CARICATUERIE
La caricature, par définition, c’est l’art de grossir le trait pour se moquer en accentuant les aspects ridicules ou déplaisants du sujet. Ce genre s’exerce en France dans un cadre clairement défini depuis cent ans par la République laïque, et largement utilisé par « Le Canard Enchaîné » depuis sa création. Chacun est libre, en matière de religion, de philosophie ou d’idéologie, de croire ce qu’il veut. Mais chacun est libre aussi, dans les limites de la loi, de discuter, de critiquer, de caricaturer ce à quoi il ne croit pas. Il n’y a nulle exception pour Mahomet, Moïse, Jésus ou Vishnou, pas plus que pour l’imam, le rabbin, l’évêque ou la bonne du curé.
Cet exercice iconoclaste peut certes se pratiquer avec plus ou moins d’inspiration et de talent. Pour cette seule raison, n’aurions sans doute pas publié dans « Le Canard » toutes les caricatures de Mahomet parues dans le quotidien danois « Jyllands-Posten ». La plupart en effet, ne sont, à notre avis, ni très amusantes ni surtout très originales. Mais, compte tenu de la situation, elles prennent évidemment une tout autre valeur. Car les réactions démentielles suscitées par la publication de ces simples dessins de presse sont, elles beaucoup moins drôles. Même si elles sont gravement plus caricaturales !
Ceux qui instrumentalisent les « croyants » et leur « colère » ne se contentent pas de grossir le trait, ils versent carrément dans le grossier. Et, plus grave, dans le violent. Ces manipulations d’un ressentiment qui a mis du temps (voir autre article ci-après) à se manifester, puisque les 12 dessins ont été publiés le 30 septembre dernier, ont déjà fait 6 morts.
Six morts au nom du Prophète. Six morts surtout, au nom de tous ceux qui se cachent derrière sa barbe ! Et il a sans doute une sacrée barbe, Mahomet, vu la cohorte de ceux qui s’y abritent pour servir leurs petits intérêts.
On y trouve en vrac les pays du Golfe et l’Egypte, qui ont été dans les premiers à attiser le feu pour faire croire qu’ils sont plus musulmans que leurs islamistes. Le Pakistan, qui veut donner des gages à ceux qui trouvent le gouvernement plus proche de Bush que d’Allah. La Syrie, pays laïque peu connu pour sa grande piété ni pour ses manifestations de rues, qui a su créer en un instant, à Damas comme au Liban, des cortèges très « spontanés » de « croyants meurtris » qui brûlent des ambassades et des drapeaux à la demande. On y trouve aussi les Palestiniens et surtout l’Iran, qui en profite pour en rajouter, espérant gagner ainsi des points dans la crise sur le nucléaire. Ou encore le Vatican, qui, par son soutien, défend sa propre chapelle, ou Bush le Pieux et Blair le Tartuffe, qui, pour cause d’Irak, s’indignent de ces caricatures « totalement offensantes pour l’Islam ».
Par ici, c’est le propriétaire franco-égyptien (et chrétien) de « France-Soir », en redressement judiciaire, qui espère se refaire une réputation du côté du Caire en virant le responsable de la publication des dessins « impies » dans un journal qu’il n’administre plus. On aperçoit aussi le pourtant laïque mrap, qui, pour faire parler de lui, accuse le même journal de « détournement raciste de la liberté d’expression » en faisant lui-même l’amalgame entre race et religion.
Et, au-delà de cette bigoterie utilitaire, de cette religiosité pragmatique, on n’a pas fini d’entendre tout et son contraire. Les « blessés » du Prophète ne sont pas à un paradoxe près. On voit des musulmans qui protestent, à juste titre contre l’amalgame entre islam et terrorisme et qui, dans le même temps, pour laver l’affront, en appellent au meurtre et au bain de sang. D’autres qui hurlent au sacrilège islamophobe et au racisme et ne s’offusquent en rien de propos ou de dessins antisémites dans leurs rangs.
Il faut aussi compter ceux que l’on n’entend ni ne voit, mais qui, comme le Pen, se frottent les mains en comptant les bulletins que ce genre de menaces peut rapporter dans leur escarcelle électorale…. Bref, Allah est grand, mais Mahomet sert à tout le monde !
En attendant que les autorités religieuses « d’amour » e de « tolérance » appellent au calme pour mettre fin à ce déchaînement caricatural et sanglant de haine, de violence etd’intolérance, nous continuerons, bien sûr, à brocarder ce genre de sujet. Vu la façon dont les évènements sont en train d’évoluer, « l’anticléricanisme désuet » cher au « Canard » est d’une brûlante actualité. E.E













