Daesh / Etat islamique

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Re: Daesh / Etat islamique

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Qu'Allah t'entende !
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Re: Daesh / Etat islamique

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Daech, naissance d'un Etat terroriste - 04/02/2015

https://www.youtube.com/watch?v=QNwPXu62r2w
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Re: Daesh / Etat islamique

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Re: Daesh / Etat islamique

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Salut Amada, Hamadi, Mina5215, Yolanda

Irak : la tombe de Saddam Hussein détruite
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Re: Daesh / Etat islamique

Message non lu par Amada »

yacoub a écrit :Salut Amada, Hamadi, Mina5215, Yolanda

Irak : la tombe de Saddam Hussein détruite
Bonsoir Yacoub,

C'est bête pour ce grand bienfaiteur de l'humanité...!! :evil:
"Connais-toi toi-même" (Socrate)
Mon forum des apostats de l'islam:
http://apostats-de-lislam.xooit.org/index.php
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Re: Daesh / Etat islamique

Message non lu par yacoub »

Amada a écrit : Bonsoir Yacoub,
C'est bête pour ce grand bienfaiteur de l'humanité...!! :evil:
Salut Amada mais GW Bush qui se disait disciple de Jésus n'est pas meilleur que Saddam Hussein
GW Bush aurait du être traduit devant le TPI

Daesh n'est pas islamique
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Re: Daesh / Etat islamique

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55 morts au Yémen

"Lorsqu'un jour, le peuple aspire à vivre,
Le destin se doit de répondre !
Les ténèbres se dissiperont !
Et les chaînes se briseront !"


‪#‎JeSuisTunisie‬ -

https://www.youtube.com/watch?v=dCjyXk6LiP4
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Re: Daesh / Etat islamique

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C'est quoi au fond tous ces "djihadistes" ? Un simple ramassis de fripouilles issues des 4 coins du monde qui n'hésitent pas à couper des têtes et violer des femmes innocentes simplement pour satisfaire leurs désirs bestiaux . Je compare des fois cette organisation à la maffia , mais en vérité c'est vraiment faire injure à la maffia qui ,elle, obéit au moins à certains codes d'honneur .
Je n'arrive pas à comprendre comment des gens peuvent être séduits par cette abjection . Quand on en arrive à un tel degré d'inhumanité , j'estime qu'on ne fait plus partie ni de la race humaine ni de la gente animale . Quand je pense que des gouvernements songent encore à "réinsérer" cette merde quand elle revient au pays .Perso je préfèrerai vivre au milieu des araignées , des rats et des chauve souris que me trouver aux cotés de ces aliens .
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Re: Daesh / Etat islamique

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Salut MagoDeOz, Samay. Quand Karim Labidi dit ça il est vu comme un raciste :shock:

Les êtres humains civilisés et les musulmans ne vont jamais ensemble, ce sont des chiens fous furieux.
Il faudrait avoir peur d’eux et ne pas les critiquer. Bref un bon hypocrite pour ne pas les énerver si non ils mordent très fort.
Qu’ils changent ou qu’ils aillent ailleurs. Leur place n’est pas avec le reste de l’humanité pas de pitié avec eux.
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Re: Daesh / Etat islamique

Message non lu par samay »

yacoub a écrit :Salut MagoDeOz, Samay. Quand Karim Labidi dit ça il est vu comme un raciste :shock:

Les êtres humains civilisés et les musulmans ne vont jamais ensemble, ce sont des chiens fous furieux.
Il faudrait avoir peur d’eux et ne pas les critiquer. Bref un bon hypocrite pour ne pas les énerver si non ils mordent très fort.
Qu’ils changent ou qu’ils aillent ailleurs. Leur place n’est pas avec le reste de l’humanité pas de pitié avec eux.
Yacoub , j'aime beaucoup les chiens et je peux te garantir que jamais L'une ou l'un de ces aliens répugnants n'égalera le chien , ni en intelligence , ni en civilité .
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Re: Daesh / Etat islamique

Message non lu par yacoub »

Mahomet PBSL n'aimait pas les chiens, il a même demandé leur destruction.

Al Azhar demande que les gens de Daesh soient tués et crucifiés comme le dit le Saint Coran

https://www.youtube.com/watch?v=V5CBCfRqrHo
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Re: Daesh / Etat islamique

Message non lu par yacoub »

Allah figure deux fois dans la photo
La illaha illa Allah

Dans le cercle il y a
Allah
Rassoul
Mahomet


Allah figure en premier par superstition même si la phrase devient ridicule
Allah est le prophète de Mahomet


https://www.youtube.com/watch?v=Q1VkTFanXj0&feature=youtu.be&t=2385

Frère Rachid dans "La question audacieuse" (Arabe sous-titré en anglais )
Voici le traduction de l'anglais : « Mais s’ils n’arrêtent jamais, nous continuerons avec le Jihad.
Le Jihad est continuel selon l’Islam et la pensée Islamique.

Voyons la 3ème vidéo de ce groupe , après je commencerai à prendre les appels ? Le troisième vidéo est destinée à une autre personne, un très jeune britannique.

Remarquez qu’ils sont agés de 17, 18 ou 20 ans. Des jeunes, mais dont on a abusé de leur naïveté, et dont on a rempli…et leurs familles, leurs familes sont aussi responsables, parce que son père, qui pensait que son fils était un bon musulman pendans qu’il fréquentait toutes ces mosquées, ne sait pas que LE PROBLEME EST L’ISLAM EN FAIT». Ils pensent que l’islam ne consiste qu’en le jeûne, la prière, le pèlerinage à la Mecque, l’aumône, etc.

Non l’Islam est plus que cela. L’ISLAM EST LE JIHAD. L’ISLAM EST LE JIHAD.

Quand vous lisez le Coran, Il y a bien plus de versets qui parlent du Jihad que du pèlerinage. Lesquels de ceux-ci sont les plus nombreux ? Quand quelqu’un lit le Coran, il se rend compte de l’importance du Jihad dans le Coran et en Islam. C’est pourquoi tout ce qui se passe pour eux n’est qu’un résultat naturel de leurs fréquentations des mosquée et de l’audition de tous ces semons, MEME EN OCCIDENT. LE PROBLEME EST DANS L’ISLAM , pas dans l’Etat Islamique (EI).

Même si l’EI était.détruit, un autre EI verrait le jour car l’islam a ce virus, il se réveillera encore. Il s’installera dans les esprits des nouvelles générations et apparaîtra de nouveau pour terroriser le monde. » Exemple de prêches de mosquées en arabe pour la Belgique et la France traduits en français

https://www.youtube.com/watch?v=5VsDOI1p-8w
http://www.dailymotion.com/video/xq3o7p_rtbf-question-a-la-une-faut-il-craindre-la-montee-de-l-islam_news&start=1888
http://www.dailymotion.com/video/xhz1u_question-a-la-une-islam_news&start=3102
à 51:50 Et en anglais sous-titré en français
http://www.dailymotion.com/video/x1s8dz_enquete-dans-les-mosquees-1-3_news
http://www.dailymotion.com/video/x1s9p8_enquete-dans-les-mosquees-2-3_news
http://www.dailymotion.com/video/x1saio_enquete-dans-les-mosquees-3-3_news

"l'islam est étranger au terrorisme" ? Chercher l'erreur?"
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Re: Daesh / Etat islamique

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« État Islamique : L’apocalypse au nom d’Allah » 1/2
  • « État Islamique : L’apocalypse au nom d’Allah » 1/2 D’où vient l’État islamique et quelles sont ses intentions ?
    30 mars 2015, 11:35

    « État Islamique : L’apocalypse au nom d’Allah » par Graeme Wood



    Nous publions ici l’article d’un journaliste américain, Graeme Wood de la revue The Atlantic, relatif aux objectifs et à la nature profonde du groupe l’État islamique.



    L’État Islamique est sans conteste un ramassis de psychopathes. Mais c’est aussi un groupe religieux avec des croyances très spécifiques, parmi lesquelles la certitude de l’imminente fin des temps. Une certitude qui imprègne fortement sa stratégie mais qui nous offre également des pistes pour la mettre en échec.



    D’où vient l’État islamique et quelles sont ses intentions ?



    La simplicité de ces questions peut être trompeuse, et il est probable que seuls quelques dirigeants occidentaux soient en mesure d’y répondre.



    Au mois de décembre, le New YorkTimes publiait des propos confidentiels du général de division Michael K. Nagat, commandant des opérations spéciales américaines pour le Moyen-Orient :



    ” Nous n’avons pas vaincu l’idée… Nous ne l’avons même pas comprise“,



    illustrant ses difficultés à seulement pouvoir donner du sens à l’appel de l’État islamique.



    Au cours de l’année écoulée,le président Obama l’a, quant à lui, défini comme n’étant“pas islamique” (sic) ou encore l’a qualifié “d’équipe junior” d’al-Qaeda.



    Autant de déclarations qui reflètent la confusion régnant à propos de ce groupe, une confusion qui est sans doute à l’origine d’importantes erreurs stratégiques.



    En juin dernier, le groupe s’est emparé de Mossoul, en Irak, et contrôle depuis lors une zone plus étendue que le Royaume-Uni. Abu Bakr al-Baghdadi est à sa tête depuis mai 2010.



    Jusqu’à l’été dernier, sa plus récente image connue était celle d’une photo de mauvaise qualité, prise par l’identité judiciaire américaine au cours de sa captivité au camp de Bucca, durant l’occupation de l’Irak.



    En apparaissant le 5 juillet dernier à la mosquée al-Nuri de Mossoul pour y délivrer le sermon du Ramadan en tant que premier calife depuis des lustres, il a réalisé une mise à jour haute définition de cette image, en passant du statut de rebelle pourchassé à celui de commandeur de tous les musulmans.



    Depuis, on observe l’arrivée d’un flot continu et sans précédent de djihadistes venant du monde entier.



    Notre méconnaissance de l’État islamique est, par certains côtés, compréhensible: il s’agit d’un “Royaume ermite” où peu de gens se sont rendus et d’où peu sont revenus. Baghdadi ne s’est exprimé qu’une seule fois devant une caméra. Mais les partisans du califat ont œuvré puissamment à la promotion de leur projet et son allocution ainsi que les encycliques et les autres innombrables vidéos de propagande de l’État islamique se trouvent en ligne.



    Leur étude nous permet d’en déduire que leur État rejette, par principe, la paix, qu’il est génocidaire, que ses opinions religieuses le rendent par essence incapable d’évoluer sur certains points, même si sa survie devait en dépendre, et qu’il se considère comme un élément précurseur,et même un acteur majeur, de l’imminente fin du monde.



