Généalogie d’un doute
- Averroes
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Présentation d'Averroes
Bonjour.
En guise de mon baptême de feu au sein de votre petite communauté, voici une modeste contribution au débat relatif à la religion musulmane.
Eu égard à la longueur de celle-ci, j'ai jugé bon de la livrer en plusieurs parties, ce qui aura l'avantage -je le présume- d'en aérer la lecture en vue de faciliter l'intelligibilité de son contenu.
Alors, qu'à cela ne tienne ! Allons dans le vif du sujet.
__________________
Généalogie d’un doute
Il est une des caractéristiques humaines qui consiste à se sentir conforté dans son opinion, lorsque l’on constate que celle-ci est partagée par autrui. C’est ainsi que, craignant l’isolement intellectuel et social, tous les esprits libres qui ont été, à un moment de leur vie, traversés par un doute concernant la véracité des sources et des références ayant servi de socle fondateur aux dogmes de l’islam, tels que la Tradition nous les a légués, et, au-delà, de tout discours religieux, (ces esprits libres) n’ont pas manqué de vibrer à la moindre manifestation de soutien, leur permettant de se sentir renforcé dans leur entreprise blasphématoire. Il importe de préciser que c’est aux yeux du fidèle qu’il y a blasphème, tandis que l’esprit éclairé n’y voit, lui, qu’un usage rationnel de ses aptitudes cognitives.
Mais d’abord, un souci vis-à-vis de l’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître que toute tentative de remise en question d’un ensemble de croyances qui a remporté, pendant quatorze siècles, et continue de le faire, l’adhésion sans faille d’une masse considérable d’êtres humains, dont certains sont d’illustre trempe, ne va pas sans être assortie d’un lancinant sentiment d’inquiétude. Avouons que ça donne le vertige, notamment si l’auteur de ce dessein est né et a évolué dans un contexte musulman.
Au fait, d’où proviendrait cette rébellion inquiète ? Et pourquoi est-elle inquiète ?
Comment ne pas être assailli par des moments d’hésitation, de doute quant au bien-fondé d’une remise en question de ces dogmes ancestraux, lorsque depuis votre premier regard conscient vis-à-vis du monde vous subissez, dans le cadre d’une culture –osons le mot- oppressive, le joug dictatorial de l’autorité ; dans la cellule familiale, celle du père ou du frère aîné, à l’école coranique, ou même publique, celle du maître, en société celle des anciens et autres moralisateurs ou gardiens de la tradition et pour couronner le tout, celle du pouvoir administratif, policier et politique ?
L’existence de toutes ces autorités est une donnée normale pour un bon fonctionnement de la société, pour peu que leur essence soit fondée sur la justice et leur exercice ne revête pas justement ce caractère oppressif qui s’empresse d’étouffer toute parole ou pensée contraire, quand bien même serait-elle juste et justifiée.
En matière d’éducation, le crédo de cette culture peut se résumer ainsi : obéis sans discuter ; toute contestation –fut-elle rationnelle et fondée- de l’autorité est considérée comme impudence blasphématoire passible d’une réaction répressive. Est-il besoin de rappeler le sort qui a été réservé à Salman Rushdie ? Ou le déchaînement des vagues d’indignation, assorties parfois de graves menaces, que peut susciter toute caricature ou production littéraire ou cinématographique ayant osé émettre la moindre critique à l’endroit de la religion musulmane ou à l’une de ses composantes ?
C’est ce caractère oppressif, inquisitorial, voire despotique puisque, tel un réflexe pavlovien, sa première réaction consiste à réprimer la non-soumission à la ligne monolithique définie de façon arbitraire, qui ôte à l’autorité, telle qu’elle s’exerce dans nos sociétés, toute sa légitimité.
Toutefois, il serait injuste d’omettre d’évoquer l’existence, dans nos sociétés mêmes, de personnes sensées qui savent exercer l’autorité de façon raisonnable et mesurée et qui sont parfois même ouvertes à la discussion, voire à la controverse. Mais la petitesse de leur nombre les confine malheureusement dans le statut de l’exception. Or, notre propos ici est de parler de ce qui est généralisé est dominant.
Précisons d’abord que cette inquiétude a deux origines : l’une, sociale, s’alimente de la pesanteur du jugement de la société qui assigne à l’individu un destin semblable à celui d’une fourmi, dont le rôle se résume à exécuter avec les autres membres du contingent, dans un déterminisme savamment entretenu, les tâches définies par l’ordre hiérarchique, et qui s’empresse de le condamner dès lors qu’il veut user de son droit d’exister en tant qu’individu libre ; l’autre est psychologique.
Si le poids de l’origine sociale de notre inquiétude est indéniable -car comment agir sur les esprits pour les rendre plus tolérants ?- son origine psychologique se dissipe dès lors qu’on songe à la chose suivante : Dieu a-t-il vraiment besoin d’être défendu par les hommes ? Où est alors son omnipotence ? Quelle doctrine s’accommoderait –au risque de se coiffer de ridicule- de concevoir un dieu impuissant puisque le secours des hommes lui est indispensable ? N’allons pas plus loin. Il est des hommes qui, au prix d’insoutenables contradictions, feraient dire à Dieu n’importe quoi. À y réfléchir de près, les agissements intolérants de ceux qui se sont arrogé le droit de s’ériger en gardiens de la tradition lui sont plus préjudiciables. Ainsi, ils s’auto-disqualifient, même auprès d’autres croyants moins obscurantistes.
En guise de mon baptême de feu au sein de votre petite communauté, voici une modeste contribution au débat relatif à la religion musulmane.
Eu égard à la longueur de celle-ci, j'ai jugé bon de la livrer en plusieurs parties, ce qui aura l'avantage -je le présume- d'en aérer la lecture en vue de faciliter l'intelligibilité de son contenu.
Alors, qu'à cela ne tienne ! Allons dans le vif du sujet.
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Généalogie d’un doute
Il est une des caractéristiques humaines qui consiste à se sentir conforté dans son opinion, lorsque l’on constate que celle-ci est partagée par autrui. C’est ainsi que, craignant l’isolement intellectuel et social, tous les esprits libres qui ont été, à un moment de leur vie, traversés par un doute concernant la véracité des sources et des références ayant servi de socle fondateur aux dogmes de l’islam, tels que la Tradition nous les a légués, et, au-delà, de tout discours religieux, (ces esprits libres) n’ont pas manqué de vibrer à la moindre manifestation de soutien, leur permettant de se sentir renforcé dans leur entreprise blasphématoire. Il importe de préciser que c’est aux yeux du fidèle qu’il y a blasphème, tandis que l’esprit éclairé n’y voit, lui, qu’un usage rationnel de ses aptitudes cognitives.
Mais d’abord, un souci vis-à-vis de l’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître que toute tentative de remise en question d’un ensemble de croyances qui a remporté, pendant quatorze siècles, et continue de le faire, l’adhésion sans faille d’une masse considérable d’êtres humains, dont certains sont d’illustre trempe, ne va pas sans être assortie d’un lancinant sentiment d’inquiétude. Avouons que ça donne le vertige, notamment si l’auteur de ce dessein est né et a évolué dans un contexte musulman.
Au fait, d’où proviendrait cette rébellion inquiète ? Et pourquoi est-elle inquiète ?
Comment ne pas être assailli par des moments d’hésitation, de doute quant au bien-fondé d’une remise en question de ces dogmes ancestraux, lorsque depuis votre premier regard conscient vis-à-vis du monde vous subissez, dans le cadre d’une culture –osons le mot- oppressive, le joug dictatorial de l’autorité ; dans la cellule familiale, celle du père ou du frère aîné, à l’école coranique, ou même publique, celle du maître, en société celle des anciens et autres moralisateurs ou gardiens de la tradition et pour couronner le tout, celle du pouvoir administratif, policier et politique ?
L’existence de toutes ces autorités est une donnée normale pour un bon fonctionnement de la société, pour peu que leur essence soit fondée sur la justice et leur exercice ne revête pas justement ce caractère oppressif qui s’empresse d’étouffer toute parole ou pensée contraire, quand bien même serait-elle juste et justifiée.
En matière d’éducation, le crédo de cette culture peut se résumer ainsi : obéis sans discuter ; toute contestation –fut-elle rationnelle et fondée- de l’autorité est considérée comme impudence blasphématoire passible d’une réaction répressive. Est-il besoin de rappeler le sort qui a été réservé à Salman Rushdie ? Ou le déchaînement des vagues d’indignation, assorties parfois de graves menaces, que peut susciter toute caricature ou production littéraire ou cinématographique ayant osé émettre la moindre critique à l’endroit de la religion musulmane ou à l’une de ses composantes ?
C’est ce caractère oppressif, inquisitorial, voire despotique puisque, tel un réflexe pavlovien, sa première réaction consiste à réprimer la non-soumission à la ligne monolithique définie de façon arbitraire, qui ôte à l’autorité, telle qu’elle s’exerce dans nos sociétés, toute sa légitimité.
