mira a écrit :
Manifestement tu ne supportes pas qu'on raille l'ancien testament et tu te pretends athee? J'aurais vraiment tout vu sur islamla.
AdorerDieu, effectivement notre forum est riche en lumières. Cette fois ci notre bonhomme déraille complètement. Il a définitivement perdu la tête..
J'ai perdu la tête en voyant la Mira.
Encore un cadeau pour Mira, la merveille.
LA TRAGEDIE DES ATHEES DE L'ISLAM
Du Maghreb au Proche-Orient, ils sont des millions à surfer sur Internet pour tromper la censure. Pourchassés dans leurs pays, ignorés en Europe, ils forment l'armée des ombres qui se bat pour les Lumières.
Sion nous donnait la parole, en une nuit, nous serions 30 millions!» L'homme qui parle est un athée palestinien. En Jordanie, où il vit, personne ne doit soupçonner sa volonté farouche d'en finir avec l'obscurantisme. Il anime un de ces réseaux - chabaka en arabe - qui jettent sur la vaste mer d'Internet les SOS de la libre-pensée. Son nom, il doit le taire. Il ne trouverait grâce ni devant le palais royal à Amman, théoriquement ennemi de l'intégrisme, ni devant les organisations palestiniennes, même celles opposées au Hamas. Les athées de l'islam vivent dans la plus haute des solitudes et la plus opaque des peurs. Pourtant, ils surfent avec ivresse, du Maghreb au Proche-Orient, à la rencontre de ceux qui leur ressemblent, armée des ombres bataillant pour les Lumières.
Ils n'ont pas oublié, eux, que l'histoire de leur civilisation regorgeait d'étincelants incroyants. «Sourd à la religion, tel est mon credo», scandait au XIIe siècle le Persan Omar Khayyam, l'un des plus grands poètes de la culture islamique. Les tartufes iraniens le traitent aujourd'hui de «nihiliste égaré»! «Il n'est d'imam que la raison», écrivait fiévreusement, au XIe siècle, le Syrien Al-Maari, poète lui aussi. Est-ce la mémoire de ce lointain compatriote qui a poussé un Syrien d'aujourd'hui à monter le plus important réseau athée du monde musulman? Cet avocat de 34 ans, Chihab el-Dimeshki, décide, lui, de livrer son identité. Il y a six ans, il lance le site ladeeni.net.Traduction: «les non-religieux». Il fallait oser, dans une Syrie travaillée dans ses tréfonds par l'islamisme. L'homme a publié des contes, travaille à un ouvrage sur Mahomet, à une recherche sur les mouvements intégristes de son pays. Sur son site se succèdent les forums les plus incroyables de ces terres d'obscures croyances. Seule religion affichée ici: l'esprit critique.
Etouffement de la parole laïque
«1 113 010 visiteurs se sont branchés sur le site depuis son ouverture, il a reçu 132 589 messages et le forum compte 4693 membres», recense à Paris Samia Labidi, qui travaille en connexion avec tous les sites athées du monde islamique.
Cette jeune femme a du cran: avec une dizaine de bénévoles, elle a lancé l'association Aime («d'Ailleurs et d'Ici Mais Ensemble»), un site et un magazine (Electrochoc) sur Internet. Elle veut porter la parole laïque et athée partout où on veut l'étouffer. D'origine tunisienne, Samia Labidi a vu l'obscurantisme de près. Sa famille a été infiltrée par l'islamisme, son frère Karim recruté par les réseaux intégristes. «Nous avons réussi à nous en sortir et nous avons décidé de le combattre.» Karim Labidi, qui a pu s'arracher à l'emprise des fous de Dieu, anime aujourd'hui de Tunis le site islamla, strictement censuré depuis l'affaire des caricatures. Car plus aucun site critique ne rentre en Tunisie. Comme tous les internautes athées, de Damas à Casablanca, de Karachi à Djedda, islamla et ladeeni changent constamment d'hébergeur. Course folle sur le Web, en arabe, en français, pour contourner la censure. Preuves par millions que l'incroyance n'est pas une affaire occidentale, mais la manifestation universelle du droit à être soi-même.