    L’État islamique, également connu sous le nom d’État islamique en Irak et au Levant (EIIL),suit une version très particulière de l’Islam, où les croyances relatives au jour du jugement dernier influencent directement sa stratégie.



    Elles peuvent en cela aider l’Occident à mieux le connaître à anticiper ses actions.



    L’avènement de sa puissance s’apparente moins au succès des Frères Musulmans en Égypte (un groupe dont les dirigeants sont considérés comme des apostats par l’EI) qu’à la réalisation d’une réalité alternative dystopique où David Koresh ou encore Jim Jones auraient survécu et où ils exerceraient un pouvoir absolu, non sur quelques centaines de personnes, mais sur près de 8 millions.



    Nous nous sommes trompés sur la nature de l’État islamique sur au-moins deux points.



    Tout d’abord, nous voyons le djihadisme comme un bloc monolithique et nous essayons d’appliquer,à une organisation qui a fermement éclipsé al-Qaeda, la même logique qu’à cette dernière. Les partisans de l’État islamique avec qui j’ai discutés évoquent encore Ousama ben Laden sous le titre honorifique de“Sheikh Ousama”.



    Mais le djihadisme a évolué depuis les grandes heures d’al-Qaeda, entre 1998 et 2003, et de nombreux djihadistes dédaignent désormais les priorités du groupe ainsi que son actuel commandement.



    Ben Laden considérait le terrorisme comme le prologue d’un califat qu’il ne s’attendait pas à voir de son vivant. Son organisation était flexible, opérant comme un réseau de cellules autonomes, géographiquement dispersées.



    L’État islamique, au contraire, a besoin d’un territoire afin de demeurer légitime et d’une structure verticale pour l’administrer.



    (Son administration se divise en une branche civile et une branche militaire et le territoire est scindé en provinces.)



    Nous nous sommes également trompés lorsqu’au moyen d’une campagne bien intentionnée mais,malhonnête, nous avons nié la nature religieuse et médiévale de l’EI.



    Peter Bergen, qui a réalisé la première interview de Ben Laden en 1997 avait intitulé son premier livre “Guerre Sainte, Inc.” pour bien marquer que Ben Laben était une créature du monde séculier actuel. Ben Laden a transformé la terreur en entreprise et l’a franchisée. Il exigeait des concessions politiques telles que le retrait des forces américaines d’Arabie Saoudite. Ses fantassins étaient à l’aise dans le monde moderne. Mohammed Atta a ainsi consacré la dernière journée de son existence à faire du shopping chez Walmart et à dîner chez Pizza Hut.



    Il est tentant de conserver cette vision selon laquelle les djihadistes sont des gens modernes et séculiers, avec des préoccupations politiques actuelles, arborant seulement des déguisements religieux médiévaux pour faire en sorte que l’État islamique corresponde à cela.



    En fait, nombre des actes du groupe semblent absurdes, sauf à les considérer attentivement à la lumière de son engagement à ramener la civilisation dans son environnement légal du VIIème siècle, pour finalement provoquer l’apocalypse.



    Les plus parlants sur cette question sont encore les autorités et les militants de l’État islamique eux-mêmes. Leurs références aux “modernes” sont dérisoires. Pendant les conversations, ils insistent sur le fait qu’ils ne veulent pas – ne peuvent pas – s’écarter de préceptes de gouvernance intégrés dans l’Islam par le prophète Mohammed et ses premiers compagnons.



    Ils utilisent souvent des formules codifiées, aux sonorités étranges et surannées pour des non-musulmans, mais qui se rapportent à des textes et des usages spécifiques aux premiers temps de l’Islam.



    Pour prendre un exemple: au mois de septembre, Sheikh Abu Muhammad al-Adnani, le porte-parole en chef de l’EI, a appelé les musulmans des pays occidentaux, tels que laFrance et le Canada, à trouver un infidèle et à “frapper sa tête à coup de pierre“, à l’empoisonner, à lui rouler dessus avec une voiture“, ou à “détruire ses récoltes”.



    Pour des oreilles occidentales,la juxtaposition de châtiments d’aspect biblique, telles que la lapidation ou la destruction de récoltes avec un appel au meurtre à l’aide d’une voiture résonne de manière étrange. (Adnanin’ hésite pas non plus à employer de simples métaphores comme lorsqu’il évoque le secrétaire d’État John Kerry en le qualifiant de “vieillard incirconcis“).



    Mais les mots d’Adnani ne relevaient pas du simple dérapage verbal. Ses propos étaient parsemés de réflexions juridiques et théologiques et son exhortation à s’en prendre aux récoltes faisaient directement écho aux commandements de Mohammed de ne toucher ni à l’eau, ni aux récoltes – à moins que les armées de l’islam ne soient plus sur la défensive, auquel cas, les musulmans se trouvant sur la terre du “kouffar” , ou infidèle, devaient être sans pitié et les empoisonner.



    La réalité, c’est que l’État islamique est islamique. Très islamique.



    Oui, il a attiré des psychopathes et des aventuriers, largement issus des populations insatisfaites du Moyen-orient et d’Europe.



    Mais la religion prêchée par ses plus fervents adeptes provient d’interprétations cohérentes et savantes de l’Islam.



    Pratiquement toutes les décisions et lois majeures promulguées par l’État islamique suivent ce qu’il appelle, dans ses journaux, dans ses déclarations et sur ses affiches, sur ses plaques d’immatriculation, ses imprimés ou ses pièces de monnaie: “la voie du prophète”, ce qui signifie suivre le récit et l’exemple du Prophète, dans les moindres détails.



    Les musulmans peuvent rejeter l’État islamique, quasiment tous le font. Mais prétendre qu’il n’est pas réellement un groupe religieux, millénariste, avec une théologie qui doit être comprise pour être combattue, a déjà conduit les États-Unis à le sous-estimer et à mettre en œuvre des schémas insensés pour le contrer.



    Nous aurons besoin de nous familiariser avec la généalogie intellectuelle de l’EI si nous voulons réagir d’une manière qui ne le renforce pas, mais aucontraire, qui favorise son autodestruction sous l’effet de ses propres excès de zèle.



    Le contrôle d’un territoire est une condition essentielle pour affirmer l’autorité de l’État islamique aux yeux de ses partisans.



    Cette carte, inspirée des travaux de l’Institute for the Study of War, représente au 15janvier les territoires tombés sous le contrôle du califat ainsi que les zones attaquées.



    Partout où il est au pouvoir,l’État islamique collecte des taxes, fixe les prix, rend la justice et administre les services parmi lesquels les soins médicaux,l’éducation et les télécommunications.



    I. La Dévotion



    En novembre, l’État islamique a diffusé un publi-reportage faisant remonter ses origines à Ben Laden. Abu Musa’b al Zarqawi, le cruel chef d’al-Qaeda en Irak de2003 jusqu’à sa mort en 2006, y est considéré comme un géniteurplus récent. Deux autres chefs de guerre lui ont succédé avant l’arrivée de Baghdadi, le calife. Ayman al Zawahiri, le chirurgien ophtalmologiste égyptien au look d’intellectuel, successeur de Ben Laden à la tête d’al-Qaeda, n’y est pas mentionné.



    Zawahiri n’a pas prêté allégeance à Baghdadi et il est de plus en plus détesté par ses camarades djihadistes. Son absence de charisme aggrave son isolement.Dans les vidéos, il apparaît biaiseux et ennuyeux. Mais la scission entre al-Qaeda et l’État islamique a mis du temps à se concrétiser et elle explique en partie la soif de sang hors norme dece dernier.



    Le religieux jordanien AbuMuhammad al Maqdisi, compagnon de Zawahiri, est lui aussi isolé. A55 ans, il peut se targuer d’être l’architecte d’al-Qaeda et le plus important des djihadistes méconnus du lectorat moyen de journaux américains. Sur la plupart des questions en matière de doctrine, Maqdisi et l’EI sont d’accord.



    Tous deux appartiennent à la branche djihadiste du sunnisme appelée Salafisme, dans les pas “d’al Salaf al Salih”, les “pieux ancêtres”. Ces derniers ne sont autres que le Prophète lui-même et ses premiers partisans, que les salafistes honorent et prennent en modèle sur tous les aspects de la vie, que ce soit pour faire la guerre, pour coudre, pour organiser la vie de famille et même pour les soins dentaires.



    Maqdisi a formé Zarqawi, ce dernier a fait la guerre en Irak grâce aux conseils du vieil homme.Avec le temps, son fanatisme a dépassé celui de son mentor qui lui en a finalement fait le reproche. En cause, le goût de Zarqawi pour les mises en scènes sanglantes et, sur le plan doctrinal, la haine qu’il nourrissait envers les autres musulmans et qui l’amenait à les excommunier et à les tuer.



    Dans l’Islam, la pratique du“takfir”, l’excommunication, est théologiquement périlleuse.“Si un homme dit à son frère – tu es un infidèle -” le Prophète affirme alors “que l’un des deux est dans le vrai.“Si l’accusateur se trompe, ses fausses accusations font de lui un apostat. La punition pour l’apostasie est la mort. Et Zarqawi a étendu de manière inconsidérée l’éventail des comportements jugés “infidèles” pour les musulmans.



    Maqdisi a écrit à son ancien élève qu’il devait faire preuve de prudence et “ne pas lancer d’excommunications généralisées” ou “déclarer les gens comme apostats à cause de leurs pêchés“. La distinction entre un apostat et un pêcheur peut paraître subtile, mais c’est un point de désaccord essentiel entre al-Qaeada et l’EI.



    Dénier au Coran et aux récits de Mohammed leur caractère sacré relève clairement de l’apostasie.Mais Zarqawi et l’État qu’il a engendré considèrent qu’il existe beaucoup d’autres actes susceptibles de sortir un musulman du cadre de l’Islam. Ceci inclut la vente d’alcool ou de drogue,le port de vêtements occidentaux, le fait de se raser la barbe, de voter à des élections même si c’est pour un candidat musulman,ou encore d’être trop peu regardant sur l’apostasie des autres.



    Être chiite, comme c’est lecas pour beaucoup d’Arabes irakiens, entre bien sûr dans cette catégorie. En effet, l’EI conçoit le chiisme comme une nouveauté,et innover en matière de Coran, cela équivaut à remettre en cause sa perfection originelle. (L’EI déclare que les pratiques courantes du chiisme telles que l’adoration des mausolées d’imams ou les auto-flagellations publiques ne se fondent sur aucune base issue du Coran ou de la vie du Prophète).



    Cela signifie qu’environs 200millions de chiites sont voués à la mort. Sont également concernés tous les chefs d’États musulmans qui ont élevé la loi des hommes au-dessus de la Sharia voulue par Allah, en imposant le respect de textes profanes.