Toutefois, il serait injuste d’omettre d’évoquer l’existence, dans nos sociétés mêmes, de personnes sensées qui savent exercer l’autorité de façon raisonnable et mesurée et qui sont parfois même ouvertes à la discussion, voire à la controverse. Mais la petitesse de leur nombre les confine malheureusement dans le statut de l’exception. Or, notre propos ici est de parler de ce qui est généralisé est dominant.
Précisons d’abord que cette inquiétude a deux origines : l’une, sociale, s’alimente de la pesanteur du jugement de la société qui assigne à l’individu un destin semblable à celui d’une fourmi, dont le rôle se résume à exécuter avec les autres membres du contingent, dans un déterminisme savamment entretenu, les tâches définies par l’ordre hiérarchique, et qui s’empresse de le condamner dès lors qu’il veut user de son droit d’exister en tant qu’individu libre ; l’autre est psychologique.
Si le poids de l’origine sociale de notre inquiétude est indéniable -car comment agir sur les esprits pour les rendre plus tolérants ?- son origine psychologique se dissipe dès lors qu’on songe à la chose suivante : Dieu a-t-il vraiment besoin d’être défendu par les hommes ? Où est alors son omnipotence ? Quelle doctrine s’accommoderait –au risque de se coiffer de ridicule- de concevoir un dieu impuissant puisque le secours des hommes lui est indispensable ? N’allons pas plus loin. Il est des hommes qui, au prix d’insoutenables contradictions, feraient dire à Dieu n’importe quoi. À y réfléchir de près, les agissements intolérants de ceux qui se sont arrogé le droit de s’ériger en gardiens de la tradition lui sont plus préjudiciables. Ainsi, ils s’auto-disqualifient, même auprès d’autres croyants moins obscurantistes.
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Re: Généalogie d’un doute
Merci Yacoub pour l'accueil.
Je viens de faire le nécessaire, mais je dois avouer que ma navigation dans le site n'est pas chose aisée. Je continue donc à tâtonner jusqu'à la familiarisation.
Ainsi, pour des raisons de commodité, je vais poster la suite de mon article en passant seulement par la case répondre.
Le point de départ
Le passage initiatique, si j’ose dire, a été fourni par la lecture d’un hadith, rapporté par Abdullah Ibn Abbas (cousin paternel du prophète) et consigné dans le Sahih de Al-Bukhari et dans presque tous les recueils de ahadith. estampillé ainsi hadith sahih (parole prophétique authentique), ce qui lui confère le statut de source islamique incontestable :
« Lorsque le Messager d’Allah agonisait chez lui en présence de quelques hommes, dont `Omar ibn Al-Khattâb, il dit: « Qu'on m'apporte un encrier et un feuillet pour vous écrire ce qui vous préservera de l'égarement après ma mort. » 'Omar, alors, répliqua : « Le Prophète est [en train de délirer] sous l’emprise de la souffrance. Nous avons le Coran. Le Livre de Allah nous suffit. »
Ibn Abbas ajoute : « Comme ceux qui étaient présents n'arrivaient pas à s'entendre et se partagèrent entre l'opinion de 'Omar et l'ordre du Prophète, celui-ci, devant leur discussion de plus en plus hurlante et confuse, leur dit : « Sortez et laissez-moi car la discorde ne peut être tolérée auprès de moi ».
Ibn `Abbâs dit alors : « Ce fut un désastre que d’avoir empêché le Prophète d’écrire ce qu'il voulait écrire ».
(Al-Bukhârî, op. cit., “Livre de la science”, 1/22, 23)
Quel enseignement peut-on tirer de ce hadith ?
Si l’on manifeste un minimum d’égards à l’égard des principes de la logique, il est difficile de ne pas voir dans l’attitude de `Omar un acte de désobéissance vis-à-vis d’une injonction prophétique, n’en déplaise aux élucubrations des théoriciens de la parole prétendument sacrée de Muhammad et aux laudateurs du caractère présumé exceptionnel et impeccable de ses compagnons.
Considérez avec moi ce qui suit si vous le voulez bien.
N’est-il pas dit dans le Coran même que tout fidèle doit obéissance à Dieu et à son prophète (wa ati`u allaha wa rassulahu…) ? Ce qui autorise de penser que tout acte de désobéissance à l’un des commandements du prophète est une infraction en bonne et due forme à l’un des principes fondamentaux de l’islam. À cet égard, `Omar, par son attitude telle que rapportée dans ce hadith, n’a-t-il pas enfreint un commandement divin ? Car en refusant l’ordre du prophète, par transitivité il se rend également coupable de désobéissance à l’égard d’une prescription divine. N’est-il pas ainsi le premier pourfendeur de la perfection présumée de l’édifice islamique ?
Devant la perplexité suscitée par l’existence de ce hadith et le problème doctrinal qu’il pose, de deux choses l’une : ou bien l’attitude de `Omar est tout à fait normale et ne constitue aucunement une quelconque offense à l’égard des préceptes de la religion musulmane, ou alors l’authenticité du hadith en question est douteuse. Que l’on examine chacune des deux hypothèses.
Si l’on se range du côté de la première, comment se sortir alors de l’antagonisme indéniable entre le refus d’exécuter une injonction du prophète et la prescription coranique attestant que l’obéissance des fidèles lui est, stricto sensu, due (wa ati`u allaha wa rassulahu…). Car, quand bien même l’on s’acharnerait à défendre la normalité de l’attitude de `Omar arguant que le prophète, sous l’emprise de la maladie, n’était plus en pleine possession de ses facultés intellectuelle, il est difficile de trouver dans la demande de ce dernier une quelconque incohérence. Dirions-nous aujourd’hui d’un malade, fut-il agonisant, qu’il dit des choses insensées s’il advient qu’il demande de quoi écrire pour rédiger un testament ? Où est l’incohérence ou la perte de ses moyens intellectuels dans une telle demande ? Et puis, qui oserait dire –parmi les fidèles, entendons-nous- que l’homme le plus parfait d’entre les hommes (n’est-ce pas là le statut dont jouit Muhammad ?) peut dire des sottises, fut-ce sous l’emprise de la maladie ?
Je viens de faire le nécessaire, mais je dois avouer que ma navigation dans le site n'est pas chose aisée. Je continue donc à tâtonner jusqu'à la familiarisation.
Ainsi, pour des raisons de commodité, je vais poster la suite de mon article en passant seulement par la case répondre.
Le point de départ
Le passage initiatique, si j’ose dire, a été fourni par la lecture d’un hadith, rapporté par Abdullah Ibn Abbas (cousin paternel du prophète) et consigné dans le Sahih de Al-Bukhari et dans presque tous les recueils de ahadith. estampillé ainsi hadith sahih (parole prophétique authentique), ce qui lui confère le statut de source islamique incontestable :
« Lorsque le Messager d’Allah agonisait chez lui en présence de quelques hommes, dont `Omar ibn Al-Khattâb, il dit: « Qu'on m'apporte un encrier et un feuillet pour vous écrire ce qui vous préservera de l'égarement après ma mort. » 'Omar, alors, répliqua : « Le Prophète est [en train de délirer] sous l’emprise de la souffrance. Nous avons le Coran. Le Livre de Allah nous suffit. »
Ibn Abbas ajoute : « Comme ceux qui étaient présents n'arrivaient pas à s'entendre et se partagèrent entre l'opinion de 'Omar et l'ordre du Prophète, celui-ci, devant leur discussion de plus en plus hurlante et confuse, leur dit : « Sortez et laissez-moi car la discorde ne peut être tolérée auprès de moi ».
Ibn `Abbâs dit alors : « Ce fut un désastre que d’avoir empêché le Prophète d’écrire ce qu'il voulait écrire ».
(Al-Bukhârî, op. cit., “Livre de la science”, 1/22, 23)
Quel enseignement peut-on tirer de ce hadith ?
Si l’on manifeste un minimum d’égards à l’égard des principes de la logique, il est difficile de ne pas voir dans l’attitude de `Omar un acte de désobéissance vis-à-vis d’une injonction prophétique, n’en déplaise aux élucubrations des théoriciens de la parole prétendument sacrée de Muhammad et aux laudateurs du caractère présumé exceptionnel et impeccable de ses compagnons.
Considérez avec moi ce qui suit si vous le voulez bien.
N’est-il pas dit dans le Coran même que tout fidèle doit obéissance à Dieu et à son prophète (wa ati`u allaha wa rassulahu…) ? Ce qui autorise de penser que tout acte de désobéissance à l’un des commandements du prophète est une infraction en bonne et due forme à l’un des principes fondamentaux de l’islam. À cet égard, `Omar, par son attitude telle que rapportée dans ce hadith, n’a-t-il pas enfreint un commandement divin ? Car en refusant l’ordre du prophète, par transitivité il se rend également coupable de désobéissance à l’égard d’une prescription divine. N’est-il pas ainsi le premier pourfendeur de la perfection présumée de l’édifice islamique ?
