Re: mahomet : LA VERITE EST EN MARCHE
Publié : jeu. 25 juin 2015 18:06
Les rumeurs vont bon train
L’imam Moslim bin al-Hajjâj (m. 875) a enregistré que le Messager de Dieu se vantait d’être le descendant d’Hâchim, le grand-père d’Abdullah bin ‘Abd al-Mouttalib : « Dieu a élu Kinâna parmi la descendance d’Ismaël, et il a élu Qoraych parmi Kinâna, et il a élu les Bani Hâchim parmi Qoraych, et il m’a élu parmi les Bani Hâchim », mais, comme nous le verrons ci-après, Mahomet savait qu’il n’était pas lié par le sang à ce clan, qui représentait en réalité sa tribu adoptive. Il arrivait parfois que les Mecquois discutaient de leurs ancêtres respectifs, et lorsque le nom du Prophète était évoqué, on le tournait en dérision. L’Envoyé de Dieu avait beau feindre être le fils d’Abdullah devant ses adeptes, ses véritables origines étaient connues de tous les païens. Beaucoup de savants ont rapporté ces ragots dans leurs ouvrages, et certaines traditions sont très anciennes et uniques en leur genre. Parmi les corpus canoniques, Abou ‘Isa at-Tirmidhi (m. 892) a collecté le rapport d’al-‘Abbâs bin ‘Abd al-Mouttalib :
J’ai dit : « Ô Messager de Dieu ! Les Qoraychites se sont rassemblés et ils se remémorent leurs ancêtres entre eux, et ils font de ton exemple, l’exemple d’un palmier au milieu d’une terre défraîchie ». Le Prophète a dit : « Dieu a créé les créatures, il a fait de moi la meilleure d’entre elles, le meilleur de leur groupe et le meilleur des deux groupes. Ensuite, il a choisi les tribus, et il a fait de moi la meilleure tribu. Puis, il a choisi les maisons, et il a fait de moi la meilleure de leurs maisons. Je suis le meilleure d’entre eux en tant que personne et le meilleur d’entre eux par la famille ».
Le Cheikh ‘Abd ar-Rahman al-Moubârakfouri (m. 1934) a expliqué la tradition de la manière suivante : « l’exemple d’un palmier au milieu d’une terre défraîchie », c’est-à-dire, comme l’exemple d’un palmier qui pousse dans les balayures sur le sol. Le sens est qu’ils dénigrent ton nom de naissance. (…) Quelqu’un a dit : « les balayures », cela vient des noms manquants ». Ce quelqu’un d’autre, c’est Abou Mansour, tel que l’a précisé Ibn Manzour (m. 1311) dans son fameux dictionnaire Lisân al-‘Arab. Le grand juriste Ahmad ibn Hanbal (m. 855) a lui aussi rassemblé dans son Mosnad plusieurs traditions à ce sujet :
Des gens parmi les Ansâr sont venus voir le Prophète. Ils ont dit : « on entend dire de la part de certaines personnes de ton peuple que l’exemple de Mohammad est comme l’exemple du palmier qui pousse dans les balayures ». Houssayn a dit : « al-kibâ’ ce sont les balayures ». Le Messager d'Allah a dit : « Ô hommes ! Qui suis-je ? » Ils ont répondu : « tu es le Messager d'Allah ». Il a dit : « je suis Mohammad bin ‘Abdullah bin ‘Abd al-Mouttalib… ».
At-Tabarâni (m. 918) a de même consigné une tradition analogue dans Al-Mou’jam al-Awsat, à la différence que ce sont les mots plus crus d’Abou Sofyân, fils d’al-Hârith, fils d’Abd al-Mouttalib, qui y sont directement rapportés. Abou Sofyân était un ennemi acharné du Prophète et membre des Bani Hâchim par le sang.
‘Abdullah bin ‘Omar a rapporté :
Je me suis assis dans la cour du Messager de Dieu quand une femme est passée. Des gens ont dit : « c’est la fille de Mohammad ». Abou Sofyân a dit : « l’exemple de Mohammad dans les Bani Hâchim est comme l’exemple du basilic au milieu de la puanteur », ou il a dit : « du foin ». La femme est allée voir le Messager de Dieu et l’en a informé. Il est sorti et on lisait la colère sur son visage. Il a dit : « qu’ont-ils ces gens à dire de telles choses sur moi au sujet de ma famille ? »
Qui est le mieux placé pour parler des origines hasardeuses de Mahomet si ce n’est un membre des Bani Hâchim ? Al-‘Abbâs faisait partie de cette tribu comme son neveu Abou Sofyân. Ils se sont convertis tous deux tardivement à l’islam, le premier ayant contraint le second à devenir musulman sous peine d’être exécuté par décapitation, la scène se déroula sous le regard complice du Prophète. La famille, autrefois soudée, s’entre-déchirait à cause du fauteur de troubles Mahomet qui prêchait une religion qui n’était pas celle de leurs ancêtres. Al-‘Abbâs et Abou Sofyân soutenaient que le père de cet agitateur était originaire de la tribu de Kinda. Un jour, des hommes issus de cette tribu vinrent le trouver pour lui parler des liens de parenté qui les unissaient. Ceci ne plut pas du tout à Mahomet qui s’empressa de démentir ces accusations et tenta de discréditer les propos d’al-‘Abbâs et d’Abou Sofyân. Ibn Kathir (m. 1373) a transcrit ce récit dans son livre Al-Bidâya wa-n-Nihâya :
Des hommes de Kinda sont allés voir le Prophète en prétendant qu’il était des leurs. Il a répondu : « c’est al-‘Abbâs et Abou Soyân bin Harb qui ne disait cela que pour être en sécurité. Je ne désavoue pas nos pères, nous sommes de Banou an-Nadir bin Kinâna ». Le Prophète a prêché et a dit : « je suis Mohammad bin ‘Abdullah bin ‘Abd al-Mouttalib bin Hâchim bin ‘Abd Manâf bin Qousayy bin Kilâb bin Mourra bin Ka’b bin Louayy bin Ghâlib bin Fihr bin Mâlik bin an-Nadir bin Kinâna bin Khouzayma bin Moudrika bin ‘Ilyâs bin Moudar bin Nizâr. Quand les gens se divisaient en deux groupes, Dieu me mettait dans le meilleur. Je suis sorti de mes deux parents et je ne suis pas issu de la fornication dans la période préislamique. Je suis sorti du mariage et je ne suis pas sorti de la fornication, depuis Adam jusqu’à mon père et ma mère. Je suis le meilleur parmi vous et le meilleur par le père ».