    Suivant la doctrine “takfiri”,l’État islamique est déterminé à purifier le monde en tuant un grand nombre de personnes. Il est difficile de connaître l’étendue exacte des massacres perpétrés dans ces territoires en raison du manque de rapports objectifs qui en émanent, mais les messages postés sur les médias sociaux de la région laissent penser que les exécutions individuelles s’opèrent de manière plus ou moins continue et qu’il y a des exécutions de masse tous les 15 jours.



    Les musulmans “apostats” sont les victimes les plus courantes. Les chrétiens, à condition de ne pas s’opposer à ce nouveau gouvernant, ne font pas l’objet d’exécutions systématiques. Baghdadi les laisse vivre à condition qu’ils payent une taxe spéciale connue sous le nom de“jizya” et reconnaissent leur sujétion.



    Il s’agit là d’une pratique coranique qui ne fait pas débat.



    En Europe cela fait des siècles que les guerres de religion ont cessé et que les hommes ne meurent plus en grand nombre pour cause de différents théologiques. C’est peut-être la raison pour laquelle les Occidentaux ont accueilli avecun tel déni et une telle incrédulité les informations relatives aux croyances et aux pratiques de l’État islamique. Beaucoup refusent de croire que ce groupe soit aussi dévot qu’il le prétend ou aussi rétrograde et apocalyptique que le laissent entendre ses déclarations et ses actes.



    Leur scepticisme est compréhensible. Par le passé, les Occidentaux accusaient les musulmans de suivre aveuglément les anciennes écritures, ce qui affligeait certains universitaires. Chez ces universitaires, comme le défunt Edward Saïd, la manière occidentale de présenter les choses ne constitue jamais qu’une autre manière de dénigrer les musulmans.



    Ces universitaires exhortent à plutôt se pencher sur les conditions d’émergence de ces idéologies : mauvaises gouvernances, changements des mœurs sociales, humiliation de vivre sur des terres estimées pour leur seule valeur pétrolifère.



    Aucune hypothèse expliquant l’avènement de l’État islamique ne saurait être complète sans la prise en considération de ces facteurs. A contrario, se concentrer uniquement sur ces derniers, sans prendre en compte l’idéologie, relève d’une autre forme de partialité occidentale : si l’idéologie religieuse ne compte pas beaucoup à Washington ou à Berlin, c’est au contraire bien le cas à Mossoulou à Raqqa…



    Lorsqu’un bourreau masqué dit”Allahu akbar” tout en décapitant un apostat, il arrive,parfois, qu’il le fasse pour des motifs religieux.



    Beaucoup d’organisations musulmanes “mainstream” agissent en ce sens, affirmant que l’État islamique est, en fait, non-islamique. Il est bien sûr rassurant de savoir que la grande majorité des musulmans ne voit aucun intérêt à remplacer les films Hollywoodiens par les vidéos d’exécutions publiques en guise de divertissements hebdomadaires.



    Mais, comme me le confiait l’universitaire Bernard Haykel, directeur de recherche du département de théologie à l’université de Princeton, les musulmans qui nient le caractère islamique de l’État du même nom, sont généralement “gênés et politiquement corrects, ayant une vision angélique de leur propre religion“.



    Une vision qui néglige “tout ce que leur religion a exigé tant sur le plan historique que juridique“. « Nombre de négateurs de la nature religieuse de l’État islamique sont, m’a t-il dit, enracinés dans une“tradition chrétienne inter-religieuse absurde“.



    Tous les universitaires que j’ai pu interroger à propos de l’idéologie de l’État islamique m’ont renvoyé vers Haykel. A moitié Libanais, Haykel a grandi au Liban et aux États-Unis et lorsqu’il s’exprime derrière son bouc à la Méphistophélès, il a une pointe d’accent étranger indéfinissable.



    Selon Haykel, les rangs de l’État islamique sont profondément imprégnés d’une ferveur religieuse.Les citations coraniques sont omniprésentes. “Même les fantassins en débitent sans arrêt” dit-il. “Ils empoignent leurs caméras et répètent leur doctrine de base de façon mécanique, et ils font ça tout le temps“.



    Il considère les déclarations selon lesquelles l’État islamique aurait déformé les textes de l’Islam comme grotesques et n’étant soutenues que par une ignorance délibérée.



    “Les gens veulent absoudre l’Islam” dit-il, “à la manière d’un mantra : l’islam est une religion de paix. Comme s’il y avait une telle chose dans l’Islam! C’est ce que font les musulmans et la manière dont ils interprètent leurs textes. Ces textes sont partagés par tous les musulmans sunnites,pas juste par ceux de l’État islamique. Et ces types sont donc aussi légitimes à le faire que n’importe qui d’autre.“



    Tous les musulmans reconnaissent que les premières conquêtes de Mahomet ne furent pas un long fleuve tranquille, que le Coran est imprégné des lois de la guerre et que les règles conduisant la vie du Prophète ont été calibrées pour répondre à des temps troublés et violents. Selon l’hypothèse de Haykel, les combattants de l’État islamique sont véritablement figés aux temps de l’islam des origines dont ils reproduisent pieusement les standards guerriers.



    Ce comportement inclut un certain nombre de pratiques que les musulmans actuels préfèrent ne pas reconnaître comme faisant intégralement parties de leurs textes sacrés. Mais ”esclavage, crucifixions et décapitations ne sont pas des actes que les djihadistes sont allés chercher dans la seule tradition médiévale”[mais bien dans le coran NDT]. Les soldats de l’État islamique sont “en plein dans la tradition médiévale et ils la font ressurgir à grande échelle dans le temps présent.“



    Le Coran précise ainsi que lacrucifixion constitue le seul châtiment autorisé pour les ennemis de l’Islam. La taxe sur les chrétiens trouve son fondement dans le Surah Al-Tawba, le neuvième chapitre du Coran, qui enseigne aux musulmans qu’il faut combattre les chrétiens et les juifs“jusqu’à ce qu’ils payent la jizya en acceptant leur soumission et se tiennent tranquilles“. Le Prophète, que tout musulman considère comme un exemple, a imposé ces règles et possédait des esclaves.



    Les dirigeants de l’État islamique se sont mis en devoir de s’inspirer strictement de Mahomet et ont fait ressurgir des traditions qui étaient endormies depuis des centaines d’années. “Ce qui est frappant chez eux, ce n’est pas seulement leur interprétation littérale, mais aussi le sérieux avec lequel ils lisent les textes” dit Haykel. “Il y alà une assiduité, une gravité obsessionnelle que les musulmans ne possèdent pas normalement“.



    Avant l’émergence de l’État islamique, le seul groupe ayant tenté de suivre durant les 200dernières années le modèle prophétique avec une fidélité aussi radicale était les Wahabites du XVIIIe siècle en Arabie. Ils s’emparèrent de ce qui constitue aujourd’hui une grande part de l’Arabie Saoudite où l’héritage de leur stricte pratiques’observe encore dans une version édulcorée de la Sharia.



    Haykel note une différence importante entre les deux groupes : “La violence des Wahabites n’était pas débridée. Ils étaient entourés d’autresmusulmans et ils ont conquis des terres qui étaient déjà islamiques, ce qui retenait leur bras.



    L’EIIL, au contraire, revit pleinement “l’Islam des origines“. Les premiers musulmans étaient encerclés par les non-musulmans, et l’État islamique, au regard de sa tendance à l’excommunication, se considère dans la même situation.



    Si al-Qaeda voulait réhabiliter l’esclavage, il ne l’a jamais dit. Et d’ailleurs pourquoi l’aurait-il fait? Le silence sur l’esclavage est probablement le reflet d’une pensée stratégique qui vise à s’attirer la sympathie du public. Lorsque l’État islamique a commencé à réduire des gens en esclavage, certains de ses partisans ont tiqué.Néanmoins, le califat a continué à pratiquer l’esclavage etla crucifixion sans hésitation.



    “Nous conquerrons votre Rome, briserons vos croix et prendrons vos femmes comme esclaves”a promis leur porte-parole Adnani lors de ses fréquentes déclarations d’amour à l’Occident. “Si nous n’avons pas assez de temps pour y parvenir, alors nos enfants et petits-enfants y parviendront et ils vendront vos fils sur les marchés aux esclaves“.



    Au mois d’octobre Dabiq, le magazine de l’État islamique, publiait un article intitulé “Leretour de l’esclavage avant l’Heure‘, le sujet était de savoir si les Yazidis (les membres d’une secte kurde ancestrale qui emprunte des éléments à l’Islam et qui a été attaquée par les forces de l’État islamique dans le Nord-Est de l’Irak) étaientdes musulmans dévoyés et donc voués à la mort, ou seulement despaïens et, en cela, bons pour l’esclavage.



    Un groupe de travail d’érudits de l’État islamique a été mandaté par le gouvernement pourtraiter cette question. S’ils sont païens, écrit l’auteur anonyme de l’article :



    “Les femmes et les enfants yazidis doivent être partagés, conformément à la Sharia, entre les combattants de l’État islamique ayant participé aux opérations du mont Sinjar (dans le Nord-Est de l’Irak).





    …Réduire en esclavage les familles des infidèles (kouffars) et prendre leurs femmes commeconcubines constitue un aspect clairement établi de la Sharia etquiconque le contesterait ou le moquerait, de fait, contesterait ou moquerait les versets du Coran et les paroles du Prophète… Et il serait exclu de l’Islam comme apostat”.



    II. Territoire



    Le nombre de musulmans étrangers ayant émigré vers l’État islamique est estimé à plusieurs dizaines de milliers. Les recrues viennent de France, du Royaume-Uni,de Belgique, d’Allemagne, de Hollande, d’Autriche, d’Indonésie,des États-Unis et de bien d’autres pays. Beaucoup sont venus pourcombattre, et beaucoup entendent y mourir.



    Peter R Neumann, professeur au King’s College de Londres, m’a affirmé que les discussions enligne jouent un rôle essentiel pour la diffusion de la propagande et pour s’assurer que les nouveaux venus savent ce qu’il faut croire.



    Le recrutement par internet aégalement contribué à élargir la démographie de la communauté djihadiste, en permettant à des musulmanes conservatrices -ne quittant pas leur domicile- d’entrer en contact avec des recruteurs, de se radicaliser et d’organiser leur voyage en Syrie.Grâce à ces appels vers les deux sexes, l’État islamique espère construire une société à part entière.



    Au mois de novembre, je me suis rendu en Australie pour rencontrer Musa Cerantonio, un homme âgé d’une trentaine d’années que Neumann et d’autres chercheurs avaient identifié comme une des deux plus importantes “autorités spirituelles” pour ce qui est d’inciter les étrangers à rejoindre l’État islamique.



