L'armée algérienne a-t-elle tué les moines de Tibéhirine?
Par Philippe Broussard, publié le 05/07/2009 23:02 - mis à jour le 06/07/2009 10:13
Selon nos informations, un ancien général français, entendu le 25 juin par le juge parisien Marc Trevidic, affirme que l'armée algérienne serait responsable de la mort des sept religieux français tués en 1996.
Saura-t-on jamais la vérité? Connaîtra-t-on un jour les conditions dans lesquelles sept moines français de Tibéhirine (Algérie) ont été enlevés, tués, puis décapités, au printemps 1996 ? Selon les informations de LEXPRESS.fr, le juge parisien Marc Trevidic, en charge de la procédure judiciaire engagée en France, dispose désormais d'un élément qui pourrait s'avérer décisif et transformer ce dossier criminel en affaire d'états, au risque de nuire aux relations entre la France et l'Algérie.
Le 25 juin, le magistrat a en effet entendu François Buchwalter, ex-général français, ancien attaché de défense à l'ambassade de France à Alger, d'après lequel la mort des sept moines serait la conséquence d'une "bavure" de l'armée algérienne, et non l'oeuvre de militants islamistes, comme le veut la thèse officielle. Dans sa déposition, dont nous sommes en mesure de révéler la teneur, ce témoin indique avoir vainement alerté sa hiérarchie et s'être heurté à ce qu'il appelle le "black-out" décrété par les autorités françaises de l'époque, à commencer par l'ambassadeur en poste en Algérie, Michel Lévêque.
Selon lui, ces "gros hélicoptères" de fabrication russe (MI7, MI 17 ou MI 24), étaient équipés de "canons de petit calibre", semblables à ceux (20 mmm) de ceux des automitrailleuses. Une dizaine d'hommes auraient été impliqués dans cette opération de survol d'une zone montagneuse où les groupes terroristes avaient pour habitude de se réfugier. Les corps des moines étaient en si mauvais état que les militaires fautifs auraient décidé de les décapiter pour ne conserver que les têtes et faire croire à une exécution par ceux qui les avaient enlevés et conduits dans la montagne.
D'après les informations de LEXPRESS.fr, le témoin a donné le sentiment au juge de croire fortement aux propos de son ami saint-cyrien et de "soulager sa conscience" en s'exprimant ainsi devant le magistrat. Il a également indiqué avoir informé sa hiérarchie, mais celle-ci avait semble-t-il décidé d'imposer le silence sur ces informations délicates pour les relations entre la France et l'Algérie.
L'avocat des familles des victimes, Me Patrick Baudoin, voit là un pas décisif dans cette enquête : "Pour nous, déclare-t-il, ce témoignage est la confirmation que la raison d'état a prévalu et que beaucoup de choses ont été dissimulées, par les autorités françaises et par les autorités algériennes. Cette audition apporte une réponse non-définitive mais crédible à la mort des moines. Nous espérons maintenant qu'il n'y aura pas d'entraves au travail du juge et que le secret défense sera levé sur les notes rédigées à l'époque par ce témoin."
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