Qui les soutient? Ni l'Amérique bigote ni l'Europe craintive. Car Javier Solana, le représentant de l'Union européenne, est tout près d'accéder aux demandes du cheikh d'Al-Azhar, la célèbre université islamique du Caire, et du ministre égyptien des Affaires étrangères: «soutenir à l'ONU une résolution du Conseil de sécurité contre les atteintes aux prophètes». Tous les prophètes, bien sûr... Dans leur vaste offensive contre l'humanisme, les religions et les religieux ultras s'accordent pour vouer les athées à l'enfer.
La traque ou l'exil
C'est cet enfer que décrit Ibn Warraq, pseudo d'un intellectuel pakistanais qui a quitté l'islam, dans son dernier livre, Les apostats parlent, où témoigne aussi Samia Labidi. De l'Iranien Ali Sina au Pakistanais Yunes Sheikh, en passant par l'Irakienne Houzan Mahmoud, tous racontent la persécution acharnée, la solitude, et finalement l'exil pour les plus chanceux. Jusqu'en France, cette parole fait peur. Samia Labidi ou Tewfik Allal, qui a fondé le Manifeste des libertés au moment où les voilées défilaient en rangs serrés pour le droit de porter le hidjab à l'école, ne bénéficient d'aucun soutien. Alors que les débats théologiques embouteillent les antennes, les athées de l'islam sont considérés comme une mince poignée d'hurluberlus. Seules Caroline Fourest et Fiammetta Venner, analystes de la tentation obscurantiste, osent titrer dans leur revue Prochoix: «On peut naître musulman et choisir d'être athée». Mais le magazine le Monde des religions, dans sa dernière livraison consacrée aux athées, ne dit pas un mot de leur histoire, de leur combat et de leur martyre en terre d'islam!
Il faut donc redonner, inlassablement, des noms à cette saga réduite au mutisme et à l'anonymat. La liste que nous dressons ci-contre est, hélas, loin d'être exhaustive. A l'instant même où nous écrivons, les arrestations pour blasphème au Pakistan et les décapitations pour apostasie en Arabie Saoudite se poursuivent. Le nouvel Irak qui, en ce domaine comme dans les autres, ne se distingue guère de l'ancien fait la chasse aux esprits libres. L'Egypte, d'où fusent sur les sites tant d'appels à la libre-pensée (lire les extraits des blogs, ci-contre), baisse le rideau de fer sur ses élans réformateurs d'antan.
En 1992, au Caire, des milliers d'hommes et de femmes se pressaient à l'enterrement de Farag Foda, intellectuel laïc assassiné par les intégristes. Pourraient-ils aujourd'hui sortir à visage découvert?
Prôner la liberté d'expression
Diffuser les idées et les analyses des militants de «la foi en l'humain», comme se définissent les athées de l'islam, n'est pas seulement un acte de solidarité. Leur lecture politique de la crise du monde islamique se révèle passionnante. Ainsi, qu'écrit le Syrien Chihab el-Dimeshki de la fameuse séparation de la religion et de l'Etat? «En Occident, l'urgence était de séparer l'Eglise de l'Etat puisque le pouvoir de l'Eglise empiétait sur les décisions politiques. Chez nous, la situation est tout autre: il faut séparer la Mosquée du peuple, le pouvoir des savants religieux sur les simples d'esprit!» L'animateur du réseau athée se méfie de cette feinte brise de démocratie qui, en réalité, ravive les ambitions intégristes. «Il faut aider le peuple à penser par lui-même en prônant la liberté d'expression, seule voie qui lui permette d'apprendre ce qu'est la démocratie, avant de la lui proposer sans transition pour ouvrir les portes du pouvoir aux islamistes», poursuit El-Dimeshki.
A l'heure où la Syrie prend le voile, où le parti Baas au pouvoir depuis si longtemps et à l'agonie instrumentalise les attaques contre les ambassades occidentales, c'est de ce site d'incroyants que jaillit l'appel le plus lucide lancé à notre monde: «L'Occident est piégé entre les dictatures en place et l'arrivée des islamistes. Il devrait tendre la main aux esprits libres, seul choix face à cette impasse.»
Qui osera entendre et soutenir l'athée de Damas? -