    Il y 3 ans, il était télé-prédicateur au Caire sur Iqraa TV, il a quitté la chaîne lorsque celle-ci lui a reproché ses fréquents appels à établir uncalifat. Il prêche désormais sur Twitter et sur Facebook.



    Cerantonio – un grand gaillardavenant aux allures d’intello – m’a affirmé pâlir à la vuedes vidéos de décapitation. Il déteste les scènes de violence,même si le soutien à l’État islamique exige de les endurer. (Ilse prononce contre les attentats suicides, à contre-courant desautres djihadistes, au motif que Dieu interdit le suicide; il sedifférencie également de l’État islamique sur d’autrespoints).



    Les cheveux en bataille à lamanière de certains fans hirsutes du Seigneur des Anneaux, sonobsession pour la fin des temps islamiques apparaît coutumière. Ilsemble surgir tout droit d’un drame qui, vue de l’extérieur,ressemble à un roman médiéval fantastique, mais où le sang coulepour de vrai.



    En juin dernier, Cerantonio et safemme ont essayé d’émigrer – il n’a pas voulu dire où (“ilest illégal d’aller en Syrie“, dit-il prudemment) – mais ilsont été interceptés aux Philippines, puis son visa ayant expiréil a été reconduit en Australie. L’Australie a criminalisé lefait de vouloir rejoindre l’État islamique et il lui a confisquéson passeport.



    Il est coincé à Melbourne, oùil est bien connu des services de police locaux. Si Cerantonio se faisait prendre à aider des individus dans leur voyage vers l’ÉtatIslamique, il serait emprisonné. Toutefois, jusque là, il est libre– un idéologue sans affiliation technique, qui s’exprimenéanmoins et dont l’opinion sur les sujets doctrinaux relatifs àl’État islamique font référence auprès des autres djihadistes.



    Nous nous sommes retrouvés pour un déjeuner, à Footscray, une banlieue dense et multiculturelle deMelbourne comme le décrit le guide de voyage Lonely Planet.Cerantonio a grandi ici, dans une famille irlando-calabraise. Desrues typiques où on trouve des restaurants africains, des boutiques vietnamiennes et où de jeunes arabes vont et viennent en tenue desalafiste, la barbe étroite, la chemise longue et le pantalon surles mollets.



    Cerantonio m’a relaté toute lajoie qu’il a ressentie lorsque Baghdadi a été déclaré calife le29 juin et la soudaine attirance que la Mésopotamie a dès lorsexercé sur lui et ses amis. “J’étais dans un hôtel [auxPhilippines], j’ai suivi la déclaration à la télévision,j’étais vraiment épaté, à me demander pourquoi j’étaiscoincé ici dans cette p**** de chambre ?“.



    Le dernier califat remonte àl’empire Ottoman qui a atteint son apogée au XVIe siècle avant deconnaître un long déclin, jusque à ce que Mustafa Kemal Atatürk,le fondateur de la République de Turquie ne lui porte le coup degrâce en 1924.



    Mais Cerantonio, comme beaucoupde partisans de l’État islamique, ne reconnaît aucune légitimitéà ce califat car il n’a pas pleinement appliqué la loi islamiquequi exige les lapidations, l’esclavage et les amputations, maisaussi parce que ses califes ne descendaient pas de la famille duProphète, les Quraysh.



    Baghdadi a longuement évoquél’importance du califat au cours de son sermon de Mossoul. Il aaffirmé que redonner vie aux institutions du califat – qui n’ontpas fonctionné autrement que de nom durant près de 1000 ans –constituait une obligation commune. Lui et ses fidèles avaient“précipité la déclaration du califat et placé un imam à satête”.



    “C’est un devoir qui s’imposeaux musulmans – un devoir qui s’était perdu pendant dessiècles…vouant les musulmans au pêché, mais qu’ils se devaientde le rechercher pour le rétablir“. Comme Ben Laden avant lui,Baghdadi parle avec emphase, usant d’allusions scripturales etrecourant aux techniques oratoires classiques. Mais à la différencede ce dernier et des faux califes de l’empire Ottoman, il est unQurayshi.



    D’après Cerantonio le califatn’est pas seulement une entité politique, mais aussi un vecteur desalut. La propagande de l’État islamique fait régulièrement échoaux procédures d’allégeance (baya’a) qui ont cours parmi lesgroupes djihadistes à travers le monde.



    Cerantonio cite le Prophète quiaffirme que mourir sans avoir prêté allégeance revient à mourirignorant (jahil) et à avoir une mort de mécréant. “Vois commentles musulmans, (ou même les chrétiens sur cette question) imaginentDieu en train de s’occuper des âmes des gens qui sont mort sansrien apprendre de la vraie religion. Ils ne sont évidemment nisauvés ni formellement condamnés”.



    De la même manière, Cerantoniodit que le musulman qui ne reconnaît qu’un seul Dieu tout puissantet qui le prie, mais qui meurt sans avoir lui-même prêtéallégeance à un véritable calife, conformément aux obligations dela foi, aura échoué à vivre l’Islam pleinement.



    Je lui ai fait remarquer que celavoulait dire que la plus grande majorité des musulmans à traversl’Histoire, ainsi que tous ceux qui sont morts entre 1924 et 2014,sont morts comme des mécréants. Cerantonio opina gravement du chef.“J’irais même jusqu’à dire que l’Islam a été rétabli”par le califat.



    Je l’interroge sur sa propreallégeance, il me reprend aussitôt: “Je n’ai pas dit quej’avais prêté allégeance“, me rappelant que selon la loiaustralienne il était illégal de prêter allégeance à l’Étatislamique. “Mais je suis d’accord pour que [Baghdadi] satisfasseaux exigences” poursuit-il. “je vais juste te faire un clin d’œilet tu en déduiras ce que tu voudras“.



    Pour être calife, il fautsatisfaire à un certain nombre de conditions exposées dans la loisunnite – être un homme d’âge adulte descendant de la familledu Prophète (Quaraysh), être sain de corps et d’esprit, fairemontre de probité morale et posséder de l’autorité (‘amr).



    Ce dernier critère, déclareCerantonio, est le plus difficile à remplir et exige que le califeait un territoire sur lequel il puisse appliquer la loi islamique.C’est ce qu’a réalisé l’État islamique de Baghdadi bienavant le 29 juin, ajoute Cerantonio. Et aussitôt que ce fut fait, unOccidental converti – Cerantonio dit de lui qu’il possèdeles qualités d’un chef- commença à évoquer depuis les rangsl’obligation religieuse de déclarer le califat. Lui et lesautres en discutèrent avec les chefs et leur dirent que ce seraitpêcher que d’attendre plus longtemps.



    Cerantonio affirme même qu’unefaction aurait vu le jour pour faire la guerre à Baghdadi s’ildifférait davantage. Ils avaient préparé des courriers àdestination de plusieurs membres influents de l’EIIL, exprimantleur mécontentement sur l’absence de désignation d’un calife.



    Mais ils furent calmés parAdnani, le porte-parole, qui les mis dans la confidence qu’uncalifat avait déjà été proclamé, longtemps avant qu’en soitfaite l’annonce publique. Ils avaient leur calife légitime et dèslors, il n’y avait qu’une seule option. “S’il est légitime”raconte Cerantonio “vous devez lui prêter allégeance“.



    Après le sermon de juillet deBaghdadi, un grand nombre de djihadistes commencèrent à affluerchaque jour en Syrie avec une motivation renouvelée. JürgenTodenhöfer, un ancien homme politique et auteur allemand qui serendit dans l’État islamique au mois de décembre a dénombré,sur un poste de recrutement à la frontière turque, une centaine decombattants en seulement deux jours.



    Son récit, comme d’autres,suggère qu’un flot ininterrompu d’étrangers continue d’arriverdans le pire endroit au monde, prêts à tout abandonner pour obtenirun aller-simple vers le paradis.



    Une semaine avant mon déjeuneravec Cerantonio, j’avais rencontré à Londres trois anciensmembres d’un groupe islamiste dissout appelé “Al Muhajiroun”(les Emigrants). Anjem Choudary, Abu Baraa, et Abdul Muhid. Ilsavaient tous exprimé leur désir d’émigrer vers l’Étatislamique, comme beaucoup de leurs camarades l’avaient déjà fait,mais les autorités avaient confisqué leurs passeports.



    Comme Cerantonio, ils considèrentle califat comme le gouvernement le plus vertueux au monde, bienqu’aucun d’entre eux n’ait confessé avoir prêté allégeance.En me rencontrant, leur objectif était d’expliquer en quoi consiste le califat et comment sa politique reflète la loi d'Allah.



    Choudary, âgé de 48 ans, est l’ancien dirigeant du groupe. Il apparaît fréquemment aux informations sur les chaînes de télévision du câble, il est l’une des quelques personnes que les producteurs peuvent faire intervenir et qui défend avec véhémence l’État islamique jusqu’à ce que le micro lui soit coupé.



    Au Royaume-Uni il a une réputation d’odieux fanfaron, mais comme ses disciples il croit sincèrement en l’État islamique et, en matière de doctrine, il s’exprime en son nom. Choudary et les autres sont éminemmentprésents dans le flux Twitter des habitants de l’État islamique et Abu Baraa entretient une chaîne YouTube pour répondre aux questions relatives à la charia.



    Depuis le mois de septembre, lesautorités ont enquêté sur les trois hommes suspectés de soutenirle terrorisme. A cause de cette enquête, ils ont dû me rencontrerséparément. La communication entre eux aurait violé les conditionsde leur liberté sous caution. Mais en parlant avec eux, on croitparler à une seule et même personne qui porterait plusieursmasques.



    J’ai rencontré Choudary dansun magasin de bonbons d’Ilford dans la banlieue Est de Londres. Ilétait élégamment vêtu, une tunique bleue-marine impeccablecouvrant presque les chevilles, sirotant une canette de Red Bullpendant que nous marchions.



    Choudary me raconte qu’avantle califat “peut-être 85% des préceptes de la Sharia étaientabsents de nos vies”. “Ces lois étaient comme en suspens jusqu’àce que nous ayons un califat (Khilafa), et maintenant, nous en avonsun“.



    Sans califat, par exemple, enmatière de justice, il n’y a pas d’obligation à couper la maindes voleurs pris sur le fait.



    Mais la création d’un califatréveille soudainement ces lois ainsi que les nombreux textes detoutes leurs jurisprudences. En théorie, tous les musulmansont l’obligation d’émigrer vers la terre où le calife appliqueces lois. En novembre Abu Rumaysah, un hindouiste converti etfaisant partie des meilleurs étudiants de Choudary, a échappé àla police pour emmener sa famille de cinq personnes de Londres enSyrie.