Par chance, une tradition rarissime conservée par ‘Alâ ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi (m. 1568) et at-Tabarâni confirme ces rumeurs en faisant passer le Prophète aux aveux : « mon exemple et l’exemple de ma famille, dit-il, est comme l’exemple d’un palmier qui pousse dans un tas de fumier ». Le Messager de Dieu était en effet tout à fait conscient de son état de bâtard. Très embarrassé, le savant du hadith Abou Bakr al-Haythami (m. 1566) a qualifié le hadith de « mounkar », c’est-à-dire qu’il contredit les traditions jugées authentiques, et présume que ce sont là les mots d’az-Zoubayr et non ceux du Prophète.
On dénombre quatre sortes de mariage pendant la période préislamique. Le premier est le mariage traditionnel tel qu’il est célébré actuellement dans la religion musulmane, le second, appelé al-istibdâ’, invite le mari à trouver une personne issue de la noblesse qui couchera avec sa femme dans le but d’avoir un enfant d’une noble lignée. Concernant le troisième et le quatrième, ‘Aïcha les a ainsi décrits :
Un autre mariage consiste à rassembler un groupe de moins de dix hommes. Ils entrent tous chez une femme et couchent avec elle. Si elle tombe enceinte et accouche, et que plusieurs nuits soient passés après son accouchement, elle les fait tous venir et aucun homme ne peut refuser. Quand ils sont rassemblés devant elle, elle leur dit : « vous connaissez votre affaire et j’ai donné naissance à un enfant. C’est le tiens Ô untel ! », en appelant par son nom qui elle veut, et son enfant le suivra et l’homme ne peut refuser. Le quatrième mariage est beaucoup d’hommes qui entrent chez une femme et elle ne refuse personne qui vient à elle. Ce sont des prostitués. Elles mettaient des drapeaux sur leurs portes pour qu’on le remarque. Celui qui les désirait, entrait chez elles. Si l’une d’entre elles tombait enceinte et qu’elle donne naissance, les hommes se rassemblent pour elle et ils appellent pour eux le physionomiste. Puis, ils donnent son enfant à celui qui a été reconnu. Elle le lui confie et il sera appelé son fils. Il ne pourra refuser cela. Quand Mohammad a été envoyé avec la vérité, il a aboli tous les mariages de la période préislamique excepté le mariage des gens d’aujourd’hui.
Mahomet a créé en plus un autre type de mariage, qu’on appelle le « mariage de jouissance » ou « mariage temporaire » (zawâj al-mout’a). Il s’agit pour un homme de rémunérer une femme dans l’intention d’avoir des rapports sexuels avec elle durant une période prédéterminée établie au préalable par contrat, c’est une autre forme de prostitution guère éloignée de la jâhiliya. Le Coran y fait référence dans la sourate an-Nisâ’ (4.24). Les chiites continuent de pratiquer le mariage temporaire, tandis que les sunnites le considèrent comme abrogé, néanmoins, Ibn Kathir a noté dans son Tafsir qu’Ibn ‘Abbâs et un groupe de compagnons estiment qu’il est licite en cas de nécessité.
La mère de Mahomet ne s’est vraisemblablement pas livrée à la prostitution puisqu’Abd al-Mouttalib gagnait de l’argent en quantité suffisante pour subvenir aux besoins d’Amina et de son fils, c’est donc le troisième type de « mariage » de la période préislamique qui correspond le plus à la situation d’Amina. Le Prophète aurait alors été conçu lors de ce « gang-bang » (forme particulière de sexualité de groupe). ‘Amina aurait ensuite désigné un homme de Bani Kinda comme étant le père de Mahomet, mais pour une raison inconnue, l’enfant ne fut pas recueilli par la tribu. Peut-être le père est-il mort peu de temps après, ce qui justifierait son absence lorsque des hommes de Kinda sont allés à la rencontre du Prophète. Quoiqu’il en soit, il est certain que le Prophète ne fut pas le fruit d’une union scellée par les liens sacrés du mariage à moins de trouver une explication surnaturelle.
Durée de la grossesse
En cherchant bien, il est possible d’expliquer, notamment grâce au fiqh islamique, l’accouchement tardif d’Amina, des années après la mort d’Abdullah, car selon les juristes les plus expérimentés, une femme peut être enceinte pendant plusieurs années. L’hanbalite Ibn Qoudâma (m. 1223) a développé un chapitre en rapport avec ce sujet au sein de son célèbre ouvrage Al-Moughni :
Selon l’école zahirite, la durée maximale de la grossesse est de quatre ans. C’est aussi le point de vue d’ach-Châfi’i et l’opinion la plus connue de Mâlik. Il a été rapporté d’Ahmad que la durée maximale est de deux ans. On a aussi rapporté cela d’Aïcha et c’est l’avis d’ath-Thawri et d’Abi Hanifa. Jamila bint Sa’d a rapporté d’Aïcha que les femmes ne sont pas enceintes plus de deux ans (…). La mère d’ad-Dahâk bin Mouzâhim et d’Harim bin Hayyân a été enceinte de chacun d’entre eux ou de l’un d’eux pendant deux ans. Al-Layth a dit que la durée maximale est de trois ans. L’esclave affranchie d’Omar bin ‘Abdullah a été enceinte pendant trois ans.

‘Abbâd bin al-‘Awwâm a dit : cinq ans. Et az-Zouhri a dit : les femmes peuvent être enceintes six ou sept ans (…). Al-Walîd bin Moslim a rapporté : « j’ai raconté à Mâlik bin Anas le hadith de Jamila bint Sa’d d’après ‘Aïcha qui a dit : les femmes ne sont pas enceintes plus de deux ans. Mâlik a dit : « Soubhân Allah ! Qui a dit cela ? » - « C’est notre esclave ». La femme qui a porté Mohammed bin ‘Ajlân fut enceinte durant quatre ans avant de donner naissance. Ach-Châfi’i a dit : Mohammed bin ‘Ajlân est resté dans le ventre de sa mère pendant quatre ans.
Ahmad a dit : les femmes de Bani ‘Ajlân sont enceintes quatre ans et une femme ‘Ajlân possède trois estomacs, chaque grossesse est de quatre ans. Mohammed bin ‘Abdullah bin al-Hassan bin al-Hassan bin ‘Ali est resté dans le ventre de sa mère quatre ans, ainsi qu’Ibrâhîm bin Najîh al-‘Oqayli, ceci a été rapporté par Abou al-Khattâb.
