyance appelée « christianisme » qu’un sénatus-consulte condamne à Rome en l’an 35 ?
Pourquoi les archives rabbiniques mentionnent-ils les chrétiens bien avant 70 ?[18]
Comment expliquer l’apparition des Evangiles, au moins à la fin du Ier siècle, et voire même avant[19] ? Quand ont-ils été composés selon vous ?
Que sont ces dizaines Eglises fondées dans le monde entre les années 30 et les années 60, de l’Espagne à la Chine, du Caucase à l’Ethiopie ? Que professaient-elles alors sinon la foi chrétienne ?
Par quel complot, par quelle conspiration alors, si ces dizaines et dizaines d’Eglises ne professaient pas alors la foi chrétienne, ont-elles pu donner naissance aux centaines d’Eglises qui, elles, ont toutes professé la même foi par la suite, aux IIe, IIIe, IVe siècle malgré les distances immenses qui les séparaient, malgré les différences de langue et de culture ?
Il faudrait que vous m’expliquiez tout cela Stephan Hoebeeck. Quelle est votre hypothèse ? Comment rend-elle compte de l’ensemble des éléments du dossier historique ? S’agirait-il de l’hypothèse d’une création tardive du christianisme via Saint Paul ou d’autres, et qui aurait réussi à s’imposer de manière incompréhensible dans absolument toutes ces Eglises fondées aux 4 coins du monde en dépit du fait que chacune d’entre elles aurait dû porter, dans cette hypothèse, la tradition du « vrai Jésus » et du « vrai christianisme » s’opposant à ce christianisme tardif ? Bref, il va falloir être créatif si vous souhaitez défendre ce genre de théories.]
SH :
ils estimaient que l’établissement de la cité de Dieu était reportée au monde à venir, ce qui explique d’ailleurs les oppositions rabbiniques au sionisme;
[Olaf : Les oppositions de certains rabbins… J’ai bel et bien le sentiment que les grands rabbins de Jérusalem, par exemple, sont pour le moins assez sionistes, tous rabbins qu’ils soient.
SH :
alors que l’épopée musulmane part du principe que la cité de Dieu devait être imposée dans ce monde, et peut-être est-ce aussi pourquoi, islamisme et sionisme s’opposent tant, tous deux veulent imposer le royaume de Dieu sur terre, mais chacun prétend que Jérusalem lui appartient exclusivement.
[Olaf : L’opposition de l’islam au judaïsme et aux Juifs s’explique en partie par le processus historique qui a construit l’islam (la condamnation sans ambage des Judéens) mais surtout par la mécanique idéologique de l’islam, pour qui toute atteinte au « dar al islam » est une abomination en tant que démenti humiliant au sens musulman de l’Histoire, celui qui voudrait que le destin du monde soit son islamisation (un peu comme l’a été l’établissement du royaume franc de Jérusalem lors des Croisades). Le fait que ce soient des Juifs, censés être inférieurs aux musulmans qui aient réalisé cela est encore plus humiliant (mais bon, en islam, tout non musulman est un être inférieur) : les musulmans auraient-ils ainsi échoué à ce point à réaliser le plan de Dieu ? Et ce d’autant plus qu’Israël ne compte que quelques millions de Juifs dans un océan de musulmans. Une façon qu’ont alors bon nombre de musulmans d’aborder cela sans saccager leur foi islamique est de donner aux Juifs une sorte de pouvoir incommensurable, qui expliquerait leurs succès : c’est le « complot sioniste », qui les exonère alors de considérer en face leurs propres faiblesses et les vraies raisons de leurs défaites – et qui exonère l’islam, dans une certaine mesure, d’une remise en cause de son sens de l’Histoire. Ajoutons à cela qu’effectivement, certains Juifs sont très doués pour jouer à manipuler l’islam, et vous avez là les ingrédients du développement faramineux d’un certain antisémitisme musulman depuis quelques dizaines d’années. Je me demande s’il a jamais atteint de tels niveaux auparavant dans toute l’histoire de l’islam. J’explique tout cela dans mon dernier livre, La Laïcité, mère porteuse de l’islam ?]