Devant la perplexité suscitée par l’existence de ce hadith et le problème doctrinal qu’il pose, de deux choses l’une : ou bien l’attitude de `Omar est tout à fait normale et ne constitue aucunement une quelconque offense à l’égard des préceptes de la religion musulmane, ou alors l’authenticité du hadith en question est douteuse. Que l’on examine chacune des deux hypothèses.
Si l’on se range du côté de la première, comment se sortir alors de l’antagonisme indéniable entre le refus d’exécuter une injonction du prophète et la prescription coranique attestant que l’obéissance des fidèles lui est, stricto sensu, due (wa ati`u allaha wa rassulahu…). Car, quand bien même l’on s’acharnerait à défendre la normalité de l’attitude de `Omar arguant que le prophète, sous l’emprise de la maladie, n’était plus en pleine possession de ses facultés intellectuelle, il est difficile de trouver dans la demande de ce dernier une quelconque incohérence. Dirions-nous aujourd’hui d’un malade, fut-il agonisant, qu’il dit des choses insensées s’il advient qu’il demande de quoi écrire pour rédiger un testament ? Où est l’incohérence ou la perte de ses moyens intellectuels dans une telle demande ? Et puis, qui oserait dire –parmi les fidèles, entendons-nous- que l’homme le plus parfait d’entre les hommes (n’est-ce pas là le statut dont jouit Muhammad ?) peut dire des sottises, fut-ce sous l’emprise de la maladie ?
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Re: Généalogie d’un doute
L’insoutenable légèreté des zélateurs
Quant à l’interprétation émise par certains zélateurs, consistant à dire que l’attitude de `Omar était simplement mue par un souci de compassion à l’égard de l’état de souffrance dans lequel se trouvait Muhammad, et que son refus d’accéder à sa demande ne traduit en fait que la simple volonté de `Omar d’épargner au prophète un effort physique inutile et nuisible (l’acte d’écrire), elle (cette interprétation) confine, au mieux au risible, au pis à la perfidie et à la malhonnêteté intellectuelle. Car, où les tenants de cette thèse trouvent-ils la moindre mention ou allusion que `Omar avait agi par compassion ? Sauf à oser le culot de faire dire à un texte ce qu’il ne dit pas, l’élasticité d’un discours n’est pas sans limite. Mais, qu’à cela ne tienne ! Allons jusqu’au bout de cette assertion, pourquoi, dans ce cas, `Omar n’a-t-il pas simplement demandé au prophète de dicter son message en chargeant un scribe de le consigner par écrit ? Si l’on suppute que le contenu du testament allait concerner sa succession, une simple phrase, voire deux mots, auraient suffi pour désigner un successeur (Untel sera mon successeur). Est-ce un effort surhumain que de prononcer une très courte phrase ? Ainsi, la corvée d’écrire aurait bel et bien été évitée au prophète, mais son message aurait été sauvegardé. Soyons sérieux, quelles que soient les improbables bonnes raisons pour étoffer l’attitude de `Omar d’un soupçon de normalité ou de bonne foi, dans cette affaire, l’hypothèse de cette normalité s’avère tout simplement intenable.
Considérons à présent la seconde hypothèse. Le doute à l’égard de l’authenticité de ce hadith engendre nécessairement un doute plus global : celui de l’ensemble des hadiths ; car le ver est dans le fruit. Sinon, au nom de quoi va-t-on remettre en question un seul hadith et continuer d’admettre l’authenticité des autres, alors que la Tradition nous présente le Sahih de Al-Bukhari et celui de Muslim comme étant un tout incontestable ?
Poussons le questionnement : devant le refus de `Omar d’accéder à la demande du prophète, pourquoi ce dernier ne s’est-il pas contenté de dicter, ne serait-ce qu’à son cercle le plus proche ou à sa préférée `Aicha par exemple, son testament ? Il existait bien des disciples pour transcrire le texte de la révélation (le Coran) ou simplement les différents dires et sentences du prophète. Selon le récit de ce hadith, non seulement Muhammad avait bien la force de parler, mais il avait aussi la lucidité de dire à ceux qui l’entouraient qu’il ne saurait tolérer les dissensions cacophoniques auprès de lui. Il est, du reste, bien aisé d’imaginer, sinon des scribes s’affairer pour consigner la parole prophétique, du moins des disciples, des compagnons, s’appliquer pour retenir par cœur les paroles du « plus parfait des hommes », comme ils l’ont bien fait dans des situations de bien moindre importance. Ou alors, qui sait, ils l’ont peut-être fait, mais on s’est bien arrangé pour que cela restât à jamais non su. L’incompréhension n’en est qu’à son paroxysme, lorsque l’on considère cette énigmatique phrase de Ibn Abbas qui semble en vouloir à celui qui empêché l’existence du testament prophétique : « Ar-raziyyatu Kullu ar-raziyya ma hala baynana wa bayna kitabi rassul li-lah. » (L’empêchement de la rédaction du testament du prophète fut pour nous une calamité). [Kitab Al milal wa An-Nihal de As-shahrastani, éd. Beyrouth 1990, pp.30]. Notez, au passage, que le prophète `Ummiy (illettré selon le Coran, ainsi que différentes sources de la Tradition) est dans cette histoire en mesure d’écrire : une énième incohérence.
Quant à l’interprétation émise par certains zélateurs, consistant à dire que l’attitude de `Omar était simplement mue par un souci de compassion à l’égard de l’état de souffrance dans lequel se trouvait Muhammad, et que son refus d’accéder à sa demande ne traduit en fait que la simple volonté de `Omar d’épargner au prophète un effort physique inutile et nuisible (l’acte d’écrire), elle (cette interprétation) confine, au mieux au risible, au pis à la perfidie et à la malhonnêteté intellectuelle. Car, où les tenants de cette thèse trouvent-ils la moindre mention ou allusion que `Omar avait agi par compassion ? Sauf à oser le culot de faire dire à un texte ce qu’il ne dit pas, l’élasticité d’un discours n’est pas sans limite. Mais, qu’à cela ne tienne ! Allons jusqu’au bout de cette assertion, pourquoi, dans ce cas, `Omar n’a-t-il pas simplement demandé au prophète de dicter son message en chargeant un scribe de le consigner par écrit ? Si l’on suppute que le contenu du testament allait concerner sa succession, une simple phrase, voire deux mots, auraient suffi pour désigner un successeur (Untel sera mon successeur). Est-ce un effort surhumain que de prononcer une très courte phrase ? Ainsi, la corvée d’écrire aurait bel et bien été évitée au prophète, mais son message aurait été sauvegardé. Soyons sérieux, quelles que soient les improbables bonnes raisons pour étoffer l’attitude de `Omar d’un soupçon de normalité ou de bonne foi, dans cette affaire, l’hypothèse de cette normalité s’avère tout simplement intenable.
Considérons à présent la seconde hypothèse. Le doute à l’égard de l’authenticité de ce hadith engendre nécessairement un doute plus global : celui de l’ensemble des hadiths ; car le ver est dans le fruit. Sinon, au nom de quoi va-t-on remettre en question un seul hadith et continuer d’admettre l’authenticité des autres, alors que la Tradition nous présente le Sahih de Al-Bukhari et celui de Muslim comme étant un tout incontestable ?
Poussons le questionnement : devant le refus de `Omar d’accéder à la demande du prophète, pourquoi ce dernier ne s’est-il pas contenté de dicter, ne serait-ce qu’à son cercle le plus proche ou à sa préférée `Aicha par exemple, son testament ? Il existait bien des disciples pour transcrire le texte de la révélation (le Coran) ou simplement les différents dires et sentences du prophète. Selon le récit de ce hadith, non seulement Muhammad avait bien la force de parler, mais il avait aussi la lucidité de dire à ceux qui l’entouraient qu’il ne saurait tolérer les dissensions cacophoniques auprès de lui. Il est, du reste, bien aisé d’imaginer, sinon des scribes s’affairer pour consigner la parole prophétique, du moins des disciples, des compagnons, s’appliquer pour retenir par cœur les paroles du « plus parfait des hommes », comme ils l’ont bien fait dans des situations de bien moindre importance. Ou alors, qui sait, ils l’ont peut-être fait, mais on s’est bien arrangé pour que cela restât à jamais non su. L’incompréhension n’en est qu’à son paroxysme, lorsque l’on considère cette énigmatique phrase de Ibn Abbas qui semble en vouloir à celui qui empêché l’existence du testament prophétique : « Ar-raziyyatu Kullu ar-raziyya ma hala baynana wa bayna kitabi rassul li-lah. » (L’empêchement de la rédaction du testament du prophète fut pour nous une calamité). [Kitab Al milal wa An-Nihal de As-shahrastani, éd. Beyrouth 1990, pp.30]. Notez, au passage, que le prophète `Ummiy (illettré selon le Coran, ainsi que différentes sources de la Tradition) est dans cette histoire en mesure d’écrire : une énième incohérence.