L’imam al-Qortobi (m. 1273) a lui aussi fait mention de cela dans son exégèse. Il précise que d’après un rapport attribué à Mâlik ibn Anas (m. 795), on peut atteindre une durée de dix ans28. Le cadi de Séville, Ibn al-‘Arabi (m. 1148), ajoute que la grossesse peut excéder dix années suivant l’avis du grand juriste égyptien de rite malékite, ‘Achhab bin ‘Abd al-‘Azîz (m. 819). Citons en dernier lieu le biographe ‘Ali bin Bourhân ad-Dîn al-Halabi (m. 1634) qui, dans As-Sira al-Halabiya, a rapporté plusieurs autres grossesses extraordinaires. En conséquence, les musulmans argueront que Mahomet est resté deux, trois, ou quatre ans dans le ventre de sa mère conformément à la science islamique.
Le Coran n’évoque pas de grossesse aussi longue, toutefois, il signale que la durée moyenne est de six mois : « Nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers ses père et mère. Sa mère l’a péniblement porté et en a péniblement accouché, et sa gestation et sevrage durant trente mois » (46.15). Le sevrage étant de deux ans (2.233 ; 31.14), soit 24 mois, 30 – 24 = 6 mois de grossesse. Les moufassirin rétorquent qu’il s’agit là de la durée minimale de gestation, cependant, de grands prématurés naissent au bout de cinq mois et survivent.
Ibrâhîm, de qui est-il le fils ?
Mahomet revendiquait la paternité d’Ibrâhîm, l’enfant de Maria la copte, son esclave et sa concubine, mais on murmurait dans son dos qu’il n’en était pas le père, et lui-même était enclin au doute. Ses soupçons se portaient sur le cousin de Maria, Mabour, qui était également un de ses esclaves. Al-Hâkim an-Naysâbouri (m. 1014), « l’imam des savants du hadith », est sans doute celui qui a rapporté le plus de détails concernant cette histoire :
‘Aïcha a rapporté :
On a fait don de Maria au Messager de Dieu et avec elle, un de ses cousins. Il a couché avec elle et elle est tombée enceinte. Il l’a isolée chez son cousin. Les diffamateurs et les calomniateurs ont dit : « il a tellement besoin d’un enfant qu’il s’est approprié l’enfant d’un autre ». Sa mère avait peu de lait. Elle achetait pour lui du lait d’agnelle et elle le nourrissait avec ce lait. Cela le faisait grossir. Un jour, le Prophète est entré avec l’enfant et dit : « comment voyez-vous ? » J’ai répondu : « celui qui se nourrit de graisse de mouton prend de l’embonpoint ». Il a dit : « pas de ressemblance ? » J’étais jalouse comme les autres femmes et j’ai répondu : « je ne vois rien ». Le Messager de Dieu a entendu ce que disaient les gens, alors il dit à ‘Ali : « prends cette épée et va frapper le cou du cousin de Maria où qu’il se trouve ». Il est parti. Il se trouvait dans un puits de la palmeraie en train de se rafraîchir. Quand il a vu ‘Ali avec son épée, il l’a accueilli tout tremblant. Son cache-sexe est tombé et Dieu Tout-puissant n’a pas créé pour lui ce quelque chose que les hommes ont.
Ibn Sa’d a pareillement touché un mot de cette affaire32, et Moslim bin al-Hajjâj en a donné la chute dans son Sahih :
Anas a rapporté qu’un homme avait été accusé avec la Oumm Walad du Messager de Dieu (Oumm walad : esclave ayant eu un enfant de son maître). Le Messager de Dieu a dit à ‘Ali : « vas lui frapper le cou ». ‘Ali est allé jusqu’à lui. Il était dans un puits en train de se rafraichir. ‘Ali lui a dit : « sors », il lui a donné sa main et il l’a sorti. Il était dépourvu de pénis. ‘Ali a renoncé et il est allé voir le Prophète. Il a dit : « Ô Messager de Dieu ! Il n’a pas de pénis ! ».33
Ibn Kathir a brièvement parlé de cette anecdote : « quant au garçon castré, c’était Mabour, il entrait chez Maria et Chîrîn sans permission comme à son habitude en Égypte. Certaines personnes ont dit des choses à cause de cela, et ils n’imaginaient pas qu’il était castré, jusqu’à ce que l’on découvre son état »34. Curieusement, le Prophète ne s’était pas rendu compte que Mabour était un eunuque, alors qu’il le servait tous les jours comme les soixante autres esclaves en sa possession. Peu de temps après qu’Ali lui ait annoncé la nouvelle, qui calma ses inquiétudes, il fit croire à une révélation divine innocentant Maria et son cousin : « Gabriel est venu me voir et il m’a informé que Dieu avait absout Maria et son cousin. Il m’a annoncé une bonne nouvelle, le garçon dans son ventre est de moi »35. Mais le doute semble avoir toujours subsisté dans l’esprit de Mahomet, en effet, Abou Dâwoud (m. 888) a répertorié dans ses Sunan « qu’Ibrâhîm, le fils du Prophète, est mort à l’âge de dix-huit mois et le Messager de Dieu n’a pas prié sur lui »36. On dit aussi qu’il est mort à seize mois. Cette tradition a fait jurisprudence puisque les fouqahâ’ ont déterminé que la prière funéraire n’est pas obligatoire pour un enfant mort en bas-âge. En revanche, le Prophète a fait la prière pour ‘Abdullah bin ‘Obayy, bien connu pour son hypocrisie, et qui complotait contre lui !
En temps normal, Mahomet aurait dû infliger cent coups de fouet à Mabour pour fornication (24.2) au lieu d’ordonner son exécution, ceci est une infraction évidente à la loi islamique, et les savants se sont efforcés de disculper le Prophète. Ibn Qayyim al-Jawziyya (m. 1350) suggère « qu’en réalité, il ne voulait pas le tuer, mais il voulait lui faire peur »37, tandis qu’an-Nawawi (m. 1278) a rédigé en commentaire du hadith de Moslim :
On a dit : c’était peut-être un hypocrite qui méritait d’être tué par une autre voie. Il en a fait un mobile pour le tuer à cause de son hypocrisie ou autre chose, mais pas pour fornication. ‘Ali a renoncé à la décision de le tuer pour œuvre de chair, car il sut qu’il n’y eut pas de fornication. Et Dieu sait mieux.
Effectivement, le Prophète refusait de liquider les hypocrites de peur d’être blâmé par le peuple pour le meurtre de ses compagnons. L’image de la nouvelle religion en aurait grandement souffert, déjà qu’elle n’était pas très reluisante étant donné que les Arabes de la péninsule arabique le surnommaient lui et ses disciples « les brigands de Médine ».
Certains savants chiites croient que ces évènements sont liés à la descente du verset 24.11 : « ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d’entre vous. Ne pensez pas que c’est un mal pour vous, mais plutôt, c’est un bien pour vous. À chacun d’eux ce qu’il s’est acquis comme péché. Celui d’entre eux qui s’est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment », mais la majorité tient l’affaire de la calomnie impliquant ‘Aïcha pour la seule cause de révélation.
