Si le racisme est toujours fondamentalement violent, il peut aussi être simplement stupide. Qu'on en juge par les propos d'Israël Shahak [70] qui se pose la question : « Qu'est-ce en pratique qu'un État juif ? ». « Commençons par les statistiques officielles : l'Etat d'Israël publie tous les ans un "Annuaire statistique d'Israël". Dans tout cet annuaire, il est presque impossible de trouver des statistiques concernant les Israéliens ; on ne trouve que celles concernant les Juifs et les non-Juifs. Ainsi, par exemple, il n'existe pas en Israël de statistiques sur la mortalité des personnes, mais seulement des statistiques sur la mortalité des "Juifs" et des "non-Juifs". Ainsi, par exemple, lorsque l'Etat d'Israël enquête officiellement sur la mortalité infantile, il n'enquête pas sur la mortalité des enfants israéliens: il y a des nourrissons juifs et des nourrissons non-juifs, qui, même statistiquement, ne sont jamais associés. Et si, dans certains cas, on les associe, on n'écrit pas "Israéliens", mais "Total", comme s'il s'agissait d'additionner des espèces différentes.
Non seulement il n'existe pas d'Israéliens en Israël, mais les animaux et les plantes elles-mêmes sont divisés en juifs et non-juifs. Officiellement l'Etat d'Israël recense et classifie les vaches et les moutons, les tomates ou le blé en "juifs" et "non-juifs". »
Comment répondre par ailleurs à la question : « Où les non-juifs sont-ils autorisés à vivre au sein de l'Etat juif ? La réponse est que, dans la plupart des lieux, ils n'ont purement et simplement pas le droit de vivre. La majorité des terres en Israël appartiennent à l'État qui les a soumis aux règlements interdisant à un non-Juif d'y vivre. Il lui est interdit d'y construire une maison, d'y louer un appartement, d'y ouvrir une affaire, bref il lui est interdit d'y vivre. Cela est d'autant plus cruel que la majorité des terres sur lesquelles s'exercent ces lois ségrégationnistes appartiennent à ces mêmes Palestiniens qu'on définit officiellement en Israël comme non-Juifs, et leur ont été arrachées. Ils sont ainsi privés, même en tant que citoyens de l’"État juif", du droit de jouir des terres de leur État. Ainsi, il existe en Israël des villes entières où la loi interdit formellement aux non-Juifs d'habiter ». Dans la Rome antique, les étrangers, non plus, n’avaient pas le droit de cité… Mais il s’agissait de non-citoyens ; ici, en Israël, la discrimination porte sur les citoyens. Pour les sionistes une religion est une nation de telle sorte que les citoyens sont subdivisés en nationalités : les juifs représentent une nation, les musulmans une autre et les chrétiens une troisième. Remarquons parallèlement que sur les papiers d’identité, et en particulier sur les passeports, les citoyens de nationalité autre que juive ont leurs noms soulignés pour que la police puisse distinguer d’emblée les non-Juifs des Juifs.
Les partis et mouvements israéliens nationalistes et racistes
À noter tout d'abord que les partis d'Israël - y compris les partis de gauche - se réclament tous du sionisme, à l'exception du parti communisme et des petits partis arabes.
Nationaliste et racisme vont bien sûr se retrouver dans nombre de partis et mouvements israéliens. Ce sont notamment :
les partis formant la droite israélienne :
- le Likoud, parti laïque mais qui pour arriver au pouvoir s'est allié souvent aux partis religieux ultra orthodoxes, tous partisans du Grand Israël. Il comporte une aile ultra nationaliste et fanatique ;
- les partis russes.
puis les partis religieux de l'extrême droite israélienne :
- le Shass (composé de séfarades gardiens de la Torah) ;
- Agoudat Israël (Le Rassemblement d'Israël) ;
- Deguel Hatorah (Le Drapeau de la Torah) ;
- le Mafdal (le Parti National Religieux).
Ces 4 partis ultra orthodoxes et ultranationalistes sont tous dominés par les rabbins pour qui la colonisation de tous les territoires occupés est un impératif religieux et sacré dans la perspective du Grand Israël dépourvu de non-Juifs.