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Re: Généalogie d’un doute
`Omar, ouvreur de la boîte de Pandore
Eu égard à toutes ces considérations, voilà qui ne manque pas d’ébranler l’un des édifices fondamentaux de l’Islam : le hadith. Et, cerise sur le gâteau, cette parole de `Omar "le Coran nous suffit" n’indique-t-elle pas qu’il rejette la Sunna du prophète ou, du moins, que pour lui la seule référence intangible demeure seulement le Coran ? Décidément, cette tare, suscitée par l’attitude de `Omar, montre tout simplement qu’il y a bel et bien anguille sous roche…
D’ailleurs, il n’y a qu’à lire le corpus de la Tradition, avec l’œil de l’historien détaché bien sûr et non celui d’un fidèle atteint de crédulité myope, pour se forger une opinion sur le personnage, où son caractère autoritaire, pour ne pas dire despotique, ne laisse par l’once d’un doute, et où ses velléités hégémoniques sont à peine voilées. Est-il besoin de rappeler son intervention, lors du tumulte relatif à la désignation d’un successeur du prophète, pour imposer, tel un putschiste, le choix de ‘Abu Bakr comme calife ? Faut-il rappeler son regret, à peine voilé, de ne pas avoir inséré dans le texte du Coran le verset de la lapidation, comme sanction à l’égard de tout individu marié coupable d’adultère ? Notons, par ailleurs, que c’est `Omar qui est à l’origine du corpus qui va servir de base à l’élaboration de la vulgate ùthmanienne, puisque la commission, mandatée par `Uthmane pour l’élaboration d’un Coran ne varietur, a demandé, sur ordre de ce dernier, à Hafsa, fille de Omar de lui livrer le corpus qu’elle a hérité de son père.
Voilà un personnage loin de laisser indifférent quiconque s’intéresserait à lui ! Ces quelques faits relatifs à sa vie ont achevé d’ouvrir devant ma curiosité intellectuelle une boîte de Pandore qui, de facto, s’est abattue sur tout ce qu’on m’a inculqué, concernant mon éducation spirituelle, depuis mon premier regard conscient sur la vie. Et pour initier le flot des bousculements de ces idées longtemps ancrées dans mon esprit par le formatage social et l’endoctrinement spirituel, destin inexorable assigné à tout individu ayant évolué dans une société arabo-musulmane, un regard nouveau, résolument empli de rationalisme, a vu le jour en mon âme.
Eu égard à toutes ces considérations, voilà qui ne manque pas d’ébranler l’un des édifices fondamentaux de l’Islam : le hadith. Et, cerise sur le gâteau, cette parole de `Omar "le Coran nous suffit" n’indique-t-elle pas qu’il rejette la Sunna du prophète ou, du moins, que pour lui la seule référence intangible demeure seulement le Coran ? Décidément, cette tare, suscitée par l’attitude de `Omar, montre tout simplement qu’il y a bel et bien anguille sous roche…
D’ailleurs, il n’y a qu’à lire le corpus de la Tradition, avec l’œil de l’historien détaché bien sûr et non celui d’un fidèle atteint de crédulité myope, pour se forger une opinion sur le personnage, où son caractère autoritaire, pour ne pas dire despotique, ne laisse par l’once d’un doute, et où ses velléités hégémoniques sont à peine voilées. Est-il besoin de rappeler son intervention, lors du tumulte relatif à la désignation d’un successeur du prophète, pour imposer, tel un putschiste, le choix de ‘Abu Bakr comme calife ? Faut-il rappeler son regret, à peine voilé, de ne pas avoir inséré dans le texte du Coran le verset de la lapidation, comme sanction à l’égard de tout individu marié coupable d’adultère ? Notons, par ailleurs, que c’est `Omar qui est à l’origine du corpus qui va servir de base à l’élaboration de la vulgate ùthmanienne, puisque la commission, mandatée par `Uthmane pour l’élaboration d’un Coran ne varietur, a demandé, sur ordre de ce dernier, à Hafsa, fille de Omar de lui livrer le corpus qu’elle a hérité de son père.
Voilà un personnage loin de laisser indifférent quiconque s’intéresserait à lui ! Ces quelques faits relatifs à sa vie ont achevé d’ouvrir devant ma curiosité intellectuelle une boîte de Pandore qui, de facto, s’est abattue sur tout ce qu’on m’a inculqué, concernant mon éducation spirituelle, depuis mon premier regard conscient sur la vie. Et pour initier le flot des bousculements de ces idées longtemps ancrées dans mon esprit par le formatage social et l’endoctrinement spirituel, destin inexorable assigné à tout individu ayant évolué dans une société arabo-musulmane, un regard nouveau, résolument empli de rationalisme, a vu le jour en mon âme.
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Re: Généalogie d’un doute
Si `Omar l’a osé, pourquoi pas quiconque ?
En effet, si `Omar ibn Al-Khattab, compte tenu de la haute considération dont il jouit au sein de l’héritage culturel et cultuel islamique, à telle enseigne que les zélateurs musulmans considèrent comme presque hérétique le fait de ne pas accoler à son nom l’imploration « radhia allahu `anh » (= que Dieu lui accorde son agrément, ou encore =que Dieu soit satisfait de son action), s’est offert le luxe de passer outre une injonction du prophète et, chemin faisant, une prescription coranique, au nom de quoi cette impudence serait alors condamnable s’il advenait qu’elle soit l’œuvre de quiconque ? Si tel est le cas, le deux poids deux mesures est indéniable. Comment pourrait-on justifier la condamnation de ce qu’on a admis chez `Omar ? Sinon, il s’en suit alors que la non condamnation et le sublime prestige auréolant le personnage révèlent simplement la main de l’homme derrière tout ce qu’on a voulu nous présenter comme étant sacré et, comble de l’ironie, `Omar ibn Al-Khattab avait l’air de le savoir. Sinon, aurait-il osé son impudence ?
Par conséquent, vouer aux gémonies tout esprit libre, au motif qu’il s’est rendu coupable d’acte blasphématoire consistant à remettre en question les préceptes de la doctrine musulmane serait une entreprise intellectuellement insoutenable. Car, quel blasphème surpasserait en gravité celui ayant consisté à rejeter un commandement prophétique et divin de la part de l’un des personnages les plus illustres de la Tradition musulmane ? Son acte est d’autant plus grave qu’il est considéré comme l’un des plus illustres compagnons du prophète. Sa désobéissance est un affront direct à l’égard du prophète ; alors que celui qui ose la critique, de nos jours, tout au plus, et pour peu que les zélateurs soient cohérents vis-à-vis d’eux-mêmes et intellectuellement honnêtes, ils pourraient uniquement lui reprocher son refus de croire à des récits vieux de quatorze siècles, et en aucun cas, eu égard à cette distance chronologique, un outrage à la personne de Muhammad, comme l’avait osé `Omar ibn Al-Khattab. Tant et si bien qu’il devient difficile, in fine, d’évacuer le scepticisme, lorsqu’on est en présence d’une pléthore de situations ambiguës et paradoxales, qui plaident moins en faveur d’un discours serein et apaisé qu’en faveur d’une suspicion faisant la part belle à l’idée qu’il y a bien moult anguilles sous roche dans cette doctrine…
En effet, si `Omar ibn Al-Khattab, compte tenu de la haute considération dont il jouit au sein de l’héritage culturel et cultuel islamique, à telle enseigne que les zélateurs musulmans considèrent comme presque hérétique le fait de ne pas accoler à son nom l’imploration « radhia allahu `anh » (= que Dieu lui accorde son agrément, ou encore =que Dieu soit satisfait de son action), s’est offert le luxe de passer outre une injonction du prophète et, chemin faisant, une prescription coranique, au nom de quoi cette impudence serait alors condamnable s’il advenait qu’elle soit l’œuvre de quiconque ? Si tel est le cas, le deux poids deux mesures est indéniable. Comment pourrait-on justifier la condamnation de ce qu’on a admis chez `Omar ? Sinon, il s’en suit alors que la non condamnation et le sublime prestige auréolant le personnage révèlent simplement la main de l’homme derrière tout ce qu’on a voulu nous présenter comme étant sacré et, comble de l’ironie, `Omar ibn Al-Khattab avait l’air de le savoir. Sinon, aurait-il osé son impudence ?