Il va de soi qu’Ibrâhîm n’était pas le fils du Messager de Dieu. Parmi ses nombreuses épouses, aucune ne lui a donné d’enfant excepté Khadija, sa toute première femme : « il n’y a pas de divergence quant au fait que tous ses enfants sont de Khadija bint Khouwaylid, souligne Ibn Kathir, sauf Ibrâhîm qui est de Maria bint Cham’oun, la copte ». Il s’est donc passé quelque chose après la mort de son premier amour qui l’a rendu stérile, et nous savons qu’il a souffert pendant un moment de troubles de l’érection. Si on ajoute à cela le fait qu’Ibrâhîm ne lui ressemble en rien, en plus des bruits qui couraient sur l’identité du père du fils de Maria, on obtient trois éléments à charge contre Mahomet.
Les accusations sur la filiation du Prophète et d’Ibrâhîm sont fondées, tous deux n’ont jamais connu leur père biologique. Les savants ont fait des pieds et des mains pour conserver les cadavres dans le placard, mais les Arabes ont la langue bien pendue, et garder sous silence ce genre de confidence n’est pas chose aisée dans le Hedjaz où le commérage est presque un sport national.
1 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, Ibn Kathir, volume 3, p.364, Dâr ‘Âlam al-Kotob, 2003
2 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome I, p.120-121, traduction d’Abdurrahmân Badawî, Éditions Albouraq, 2001
3 At-Tabaqât al-Kobra, Ibn Sa’d, volume 1, p.95, Dâr as-Sâdir, 1968
4 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome I, p.121
5 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.99
6 Ibid. p.100
7 Tafsir al-Jalâlayn, Jalâl ad-Dîn al-Mahalli et Jalâl ad-Dîn as-Souyouti, p.822, sourate 105 verset 5, Dâr al-Ma’rifa –Beyrouth
8 Dictionnaire du Coran, sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, p.8-9, Éditions Robert Laffont, 2007
9 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.102
10 Al-‘Isâba fi Tamyiz as-Sahâba, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 2, p.122, Dâr al-Jîl, 1412
11 At-Tabaqât al-Kobra, volume 3, p.10
12 ‘Ouyoun al-‘Athar fi Founoun al-Maghâzi wa-ch-Chamâ’il wa-s-Siyar, Ibn Sayyid an-Nâs, volume 1, p.41, Dâr al-Qalam, 1993
13 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.98
14 Ibid.
15 The History of al-Tabari, Mohammed Ibn Jarir at-Tabari, volume 9, p.207-208, translated and annotated by Ismail K. Poonawala, State University of New York Press, 1988
16 Sahih Moslim 2276
17 Sunan at-Tirmidhi 3607. Abou ‘Isa a dit : « ce hadith est hassan ».
18 Tohfa al-‘Ahwadhi bi-Charh Jâmi’ at-Timidhi, ‘Abd ar-Rahman al-Moubârakfouri, volume 10, p.54, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya
19 Lisân al-‘Arab, Ibn Manzour, volume 15, p.213, Dâr as-Sâder
20 Mosnad Ahmad 17063, voir également le 1791. Concernant le premier hadith, al-Haythami a dit : « ses hommes sont des hommes sûrs » (Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, Abou Bakr al-Haythami, volume 8, p.216, n°13824, Maktabat al-Qoudsi, 1994), quant au second, Ibn Kathir a déclaré : « son isnâd est bon » (Jâmi’ al-Masânîd wa-s-Sunna al-Hâdi li-‘Aqawm Sunan, Ibn Kathir, volume 4, p.655, n°5936, Maktabat an-Nahda al-Hadîtha, 1998).
21 Al-Mou’jam al-Awsat, at-Tabarâni, volume 7, p.104, n°6178, Maktabat al-Ma’ârif, 1985. Al-Haythami considère que la présence d’Hammâd dans l’isnâd l’affaibli : « il y a Hammâd bin Wâqid qui est considéré faible mais le reste de ses hommes sont dignes de confiance » (Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, volume 8, p.215, n°13823).
22 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome II, p.340-341
23 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, volume 3, p.361-362. Le savant commente : « c’est un hadith très étrange de Mâlik, isolé et très ancien, il est faible, mais nous mentionnerons des preuves par d’autres voies ». Ibn Kathir cite ensuite d’autres traditions qui viennent corroborer ce hadith.
24 Kanz al-‘Oummâl fi Sunan al-‘Aqwâl wa-l-‘Af’âl, ‘Alâ ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi, volume 11, p.453, n°32128, Moussassa ar-Risâla, 1981
25 Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, Abou Bakr al-Haythami, volume 8, p.216, n°13825, Maktabat al-Qoudsi, 1994
26 Sahih al-Boukhâri 4834
27 Al-Moughni, Ibn Qoudâma, volume 8, p.98, Dâr Ihyâr at-Tourâth al-‘Arabi, 1985
28 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, Al-Qortobi, volume 9, p.251, sourate 13 verset 8, Dâr al-Fiker
29 Ahkâm al-Qor’ân, Abou Bakr Ibn al-‘Arabi, volume 4, p.236, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya
30 As-Sira al-Halabiya, ‘Ali bin Bourhân ad-Dîn al-Halabi ach-Châfi’i, volume 2, p.110, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1427
31 Al-Moustadrak ‘ala as-Sahihayn, Al-Hâkim an-Naysâbouri, volume 4, p.41, n°6821, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1990
