Pourquoi cette pléthore de mosquées ? “Limadha al-Masajed?” لماذا المساجد؟
Par Jacob Thomas
En raison de la prospérité dont l'Arabie Saoudite et les états du Golfe jouissent grâce aux riches gisements de pétroles dans les sables sous leurs pieds, et que les pays consommateurs leur payent au prix fort, il y a beaucoup d'argent dans les coffres de ces états arabes vivant de cette si précieuse ressource. Sans surprise donc, les constructions de mosquées se sont multipliées dans toute la région. Dans certains endroits comme le Koweït, où le terrain est rare, beaucoup de citoyens sont déconcertés par le nombre de mosquées inutiles qui continue à s’accroître alors que le gouvernement semble ne pas pouvoir contrôler leur prolifération.
Le 15 mars 2009, le quotidien koweïtien,
Al-Jarida, a publié un article intitulé : “Pourquoi cette pléthore de mosquées.” L'auteur est une dame koweïtienne bien connue ; ses éditoriaux les plus récents ont évoqué des questions telles que “Crédibilité et valeurs conflictuelles,” et “Le réalisme contre les rêveries.” Certains lecteurs de FaithFreddom.org se rappellent peut-être que l’été dernier j’avais commenté deux articles de cette auteure qui traitaient des raisons pour lesquelles certains jeunes koweïtiens quittent l’Islam et embrassent l’incroyance.
Dans son éditorial du 15 mars 2009, elle écrit :
“Ma maison est située à proximité de trois grandes mosquées. Chacune est située à un pâté de maison de l’autre. Les Muezzins.(1) s’affrontent entre eux pendant qu'ils chantent l'Adhan.(2) chacun prononçant les paroles avec son propre accent — aucun d’entre eux n’a une diction arabe correcte ! Une fois que l'Adhan a appelé les croyants à la mosquée pas plus de dix fidèles ne se présentent, généralement, presque la moitié d’entre eux sont des hommes seuls non arabes. Ils s’y rendent surtout pour obtenir un repas chaud à la fin de l'heure de culte. Il est piquant que le nombre de membres de la famille de l’Imam dépassent celui des croyants !!
“Quant aux prières du Vendredi dans ces mosquées, je ne les souhaite à personne. Les sermons y sont faits dans des langues et des accents aussi étranges que variés. Quant aux quelques services faits en arabe près de chez moi, la plupart sont menés par des imams koweïtiens radicaux qui s’asseyent sur les directives du Ministère des Awqaf.(3) quant aux sujets qui peuvent ou ne peuvent pas être traités dans les sermons.
“D’un autre côté, quelle pitié de voir nos jeunes gens errer sans but dans nos rues, sans endroits pour se réunir, sans clubs (sportifs), sans pouvoir jouir d’un jardin public. Bien souvent, la pénurie de terrains force trois générations de koweïtiens à vivre dans une maison bondée !
“En fait, à Kuwait City, une mosquée par quartier suffirait parfaitement pour répondre aux besoins religieux de l'ensemble des habitants. Et si quelqu'un se retrouvait forcé de marcher sur une certaine distance jusque la mosquée la plus proche, cela accroîtrait son mérite d’une action juste qui amène sa récompense en soi. Après tout, une mosquée remplie de croyants est plus susceptible de produire un service du vendredi ayant du sens qu'une mosquée où à peine dix personnes se rassemblent !
“Le Ministère des Awqaf devrait veiller à adopter une politique réaliste quant à la construction et à l’entretien des mosquées au Kuwait. Cela simplifierait l’établissement du budget des mosquées, leur supervision et le contrôle de l’effectif de leur personnel. Quant à ces individus qui cherchent à se faire bien voir de Dieu en construisant une mosquée, ils feraient bien mieux de financer des projets pour la construction d’écoles dans le tiers-monde.
“L’objet de mon article est d’essayer d’attirer l’attention de notre représentant au Parlement koweïtien. Peut-être pourra-t-il initier un projet pour la construction d’un centre pour les jeunes ou d’un jardin public ou pour combattre l’illettrisme et autres plaies de notre société. Personne ne bénéficie de cette pléthore de mosquées, excepté les parasites vivant en marge de notre société !”