SH :
Il serait plus simple de voir l’islam comme une synthèse des courants qui traversaient l’Arabie à l’époque de Muhammad, complété par les califes, dans les années qui suivirent sa mort, plutôt que comme un courant bien précis qui aurait survécu de manière obscure pendant 6 siècles et aurait eu sa chance à l’époque de Muhammad.
[Olaf : Quel (quels ?) courant préconisait-il alors au Moyen Orient la construction ici-bas de la cité parfaite ?
Vous avez deux possibilités :
- soit ce courant existait avant Mahomet, et c’est la thèse du P. Gallez
- soit il est apparu avec Mahomet, pendant Mahomet, autour de Mahomet ce qui constituerait une autre hypothèse que l’on pourrait opposer à celle du P. Gallez (l’hypothèse d’une apparition après Mahomet, dans le contexte arabo-arabe de la conquête et de l’empire califal ne tient pas au regard du dossier historique).
Il faudrait cependant, pour être vraisemblable, que cette deuxième hypothèse arrive à expliquer, entre autres, la présence de « Juifs » aux côtés des Arabes conquérants, les soubassements araméens du texte coranique, l’aspect biblique / parabiblique du mouvement de ces Arabes ou bien le projet de relèvement du Temple. Ces éléments ne s’inventent pas en une génération. En fait, on n’invente pas ex nihilo de telles espérances : on les reçoit et on les modifie. Les révolutionnaires de 1793, qui portaient le même type d’espérance ne les avaient pas inventées : ils les avaient reçues (et modifiées) depuis Rousseau et les Lumières, et ces derniers les avaient reçues et modifiées depuis les Lumières anglaises, depuis René Descartes, depuis Francis Bacon, depuis les anabaptistes du XVIe siècle, depuis la Réforme, etc. etc. On en remonte en fait aux idées chrétiennes, comme vous le faites vous-même…
Il semble ainsi infiniment plus probable que les « Juifs nazaréens » accompagnant le proto-islam aient reçu ces espérances de leur version du judaïsme au sein de leur mouvance, plutôt qu’ils ne les aient inventées au temps de Mahomet. Et si l’on réfléchit ainsi, on en vient alors forcément à tracer la généalogie de ces espérances jusqu’au messianisme juif préchrétien et à sa transformation par les idées chrétiennes (cf. les études des textes de Qumran faites par le P. Gallez dans sa thèse). Et on en arrive à la thèse du P. Gallez.]
SH :
Si Waraqa a bien bénéficié de l’Évangile hébreu, le Coran n’en a pas gardé les traces;
[Olaf : Ni l’Histoire en général. Que sait-on réellement de l’Evangile aux Hébreux ? Que peut-on savoir de sa version telle qu’elle a pu être conservée et transmise (modifiée ?) au sein de la mouvance nazaréenne ?]
SH :
en effet, cet évangile considère que Jésus est fils de Joseph, alors que pour le Coran Jésus est issus de la parole de Dieu et que Jésus a été exécuté par les Romains, alors que le Coran nie son exécution. Enfin nie son exécution, ce n’est pas exact; il dit juste que les Juifs ne l’ont pas exécuté, ce qui est une réponse au Talmud qui prétend que ce sont les rabbins qui ont pendu Jésus.