Par conséquent, vouer aux gémonies tout esprit libre, au motif qu’il s’est rendu coupable d’acte blasphématoire consistant à remettre en question les préceptes de la doctrine musulmane serait une entreprise intellectuellement insoutenable. Car, quel blasphème surpasserait en gravité celui ayant consisté à rejeter un commandement prophétique et divin de la part de l’un des personnages les plus illustres de la Tradition musulmane ? Son acte est d’autant plus grave qu’il est considéré comme l’un des plus illustres compagnons du prophète. Sa désobéissance est un affront direct à l’égard du prophète ; alors que celui qui ose la critique, de nos jours, tout au plus, et pour peu que les zélateurs soient cohérents vis-à-vis d’eux-mêmes et intellectuellement honnêtes, ils pourraient uniquement lui reprocher son refus de croire à des récits vieux de quatorze siècles, et en aucun cas, eu égard à cette distance chronologique, un outrage à la personne de Muhammad, comme l’avait osé `Omar ibn Al-Khattab. Tant et si bien qu’il devient difficile, in fine, d’évacuer le scepticisme, lorsqu’on est en présence d’une pléthore de situations ambiguës et paradoxales, qui plaident moins en faveur d’un discours serein et apaisé qu’en faveur d’une suspicion faisant la part belle à l’idée qu’il y a bien moult anguilles sous roche dans cette doctrine…
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Généalogie d’un doute
Généalogie d’un doute
Il est une des caractéristiques humaines qui consiste à se sentir conforté dans son opinion, lorsque l’on constate que celle-ci est partagée par autrui. C’est ainsi que, craignant l’isolement intellectuel et social, tous les esprits libres qui ont été, à un moment de leur vie, traversés par un doute concernant la véracité des sources et des références ayant servi de socle fondateur aux dogmes de l’islam, tels que la Tradition nous les a légués, et, au-delà, de tout discours religieux, (ces esprits libres) n’ont pas manqué de vibrer à la moindre manifestation de soutien, leur permettant de se sentir renforcé dans leur entreprise blasphématoire. Il importe de préciser que c’est aux yeux du fidèle qu’il y a blasphème, tandis que l’esprit éclairé n’y voit, lui, qu’un usage rationnel de ses aptitudes cognitives.
Mais d’abord, un souci vis-à-vis de l’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître que toute tentative de remise en question d’un ensemble de croyances qui a remporté, pendant quatorze siècles, et continue de le faire, l’adhésion sans faille d’une masse considérable d’hommes, dont certains sont d’illustre trempe, ne va pas sans être assortie d’un lancinant sentiment d’inquiétude. Avouons que ça donne le vertige, notamment si l’auteur de ce dessein est né et a évolué dans un contexte musulman.
Au fait, d’où proviendrait cette rébellion inquiète ? Et pourquoi est-elle inquiète ?
Comment ne pas être assailli par des moments d’hésitation, de doute quant au bien-fondé d’une remise en question de ces dogmes ancestraux, lorsque depuis votre premier regard conscient vis-à-vis du monde vous subissez, dans le cadre d’une culture –osons le mot- oppressive, le joug dictatorial de l’autorité ; dans la cellule familiale, celle du père ou du frère aîné, à l’école coranique, ou même publique, celle du maître, en société celle des anciens et autres moralisateurs ou gardiens de la tradition et pour couronner le tout, celle du pouvoir administratif, policier et politique ?
L’existence de toutes ces autorités est une donnée normale pour un bon fonctionnement de la société, pour peu que leur essence soit fondée sur la justice et leur exercice ne revête pas justement ce caractère oppressif qui s’empresse d’étouffer toute parole ou pensée contraire, quand bien même serait-elle juste et justifiée.
En matière d’éducation, le crédo de cette culture peut se résumer ainsi : obéis sans discuter ; toute contestation –fut-elle rationnelle et fondée- de l’autorité est considérée comme impudence blasphématoire passible d’une réaction répressive. Est-il besoin de rappeler le sort qui a été réservé à Salman Rushdie ? Ou le déchaînement des vagues d’indignation, assorties parfois de graves menaces, que peut susciter toute caricature ou production littéraire ou cinématographique ayant osé émettre la moindre critique à l’endroit de la religion musulmane ou à l’une de ses composantes ?
C’est ce caractère oppressif, inquisitorial, voire despotique puisque, tel un réflexe pavlovien, sa première réaction consiste à réprimer la non-soumission à la ligne monolithique définie de façon arbitraire, qui ôte à l’autorité, telle qu’elle s’exerce dans nos sociétés, toute sa légitimité.
Toutefois, il serait injuste d’omettre d’évoquer l’existence, dans nos sociétés mêmes, de personnes sensées qui savent exercer l’autorité de façon raisonnable et mesurée et qui sont parfois même ouvertes à la discussion, voire à la controverse. Mais la petitesse de leur nombre les confine malheureusement dans le statut de l’exception. Or, notre propos ici est de parler de ce qui est généralisé est dominant.
Précisons d’abord que cette inquiétude a deux origines : l’une, sociale, s’alimente de la pesanteur du jugement de la société qui assigne à l’individu un destin semblable à celui d’une fourmi, dont le rôle se résume à exécuter avec les autres membres du contingent, dans un déterminisme savamment entretenu, les tâches définies par l’ordre hiérarchique, et qui s’empresse de le condamner dès lors qu’il veut user de son droit d’exister en tant qu’individu libre ; l’autre est psychologique.
Si le poids de l’origine sociale de notre inquiétude est indéniable -car comment agir sur les esprits pour les rendre plus tolérants ?- son origine psychologique se dissipe dès lors qu’on songe à la chose suivante : Dieu a-t-il vraiment besoin d’être défendu par les hommes ? Où est alors son omnipotence ? Quelle doctrine s’accommoderait –au risque de se coiffer de ridicule- de concevoir un dieu impuissant puisque le secours des hommes lui est indispensable ? N’allons pas plus loin. Il est des hommes qui, au prix d’insoutenables contradictions, feraient dire à Dieu n’importe quoi. À y réfléchir de près, les agissements intolérants de ceux qui se sont arrogé le droit de s’ériger en gardiens de la tradition lui sont plus préjudiciables. Ainsi, ils s’auto-disqualifient, même auprès d’autres croyants moins obscurantistes.
Le point de départ
Le passage initiatique, si j’ose dire, a été fourni par la lecture d’un hadith, rapporté par Abdullah Ibn Abbas (cousin paternel du prophète) et consigné dans le Sahih de Al-Bukhari et dans presque tous les recueils de ahadith. estampillé ainsi hadith sahih (parole prophétique authentique), ce qui lui confère le statut de source islamique incontestable :
« Lorsque le Messager d’Allah agonisait chez lui en présence de quelques hommes, dont `Omar ibn Al-Khattâb, il dit: « Qu'on m'apporte un encrier et un feuillet pour vous écrire ce qui vous préservera de l'égarement après ma mort. » 'Omar, alors, répliqua : « Le Prophète est [en train de délirer] sous l’emprise de la souffrance. Nous avons le Coran. Le Livre de Allah nous suffit. »
Ibn Abbas ajoute : « Comme ceux qui étaient présents n'arrivaient pas à s'entendre et se partagèrent entre l'opinion de 'Omar et l'ordre du Prophète, celui-ci, devant leur discussion de plus en plus hurlante et confuse, leur dit : « Sortez et laissez-moi car la discorde ne peut être tolérée auprès de moi ».
Ibn `Abbâs dit alors : « Ce fut un désastre que d’avoir empêché le Prophète d’écrire ce qu'il voulait écrire ».
(Al-Bukhârî, op. cit., “Livre de la science”, 1/22, 23)
Quel enseignement peut-on tirer de ce hadith ?
Si l’on manifeste un minimum d’égards à l’égard des principes de la logique, il est difficile de ne pas voir dans l’attitude de `Omar un acte de désobéissance vis-à-vis d’une injonction prophétique, n’en déplaise aux élucubrations des théoriciens de la parole prétendument sacrée de Muhammad et aux laudateurs du caractère présumé exceptionnel et impeccable de ses compagnons.
Considérez avec moi ce qui suit si vous le voulez bien.
N’est-il pas dit dans le Coran même que tout fidèle doit obéissance à Dieu et à son prophète (wa ati`u allaha wa rassulahu…) ? Ce qui autorise de penser que tout acte de désobéissance à l’un des commandements du prophète est une infraction en bonne et due forme à l’un des principes fondamentaux de l’islam. À cet égard, `Omar, par son attitude telle que rapportée dans ce hadith, n’a-t-il pas enfreint un commandement divin ? Car en refusant l’ordre du prophète, par transitivité il se rend également coupable de désobéissance à l’égard d’une prescription divine. N’est-il pas ainsi le premier pourfendeur de la perfection présumée de l’édifice islamique ?
Devant la perplexité suscitée par l’existence de ce hadith et le problème doctrinal qu’il pose, de deux choses l’une : ou bien l’attitude de `Omar est tout à fait normale et ne constitue aucunement une quelconque offense à l’égard des préceptes de la religion musulmane, ou alors l’authenticité du hadith en question est douteuse. Que l’on examine chacune des deux hypothèses.
Si l’on se range du côté de la première, comment se sortir alors de l’antagonisme indéniable entre le refus d’exécuter une injonction du prophète et la prescription coranique attestant que l’obéissance des fidèles lui est, stricto sensu, due (wa ati`u allaha wa rassulahu…). Car, quand bien même l’on s’acharnerait à défendre la normalité de l’attitude de `Omar arguant que le prophète, sous l’emprise de la maladie, n’était plus en pleine possession de ses facultés intellectuelle, il est difficile de trouver dans la demande de ce dernier une quelconque incohérence. Dirions-nous aujourd’hui d’un malade, fut-il agonisant, qu’il dit des choses insensées s’il advient qu’il demande de quoi écrire pour rédiger un testament ? Où est l’incohérence ou la perte de ses moyens intellectuels dans une telle demande ? Et puis, qui oserait dire –parmi les fidèles, entendons-nous- que l’homme le plus parfait d’entre les hommes (n’est-ce pas là le statut dont jouit Muhammad ?) peut dire des sottises, fut-ce sous l’emprise de la maladie ?