32 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.137
33 Sahih Moslim 2771. Rapporté également dans le Mosnad Ahmad 13577.
34 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, volume 8, p.228
35 Kanz al-‘Oummâl fi Sunan al-‘Aqwâl wa-l-‘Af’âl, volume 11, p.471, n°32214
36 Sunan Abi Dâwoud 3187. Sahih, voir Al-Mouhalla bi-l-‘Athâr, Ibn Hazm, volume 3, p.385, Dâr al-Fiker.
37 Zâd al-Ma’âd fi Hadi Khayr al-‘Ibâd, Ibn Qayyim al-Jawziyya, volume 5, p.15, Moussassa ar-Risâla, 1994
38 Al-Minhâj Charh Sahih Moslim bin al-Hajjâj, Yahya bin Charaf an-Nawawi, volume 17, p.119, Dâr Ihyâ’ at-Ttourâth al-‘Arabi, 1392
39 Sahih al-Boukhâri 4624
40 Tafsir al-Qoummi, ‘Ali bin Ibrâhîm al-Qoummi, volume 2, p.99, sourate 24 verset 11, Maktabat al-Houda, 1397
41 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, volume 8, p.237
L’imam Moslim bin al-Hajjâj (m. 875) a enregistré que le Messager de Dieu se vantait d’être le descendant d’Hâchim, le grand-père d’Abdullah bin ‘Abd al-Mouttalib : « Dieu a élu Kinâna parmi la descendance d’Ismaël, et il a élu Qoraych parmi Kinâna, et il a élu les Bani Hâchim parmi Qoraych, et il m’a élu parmi les Bani Hâchim », mais, comme nous le verrons ci-après, Mahomet savait qu’il n’était pas lié par le sang à ce clan, qui représentait en réalité sa tribu adoptive. Il arrivait parfois que les Mecquois discutaient de leurs ancêtres respectifs, et lorsque le nom du Prophète était évoqué, on le tournait en dérision. L’Envoyé de Dieu avait beau feindre être le fils d’Abdullah devant ses adeptes, ses véritables origines étaient connues de tous les païens. Beaucoup de savants ont rapporté ces ragots dans leurs ouvrages, et certaines traditions sont très anciennes et uniques en leur genre. Parmi les corpus canoniques, Abou ‘Isa at-Tirmidhi (m. 892) a collecté le rapport d’al-‘Abbâs bin ‘Abd al-Mouttalib :
J’ai dit : « Ô Messager de Dieu ! Les Qoraychites se sont rassemblés et ils se remémorent leurs ancêtres entre eux, et ils font de ton exemple, l’exemple d’un palmier au milieu d’une terre défraîchie ». Le Prophète a dit : « Dieu a créé les créatures, il a fait de moi la meilleure d’entre elles, le meilleur de leur groupe et le meilleur des deux groupes. Ensuite, il a choisi les tribus, et il a fait de moi la meilleure tribu. Puis, il a choisi les maisons, et il a fait de moi la meilleure de leurs maisons. Je suis le meilleure d’entre eux en tant que personne et le meilleur d’entre eux par la famille ».
Le Cheikh ‘Abd ar-Rahman al-Moubârakfouri (m. 1934) a expliqué la tradition de la manière suivante : « l’exemple d’un palmier au milieu d’une terre défraîchie », c’est-à-dire, comme l’exemple d’un palmier qui pousse dans les balayures sur le sol. Le sens est qu’ils dénigrent ton nom de naissance. (…) Quelqu’un a dit : « les balayures », cela vient des noms manquants ». Ce quelqu’un d’autre, c’est Abou Mansour, tel que l’a précisé Ibn Manzour (m. 1311) dans son fameux dictionnaire Lisân al-‘Arab. Le grand juriste Ahmad ibn Hanbal (m. 855) a lui aussi rassemblé dans son Mosnad plusieurs traditions à ce sujet :
Des gens parmi les Ansâr sont venus voir le Prophète. Ils ont dit : « on entend dire de la part de certaines personnes de ton peuple que l’exemple de Mohammad est comme l’exemple du palmier qui pousse dans les balayures ». Houssayn a dit : « al-kibâ’ ce sont les balayures ». Le Messager d'Allah a dit : « Ô hommes ! Qui suis-je ? » Ils ont répondu : « tu es le Messager d'Allah ». Il a dit : « je suis Mohammad bin ‘Abdullah bin ‘Abd al-Mouttalib… ».
At-Tabarâni (m. 918) a de même consigné une tradition analogue dans Al-Mou’jam al-Awsat, à la différence que ce sont les mots plus crus d’Abou Sofyân, fils d’al-Hârith, fils d’Abd al-Mouttalib, qui y sont directement rapportés. Abou Sofyân était un ennemi acharné du Prophète et membre des Bani Hâchim par le sang.
‘Abdullah bin ‘Omar a rapporté :
Je me suis assis dans la cour du Messager de Dieu quand une femme est passée. Des gens ont dit : « c’est la fille de Mohammad ». Abou Sofyân a dit : « l’exemple de Mohammad dans les Bani Hâchim est comme l’exemple du basilic au milieu de la puanteur », ou il a dit : « du foin ». La femme est allée voir le Messager de Dieu et l’en a informé. Il est sorti et on lisait la colère sur son visage. Il a dit : « qu’ont-ils ces gens à dire de telles choses sur moi au sujet de ma famille ? »
Qui est le mieux placé pour parler des origines hasardeuses de Mahomet si ce n’est un membre des Bani Hâchim ? Al-‘Abbâs faisait partie de cette tribu comme son neveu Abou Sofyân. Ils se sont convertis tous deux tardivement à l’islam, le premier ayant contraint le second à devenir musulman sous peine d’être exécuté par décapitation, la scène se déroula sous le regard complice du Prophète. La famille, autrefois soudée, s’entre-déchirait à cause du fauteur de troubles Mahomet qui prêchait une religion qui n’était pas celle de leurs ancêtres. Al-‘Abbâs et Abou Sofyân soutenaient que le père de cet agitateur était originaire de la tribu de Kinda. Un jour, des hommes issus de cette tribu vinrent le trouver pour lui parler des liens de parenté qui les unissaient. Ceci ne plut pas du tout à Mahomet qui s’empressa de démentir ces accusations et tenta de discréditer les propos d’al-‘Abbâs et d’Abou Sofyân. Ibn Kathir (m. 1373) a transcrit ce récit dans son livre Al-Bidâya wa-n-Nihâya :
Des hommes de Kinda sont allés voir le Prophète en prétendant qu’il était des leurs. Il a répondu : « c’est al-‘Abbâs et Abou Soyân bin Harb qui ne disait cela que pour être en sécurité. Je ne désavoue pas nos pères, nous sommes de Banou an-Nadir bin Kinâna ». Le Prophète a prêché et a dit : « je suis Mohammad bin ‘Abdullah bin ‘Abd al-Mouttalib bin Hâchim bin ‘Abd Manâf bin Qousayy bin Kilâb bin Mourra bin Ka’b bin Louayy bin Ghâlib bin Fihr bin Mâlik bin an-Nadir bin Kinâna bin Khouzayma bin Moudrika bin ‘Ilyâs bin Moudar bin Nizâr. Quand les gens se divisaient en deux groupes, Dieu me mettait dans le meilleur. Je suis sorti de mes deux parents et je ne suis pas issu de la fornication dans la période préislamique. Je suis sorti du mariage et je ne suis pas sorti de la fornication, depuis Adam jusqu’à mon père et ma mère. Je suis le meilleur parmi vous et le meilleur par le père ».