    Le jour où j’ai rencontréChoudary, Abu Rumaysah avait tweeté une photo de lui tenant sonnouveau né d’un bras et une Kalashnikov de l’autre. Hashtag:#GenerationKhilafah.



    Le calife est tenu d’appliquerla Sharia.



    Le moindre manquement oblige ceuxqui lui ont prêté allégeance à l’en informer en privé et, dansles cas extrêmes, à l’excommunier et à le remplacer s’ilpersiste. (“j’ai été tourmenté par cette importante question,accablé par cette lourde responsabilité” a déclaré Baghdadidans son sermon). En retour, le calife exige l’obéissance – ceuxqui persistent à soutenir les gouvernements non-musulmans, aprèsavoir été dûment prévenus et avisés de leurs pêchés, ceux-làsont des apostats.



    Pour Choudary, la Sharia a étémal comprise à cause de son application incomplète par des régimestel que l’Arabie Saoudite où les meurtriers sont décapités etles voleurs amputés des mains. “Le problème est que dans les payscomme l’Arabie Saoudite, ils n’appliquent que le code pénal dela Sharia en oubliant les volets concernant la justice économique etsociale – le lot complet – Ils créent ainsi du ressentimentenvers la Sharia“. Ce lot complet, dit-il, inclut la gratuité pourtous du logement, de la nourriture, des vêtements et la possibilitépour ceux qui le souhaitent de s’enrichir par le travail.



    Abdul Muhid, 32 ans, est sur lamême ligne. Il était habillé à la mode moudjahidine lors de notreentretien dans un restaurant local. Barbe étroite, coiffe afghane etun porte-feuille sur ses vêtements attaché à la manière d’unholster d’épaule. Il était impatient d’évoquer le voletsocial.



    Les peines infligées concernantles crimes contre la morale (le fouet pour l’alcool et lafornication, la lapidation pour l’adultère) par l’Étatislamique peuvent avoir un aspect médiéval, mais son programmed’aide sociale, par certains côtés, fait preuve d’unprogressisme que ne renierait pas un ponte de MSNBC [chaîne du câbleNord Américain d'inspiration et à vocation socialiste - ndlr].



    Les soins médicaux sontgratuits, (“Ne le sont-ils pas aussi en Grande Bretagne ?”demandais-je. “Non, pas vraiment” dit il. Certains domaines nesont pas remboursés, comme les lunettes). Cette fourniture d’aidesociale n’était pas un choix politique délibéré de la part del’État islamique, précise t-il, mais constituait une obligationpolitique inhérente à la loi d'Allah.



    Anjem Choudary, le plus connu despartisans de l’État islamique, basé à Londres, précise que lacrucifixion et la décapitation sont des commandements religieux.



    III. L’Apocalypse



    Tous les musulmans admettent queseul Dieu connaît l‘avenir. Mais ils admettent également qu’ilnous a accordé un moyen de l’entrevoir grâce au Coran et auxparoles du Prophète. L’État islamique considère que l’originedivine de ces écritures et de ces récits tient une place centrale.En cela, il se distingue de presque tous les autres groupesdjihadistes du moment. C’est dans cet aspect des choses qu‘il estle plus audacieux par rapport à ses prédécesseurs, en donnant àsa mission une nature très clairement religieuse.



    Par Graeme Wood







    Pour faire simple, al-Qaeda agitcomme un mouvement politique clandestin aux visées planétaires etintemporelles – l’expulsion des non-musulmans de la péninsulearabique, l’abolition de l’État d’Israël, la fin du soutienaux dictatures dans les pays musulmans.

    L’État islamique possèdeégalement des objectifs globaux (incluant, partout où il s’estimplanté, le ramassage des ordures et le maintien de la distributiond’eau), mais la fin des temps constitue un leitmotiv de sapropagande. Ben Laden faisait rarement mention de l’apocalypse etlorsque c’était le cas, il avait l’air de penser qu’il seraitmort depuis longtemps quand sonnerait enfin l’heure du jugementdernier.



    Will McCants, membre du BrookingsInstitution et auteur d’un ouvrage en cours sur la penséeapocalyptique de l’État islamique, affirme que “Ben Laden etZawahiri appartiennent à l’élite des familles sunnites etregardent avec une certaine condescendance ce genre de spéculationspopulaires“.

    Durant les dernières années del’occupation américaine en Irak, les pères fondateurs de l’Étatislamique au contraire voyaient partout des signes de la fin destemps. Ils attendaient avant un an la venue du Mahdi – unefigure messianique destinée à conduire les musulmans à la victoireavant la fin du monde.



    McCants rapporte qu’unislamiste irakien influent avait contacté Ben Laden en 2008 pourl’alerter sur le fait que le groupe était dirigé par desmillénaristes qui “évoquaient le Madhi sans arrêt” et“prenaient des décisions stratégiques” basées sur le moment desa venue. Al-Qaeda a même dû leur écrire afin de “mettre unterme” à cela.



    Pour certains véritablescroyants – ceux du genre passionnés de luttes épiques entre leBien et Mal – les visions apocalyptiques de bains de sang répondentà un besoin psychologique profond. Parmi les partisans de l’Étatislamique, j’ai rencontré Musa Cerantonio, l’Australien, quiavait manifesté un profond intérêt au sujet de l’apocalypse etsur l’apparence des derniers jours de l’État islamique – et dumonde.



    Une partie de ces prédictionslui sont propres, et n’ont pas encore valeur de doctrine. Maisd’autres parties proviennent des sources sunnites les pluscourantes et imprègnent toute la propagande de l’État islamique.Notamment la croyance selon laquelle il n’ y aura que 12 califeslégitimes et que Baghdadi est le huitième et que les arméesde Rome se masseront dans le Nord-Est de la Syrie pour yrencontrer celles de l’Islam.



    L’ultime confrontationentre l’Islam et l’Antéchrist se déroulera à Jérusalem à lasuite d’une nouvelle ère de conquête islamique.



    La ville syrienne de Dabiq,près d’Alep, revêt une importance énorme aux yeux deL’État islamique. Son magazine de propagande porte d’ailleursson nom. La conquête (onéreuse) de cette ville pourtant situéedans une plaine dépourvue d’intérêt stratégique adonné lieu à des célébrations hystériques.



    On raconte que c’est là, selonle Prophète, que les armées de Rome dresseront leur camp. Lesarmées de l’Islam les yrencontreront, et Dabiq sera pour Rome l’équivalent de Waterloo oud’Antietam [premiergrand affrontement armé de la guerrede Sécession àse produire sur le territoire de l’union.ndlr].



    Comme l’a twitté un partisande l’EI, ”Dabiq est une plaine agricole, on imagine aisément quede grandes batailles puissent s’y dérouler”. La perspective decet événement fait saliver les propagandistes de l’Étatislamique qui laissent constamment entendre que cela va arriverbientôt. Leur magazine cite Zarqawi : “l’étincelle a jailliici, en Irak et son feu va continuer de croître… jusqu’àconsumer les armées croisées à Dabiq.”



    Une récente vidéos depropagande utilise des extraits de films hollywoodiens sur le thèmemédiéval – peut-être parce que nombre de ces prophétiesprédisent que les armées seront à cheval et équipées d’armesanciennes.



    Maintenant qu’il contrôleDabiq, l’État islamique attend l’arrivée d’une armée ennemiedont la défaite déclenchera le compte à rebours de l’apocalypse.Les médias occidentaux font fréquemment l’impasse sur Dabiqlorsqu’ils analysent les vidéos de l’EI, pour sefocaliser sur les terribles images de décapitation.



    “Nous sommes là, enterrant lepremier croisé américain à Dabiq, attendant avec impatiencel’arrivée du reste de vos armées” assène un bourreau masquédans une vidéo réalisée en novembre et montrant la tête tranchéede Peter Kassig (Abdul Rahman), un aide humanitaire qui était retenuprisonnier depuis plus d’un an.



    Le mois suivant, en Irak, larumeur selon laquelle des moudjahidines auraient aperçu dessoldats américains pendant des combats, a provoqué sur lescomptes Twitter de l’EI une véritable vague de messages oùl’enthousiasme le disputait à l’excitation.



    Le récit prophétique qui préditla bataille de Dabiq désigne Rome comme l’ennemi. Qui est “Rome”,maintenant que le Pape n’a plus d’armée, la question restetoujours sans réponse. Pour Cerantonio, il s’agit de l’Empireromain d’Orient dont l’ancienne capitale est aujourd’huiIstanbul.



    Nous devons penser à cette Romecomme à la république de Turquie – la même République qui mitfin au “califat ” il y a 90 ans. D’autres sources au sein del’EI y voient plutôt l’ensemble des armées infidèles, aupremier rang desquelles, celle des États-Unis.



    A l’issue de la bataille deDabiq, Cerantonio affirme que le califat s’étendra et mettra àsac Istanbul. Certains pensent même qu’il couvrira toute lasurface de la Terre, mais Cerantonio suggère plutôt que sonétendue ne dépassera pas le Bosphore.



    Un anti-Messie, que lalittérature apocalyptique musulmane nomme Dajjal viendra de larégion de Khorasan dans l’Est de l’Iran et tuera un grand nombrede guerriers du califat, jusqu’à ce qu’il n’en demeure plusque 5.000, encerclés dans Jérusalem.



    Mais au moment où Dajjals’apprêtera à les achever, Jésus – le second (sic) prophètele plus révéré en Islam – reviendra sur terre, transperçantDajjal et conduisant les musulmans à la victoire.



    “Dieu seul sait” si lesarmées de l’EI sont celles de la prédiction, déclare Cerantonio.Mais il est confiant. “Le Prophète a dit qu’un signe del’arrivée imminente de la fin des temps serait que les gensn’évoqueraient plus depuis longtemps cette fin des temps. Si vousallez aujourd’hui dans une mosquée, vous verrez que les prêcheursrestent silencieux sur ce thème”.



    Selon cette théorie, même lesrevers infligés à l’EI sont sans importance, Dieu a d’ores etdéjà programmé la fin prochaine de son peuple. Pour l’Étatislamique, le meilleur et le pire sont à venir.



    Abu Bakr al-Baghdadi a étéintronisé calife par ses partisans l’été dernier.L’établissement du califat a remis à l’ordre du jour des pansentiers du Coran qui, jusqu’à présent, avaient été laissés ensommeil, incitant les musulmans l’ayant reconnu à y immigrer.