[Olaf : Ici, on est et sera toujours, en l’état du dossier, dans la conjecture. On peut imaginer que les Nazaréens, négateurs de la crucifixion, aient mis de l’eau dans leur vin à ce sujet pour mieux amadouer des Arabes chrétiens. Ceci expliquerait que les califes supposément musulmans fassent frapper des monnaies marquées de croix chrétiennes, ou qu’ils ne procèdent pas dès les premiers temps de la conquête arabe à l’abattage de toutes les croix publiques. On peut aussi imaginer que ce refus de la crucifixion soit une élaboration encore plus tardive, propre aux seuls musulmans, de manière à marquer la différence avec les chrétiens ou même avec les Nazaréens (auquel cas il faudrait supposer que ceux-ci avaient alors accepté la crucifixion). On pourrait ainsi imaginer que les Nazaréens pensaient que Jésus avait été crucifié, mais qu’il n’était pas mort, ou même qu’il avait succombé sur la croix mais que Dieu l’aurait quand même mis en réserve pour qu’il redescende un jour finir sa mission politique. Le texte coranique est suffisamment flou sur ce sujet pour laisser la place à plusieurs hypothèses. Bref, comme je l’écrivais en conclusion du livre Le grand secret de l’islam, « il manque encore quelques pièces au puzzle ».]
SH :
De plus, cette synthèse aurait un cadre politique simple, il s’agissait pour Muhammad de fédérer les tribus arabes (certaines chrétiennes, d’autres judaïsantes et d’autres encore païennes, quand ces différentes tendances ne coexistaient pas dans une même tribu) et de leur donner leur propre histoire afin de maintenir l’indépendance face aux Byzantins qui lorgnaient vers les terres arabes et qui voulaient mettre fin à cette indépendance. Et puis, non seulement, les tribus fédérées par Muhammad résistent aux Byzantins, mais en plus elles prennent pied dans le monde byzantins faisant tomber de nombreuses cités, et dans l’Empire sassanide qui s’effondre en quelques décennies, victime à la fois des incursions musulmanes et de ses rivalités internes. C’est alors que la doctrine musulmane doit se cristalliser et devenir cohérente. C’est ainsi que l’islam ne sera pas seulement la religion musulmane, mais aussi une arabisation de ses adeptes, c’est ainsi que les berbères du Maghreb croient qu’ils sont arabes. Bref, l’islam était avant tout une tentative de former une religion nationale et qui, par les conquêtes, sera obligé de s’universaliser.
[Olaf : Idée à développer, les discussions pourraient être intéressantes. Il faudrait expliquer alors pourquoi et comment les Arabes ont-ils développé la notion d’être le nouveau peuple élu par Dieu, en lieu et place du peuple juif. Comment Ismaël a-t-il bien pu remplacer Isaac ? Comment diable des Arabes ont-ils eu l’idée subitement de se revendiquer d’Ismaël pour prétendre supplanter les Juifs… Et pourquoi ont-ils relevé le Temple de Jérusalem ? Et pourquoi étaient-ils initialement en de relatifs bons termes avec Byzance, allant même jusqu’à leur verser un tribut ?]
SH :
L’islam va aussi développer, avec l’omniprésence de Jésus dans la culture chrétienne, l’omniprésence de Muhammad; faisant de ce dernier le «nouveau messie»; mais ces passages sont probablement des élucubrations califales:
[Olaf : Oui, sans doute, et ce d’autant plus que ce sont les califes (et par eux les Arabes conquérants) qui se sont d’abord pris pour le messie, qui se sont crûs fondés à conquérir le monde au nom de Dieu : c’est l’étymologie du mot de calife, qui signifie originellement « lieutenant », « gestionnaire » [de Dieu sur terre]. Lors de l’élaboration de la légende islamique de Mahomet, l’accent a dû être mis sur le côté messianique / super-héros / tout puissant de Mahomet pour mieux valoriser la figure califale et ses prérogatives de pouvoir.]