Par chance, une tradition rarissime conservée par ‘Alâ ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi (m. 1568) et at-Tabarâni confirme ces rumeurs en faisant passer le Prophète aux aveux : « mon exemple et l’exemple de ma famille, dit-il, est comme l’exemple d’un palmier qui pousse dans un tas de fumier ». Le Messager de Dieu était en effet tout à fait conscient de son état de bâtard. Très embarrassé, le savant du hadith Abou Bakr al-Haythami (m. 1566) a qualifié le hadith de « mounkar », c’est-à-dire qu’il contredit les traditions jugées authentiques, et présume que ce sont là les mots d’az-Zoubayr et non ceux du Prophète.
On dénombre quatre sortes de mariage pendant la période préislamique. Le premier est le mariage traditionnel tel qu’il est célébré actuellement dans la religion musulmane, le second, appelé al-istibdâ’, invite le mari à trouver une personne issue de la noblesse qui couchera avec sa femme dans le but d’avoir un enfant d’une noble lignée. Concernant le troisième et le quatrième, ‘Aïcha les a ainsi décrits :
Un autre mariage consiste à rassembler un groupe de moins de dix hommes. Ils entrent tous chez une femme et couchent avec elle. Si elle tombe enceinte et accouche, et que plusieurs nuits soient passés après son accouchement, elle les fait tous venir et aucun homme ne peut refuser. Quand ils sont rassemblés devant elle, elle leur dit : « vous connaissez votre affaire et j’ai donné naissance à un enfant. C’est le tiens Ô untel ! », en appelant par son nom qui elle veut, et son enfant le suivra et l’homme ne peut refuser. Le quatrième mariage est beaucoup d’hommes qui entrent chez une femme et elle ne refuse personne qui vient à elle. Ce sont des prostitués. Elles mettaient des drapeaux sur leurs portes pour qu’on le remarque. Celui qui les désirait, entrait chez elles. Si l’une d’entre elles tombait enceinte et qu’elle donne naissance, les hommes se rassemblent pour elle et ils appellent pour eux le physionomiste. Puis, ils donnent son enfant à celui qui a été reconnu. Elle le lui confie et il sera appelé son fils. Il ne pourra refuser cela. Quand Mohammad a été envoyé avec la vérité, il a aboli tous les mariages de la période préislamique excepté le mariage des gens d’aujourd’hui.
Mahomet a créé en plus un autre type de mariage, qu’on appelle le « mariage de jouissance » ou « mariage temporaire » (zawâj al-mout’a). Il s’agit pour un homme de rémunérer une femme dans l’intention d’avoir des rapports sexuels avec elle durant une période prédéterminée établie au préalable par contrat, c’est une autre forme de prostitution guère éloignée de la jâhiliya. Le Coran y fait référence dans la sourate an-Nisâ’ (4.24). Les chiites continuent de pratiquer le mariage temporaire, tandis que les sunnites le considèrent comme abrogé, néanmoins, Ibn Kathir a noté dans son Tafsir qu’Ibn ‘Abbâs et un groupe de compagnons estiment qu’il est licite en cas de nécessité.
La mère de Mahomet ne s’est vraisemblablement pas livrée à la prostitution puisqu’Abd al-Mouttalib gagnait de l’argent en quantité suffisante pour subvenir aux besoins d’Amina et de son fils, c’est donc le troisième type de « mariage » de la période préislamique qui correspond le plus à la situation d’Amina. Le Prophète aurait alors été conçu lors de ce « gang-bang » (forme particulière de sexualité de groupe). ‘Amina aurait ensuite désigné un homme de Bani Kinda comme étant le père de Mahomet, mais pour une raison inconnue, l’enfant ne fut pas recueilli par la tribu. Peut-être le père est-il mort peu de temps après, ce qui justifierait son absence lorsque des hommes de Kinda sont allés à la rencontre du Prophète. Quoiqu’il en soit, il est certain que le Prophète ne fut pas le fruit d’une union scellée par les liens sacrés du mariage à moins de trouver une explication surnaturelle.
Durée de la grossesse
En cherchant bien, il est possible d’expliquer, notamment grâce au fiqh islamique, l’accouchement tardif d’Amina, des années après la mort d’Abdullah, car selon les juristes les plus expérimentés, une femme peut être enceinte pendant plusieurs années. L’hanbalite Ibn Qoudâma (m. 1223) a développé un chapitre en rapport avec ce sujet au sein de son célèbre ouvrage Al-Moughni :
Selon l’école zahirite, la durée maximale de la grossesse est de quatre ans. C’est aussi le point de vue d’ach-Châfi’i et l’opinion la plus connue de Mâlik. Il a été rapporté d’Ahmad que la durée maximale est de deux ans. On a aussi rapporté cela d’Aïcha et c’est l’avis d’ath-Thawri et d’Abi Hanifa. Jamila bint Sa’d a rapporté d’Aïcha que les femmes ne sont pas enceintes plus de deux ans (…). La mère d’ad-Dahâk bin Mouzâhim et d’Harim bin Hayyân a été enceinte de chacun d’entre eux ou de l’un d’eux pendant deux ans. Al-Layth a dit que la durée maximale est de trois ans. L’esclave affranchie d’Omar bin ‘Abdullah a été enceinte pendant trois ans.
‘Abbâd bin al-‘Awwâm a dit : cinq ans. Et az-Zouhri a dit : les femmes peuvent être enceintes six ou sept ans (…). Al-Walîd bin Moslim a rapporté : « j’ai raconté à Mâlik bin Anas le hadith de Jamila bint Sa’d d’après ‘Aïcha qui a dit : les femmes ne sont pas enceintes plus de deux ans. Mâlik a dit : « Soubhân Allah ! Qui a dit cela ? » - « C’est notre esclave ». La femme qui a porté Mohammed bin ‘Ajlân fut enceinte durant quatre ans avant de donner naissance. Ach-Châfi’i a dit : Mohammed bin ‘Ajlân est resté dans le ventre de sa mère pendant quatre ans.
Ahmad a dit : les femmes de Bani ‘Ajlân sont enceintes quatre ans et une femme ‘Ajlân possède trois estomacs, chaque grossesse est de quatre ans. Mohammed bin ‘Abdullah bin al-Hassan bin al-Hassan bin ‘Ali est resté dans le ventre de sa mère quatre ans, ainsi qu’Ibrâhîm bin Najîh al-‘Oqayli, ceci a été rapporté par Abou al-Khattâb.