L’insoutenable légèreté des zélateurs
Quant à l’interprétation émise par certains zélateurs, consistant à dire que l’attitude de `Omar était simplement mue par un souci de compassion à l’égard de l’état de souffrance dans lequel se trouvait Muhammad, et que son refus d’accéder à sa demande ne traduit en fait que la simple volonté de `Omar d’épargner au prophète un effort physique inutile et nuisible (l’acte d’écrire), elle (cette interprétation) confine, au mieux au risible, au pis à la perfidie et à la malhonnêteté intellectuelle. Car, où les tenants de cette thèse trouvent-ils la moindre mention ou allusion que `Omar avait agi par compassion ? Sauf à oser le culot de faire dire à un texte ce qu’il ne dit pas, l’élasticité d’un discours n’est pas sans limite. Mais, qu’à cela ne tienne ! Allons jusqu’au bout de cette assertion, pourquoi, dans ce cas, `Omar n’a-t-il pas simplement demandé au prophète de dicter son message en chargeant un scribe de le consigner par écrit ? Si l’on suppute que le contenu du testament allait concerner sa succession, une simple phrase, voire deux mots, auraient suffi pour désigner un successeur (Untel sera mon successeur). Est-ce un effort surhumain que de prononcer une très courte phrase ? Ainsi, la corvée d’écrire aurait bel et bien été évitée au prophète, mais son message aurait été sauvegardé. Soyons sérieux, quelles que soient les improbables bonnes raisons pour étoffer l’attitude de `Omar d’un soupçon de normalité ou de bonne foi, dans cette affaire, l’hypothèse de cette normalité s’avère tout simplement intenable.
Considérons à présent la seconde hypothèse. Le doute à l’égard de l’authenticité de ce hadith engendre nécessairement un doute plus global : celui de l’ensemble des hadiths ; car le ver est dans le fruit. Sinon, au nom de quoi va-t-on remettre en question un seul hadith et continuer d’admettre l’authenticité des autres, alors que la Tradition nous présente le Sahih de Al-Bukhari et celui de Muslim comme étant un tout incontestable ?
Poussons le questionnement : devant le refus de `Omar d’accéder à la demande du prophète, pourquoi ce dernier ne s’est-il pas contenté de dicter, ne serait-ce qu’à son cercle le plus proche ou à sa préférée `Aicha par exemple, son testament ? Il existait bien des disciples pour transcrire le texte de la révélation (le Coran) ou simplement les différents dires et sentences du prophète. Selon le récit de ce hadith, non seulement Muhammad avait bien la force de parler, mais il avait aussi la lucidité de dire à ceux qui l’entouraient qu’il ne saurait tolérer les dissensions cacophoniques auprès de lui. Il est, du reste, bien aisé d’imaginer, sinon des scribes s’affairer pour consigner la parole prophétique, du moins des disciples, des compagnons, s’appliquer pour retenir par cœur les paroles du « plus parfait des hommes », comme ils l’ont bien fait dans des situations de bien moindre importance. Ou alors, qui sait, ils l’ont peut-être fait, mais on s’est bien arrangé pour que cela restât à jamais non su. L’incompréhension n’en est qu’à son paroxysme, lorsque l’on considère cette énigmatique phrase de Ibn Abbas qui semble en vouloir à celui qui empêché l’existence du testament prophétique : « Ar-raziyyatu Kullu ar-raziyya ma hala baynana wa bayna kitabi rassul li-lah. » (L’empêchement de la rédaction du testament du prophète fut pour nous une calamité). [Kitab Al milal wa An-Nihal de As-shahrastani, éd. Beyrouth 1990, pp.30]. Notez, au passage, que le prophète `Ummiy (illettré selon le Coran, ainsi que différentes sources de la Tradition) est dans cette histoire en mesure d’écrire : une énième incohérence.
`Omar, ouvreur de la boîte de Pandore
Eu égard à toutes ces considérations, voilà qui ne manque pas d’ébranler l’un des édifices fondamentaux de l’Islam : le hadith. Et, cerise sur le gâteau, cette parole de `Omar "le Coran nous suffit" n’indique-t-elle pas qu’il rejette la Sunna du prophète ou, du moins, que pour lui la seule référence intangible demeure seulement le Coran ? Décidément, cette tare, suscitée par l’attitude de `Omar, montre tout simplement qu’il y a bel et bien anguille sous roche…
D’ailleurs, il n’y a qu’à lire le corpus de la Tradition, avec l’œil de l’historien détaché bien sûr et non celui d’un fidèle atteint de crédulité myope, pour se forger une opinion sur le personnage, où son caractère autoritaire, pour ne pas dire despotique, ne laisse par l’once d’un doute, et où ses velléités hégémoniques sont à peine voilées. Est-il besoin de rappeler son intervention, lors du tumulte relatif à la désignation d’un successeur du prophète, pour imposer, tel un putschiste, le choix de ‘Abu Bakr comme calife ? Faut-il rappeler son regret, à peine voilé, de ne pas avoir inséré dans le texte du Coran le verset de la lapidation, comme sanction à l’égard de tout individu marié coupable d’adultère ? Notons, par ailleurs, que c’est `Omar qui est à l’origine du corpus qui va servir de base à l’élaboration de la vulgate ùthmanienne, puisque la commission, mandatée par `Uthmane pour l’élaboration d’un Coran ne varietur, a demandé, sur ordre de ce dernier, à Hafsa, fille de Omar de lui livrer le corpus qu’elle a hérité de son père.
Voilà un personnage loin de laisser indifférent quiconque s’intéresserait à lui ! Ces quelques faits relatifs à sa vie ont achevé d’ouvrir devant ma curiosité intellectuelle une boîte de Pandore qui, de facto, s’est abattue sur tout ce qu’on m’a inculqué, concernant mon éducation spirituelle, depuis mon premier regard conscient sur la vie. Et pour initier le flot des bousculements de ces idées longtemps ancrées dans mon esprit par le formatage social et l’endoctrinement spirituel, destin inexorable assigné à tout individu ayant évolué dans une société arabo-musulmane, un regard nouveau, résolument empli de rationalisme, a vu le jour en mon âme.
Si `Omar l’a osé, pourquoi pas quiconque ?
En effet, si `Omar ibn Al-Khattab, compte tenu de la haute considération dont il jouit au sein de l’héritage culturel et cultuel islamique, à telle enseigne que les zélateurs musulmans considèrent comme presque hérétique le fait de ne pas accoler à son nom l’imploration « radhia allahu `anh » (= que Dieu lui accorde son agrément, ou encore =que Dieu soit satisfait de son action), s’est offert le luxe de passer outre une injonction du prophète et, chemin faisant, une prescription coranique, au nom de quoi cette impudence serait alors condamnable s’il advenait qu’elle soit l’œuvre de quiconque ? Si tel est le cas, le deux poids deux mesures est indéniable. Comment pourrait-on justifier la condamnation de ce qu’on a admis chez `Omar ? Sinon, il s’en suit alors que la non condamnation et le sublime prestige auréolant le personnage révèlent simplement la main de l’homme derrière tout ce qu’on a voulu nous présenter comme étant sacré et, comble de l’ironie, `Omar ibn Al-Khattab avait l’air de le savoir. Sinon, aurait-il osé son impudence ?
Par conséquent, vouer aux gémonies tout esprit libre, au motif qu’il s’est rendu coupable d’acte blasphématoire consistant à remettre en question les préceptes de la doctrine musulmane serait une entreprise intellectuellement insoutenable. Car, quel blasphème surpasserait en gravité celui ayant consisté à rejeter un commandement prophétique et divin de la part de l’un des personnages les plus illustres de la Tradition musulmane ? Son acte est d’autant plus grave qu’il est considéré comme l’un des plus illustres compagnons du prophète. Sa désobéissance est un affront direct à l’égard du prophète ; alors que celui qui ose la critique, de nos jours, tout au plus, et pour peu que les zélateurs soient cohérents vis-à-vis d’eux-mêmes et intellectuellement honnêtes, ils pourraient uniquement lui reprocher son refus de croire à des récits vieux de quatorze siècles, et en aucun cas, eu égard à cette distance chronologique, un outrage à la personne de Muhammad, comme l’avait osé `Omar ibn Al-Khattab. Tant et si bien qu’il devient difficile, in fine, d’évacuer le scepticisme, lorsqu’on est en présence d’une pléthore de situations ambiguës et paradoxales, qui plaident moins en faveur d’un discours serein et apaisé qu’en faveur d’une suspicion faisant la part belle à l’idée qu’il y a bien moult anguilles sous roche dans cette doctrine…
Il est une des caractéristiques humaines qui consiste à se sentir conforté dans son opinion, lorsque l’on constate que celle-ci est partagée par autrui. C’est ainsi que, craignant l’isolement intellectuel et social, tous les esprits libres qui ont été, à un moment de leur vie, traversés par un doute concernant la véracité des sources et des références ayant servi de socle fondateur aux dogmes de l’islam, tels que la Tradition nous les a légués, et, au-delà, de tout discours religieux, (ces esprits libres) n’ont pas manqué de vibrer à la moindre manifestation de soutien, leur permettant de se sentir renforcé dans leur entreprise blasphématoire. Il importe de préciser que c’est aux yeux du fidèle qu’il y a blasphème, tandis que l’esprit éclairé n’y voit, lui, qu’un usage rationnel de ses aptitudes cognitives.