SH :
il a été remarqué depuis longtemps que les shahadah écrites sur des murs ou des tombes quand elles datent du VIIe siècle, ne mentionnent que Il n’est de Dieu que Dieu ou Il n’est de Dieu que Dieu et l’ange Gabriel est l’envoyé de Dieu;
« Il n’est de Dieu que Dieu et l’ange Gabriel est l’envoyé de Dieu »
[Olaf : Jamais entendu parler ou lu quoi que ce soit à ce sujet… J’aimerais bien avoir vos sources]
SH :
ce n’est qu’au VIIIe siècle que l’on trouve des traces de la shahadah courante Il n’est de Dieu que Dieu et Muhammad est l’envoyé de Dieu.
[Olaf : Cf. Le grand secret de l’islam, la thèse du P. Gallez ou son site[20] ]
SH :
Cette importante angélologie rapproche l’islam de la mystique hénochéenne et des autres mystiques juives (les feuillets d’Abraham, c’est probablement le Sefer Yetzirah).
La mystique est probablement la part la plus intéressante de l’islam qui va influencer tant le judaïsme que le christianisme et même l’hindouisme…
[Olaf : ??? On aimerait bien voir cela en détail. En quoi l’islam a-t-il influencé la foi juive, hindoue ou chrétienne ?]
SH :
Bref, la thèse d’Odon Lafontaine qui résume celle du Père Gallez est avant tout une thèse idéologique qui vise à présenter l’islam comme une réaction judaïsante face à Paul, ce qu’il est en partie...
[Olaf : C’est votre lecture qui est idéologique et veut absolument faire entrer cette thèse dans les cases de votre esprit. Vous n’avez montré en rien en quoi une quelconque idéologie nous aurait fait travestir les faits ou bien aurait obscurci notre jugement, biaisé nos analyses, forcé nos conclusions, pour reprendre ce que j’écrivais plus haut. « Apportez vos preuves, si vous êtes véridiques » dit le Coran (S2,111). Moi j’apporte les miennes, apportez donc les vôtres.]
SH :
Le christianisme et l’islam sont faux historiquement et vrais spirituellement,
[Olaf : ??? Qu’est-ce que cela veut dire ?]
SH :
ce sont des mystiques qui étaient accompagnées d’objectifs politiques et qui furent dépassées par leurs succès...
[Olaf : Quels étaient donc les « objectifs politiques » du christianisme ? Se faire manger par les lions ?]
SH :
Leurs textes, avant tout mystiques
[Olaf : ??? Mais qu’est-ce que c’est que ce charabia ?]
SH :
, durent ensuite servir à établir leurs fondements religieux, ce qui n’était pas facile, avec toutes les contradictions qu’ils comportaient. Celles-ci sont assez faciles à déceler: les évangiles synoptiques ne divinisent pas Jésus alors que celui de Jean oui;
[Olaf : Dire de but en blanc que Jésus est Dieu est éminemment choquant pour un Juif. Même l’Evangile selon Saint Matthieu, composé à l’intention des Juifs (Israélites) et qui emploie pour cela des façons détournées de le dire, met parfois carrément les pieds dans le plat. Quoi qu’il en soit, cette affirmation sur les synoptiques est grotesque, à croire que vous ne les avez jamais lus ou que vous ne comprenez rien à la psychologie orientale. Expliquez-moi donc alors le sens des quelques passages suivants (non exhaustif) :
- Matthieu 2:15, Matthieu 3:17, Matthieu 4:3, Matthieu 4:6, Matthieu 8:29, Matthieu 14:33, Matthieu 16:16, Matthieu 17:5, Matthieu 24:36, Matthieu 26:63-64 (devant le Sanhédrin), Matthieu 27:54, Matthieu 28:19 (« baptisez les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » demande Jésus lui-même ... Qu'est-ce que ce « Fils » ? Et cet « Esprit » ?)