L’imam al-Qortobi (m. 1273) a lui aussi fait mention de cela dans son exégèse. Il précise que d’après un rapport attribué à Mâlik ibn Anas (m. 795), on peut atteindre une durée de dix ans28. Le cadi de Séville, Ibn al-‘Arabi (m. 1148), ajoute que la grossesse peut excéder dix années suivant l’avis du grand juriste égyptien de rite malékite, ‘Achhab bin ‘Abd al-‘Azîz (m. 819). Citons en dernier lieu le biographe ‘Ali bin Bourhân ad-Dîn al-Halabi (m. 1634) qui, dans As-Sira al-Halabiya, a rapporté plusieurs autres grossesses extraordinaires. En conséquence, les musulmans argueront que Mahomet est resté deux, trois, ou quatre ans dans le ventre de sa mère conformément à la science islamique.
Le Coran n’évoque pas de grossesse aussi longue, toutefois, il signale que la durée moyenne est de six mois : « Nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers ses père et mère. Sa mère l’a péniblement porté et en a péniblement accouché, et sa gestation et sevrage durant trente mois » (46.15). Le sevrage étant de deux ans (2.233 ; 31.14), soit 24 mois, 30 – 24 = 6 mois de grossesse. Les moufassirin rétorquent qu’il s’agit là de la durée minimale de gestation, cependant, de grands prématurés naissent au bout de cinq mois et survivent.
Ibrâhîm, de qui est-il le fils ?
Mahomet revendiquait la paternité d’Ibrâhîm, l’enfant de Maria la copte, son esclave et sa concubine, mais on murmurait dans son dos qu’il n’en était pas le père, et lui-même était enclin au doute. Ses soupçons se portaient sur le cousin de Maria, Mabour, qui était également un de ses esclaves. Al-Hâkim an-Naysâbouri (m. 1014), « l’imam des savants du hadith », est sans doute celui qui a rapporté le plus de détails concernant cette histoire :
‘Aïcha a rapporté :
On a fait don de Maria au Messager de Dieu et avec elle, un de ses cousins. Il a couché avec elle et elle est tombée enceinte. Il l’a isolée chez son cousin. Les diffamateurs et les calomniateurs ont dit : « il a tellement besoin d’un enfant qu’il s’est approprié l’enfant d’un autre ». Sa mère avait peu de lait. Elle achetait pour lui du lait d’agnelle et elle le nourrissait avec ce lait. Cela le faisait grossir. Un jour, le Prophète est entré avec l’enfant et dit : « comment voyez-vous ? » J’ai répondu : « celui qui se nourrit de graisse de mouton prend de l’embonpoint ». Il a dit : « pas de ressemblance ? » J’étais jalouse comme les autres femmes et j’ai répondu : « je ne vois rien ». Le Messager de Dieu a entendu ce que disaient les gens, alors il dit à ‘Ali : « prends cette épée et va frapper le cou du cousin de Maria où qu’il se trouve ». Il est parti. Il se trouvait dans un puits de la palmeraie en train de se rafraîchir. Quand il a vu ‘Ali avec son épée, il l’a accueilli tout tremblant. Son cache-sexe est tombé et Dieu Tout-puissant n’a pas créé pour lui ce quelque chose que les hommes ont.
Ibn Sa’d a pareillement touché un mot de cette affaire32, et Moslim bin al-Hajjâj en a donné la chute dans son Sahih :
Anas a rapporté qu’un homme avait été accusé avec la Oumm Walad du Messager de Dieu (Oumm walad : esclave ayant eu un enfant de son maître). Le Messager de Dieu a dit à ‘Ali : « vas lui frapper le cou ». ‘Ali est allé jusqu’à lui. Il était dans un puits en train de se rafraichir. ‘Ali lui a dit : « sors », il lui a donné sa main et il l’a sorti. Il était dépourvu de pénis. ‘Ali a renoncé et il est allé voir le Prophète. Il a dit : « Ô Messager de Dieu ! Il n’a pas de pénis ! ».33
Ibn Kathir a brièvement parlé de cette anecdote : « quant au garçon castré, c’était Mabour, il entrait chez Maria et Chîrîn sans permission comme à son habitude en Égypte. Certaines personnes ont dit des choses à cause de cela, et ils n’imaginaient pas qu’il était castré, jusqu’à ce que l’on découvre son état »34. Curieusement, le Prophète ne s’était pas rendu compte que Mabour était un eunuque, alors qu’il le servait tous les jours comme les soixante autres esclaves en sa possession. Peu de temps après qu’Ali lui ait annoncé la nouvelle, qui calma ses inquiétudes, il fit croire à une révélation divine innocentant Maria et son cousin : « Gabriel est venu me voir et il m’a informé que Dieu avait absout Maria et son cousin. Il m’a annoncé une bonne nouvelle, le garçon dans son ventre est de moi »35. Mais le doute semble avoir toujours subsisté dans l’esprit de Mahomet, en effet, Abou Dâwoud (m. 888) a répertorié dans ses Sunan « qu’Ibrâhîm, le fils du Prophète, est mort à l’âge de dix-huit mois et le Messager de Dieu n’a pas prié sur lui »36. On dit aussi qu’il est mort à seize mois. Cette tradition a fait jurisprudence puisque les fouqahâ’ ont déterminé que la prière funéraire n’est pas obligatoire pour un enfant mort en bas-âge. En revanche, le Prophète a fait la prière pour ‘Abdullah bin ‘Obayy, bien connu pour son hypocrisie, et qui complotait contre lui !
En temps normal, Mahomet aurait dû infliger cent coups de fouet à Mabour pour fornication (24.2) au lieu d’ordonner son exécution, ceci est une infraction évidente à la loi islamique, et les savants se sont efforcés de disculper le Prophète. Ibn Qayyim al-Jawziyya (m. 1350) suggère « qu’en réalité, il ne voulait pas le tuer, mais il voulait lui faire peur »37, tandis qu’an-Nawawi (m. 1278) a rédigé en commentaire du hadith de Moslim :
On a dit : c’était peut-être un hypocrite qui méritait d’être tué par une autre voie. Il en a fait un mobile pour le tuer à cause de son hypocrisie ou autre chose, mais pas pour fornication. ‘Ali a renoncé à la décision de le tuer pour œuvre de chair, car il sut qu’il n’y eut pas de fornication. Et Dieu sait mieux.
Effectivement, le Prophète refusait de liquider les hypocrites de peur d’être blâmé par le peuple pour le meurtre de ses compagnons. L’image de la nouvelle religion en aurait grandement souffert, déjà qu’elle n’était pas très reluisante étant donné que les Arabes de la péninsule arabique le surnommaient lui et ses disciples « les brigands de Médine ».
Certains savants chiites croient que ces évènements sont liés à la descente du verset 24.11 : « ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d’entre vous. Ne pensez pas que c’est un mal pour vous, mais plutôt, c’est un bien pour vous. À chacun d’eux ce qu’il s’est acquis comme péché. Celui d’entre eux qui s’est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment », mais la majorité tient l’affaire de la calomnie impliquant ‘Aïcha pour la seule cause de révélation.