    IV Le Combat



    La pureté idéologique de l’Étatislamique offre au moins un avantage : elle nous permet de prévoircertaines de ses actions. Ben Laden était difficilement prévisible.Il avait achevé son dernier entretien télévisé sur CNN de manièremystérieuse. A la question de Peter Arnet concernant ses futursplans, il avait répondu: “vous le verrez et vous en entendrezparler dans les médias, si Dieu le veut”. L’État islamiqueclaironne au contraire ouvertement ses plans – pas tous, maissuffisamment pour qu’en l’écoutant avec attention nous puissionsdéduire comment il compte s’étendre et gouverner.



    Par Graeme Wood - Traductionlibre réalisée par Fortune.







    A Londres, Choudary et sesétudiants ont décrit dans le détail la manière dont l’EI devaitdésormais mener sa politique étrangère en tant que califat. Il adéjà repris ce que la loi islamique désigne comme le “djihadoffensif”, à savoir l’expansion par la force dans les paysdirigés par les non-musulmans.

    Choudary explique : “Jusqu’àmaintenant nous ne faisions que nous défendre. Sans califat, ledjihad offensif reste un simple concept. Mais la guerred’expansion est un devoir essentiel du calife.”



    Difficile pour Choudary de fairepasser les lois de la guerre, appliquées par l’EI, comme clémentesplutôt que brutales. Il m’affirme que l’État est obligé deterroriser ses ennemis – c’est un commandement sacré que de leseffrayer à grands renforts de décapitations, crucifixions, mises enesclavage des femmes et des enfants, parce que toutes ces actionsprécipitent la victoire et évitent l’enlisement.



    Abu Baraa, le collègue deChoudary, explique que la loi islamique n’autorise que des accordsde paix éphémères, ne dépassant pas 10 ans. De la mêmemanière, comme l’a établi le Prophète et comme le rappellent lesvidéos de propagande de l’EI, reconnaître des frontièresconstitue un anathème.



    Si le calife consent à unepaix à long terme ou reconnaît le caractère permanent d’unefrontière, il sera dans l’erreur. Les traités de paixtemporaires sont renouvelables, mais ils ne peuvent s’appliquer àtous les ennemis en même temps: le calife doit lancer le djihadau moins une fois par an. Il ne peut pas demeurer inactif car ilse trouverait en état de pêché.



    L’État islamique peut êtrecomparé aux Khmers Rouges qui ont décimé environ le tiers de lapopulation cambodgienne. Mais les Khmers Rouges occupaient le siègedu Cambodge à l’ONU.



    “Ce n’est pas permis”explique Abu Baraa. “Envoyer un ambassadeur aux Nations-Unies,c’est reconnaître une autre autorité que celle de Dieu. Ce seraitdu polythéisme (shirk) et Baghdadi devrait être remplacé pourcause d’hérésie. De la même manière, hâter l’avènement ducalifat par des moyens démocratiques, en votant par exemple pourun candidat qui lui serait favorable relèverait de l’idolâtrie”.



    On n’insistera jamais assez surla manière dont le radicalisme paralyse l’État islamique. Lesrelations internationales actuelles, issues du traité de Westphaliede 1648, reposent sur la volonté de chaque État de reconnaître lesfrontières, même à contre-cœur. Pour l’État islamique, unetelle reconnaissance constitue un suicide idéologique.
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yacoub
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Re: Daesh / Etat islamique

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  • « État Islamique : L’apocalypse au nom d’Allah » 2/2 D’où vient l’État islamique et quelles sont ses intentions ?
    30 mars 2015, 11:38




    D’autres groupes islamistes, comme les Frères Musulmans ou le Hamas, ont cédé aux facilités de la démocratie et à la perspective de rejoindre le concert des nations et un siège à l’ONU. Négociations et arrangements ont parfois également fonctionné pour les Talibans.



    Les autorités talibanes d’Afghanistan avaient en leur temps procédé à un échange d’ambassadeurs avec l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les Émirats Arabes Unis, ce qui les a discrédités aux yeux de l’État islamique, pour qui ces pratiques ne constituent pas des options mais des actes d’apostasie.



    Les USA et leurs alliés ont réagi tardivement et de manière confuse. Les ambitions du groupe et la brutalité de ses stratégies apparaissaient pourtant clairement dans ses déclarations et sur les médias sociaux bien avant 2011, alors qu’il n’était encore qu’un groupe terroriste parmi d’autres en Syrie et en Irak et n’avait encore perpétré aucune atrocité à grande échelle.



    Le porte parole Adnani affirmait à ses “followers” que le groupe ambitionnait de “rétablir le califat islamique”, et d’évoquer l’apocalypse : “Il ne reste plus que quelques jours à présent.” Baghdadi s’était déjà auto-proclamé “commandeur de la foi”en 2011, un titre habituellement réservé aux califes. En avril 2013, Adnani déclarait le mouvement “prêt à redessiner le monde selon les principes du califat révélé par le Prophète”.



    Au mois d’août suivant, il ajoutait : “Notre objectif est d’ériger un État islamique qui ne reconnaît aucune frontière, conformément à la parole du Prophète”. Et c’est ainsi que le groupe s’est emparé de Raqqa, la capitale d’une province syrienne de près de 500.000 habitants, et attira un nombre considérable de combattants étrangers qui avaient entendu ses messages.



    En cernant plus tôt la nature des intentions de l’État islamique et en réalisant que le vide laissé laissé en Syrie et en Irak lui permettrait de les mettre à exécution, nous aurions pu a minima encourager l’Irak à renforcer sa frontière avec la Syrie et à négocier préalablement avec les sunnites. Cela aurait pu éviter les effets fulgurant de la propagande générés par la déclaration du califat juste après la conquête de la troisième plus grande ville d’Irak.



    Moins d’un an auparavant, Obama déclarait cependant au New Yorker qu’il considérait l’EIIL comme le plus faible des partenaires d’al-Qaeda. “Si une équipe junior enfile le maillot des Lakers, ça n’en fait pas des Kobe Bryant pour autant” avait dit le président.



    Notre échec à apprécier l’écueil entre l’État islamique et al-Qaeda ainsi que les différences essentielles entre les deux, a conduit à prendre de dangereuses décisions. L’une des dernières en date, pour prendre un exemple, est le feu vert du gouvernement américain en faveur d’un plan désespéré pour sauver la vie de Peter Kassig.



    L’interaction de certaines personnalités historiques de l’État islamique et d’al-Qaeda semblait nécessaire pour en faciliter le bon déroulement. Au final, le plan aurait difficilement pu apparaître plus improvisé.



    Cela a provoqué l’enrôlement d’Abu Muhammad al Maqdisi, le mentor de Zarqawi et figure historique d’al-Qaeda pour approcher Turki al Binali, chef de file des idéologues de l’État islamique et ancien étudiant de Maqdidi, en dépit de leur brouille suite aux critiques de ce dernier à l’encontre de l’EI.



    Maqdisi a d’ores et déjà appelé à la clémence pour le chauffeur de taxi britannique Alan Henning, entré en Syrie pour fournir de l’aide humanitaire aux enfants syriens. Au mois de décembre, The Guardian rapportait que le gouvernement américain avait sollicité Maqdisi par le truchement d’un intermédiaire pour qu’il intercède en faveur de Kassig.



    Maqdisi a été laissé libre en Jordanie, mais il lui a été interdit de communiquer avec les terroristes à l’étranger, et il était étroitement surveillé. Après que les Jordaniens eurent autorisé les Américains à réintroduire Maqdisi auprès de Binali, Maqdisi acheta un téléphone portable avec l’argent des Américains et fut seulement autorisé pendant quelques jours à correspondre avec ses anciens étudiants, avant que le gouvernement jordanien ne mette un terme aux échanges et ne l’emprisonne. Quelques jours plus tard, la tête tranchée de Kassig apparaissait dans une vidéo de Dabiq.



    Sur Twitter les fans de l’EI se moquent sans détour de Maqdisi et al-Qaeda est méprisé pour son refus de reconnaître le califat. Cole Bunzel, un universitaire qui étudie l’idéologie de l’État islamique et qui a lu l’opinion de Maqdisi sur la situation de Henning, pense que son intervention aurait précipité sa mort et celle d’autres captifs. “Si j’étais retenu prisonnier par l’État islamique et que Maqdisi proclame qu’il ne faut pas me tuer, alors je serais cuit”.



    L’exécution de Kassig fut une tragédie, mais le succès du plan eut été pire encore. Une réconciliation entre Maqdisi et Binali aurait consisté à combler le fossé qui existe entre les deux plus importantes organisation djihadistes. Il est possible que le gouvernement ait voulu le sortir de prison à des fins de renseignement ou pour l’éliminer. (Plusieurs tentatives pour obtenir des commentaires de la part du FBI sont restées vaines).



    Quoiqu’il en soit, l’idée des Américains de jouer les entremetteurs entre deux organisations terroristes majeures et antagonistes démontre d’étonnantes et piètres qualités de jugement.



    Passée l’apathie initiale, nous combattons désormais l’État islamique à travers des frappes aériennes régulières et des actions au sol dont les kurdes et les irakiens sont les intermédiaires. Si ces stratégies ne sont pas parvenues à chasser l’EI de ses principaux bastions, elles l’ont toutefois empêché d’attaquer directement Baghdad et Erbil et d’y massacrer les Kurdes et les Chiites.



    Certains observateurs demandent un renforcement des moyens d’action, notamment les défenseurs du droit d’ingérence (Max Boot, Frederick Kagan), réclamant le déploiement de dizaines de milliers de soldats américains. Ces demandes ne devraient pas être écartées trop rapidement: une organisation génocidaire patentée se trouve à portée de canon de ses victimes potentielles et commet d’ores et déjà chaque jour des atrocités sur les territoires qu’elle contrôle.



    Un des moyens pour rompre le charme de l’EI sur ses adhérents serait de le surclasser militairement et d’occuper les territoires qui, en Irak et en Syrie, constituent le califat. Al-Qaeda ne peut pas être éradiqué, car il peut survivre dans la clandestinité, tel un cafard. L’État islamique, lui, ne le peut pas. S’il perd le contrôle des territoires conquis en Irak et en Syrie, il ne sera plus un califat.



    Fondé sur le principe de l’autorité territoriale, ce dernier ne peut pas être un mouvement clandestin: retirez-lui ses territoires et tous les serments d’allégeance deviendront caduques. Bien sûr ses anciens affidés peuvent, en tant que “travailleurs indépendants”, continuer à lancer des attaques contre l’Occident et décapiter leurs ennemis.



    Mais la plus-value du califat en matière de propagande aura vécue, et avec elle le supposé devoir religieux d’y émigrer et d’y servir. Si les États-Unis devaient débarquer, l’obsession de l’État islamique concernant la bataille de Dabiq laisse penser qu’il pourrait y envoyer d’importantes forces pour engager une bataille conventionnelle. S’il y massait toutes ses forces, il y serait vaincu et ne s’en remettrait pas.