- Marc 1:1, Marc 1:11, Marc 3:11, Marc 5:7, Marc 9:7, Marc 12:6, Marc 13:32, Marc 14:61-62 (devant le Sanhédrin), Marc 15:39
- Luc 1:32, Luc 1:35, Luc 3:22, Luc 9:35, Luc 10:22, Luc 20:13, Luc 22,70
Et en sus, il faudrait que vous nous expliquiez comment une mentalité orientale pouvait percevoir les récits de guérison ou d’exorcisme que Jésus réalisait par lui-même (et non via la médiation du Temple)… Voir par exemple la guérison des 10 lépreux (Lc 17, 11-19)
Et même pour un non-croyant, dire que Jésus est Dieu est difficilement compréhensible (la preuve avec votre propre cas !). C’est très conceptuel en fait, limite abstrait. J’ai utilisé à la place la formule « croire que la présence divine est vraiment en lui » dans Le grand secret de l’islam, ce qui revient à peu près au même et correspond mieux aux psychologies orientales, beaucoup plus concrètes que ne le sont les occidentaux.]
SH :
le Coran est avant tout arabe et n’a aucun universalisme, alors que par ses conquêtes il sera obligé de s’universaliser, ce qui se traduira par l’arabisation forcée des populations conquises.
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[Olaf : Qu’écrire en conclusion de tout cela ?
1) Lisez les auteurs que vous voulez réfuter ;
2) Réfutez les pour ce qu’ils ont écrit, pour leurs argumentations réelles et non sur la base de déformations de ces argumentations ;
3) Réfutez les pour ce qu’ils ont écrit et non pour ce que vous croyez qu’ils sont : la recherche s’intéresse aux idées et aux faits, pas aux personnes ;
4) A votre disposition pour continuer d’échanger sur ces bases-là.]
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[0]https://www.facebook.com/notes/stephan- ... 2475223878
[1]https://www.academia.edu/29326840/RECHE ... 9_MUSULMAN
[2] Voir Le grand secret de l’islam, op. cit. p. 153
[3] Aussi ridicule qu’il puisse être, le concordisme (« miracles scientifiques » du Coran, « miracles numérologiques ») est la poursuite de ce processus d’interprétation du texte coranique dans le sens de l’islam
[4] Voir par exemple Larry W. Hurtado (Le Seigneur Jésus Christ, Cerf, 2009), John P. Meier (Un certain Juif nommé Jésus, t1, les données de l’histoire, Cerf, 2009), Etienne Nodet et Justin Taylor (Essai sur les origines du christianisme, Cerf, 2002), tous auteurs très marqués, particulièrement les deux premiers, par les « dogmes » de la primauté du grec sur l’araméen, de la primauté de l’écrit sur l’oralité, ainsi que les élucubrations sur la source Q (cf. http://www.dailymotion.com/video/x89ln0 )
[5] Monsieur Onfray au pays des mythes, Salvator, 2017
[6] Voir ses ouvrages, en commençant par Karozoutha de la Bonne Nouvelle en araméen et Evangiles gréco-latins, (Désiris, 1994) et La transmission des Evangiles (Sarment, 2006) ; voir aussi Frédéric Guigain : La Torah de la Nouvelle Alliance selon la récitation orale des Apôtres : texte des Evangiles et des Actes selon la version stricte d'Orient (Cariscript, 2011), et Exégèse d’oralité (2 tomes chez Cariscript, 2012 et 2017)
[7] Cf. récit dit de « L’Institution des diacres » dans les Actes des Apôtres (Ac 6) : http://www.eecho.fr/video-etude-du-chap ... s-apotres/
[8] http://www.hebrewnewtestament.com/khabouris.htm
[9] Voir Frédéric Guigain, La proclamation synagogale du Saint Évangile (Cariscript, 2015)
Ce qui au passage indique une composition largement antérieure à la destruction du Temple en 70 – même si des passages ont pu être probablement modifiés ou ajoutés après (je pense à Jn 2,21 « mais il parlait du Temple de son corps »)