À côté de ces partis politiques, divers mouvements ont également pour but la main mise juive sur toute la Palestine et l'expulsion de tous les non-Juifs des territoires occupés. On peut citer notamment :
- le mouvement Kach ("C'est ainsi"). Fondé en 1971 par le rabbin américain Meir Kahana (qui fut assassiné en 1989) il vise explicitement « l'expulsion de tous les Arabes du Grand Israël » pour que la Terre sainte soit débarrassée de toute « souillure étrangère ». Ce mouvement a été interdit en 1994, mais il poursuit néanmoins son activité au grand jour. Son idéologie raciste se traduit dans un discours férocement anti-"non-Juifs" ;
- le mouvement Tehiya (Renaissance) où sont présents de nombreux immigrants issus de l’Union soviétique ;
- le mouvement Modelet (Patrie) ;
- le mouvement Tsomet (le Renouveau sioniste) qui milite pour la laïcité ;
- Gouch Emounim ("le Bloc de la foi"). Ce mouvement idéologique encadré par de nombreux rabbins est particulièrement agressif. Parfaitement organisés en milices, puissamment armés et fanatiques, ses partisans ne se laissent arrêter, ni par les risques d'affrontements avec les Arabes qu'ils se plaisent à agresser, ni par la loi (la loi humaine est sans valeur, à leurs yeux, par rapport à la loi divine qui exige la possession par les Juifs de toute la Palestine), ni par les décisions éventuelles du gouvernement israélien. En son sein se sont formés de nombreux petits groupes d'individus particulièrement violents se consacrant à des actions terroristes caractérisées. Ceux de la grande colonie de Kyriat Arba qui domine la ville arabe d'Hébron, comme ceux de Rammah, El Bireh, Naplouse... sont coutumiers d’expéditions punitives dans un quartier différent de la ville en s'en prenant aux voitures, aux vitrines et aux habitants palestiniens. À plusieurs reprises il y eut mort de musulmans. Deux idées maîtresses animent ce mouvement. La première : les temps messianiques ont commencé avec la création de l’État d’Israël en 1947 et la libération de la Judée-Samarie biblique en 1967. La seconde : l’arrivée finale du Messie et la rédemption qui l’accompagne pour les Juifs ne pourra intervenir que lorsque le peuple juif sera en possession de toute « sa » terre.
Pour la plupart de ces partis ou mouvements où s'étale la composante raciste du judaïsme, c’est l’Arabe qui est devenu l’ennemi à combattre. À noter que leurs membres bénéficient toujours d'une grande indulgence de la part des tribunaux. L'immunité est pratiquement de règle. Comme le montre le rapport Karp de 1982, stigmatisant la banalisation de la violence anti-arabe, « la plupart des crimes et des délits ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire ».
Le pouvoir corrupteur du sionisme.
Si les instances religieuses de l'Allemagne ont pu se laisser contaminer par le nazisme pendant quelques années, leur culpabilité a relevé généralement de la passivité. Ici, comme nous venons de le voir, le phénomène est donc très différent : ce sont les religieux d'Israël et des autres pays qui, dans leur majorité, se sont révélés, depuis plus d'un demi-siècle, les supporters les plus zélés de l'idéologie sioniste avec son racisme anti-"non-Juifs" et les plus ardents défenseurs des actions criminelles menées en son nom.
Fait notable, les Organisations israéliennes pour les droits de l'homme n'ont pas échappé elles-mêmes à ce pouvoir de corruption. En effet, la plupart de ces Organisations :
- acceptent sans protester les différentes lois édifiées par l’État qui fondent une citoyenneté de seconde zone et un rigoureux et humiliant apartheid,
- se sont absoutes de la responsabilité des pertes subies par les réfugiés dépossédés par l’État de leurs maisons et de leurs terres « au nom du peuple juif »,
- acceptent l’annexion du Golan et de Jérusalem,
- dénient le droit au retour des Palestiniens,
- ne demandent même pas la fin de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza.
Les Nations Unies, tout en n'appliquant par faiblesse aucune sanction pratique envers Israël, ont néanmoins dénoncé les discriminations raciales dont sont porteuses de nombreuses lois de ce pays, lois contribuant à faire deux types irréductibles de citoyens : des citoyens à part entière, les Juifs, des citoyens de seconde zone au statut subalterne, les non-Juifs. Elles en ont recensé 17.