    Cependant les risques d’une escalade sont énormes. Le premier partisan d’une invasion américaine étant l’État islamique lui-même. La vidéo dans laquelle un bourreau masqué s’adressait nommément au président Obama était clairement destinée à provoquer l’engagement des Américains dans le combat.



    Une invasion américaine consacrerait dans le monde entier une large victoire de la propagande djihadiste, peu importe qu’ils aient prêté allégeance au calife ou pas, ils sont tous persuadés que les Américains veulent mener une croisade et tuer les musulmans. Une nouvelle invasion ainsi qu’une occupation viendraient confirmer cette suspicion et intensifier le recrutement.



    La réticence à intervenir se nourrit de l’incompétence dont nous avons fait preuve en tant qu’occupant. Après tout, l’avènement de l’EIIL est surtout la conséquence de l’espace que nous avons laissé à Zarqawi et à ses successeurs lors de notre précédente occupation. Quelles seraient les conséquences d’un autre travail bâclé ?



    Compte-tenu de ce que nous savons de l’État islamique, le saigner lentement au moyen de frappes aériennes et de frappes au sol kurdes et irakiennes, apparait comme la moins mauvaise des options militaires. Pas plus les Kurdes que les Chiites ne pourront contrôler le cœur des terres sunnites d’Irak et de Syrie où ils sont honnis et où ils n’ont aucune envie de tenter l’aventure.



    Mais ils peuvent stopper l’État islamique dans son expansion. Mois après mois, à mesure qu’il échoue à s’étendre, il ressemble de moins en moins à l’État conquérant du Prophète Mahomet et de plus en plus à un gouvernement du Moyen-Orient échouant à apporter la prospérité à son peuple.



    Le coût humanitaire de l’État islamique est élevé. Mais la menace qu’il fait peser sur les États-Unis est plus faible que celle suggérée par le fréquent amalgame avec al-Qaeda. Les attaques contre l’Occident lointain prônées par ce dernier ne trouvent guère d’écho auprès de la plupart des groupes djihadistes qui sont davantage concernés par des objectifs locaux ou régionaux.



    C’est précisément le cas de l’État islamique en raison de son idéologie. Il se voit cerné par des ennemis, mais tandis que ses dirigeants vitupèrent contre les États-Unis, l’application de la Charia au sein du califat ainsi que son extension aux territoires limitrophes demeurent essentielles.



    Bagdhadi n’a pas dit autre chose lorsqu’au mois de novembre, il a demandé à ses agents saoudiens de s’en prendre d’abord aux Chiites (rafida) … puis aux sunnites soutenant la monarchie des Saouds (al-Sulul)… et enfin aux croisés.



    Musa Cerantionio et Anjem Choudary sont capables de contempler des meurtres de masses puis de discuter des vertus du café vietnamien avec une égale et apparente délectation.



    Les combattants étrangers (ainsi que leurs femmes et leurs enfants) ont pris un aller simple pour le califat : ils veulent y vivre selon les règles de la véritable Charia et beaucoup souhaitent le martyre. Il faut rappeler que la doctrine impose aux croyants d’habiter dans le califat dès lors que cela leur est possible.



    L’une des vidéos les moins sanglantes de l’EI met en scène un groupe de djihadistes brûlant leurs passeports français, britanniques et australiens. Ce qui serait un peu farfelu pour des gens qui voudraient rentrer se faire exploser dans la file d’attente du Louvre ou prendre en otage un autre salon de thé à Sidney.



    Plusieurs “loups solitaires” partisans de l’État islamique s’en sont pris à des cibles occidentales et d’autres attaques se produiront encore. Mais la plupart étaient le fait d’amateurs frustrés, dans l’impossibilité d’émigrer vers le califat à cause de la confiscation de leur passeport ou pour d’autres raisons.



    Même si l’État islamique se réjouit de ces attaques – et en fait état dans sa propagande – il n’en a pour l’instant planifié ou financé aucune. (L’attaque de Paris contre Charlie Hebdo était principalement une opération d’al-Quaeda).



    Au cours de sa visite à Mossoul au mois de décembre, Jürgen Todenhöfer demanda à un djihadiste allemand si certains de ses camarades étaient rentrés en Europe pour y conduire des attaques. Mais ce dernier semblait les considérer comme des décrocheurs plutôt que comme des soldats. “En fait, ceux qui ont quitté l’État islamique pour rentrer chez eux devraient s’en repentir. J’espère qu’ils pratiquent leur religion”.



    Correctement contenu, l’État islamique sera la cause de sa propre perte. Il n’a pas d’allié et son idéologie garantie qu’il en sera toujours ainsi. Le terrain qu’il contrôle, bien qu’étendu, est majoritairement pauvre et inhabité. Alors qu’il stagne ou qu’il rétrécit lentement, sa posture d’agent de l’apocalypse et de porte-parole de la volonté divine s’affaiblit et moins de croyants vont le rejoindre.



    À mesure que sortent les rapports sur la misère qui règne en son sein, les mouvements islamistes radicaux partout ailleurs vont être discrédités : Personne n’avait encore tenté d’appliquer aussi strictement la Charia par la violence. Voilà à quoi cela ressemble.



    Mais même dans ce cas, la mort de l’État islamique ne sera hélas pas immédiate, et la situation peut encore se dégrader. Si l’État islamique obtenait l’allégeance d’al-Qaeda, réalisant d’un seul coup l’unité de leurs bases respectives, il pourrait devenir un ennemi plus redoutable qu’auparavant.



    Le fossé entre l’État islamique et al-Queda s’est élargi au cours des derniers mois. En décembre, la revue Dabiq consacrait un long article aux défections d’al-Quaeda, décrivant ce dernier comme un groupe impuissant et corrompu dirigé par un Zawahiri incapable et distant. Mais il convient d’être vigilant quant à un tel rapprochement.



    En dehors de ce scénario catastrophe ou d’une menace d’assaut imminente sur Erbil, une intervention d’envergure au sol ne ferait sans doute qu’empirer la situation.



    V Dissuasion



    Il serait trop facile, voire disculpatoire, de qualifier le problème posé par l’État islamique de “problème avec l’Islam.” La religion permet de nombreuses interprétations, et les partisans de l’EI sont moralement tenus de suivre la leur. Pourtant, dénoncer simplement l’EI comme étant non conforme à l’Islam peut être contre-productif. Surtout si ceux à qui s’adresse ce message ont lu les textes sacrés et y ont clairement vu une adéquation avec la plupart des pratiques du califat.



    Par Graeme Wood - Traduction libre réalisée par Fortune.



    Des musulmans peuvent dire que l’esclavage n’est pas légitime aujourd’hui, et que la crucifixion est une erreur dans le contexte historique actuel. Beaucoup l’affirment d’ailleurs. Mais ils ne peuvent pas condamner l’esclavage ou la crucifixion purement et simplement sans contredire le Coran et l’exemple du Prophète.

    “La seule voie que les adversaires de l’État islamique pourraient prendre serait de dire que certains textes et enseignements traditionnels de l’Islam ne sont plus valides», explique Bernard Haykel. Ce qui serait vraiment un acte d’apostasie.



    L’idéologie de l’État islamique exerce une puissante emprise sur une frange de la population. Les hypocrisies et les incohérences de la vie disparaissent à son contact. Musa Cerantonio et les salafistes que j’ai rencontrés à Londres sont imbattables : pas une question que je leur ai posée ne les fit bégayer. Ils m’ont tenu des discours de façon très convaincante, à condition que l’on accepte leurs arguments.

    Les qualifier de non-islamiques revient pour moi à les convier à un débat qu’ils sont en mesure de remporter. S’ils s’étaient présentés comme des cinglés écumant et crachant de rage, j’aurais été en mesure de prédire que leur mouvement s’épuiserait à mesure que les psychopathes se feraient exploser eux-mêmes, un par un, ou deviendraient la cible de drones.



    Mais ces hommes parlaient avec une exactitude académique, ce qui m’a placé dans l’état d’esprit d’un séminaire d’études supérieures de bon niveau. J’ai même apprécié leur compagnie, c’est d’ailleurs ce qui m’a le plus effrayé.



    Les non-musulmans ne peuvent pas dire aux musulmans comment ils doivent pratiquer leur religion convenablement. Mais il y a longtemps que les musulmans ont entamé ce débat au sein de leurs propres rangs. “Vous devez avoir des normes,” m’a dit Anjem Choudary. “Quelqu’un peut se prétendre musulman mais s’il croit en l’homosexualité ou qu’il boit de l’alcool, alors il n’est pas musulman. Ce n’est pas comme être végétarien non pratiquant ».



    Il y a, cependant, une autre branche de l’Islam qui offre une alternative à la ligne dure de l’État-islamique – presque aussi intransigeante, mais parvenant à des conclusions opposées.



    Ce volet s’est avéré attrayant pour de nombreux musulmans, maudits ou bénis, ayant le désir psychologique de voir chaque iota des textes sacrés mis en application comme ils l’étaient aux premiers jours de l’Islam.



    Les partisans de l’État islamique savent comment se comporter face à des musulmans qui ignorent les subtilités du Coran : par l’excommunication et la moquerie. Mais ils savent aussi que d’autres musulmans lisent le Coran aussi assidûment qu’eux, ceux-là constituent une réelle menace idéologique à leur encontre.



    Baghdadi est salafiste. Le terme salafiste a été galvaudé, en partie parce que d’authentiques scélérats se sont lancés dans la bataille en brandissant la bannière salafiste. Mais la majorité des salafistes n’est pas djihadiste, et la plupart d’entre eux adhère aux sectes qui rejettent l’État islamique.



    Ils sont, comme le note Haykel, déterminés à élargir la Dar al-Islam, la terre de l’Islam, même, peut-être, avec la mise en œuvre de pratiques monstrueuses telles que l’esclavage et l’amputation, mais pour des temps futurs.



    Leur priorité numéro un est la purification personnelle et de pratique religieuse. Ils estiment que tout ce qui contrecarre ces objectifs – tels que causer la guerre ou de troubles qui perturbent les vies, la prière et l’érudition – est interdit.



    Ils vivent parmi nous



    L’automne dernier, j’ai rencontré Breton Pocius, un imam salafiste de 28 ans qui répond au nom d’Abdullah. Sa mosquée de Philadelphie est située à la frontière entre le quartier de Northern Liberties (où l’on assiste à une montée de la criminalité) et une zone d’embourgeoisement que l’on pourrait qualifier de Dar al-Hipster; sa barbe lui permet de passer presque inaperçu dans ce secteur.