Mais d’abord, un souci vis-à-vis de l’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître que toute tentative de remise en question d’un ensemble de croyances qui a remporté, pendant quatorze siècles, et continue de le faire, l’adhésion sans faille d’une masse considérable d’hommes, dont certains sont d’illustre trempe, ne va pas sans être assortie d’un lancinant sentiment d’inquiétude. Avouons que ça donne le vertige, notamment si l’auteur de ce dessein est né et a évolué dans un contexte musulman.
Au fait, d’où proviendrait cette rébellion inquiète ? Et pourquoi est-elle inquiète ?
Comment ne pas être assailli par des moments d’hésitation, de doute quant au bien-fondé d’une remise en question de ces dogmes ancestraux, lorsque depuis votre premier regard conscient vis-à-vis du monde vous subissez, dans le cadre d’une culture –osons le mot- oppressive, le joug dictatorial de l’autorité ; dans la cellule familiale, celle du père ou du frère aîné, à l’école coranique, ou même publique, celle du maître, en société celle des anciens et autres moralisateurs ou gardiens de la tradition et pour couronner le tout, celle du pouvoir administratif, policier et politique ?
L’existence de toutes ces autorités est une donnée normale pour un bon fonctionnement de la société, pour peu que leur essence soit fondée sur la justice et leur exercice ne revête pas justement ce caractère oppressif qui s’empresse d’étouffer toute parole ou pensée contraire, quand bien même serait-elle juste et justifiée.
En matière d’éducation, le crédo de cette culture peut se résumer ainsi : obéis sans discuter ; toute contestation –fut-elle rationnelle et fondée- de l’autorité est considérée comme impudence blasphématoire passible d’une réaction répressive. Est-il besoin de rappeler le sort qui a été réservé à Salman Rushdie ? Ou le déchaînement des vagues d’indignation, assorties parfois de graves menaces, que peut susciter toute caricature ou production littéraire ou cinématographique ayant osé émettre la moindre critique à l’endroit de la religion musulmane ou à l’une de ses composantes ?
C’est ce caractère oppressif, inquisitorial, voire despotique puisque, tel un réflexe pavlovien, sa première réaction consiste à réprimer la non-soumission à la ligne monolithique définie de façon arbitraire, qui ôte à l’autorité, telle qu’elle s’exerce dans nos sociétés, toute sa légitimité.
Toutefois, il serait injuste d’omettre d’évoquer l’existence, dans nos sociétés mêmes, de personnes sensées qui savent exercer l’autorité de façon raisonnable et mesurée et qui sont parfois même ouvertes à la discussion, voire à la controverse. Mais la petitesse de leur nombre les confine malheureusement dans le statut de l’exception. Or, notre propos ici est de parler de ce qui est généralisé est dominant.
Précisons d’abord que cette inquiétude a deux origines : l’une, sociale, s’alimente de la pesanteur du jugement de la société qui assigne à l’individu un destin semblable à celui d’une fourmi, dont le rôle se résume à exécuter avec les autres membres du contingent, dans un déterminisme savamment entretenu, les tâches définies par l’ordre hiérarchique, et qui s’empresse de le condamner dès lors qu’il veut user de son droit d’exister en tant qu’individu libre ; l’autre est psychologique.
Si le poids de l’origine sociale de notre inquiétude est indéniable -car comment agir sur les esprits pour les rendre plus tolérants ?- son origine psychologique se dissipe dès lors qu’on songe à la chose suivante : Dieu a-t-il vraiment besoin d’être défendu par les hommes ? Où est alors son omnipotence ? Quelle doctrine s’accommoderait –au risque de se coiffer de ridicule- de concevoir un dieu impuissant puisque le secours des hommes lui est indispensable ? N’allons pas plus loin. Il est des hommes qui, au prix d’insoutenables contradictions, feraient dire à Dieu n’importe quoi. À y réfléchir de près, les agissements intolérants de ceux qui se sont arrogé le droit de s’ériger en gardiens de la tradition lui sont plus préjudiciables. Ainsi, ils s’auto-disqualifient, même auprès d’autres croyants moins obscurantistes.
Le point de départ
Le passage initiatique, si j’ose dire, a été fourni par la lecture d’un hadith, rapporté par Abdullah Ibn Abbas (cousin paternel du prophète) et consigné dans le Sahih de Al-Bukhari et dans presque tous les recueils de ahadith. estampillé ainsi hadith sahih (parole prophétique authentique), ce qui lui confère le statut de source islamique incontestable :
« Lorsque le Messager d’Allah agonisait chez lui en présence de quelques hommes, dont `Omar ibn Al-Khattâb, il dit: « Qu'on m'apporte un encrier et un feuillet pour vous écrire ce qui vous préservera de l'égarement après ma mort. » 'Omar, alors, répliqua : « Le Prophète est [en train de délirer] sous l’emprise de la souffrance. Nous avons le Coran. Le Livre de Allah nous suffit. »
Ibn Abbas ajoute : « Comme ceux qui étaient présents n'arrivaient pas à s'entendre et se partagèrent entre l'opinion de 'Omar et l'ordre du Prophète, celui-ci, devant leur discussion de plus en plus hurlante et confuse, leur dit : « Sortez et laissez-moi car la discorde ne peut être tolérée auprès de moi ».
Ibn `Abbâs dit alors : « Ce fut un désastre que d’avoir empêché le Prophète d’écrire ce qu'il voulait écrire ».
(Al-Bukhârî, op. cit., “Livre de la science”, 1/22, 23)
Quel enseignement peut-on tirer de ce hadith ?
Si l’on manifeste un minimum d’égards à l’égard des principes de la logique, il est difficile de ne pas voir dans l’attitude de `Omar un acte de désobéissance vis-à-vis d’une injonction prophétique, n’en déplaise aux élucubrations des théoriciens de la parole prétendument sacrée de Muhammad et aux laudateurs du caractère présumé exceptionnel et impeccable de ses compagnons.
Considérez avec moi ce qui suit si vous le voulez bien.
N’est-il pas dit dans le Coran même que tout fidèle doit obéissance à Dieu et à son prophète (wa ati`u allaha wa rassulahu…) ? Ce qui autorise de penser que tout acte de désobéissance à l’un des commandements du prophète est une infraction en bonne et due forme à l’un des principes fondamentaux de l’islam. À cet égard, `Omar, par son attitude telle que rapportée dans ce hadith, n’a-t-il pas enfreint un commandement divin ? Car en refusant l’ordre du prophète, par transitivité il se rend également coupable de désobéissance à l’égard d’une prescription divine. N’est-il pas ainsi le premier pourfendeur de la perfection présumée de l’édifice islamique ?
Devant la perplexité suscitée par l’existence de ce hadith et le problème doctrinal qu’il pose, de deux choses l’une : ou bien l’attitude de `Omar est tout à fait normale et ne constitue aucunement une quelconque offense à l’égard des préceptes de la religion musulmane, ou alors l’authenticité du hadith en question est douteuse. Que l’on examine chacune des deux hypothèses.
Si l’on se range du côté de la première, comment se sortir alors de l’antagonisme indéniable entre le refus d’exécuter une injonction du prophète et la prescription coranique attestant que l’obéissance des fidèles lui est, stricto sensu, due (wa ati`u allaha wa rassulahu…). Car, quand bien même l’on s’acharnerait à défendre la normalité de l’attitude de `Omar arguant que le prophète, sous l’emprise de la maladie, n’était plus en pleine possession de ses facultés intellectuelle, il est difficile de trouver dans la demande de ce dernier une quelconque incohérence. Dirions-nous aujourd’hui d’un malade, fut-il agonisant, qu’il dit des choses insensées s’il advient qu’il demande de quoi écrire pour rédiger un testament ? Où est l’incohérence ou la perte de ses moyens intellectuels dans une telle demande ? Et puis, qui oserait dire –parmi les fidèles, entendons-nous- que l’homme le plus parfait d’entre les hommes (n’est-ce pas là le statut dont jouit Muhammad ?) peut dire des sottises, fut-ce sous l’emprise de la maladie ?