Il va de soi qu’Ibrâhîm n’était pas le fils du Messager de Dieu. Parmi ses nombreuses épouses, aucune ne lui a donné d’enfant excepté Khadija, sa toute première femme : « il n’y a pas de divergence quant au fait que tous ses enfants sont de Khadija bint Khouwaylid, souligne Ibn Kathir, sauf Ibrâhîm qui est de Maria bint Cham’oun, la copte ». Il s’est donc passé quelque chose après la mort de son premier amour qui l’a rendu stérile, et nous savons qu’il a souffert pendant un moment de troubles de l’érection. Si on ajoute à cela le fait qu’Ibrâhîm ne lui ressemble en rien, en plus des bruits qui couraient sur l’identité du père du fils de Maria, on obtient trois éléments à charge contre Mahomet.
Les accusations sur la filiation du Prophète et d’Ibrâhîm sont fondées, tous deux n’ont jamais connu leur père biologique. Les savants ont fait des pieds et des mains pour conserver les cadavres dans le placard, mais les Arabes ont la langue bien pendue, et garder sous silence ce genre de confidence n’est pas chose aisée dans le Hedjaz où le commérage est presque un sport national.
1 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, Ibn Kathir, volume 3, p.364, Dâr ‘Âlam al-Kotob, 2003
2 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome I, p.120-121, traduction d’Abdurrahmân Badawî, Éditions Albouraq, 2001
3 At-Tabaqât al-Kobra, Ibn Sa’d, volume 1, p.95, Dâr as-Sâdir, 1968
4 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome I, p.121
5 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.99
6 Ibid. p.100
7 Tafsir al-Jalâlayn, Jalâl ad-Dîn al-Mahalli et Jalâl ad-Dîn as-Souyouti, p.822, sourate 105 verset 5, Dâr al-Ma’rifa –Beyrouth
8 Dictionnaire du Coran, sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, p.8-9, Éditions Robert Laffont, 2007
9 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.102
10 Al-‘Isâba fi Tamyiz as-Sahâba, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 2, p.122, Dâr al-Jîl, 1412
11 At-Tabaqât al-Kobra, volume 3, p.10
12 ‘Ouyoun al-‘Athar fi Founoun al-Maghâzi wa-ch-Chamâ’il wa-s-Siyar, Ibn Sayyid an-Nâs, volume 1, p.41, Dâr al-Qalam, 1993
13 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.98
14 Ibid.
15 The History of al-Tabari, Mohammed Ibn Jarir at-Tabari, volume 9, p.207-208, translated and annotated by Ismail K. Poonawala, State University of New York Press, 1988
16 Sahih Moslim 2276
17 Sunan at-Tirmidhi 3607. Abou ‘Isa a dit : « ce hadith est hassan ».
18 Tohfa al-‘Ahwadhi bi-Charh Jâmi’ at-Timidhi, ‘Abd ar-Rahman al-Moubârakfouri, volume 10, p.54, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya
19 Lisân al-‘Arab, Ibn Manzour, volume 15, p.213, Dâr as-Sâder
20 Mosnad Ahmad 17063, voir également le 1791. Concernant le premier hadith, al-Haythami a dit : « ses hommes sont des hommes sûrs » (Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, Abou Bakr al-Haythami, volume 8, p.216, n°13824, Maktabat al-Qoudsi, 1994), quant au second, Ibn Kathir a déclaré : « son isnâd est bon » (Jâmi’ al-Masânîd wa-s-Sunna al-Hâdi li-‘Aqawm Sunan, Ibn Kathir, volume 4, p.655, n°5936, Maktabat an-Nahda al-Hadîtha, 1998).
21 Al-Mou’jam al-Awsat, at-Tabarâni, volume 7, p.104, n°6178, Maktabat al-Ma’ârif, 1985. Al-Haythami considère que la présence d’Hammâd dans l’isnâd l’affaibli : « il y a Hammâd bin Wâqid qui est considéré faible mais le reste de ses hommes sont dignes de confiance » (Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, volume 8, p.215, n°13823).
22 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome II, p.340-341
23 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, volume 3, p.361-362. Le savant commente : « c’est un hadith très étrange de Mâlik, isolé et très ancien, il est faible, mais nous mentionnerons des preuves par d’autres voies ». Ibn Kathir cite ensuite d’autres traditions qui viennent corroborer ce hadith.
24 Kanz al-‘Oummâl fi Sunan al-‘Aqwâl wa-l-‘Af’âl, ‘Alâ ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi, volume 11, p.453, n°32128, Moussassa ar-Risâla, 1981
25 Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, Abou Bakr al-Haythami, volume 8, p.216, n°13825, Maktabat al-Qoudsi, 1994
26 Sahih al-Boukhâri 4834
27 Al-Moughni, Ibn Qoudâma, volume 8, p.98, Dâr Ihyâr at-Tourâth al-‘Arabi, 1985
28 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, Al-Qortobi, volume 9, p.251, sourate 13 verset 8, Dâr al-Fiker
29 Ahkâm al-Qor’ân, Abou Bakr Ibn al-‘Arabi, volume 4, p.236, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya
30 As-Sira al-Halabiya, ‘Ali bin Bourhân ad-Dîn al-Halabi ach-Châfi’i, volume 2, p.110, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1427
31 Al-Moustadrak ‘ala as-Sahihayn, Al-Hâkim an-Naysâbouri, volume 4, p.41, n°6821, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1990
32 At-Tabaqât al-Kobra, volume 1, p.137
33 Sahih Moslim 2771. Rapporté également dans le Mosnad Ahmad 13577.
34 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, volume 8, p.228
35 Kanz al-‘Oummâl fi Sunan al-‘Aqwâl wa-l-‘Af’âl, volume 11, p.471, n°32214
36 Sunan Abi Dâwoud 3187. Sahih, voir Al-Mouhalla bi-l-‘Athâr, Ibn Hazm, volume 3, p.385, Dâr al-Fiker.
37 Zâd al-Ma’âd fi Hadi Khayr al-‘Ibâd, Ibn Qayyim al-Jawziyya, volume 5, p.15, Moussassa ar-Risâla, 1994
38 Al-Minhâj Charh Sahih Moslim bin al-Hajjâj, Yahya bin Charaf an-Nawawi, volume 17, p.119, Dâr Ihyâ’ at-Ttourâth al-‘Arabi, 1392
39 Sahih al-Boukhâri 4624
40 Tafsir al-Qoummi, ‘Ali bin Ibrâhîm al-Qoummi, volume 2, p.99, sourate 24 verset 11, Maktabat al-Houda, 1397
41 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, volume 8, p.237