Analyse
Cette auteure progressiste attire l’attention des autorités koweïtiennes sur la situation absurde causée par la construction de tant de mosquées si proches les unes des autres. Cela ne fait qu’exacerber la pénurie de logements dans le pays et compliquer le développement rationnel que la société civile pourrait mener si de précieux espaces pouvaient être consacrés à des besoins sociaux plutôt qu’à ce qu’elle considère comme l’actuelle multiplication de nouvelles mosquées inutiles.
Commentaires
On doit lire entre les lignes pour apprécier l'impact que cet éditorial aura sur le lectorat du journal Al-Jarida. Beaucoup lisent avidement ses éditoriaux pour savoir quel sujet cette intrépide auteure va commenter. Elle na pas déçu. Personne ne pourrait l’accuser d’être contre la construction de mosquées au Koweït mais on ne peut qu’agréer avec elle qu’il y en a déjà une pléthore. La question est donc : qui est derrière ce phénomène? Si c’est le Ministère des Awqaf qui est censé délivrer les permis de construire, pourquoi ne prend-il pas de mesures contre la construction de tant de nouvelles mosquées inutiles ? Se pourrait-il que ce ministère se trouve dans l’incapacité, du moins publiquement, de dire non à de tels projets? N’y a-t-il aucun contrôle sur la façon dont les fonds arrivant au Koweït de l’extérieur, d’origines saoudiennes par exemple, pourraient être employés ?
Après tout au Koweït l’Islam Sunnite est la religion officielle de la famille régnante et de la majorité de la population. A côté par contre, en Arabie Saoudite, l’Islam radical wahhabite est la version officielle de l’Islam pratiqué par la famille royale et la majorité des Saoudiens. Je soupçonne donc que les Wahhabites sont impliqués dans la prolifération des mosquées au Koweït. Et ce car l’auteure de l’éditorial à fait une remarque significative quand elle à écrit : “
Quant aux quelques services faits en arabe près de chez moi, la plupart sont menés par des imams koweïtiens radicaux qui s’asseyent sur les directives du Ministère des Awqaf quant aux sujets qui peuvent ou ne peuvent pas être traités dans les sermons.”
Comme ils méprisent les règlements et les circulaires publiés par le Ministère des Awqaf, est il surprenant que les autorités koweïtiennes soient incapables d'arrêter la diffusion de l'Islam radical. La construction de mosquées superflues devient un cheval de Troie employé par les islamistes pour provoquer des changements politiques dans les zones du monde musulman où ils peuvent opérer.
Il est bon de se souvenir que depuis que Mahomet a émigré à Médine en 622 la mosquée est devenue bien plus qu’un lieu de culte ; elle est également devenu le quartier-général d’une entité politique qui, en lançant ses
Futuhat (guerres de conquêtes) en 632, a inauguré l’ère des trois empires islamiques successif : les Omeyyades, les Abbassides et les Ottomans.
Il est possible j’aille trop loin dans la lecture de cette tenace femme koweïtienne qui a écrit cet article déplorant le nombre de plus en plus important des mosquées dans un petit pays musulman à la superficie limitée. Cependant, l'histoire nous informe qu'en combinant la religion et la politique en une seule entité, l'Islam a créé une machinerie de conquête du pouvoir politique via la mosquée. Après tout, ce n’est qu’une fois après avoir fait fusionner leur mouvement purement socio-politique avec celui d’Abd Al-Wahhab, le chef musulman radical qui vécut au cœur de la péninsule arabe au XVIIIème siècle, que la Maison Saoud réussit enfin à créer le royaume de l'Arabie Saoudite dans les années 30.
Le lien pour article original en arabe :
http://www.aljarida.com/aljarida/Article.aspx?id=101363
Notes
1. Muezzin, homme musulman chargé d'appeler le fidèle à accomplir les prières rituelles, cinq fois par jour.
2. Adhan, l'appel à la prière comprenant la Shahada (profession de foi) et une exhortation à accomplir les prières rituelles (en Arabe exclusivement).
3. Ministère des Awqaf, administration des pays islamiques en charge du financement et de la supervision des mosquées et de leur personnel. Très souvent, les musulmans riches font des donations (connues en arabe comme waqf, pluriel, awqaf,) à employer à la construction de mosquées.