Parmi elles, on peut citer :
- les lois qui interdisent la participation aux élections de tout parti arabe n'ayant pas reconnu le caractère juif de l'État,
- la loi du retour qui accorde systématiquement aux Juifs du monde entier la citoyenneté israélienne alors que les réfugiés arabes n'ont pas le droit de revenir en Israël sur leurs propres terres,
- la loi suivant laquelle les citoyens arabes d'Israël ayant épousé des non-israéliens se voient refuser la réunification familiale,
- les lois d'urgence qui permettent la confiscation de terres appartenant aux Arabes,
- les lois qui interdisent aux Arabes d'acheter des terres à des Juifs,
- la loi sur l'éducation qui fixe parmi ses objectifs la promotion de l'idéologie sioniste,
- la loi qui interdit aux non-Juifs d'habiter certaines villes.
Quant aux deux dernières lois de discrimination raciale de juillet 2005 au niveau des couples, votées à une très grande majorité par le Parlement israélien et confirmées par une décision de la Haute cour de justice israélienne le 14 mai 2006, l’une interdit le regroupement familial des deux côtés de la « ligne verte » si l’un des conjoints est palestinien, l’autre veut que les Palestiniens de moins de 35 ans et les Palestiniennes de moins de 25 ans ne peuvent pas demander la citoyenneté israélienne, même si leur conjoint (e) est israélien et vit en Israël. Ces lois visent spécifiquement les Arabes israéliens (les citoyens palestiniens d’Israël) et les habitants palestiniens de Jérusalem car ce sont eux qui épousent des Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les conjoints israéliens sont mis dans l’alternative : la séparation ou l’émigration.
On peut ajouter que cette notion de race inhérente au judaïsme, entretenue voire exaltée par les sionistes et tous les Juifs religieux et qui, depuis un siècle, a fait tant de mal aux Arabes de Palestine, n'est pas sans conséquences funestes pour les Juifs eux-mêmes. Faut-il rappeler que pour les nazis, un Juif converti au christianisme, tel le protestant Victor Klemperer, restait juif (conformément au Talmud) et qu'il était voué, de par sa race, à l'extermination commune ?
« Il est étonnant, écrit Edmond Amran El Maleh (écrivain juif marocain), que personne n'ait osé entreprendre, au-delà des critiques du régime israélien, une analyse philosophique des bases racistes du sionisme. Racistes, parce que prônant la patrie par le sang, l'exclusion des non-juifs et, dans la foulée, l'expansionnisme territorial, la terreur, la violation des lois internationales. » Quant à Annah Arendt, dans une lettre de 1961 à son mari, elle n’hésite pas à faire un parallèle dévastateur entre les lois de Nuremberg et celles de l’ « État juif ». Relatant un dîner avec Golda Meir, ministre israélienne des Affaires étrangères, elle écrit : Nous nous sommes disputées jusqu’à une heure du matin […] Les enjeux : au fond, surtout, la question de la Constitution, de la séparation de l’Église et de l’État, de l’interdiction des mariages mixtes ou plus exactement de ces lois de Nuremberg qui existent actuellement et qui sont en partie vraiment monstrueuses » [71]. Et Alain Gresh [72], d’ajouter : « Du danger de creuser une ligne de démarcation entre les juifs et les Autres, de faire des juifs une entité à part… ». Dans son ouvrage sur le procès Eichmann, Hannah Arendt reviendra d’ailleurs sur ce sujet et montrera l’ironie d’attaquer les Lois de Nuremberg [73] alors que certaines Lois israéliennes concernant le statut des Juifs sont identiques à celles du régime nazi.
Emmanuel Lévyne, pour sa part, qualifie le sionisme de « nazisme juif » dans son ouvrage Judaïsme contre sionisme.
Toutes ces données expliquent fort bien qu'en Israël, si les non-Juifs sont susceptibles d'avoir des droits en tant qu'individus isolés, ils ne sauraient en avoir comme membres d'une communauté. N’a-t-il pas fallu attendre les accords d'Oslo (en 1993) pour que les dirigeants Israéliens arrivent à réviser leur position traditionnelle et à admettre qu'il n'y avait pas seulement des indigènes mais une communauté arabe en Palestine ? Cette communauté est d’ailleurs toujours ignorée par les livres d'Histoire à l'usage des enfants israéliens : le Livre du Jubilé, publié en 1998 pour commémorer l’anniversaire de la création de l’État d’Israël et destiné à toutes les écoles du pays, en est un témoin exemplaire [74]. Car les non-Juifs ne seront jamais que des guérim, , ces « résidents en terre d'Israël », étrangers que l'on tolère dans la condescendance ou la suspicion, faute jusqu’ici, sous le regard des nations, de les expulser hors des frontières de la Palestine.