[10] http://www.eecho.fr/les-evangiles-de-lo ... e-perrier/ et http://www.eecho.fr/pierre-perrier-la-c ... hretienne/
[11] Cf. Edouard Marie Gallez, Le Messie et son prophète, 2 tomes, 2005-2010, Editions de Paris, collection Studia Arabica sous la direction de Marie-Thérèse Urvoy ; voir ici également une vidéo de synthèse de certains éléments de cette exégèse coranique : https://www.youtube.com/watch?v=O_3P5zyX0Ec
[12] S3,145 : « Personne ne peut mourir que par la permission de Dieu, et au moment prédéterminé. »
S7, 178 : « Quiconque Dieu guide, voilà le bien guidé. Et quiconque Il égare, voilà les perdants. »
S25,2 : « Et Il a créé toute chose avec Sa Prédestinée. »
S39, 62 : « Dieu est le Créateur de toute chose et toute chose est à Sa Charge »
S68,28 : « Ton Seigneur crée et choisit ce qu'Il veut. Ils [les adversaires de la foi, les associateurs] n’ont pas le choix »
Sahih Boukhari (livre des menstrues, 315) : « Pour chaque matrice [utérus], Dieu a désigné un ange qui dira : Seigneur, une goutte de sperme ; Seigneur un caillot de sang ; Seigneur un morceau de chair. Puis, si Dieu veut terminer sa création, l’ange demandera : Seigneur, un garçon ou une fille ? Un malheureux ou un heureux ? Quelle sera sa subsistance ? Quel sera le terme de la vie ? Tout cela sera inscrit tandis qu’il sera dans le ventre de sa mère. »
[13] S10,41 : « Et s’ils te traitent de menteur, dis alors: “A moi mon œuvre, et à vous la vôtre. Vous n’êtes pas responsables de ce que je fais et je ne suis pas responsable de ce que vous faites” »
[14] Voir ici par exemple : http://philoscsoc.ulb.be/fr/actualite/l ... es-present
[15]https://www.academia.edu/29326840/RECHE ... 9_MUSULMAN
[16] Mentionnons cependant votre site, et en particulier cet article : http://essenochristianisme.blogspot.fr/ ... -chez.html
[17] Mt 13, 24-30 & 36-43
[18] Voir par exemple sur Akadem les travaux de Dan Jaffé :
http://www.akadem.org/sommaire/themes/h ... 152_52.php
http://www.akadem.org/sommaire/themes/h ... 012_52.php
http://www.akadem.org/sommaire/themes/h ... 013_52.php
[19] Cf. découverte du fragment 7Q5 parmi les manuscrits de la Mer Morte, possiblement attribuable à un exemplaire très ancien (avant 50) de l’Evangile selon Saint Marc en grec
[20] http://www.lemessieetsonprophete.com/an ... itive.html



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Re: le grand secret de l'islam

Message non lu par marmhonie » lun. 6 nov. 2017 14:47

01:28 La Mecque n'existait pas sous Mahomet
06:49 Mahomet n'a pas fondé l'islam
C'est démontrable scientifiquement avec les documents latins, syriaques et araméens consultés. La route de la soie existait au 2e siècle et les chinois ont cartographié. Idem pour les romains et les chrétiens. Au 7e siècle, ce n'était même pas une oasis, juste un puits en hauteur sur une colline. C'était un point retenu cartographié car on était dans l'Arabia Desertica, donc à connaître.
Ce n'était pas non plus un chemin de traverse vers la route de la soie.
C'est ici que je ne suis pas d'accord avec Sami Aldeeb qui croit en l'existence historique de Mahomet et à la Mecque : totalement impossible.

Les évènement rapportés dans les plus vieux corans au monde (source allemande et source de Sanaa), décrivent un paysage proche de la mer, certainement en Jordanie et avec des lectionnaires de Pétra.
Le coran moderne ne s'établit qu'au 10e siècle, avec la rédaction des millions de hadiths impossibles et la Sîra, fictive et ne reposant que sur la compilation tardive appelée Coran moderne, le Coran actuel.
Marmhonie, chercheur indépendant.




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