    Une alternative théologique à l’État islamique existe, sans compromis elle non plus, mais qui aboutit à des conclusions opposées.



    Pocius s’est converti il y a 15 ans après avoir reçu une éducation catholique polonaise à Chicago. Comme Cerantonio, il parle comme une vieille âme, doué d’une connaissance profonde des textes anciens. Son engagement pour eux est motivé par la curiosité, l’érudition et la conviction qu’ils représentent le seul moyen d’échapper à l’enfer.



    Quand je l’ai rencontré à un café du coin, il transportait une thèse coranique en arabe et un livre pour apprendre le japonais. Il préparait un sermon sur les obligations de la paternité à destination des quelque 150 fidèles de sa congrégation du vendredi.



    Pocius déclare que son objectif principal est d’encourager une vie halal pour les fidèles de sa mosquée. Mais la montée de l’État islamique l’a forcée à examiner des questions politiques qui sont généralement très éloignées de l’esprit des salafistes.



    “La plupart de ce qu’ils vont dire sur la façon de prier et comment se vêtir est exactement ce que je vais déclarer dans ma masjid [mosquée]. Mais quand ils en arrivent à des questions sur les bouleversements sociaux, ils ressemblent à Che Guevara.“



    Lorsque Baghdadi a présenté l’EI, Pocius a adopté le slogan “Pas mon khalifa.”



    “Les temps du Prophète furent un moment de grande effusion de sang,” m’a t-il dit, “le prophète savait que le pire scénario pour tous était le chaos, en particulier dans l’oumma [communauté musulmane] ».



    Par conséquent Pocius déclare que l’attitude correcte pour les salafistes n’est pas de semer la discorde en divisant et en traitant d’autres musulmans d’“apostats”.



    Au lieu de cela, Pocius – comme la majorité des salafistes – estime que les musulmans devraient se retirer de la politique. Ces salafistes quiétistes, comme on les appelle, sont d’accord avec l’État islamique pour affirmer que la loi de Dieu est la seule loi, ils s’abstiennent de pratiques comme le vote et la création de partis politiques.



    Mais ils interprètent la détestation du Coran pour la discorde et le chaos comme une obligation à ne s’aligner sur aucun dirigeant, surtout ceux qui sont manifestement coupables de pêchés. “Le Prophète a dit: tant que celui qui commande n’entre pas clairement dans la mécréance, offre-lui une obéissance totale,” m’a expliqué Pocius, et les «livres de croyance” classiques mettent tous en garde contre ce qui provoque un bouleversement social.



    Il est strictement interdit aux salafistes quiétistes de créer des discordes entre eux, notamment par l’excommunication de masse. Vivre sans Baya’a [l’acte par lequel le peuple prête serment au maître du moment - NDLR], déclare Pocius, ne rend ni ignorant, ni plongé dans les ténèbres.



    Mais Baya’a ne signifie pas nécessairement prêter allégeance directe à un calife, et certainement pas à Abu Bakr al Baghdadi. Il peut signifier, plus largement, faire allégeance à un contrat social religieux et à un engagement pour une société de musulmans, qu’elle soit gouvernée par un calife ou non.



    Les salafistes quiétistes croient que les musulmans devraient orienter toutes leur énergie dans le but de perfectionner leur vie personnelle, y compris par la prière, le rituel et l’hygiène.



    Un peu à la manière des juifs ultra-orthodoxes lorsqu’ils débattent entre eux, afin de déterminer s’il est casher ou pas d’arracher des morceaux de papier toilette pendant le sabbat (cela compte t-il comme “déchirer un chiffon“?), ils passent énormément de temps à s’assurer que leurs pantalons ne sont pas trop longs, que leurs barbes sont taillées dans certaines zones et hirsutes dans d’autres.



    Grâce à ces observations pointilleuses, ils croient que Dieu les favorisera par la force et le nombre et peut-être qu’un califat verra le jour. A ce moment-là, les musulmans se vengeront et, oui, ils remporteront la victoire glorieuse dans la bataille finale.



    En revanche, Pocius cite un grand nombre de théologiens salafistes modernes qui soutiennent qu’un califat ne peut advenir, en étant dans une juste voie, que par la volonté sans équivoque de Dieu.



    L’État islamique, bien sûr, serait d’accord pour dire que Dieu a oint Baghdadi. La réplique de Pocius équivaut à un appel à l’humilité. Il cite Abdullah Ibn Abbas, l’un des compagnons du Prophète, qui s’est assis avec les dissidents et leur a demandé comment ils osaient, en tant que minorité, dire à la majorité ce qui était mal.



    Constatant lui-même que toute effusion de sang ou que la division de l’oumma ont été interdites. Même la manière dont le califat de Baghdadi a été créé est contraire aux attentes, dit-il. “Le khalifa va être établi par Dieu, il fera consensus entre savants de la Mecque et de Médine. Ce n’est pas ce qui s’est passé. ISIS est sorti de nulle part “.



    L’État islamique déteste ce discours et sur Tweeter ses fans tournent en dérision les salafistes quiétistes. Ils les appellent les “salafistes de la menstruation,” en référence à leurs jugements obscurs sur le moment où les femmes sont pures ou non, ainsi que sur d’autres aspects secondaires de l’existence.



    “Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une fatwa pour savoir s’il est haram [interdit] de faire du vélo sur Jupiter,” a sèchement tweeté l’un d’entre eux. “C’est ce sur quoi les chercheurs devraient se concentrer. C’est plus urgent que l’état de la Oummah.” Anjem Choudary, pour sa part, précise qu’aucun pêché ne mérite d’opposition plus vigoureuse que l’usurpation de la loi de Dieu, et que l’extrémisme dans la défense du monothéisme n’est pas un vice.



    Pocius ne bénéficie d’aucun soutien officiel des États-Unis, en tant que contrepoids au djihadisme. En effet, un soutien public tendrait à le discréditer. Ceci étant, il est amer envers l’Amérique qui le traite, d’après ses propres mots, de “citoyen de seconde zone.” (Il prétend que le gouvernement a payé des espions pour infiltrer sa mosquée et a harcelé sa mère sur son lieu de travail afin de savoir si son fils était un potentiel terroriste.)



    Pourtant, son salafisme quiétiste offre un antidote au djihadisme islamique du style Baghdadi. Les personnes qui en arrivent à ce que la foi devienne un combat ne peuvent pas toutes être empêchées de basculer dans le djihadisme. Mais celles dont la motivation principale est de trouver une version ultraconservatrice et sans compromis de l’Islam peuvent y trouver une alternative.



    Il ne s’agit pas d’un islam modéré; la plupart des musulmans le considèreraient même plutôt comme extrémiste. Il représente cependant, une forme de l’islam qu’un esprit intégriste ne trouverait pas instantanément hypocrite ou blasphématoire, expurgé de ses inconvénients. L’hypocrisie n’est pas un péché que l’esprit des jeunes hommes endoctrinés tolèrent bien.



    Les responsables occidentaux feraient probablement mieux de s’abstenir complètement de vouloir peser sur les débats théologiques islamiques. Barack Obama lui-même a dérivé dans les eaux takfiris [fatwa de déchéance du statut de musulman NDLR] quand il a affirmé que l’État islamique n’était «pas islamique» – ironiquement il pourrait être considéré lui-même comme un apostat, en tant que non-musulman et fils de musulman.



    Le takfir pratiqué par des non-musulmans suscite les rires de djihadistes (“Comme un cochon recouvert de fèces donnant à autrui des conseils en matière d’hygiène,” a tweeté l’un d’entre eux).



    Je présume que la majorité des musulmans apprécie la position d’Obama: le président s’est tenu à leurs côtés à la fois contre Baghdadi et contre les chauvins non-musulmans qui tentaient de les relier à des crimes.



    Mais la plupart des musulmans ne sont pas susceptibles de rejoindre le djihad. Ceux qui y sont sensibles seront seulement confirmés dans leurs convictions: les États-Unis s’appuient sur la religion pour servir leurs seuls intérêts.



    Dans les limites étroites de sa théologie, l’État islamique vrombit avec énergie, et même avec créativité. En dehors de ces limites, il pourrait difficilement être plus aride et silencieux: une vision de la vie basée sur l’obéissance, l’ordre et la destinée.



    Musa Cerantonio et Anjem Choudary pourraient mentalement passer de la contemplation de massacres de masse et de la torture éternelle à une discussion sur les vertus du café vietnamien ou celles d’une pâtisserie sirupeuse, avec apparemment autant de délices dans chacune de ces considérations.



    Mais il me semble qu’embrasser leur point de vue serait comme voir toutes les saveurs de ce monde se développer de façon insipide par rapport aux bizarreries saisissantes de l’au-delà.



    Jusqu’à un certain point, je pourrais apprécier leur compagnie, comme un exercice intellectuel coupable. En examinant Mein Kampf en mars 1940, George Orwell a avoué qu’il n’avait «jamais été en mesure de détester Hitler“; même si ses objectifs étaient lâches et répugnants.



    “S’il avait été en train de tuer une souris il aurait su comment la faire ressembler à un dragon.” Les partisans de l’État islamique ont en quelque sorte la même attitude. Ils croient qu’ils sont personnellement impliqués dans les luttes au-delà de leurs propres vies.



    Que le simple fait d’être emportés dans un drame, d’être du côté de la justice, est un privilège et un plaisir, surtout quand c’est également un fardeau.



    Pour Orwell, le fascisme est psychologiquement beaucoup plus attractif que n’importe quelle conception hédoniste de la vie… Alors que le socialisme, et même de manière plus réticente, le capitalisme, annonçaient aux gens “je vous offre du bon temps,” Hitler leur a dit, “je vous offre le combat, le danger et la mort“, et une nation toute entière s’est jetée à ses pieds … Nous ne devons pas sous-estimer son attrait émotionnel.



    Dans le cas de l’État islamique, il s’agit d’une attirance religieuse ou intellectuelle. Que l’EI considère la réalisation imminente de la prophétie comme une question de dogme nous en apprend déjà un peu plus sur le courage de notre adversaire. Même en étant cerné, il sera prêt à célébrer sa propre destruction tout en restant confiant dans ce qu’il recevra le secours divin, s’il reste fidèle au modèle prophétique.





    Des outils idéologiques peuvent convaincre certains convertis potentiels que le message du groupe est faux et les solutions militaires peuvent limiter leurs horreurs. Ceci étant, pour une organisation aussi imperméable à la persuasion que l’État islamique, quelques-unes de ces petites mesures peuvent avoir leur importance, la guerre peut être longue, même si elle ne durera pas jusqu’à la fin des temps.
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