L’insoutenable légèreté des zélateurs
Quant à l’interprétation émise par certains zélateurs, consistant à dire que l’attitude de `Omar était simplement mue par un souci de compassion à l’égard de l’état de souffrance dans lequel se trouvait Muhammad, et que son refus d’accéder à sa demande ne traduit en fait que la simple volonté de `Omar d’épargner au prophète un effort physique inutile et nuisible (l’acte d’écrire), elle (cette interprétation) confine, au mieux au risible, au pis à la perfidie et à la malhonnêteté intellectuelle. Car, où les tenants de cette thèse trouvent-ils la moindre mention ou allusion que `Omar avait agi par compassion ? Sauf à oser le culot de faire dire à un texte ce qu’il ne dit pas, l’élasticité d’un discours n’est pas sans limite. Mais, qu’à cela ne tienne ! Allons jusqu’au bout de cette assertion, pourquoi, dans ce cas, `Omar n’a-t-il pas simplement demandé au prophète de dicter son message en chargeant un scribe de le consigner par écrit ? Si l’on suppute que le contenu du testament allait concerner sa succession, une simple phrase, voire deux mots, auraient suffi pour désigner un successeur (Untel sera mon successeur). Est-ce un effort surhumain que de prononcer une très courte phrase ? Ainsi, la corvée d’écrire aurait bel et bien été évitée au prophète, mais son message aurait été sauvegardé. Soyons sérieux, quelles que soient les improbables bonnes raisons pour étoffer l’attitude de `Omar d’un soupçon de normalité ou de bonne foi, dans cette affaire, l’hypothèse de cette normalité s’avère tout simplement intenable.
Considérons à présent la seconde hypothèse. Le doute à l’égard de l’authenticité de ce hadith engendre nécessairement un doute plus global : celui de l’ensemble des hadiths ; car le ver est dans le fruit. Sinon, au nom de quoi va-t-on remettre en question un seul hadith et continuer d’admettre l’authenticité des autres, alors que la Tradition nous présente le Sahih de Al-Bukhari et celui de Muslim comme étant un tout incontestable ?
Poussons le questionnement : devant le refus de `Omar d’accéder à la demande du prophète, pourquoi ce dernier ne s’est-il pas contenté de dicter, ne serait-ce qu’à son cercle le plus proche ou à sa préférée `Aicha par exemple, son testament ? Il existait bien des disciples pour transcrire le texte de la révélation (le Coran) ou simplement les différents dires et sentences du prophète. Selon le récit de ce hadith, non seulement Muhammad avait bien la force de parler, mais il avait aussi la lucidité de dire à ceux qui l’entouraient qu’il ne saurait tolérer les dissensions cacophoniques auprès de lui. Il est, du reste, bien aisé d’imaginer, sinon des scribes s’affairer pour consigner la parole prophétique, du moins des disciples, des compagnons, s’appliquer pour retenir par cœur les paroles du « plus parfait des hommes », comme ils l’ont bien fait dans des situations de bien moindre importance. Ou alors, qui sait, ils l’ont peut-être fait, mais on s’est bien arrangé pour que cela restât à jamais non su. L’incompréhension n’en est qu’à son paroxysme, lorsque l’on considère cette énigmatique phrase de Ibn Abbas qui semble en vouloir à celui qui empêché l’existence du testament prophétique : « Ar-raziyyatu Kullu ar-raziyya ma hala baynana wa bayna kitabi rassul li-lah. » (L’empêchement de la rédaction du testament du prophète fut pour nous une calamité). [Kitab Al milal wa An-Nihal de As-shahrastani, éd. Beyrouth 1990, pp.30]. Notez, au passage, que le prophète `Ummiy (illettré selon le Coran, ainsi que différentes sources de la Tradition) est dans cette histoire en mesure d’écrire : une énième incohérence.
`Omar, ouvreur de la boîte de Pandore
Eu égard à toutes ces considérations, voilà qui ne manque pas d’ébranler l’un des édifices fondamentaux de l’Islam : le hadith. Et, cerise sur le gâteau, cette parole de `Omar "le Coran nous suffit" n’indique-t-elle pas qu’il rejette la Sunna du prophète ou, du moins, que pour lui la seule référence intangible demeure seulement le Coran ? Décidément, cette tare, suscitée par l’attitude de `Omar, montre tout simplement qu’il y a bel et bien anguille sous roche…
D’ailleurs, il n’y a qu’à lire le corpus de la Tradition, avec l’œil de l’historien détaché bien sûr et non celui d’un fidèle atteint de crédulité myope, pour se forger une opinion sur le personnage, où son caractère autoritaire, pour ne pas dire despotique, ne laisse par l’once d’un doute, et où ses velléités hégémoniques sont à peine voilées. Est-il besoin de rappeler son intervention, lors du tumulte relatif à la désignation d’un successeur du prophète, pour imposer, tel un putschiste, le choix de ‘Abu Bakr comme calife ? Faut-il rappeler son regret, à peine voilé, de ne pas avoir inséré dans le texte du Coran le verset de la lapidation, comme sanction à l’égard de tout individu marié coupable d’adultère ? Notons, par ailleurs, que c’est `Omar qui est à l’origine du corpus qui va servir de base à l’élaboration de la vulgate ùthmanienne, puisque la commission, mandatée par `Uthmane pour l’élaboration d’un Coran ne varietur, a demandé, sur ordre de ce dernier, à Hafsa, fille de Omar de lui livrer le corpus qu’elle a hérité de son père.
Voilà un personnage loin de laisser indifférent quiconque s’intéresserait à lui ! Ces quelques faits relatifs à sa vie ont achevé d’ouvrir devant ma curiosité intellectuelle une boîte de Pandore qui, de facto, s’est abattue sur tout ce qu’on m’a inculqué, concernant mon éducation spirituelle, depuis mon premier regard conscient sur la vie. Et pour initier le flot des bousculements de ces idées longtemps ancrées dans mon esprit par le formatage social et l’endoctrinement spirituel, destin inexorable assigné à tout individu ayant évolué dans une société arabo-musulmane, un regard nouveau, résolument empli de rationalisme, a vu le jour en mon âme.
Si `Omar l’a osé, pourquoi pas quiconque ?
En effet, si `Omar ibn Al-Khattab, compte tenu de la haute considération dont il jouit au sein de l’héritage culturel et cultuel islamique, à telle enseigne que les zélateurs musulmans considèrent comme presque hérétique le fait de ne pas accoler à son nom l’imploration « radhia allahu `anh » (= que Dieu lui accorde son agrément, ou encore =que Dieu soit satisfait de son action), s’est offert le luxe de passer outre une injonction du prophète et, chemin faisant, une prescription coranique, au nom de quoi cette impudence serait alors condamnable s’il advenait qu’elle soit l’œuvre de quiconque ? Si tel est le cas, le deux poids deux mesures est indéniable. Comment pourrait-on justifier la condamnation de ce qu’on a admis chez `Omar ? Sinon, il s’en suit alors que la non condamnation et le sublime prestige auréolant le personnage révèlent simplement la main de l’homme derrière tout ce qu’on a voulu nous présenter comme étant sacré et, comble de l’ironie, `Omar ibn Al-Khattab avait l’air de le savoir. Sinon, aurait-il osé son impudence ?
Par conséquent, vouer aux gémonies tout esprit libre, au motif qu’il s’est rendu coupable d’acte blasphématoire consistant à remettre en question les préceptes de la doctrine musulmane serait une entreprise intellectuellement insoutenable. Car, quel blasphème surpasserait en gravité celui ayant consisté à rejeter un commandement prophétique et divin de la part de l’un des personnages les plus illustres de la Tradition musulmane ? Son acte est d’autant plus grave qu’il est considéré comme l’un des plus illustres compagnons du prophète. Sa désobéissance est un affront direct à l’égard du prophète ; alors que celui qui ose la critique, de nos jours, tout au plus, et pour peu que les zélateurs soient cohérents vis-à-vis d’eux-mêmes et intellectuellement honnêtes, ils pourraient uniquement lui reprocher son refus de croire à des récits vieux de quatorze siècles, et en aucun cas, eu égard à cette distance chronologique, un outrage à la personne de Muhammad, comme l’avait osé `Omar ibn Al-Khattab. Tant et si bien qu’il devient difficile, in fine, d’évacuer le scepticisme, lorsqu’on est en présence d’une pléthore de situations ambiguës et paradoxales, qui plaident moins en faveur d’un discours serein et apaisé qu’en faveur d’une suspicion faisant la part belle à l’idée qu’il y a bien moult anguilles sous roche dans cette doctrine…
- Papayou
- Major Virtuel

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Re: Généalogie d’un doute
Bonsoir Avéroes, merci pour ton récit très complet, j'ai appris énormément de choses qui me confortent (s'il en est besoin) dans l'idée d'une terrible escroquerie intellectuelle et morale. Bravo pour ce que je suppose être ton parcours et bienvenue parmi nous
et si Dieu était un sous-chef et qu'il n'ait rien dit à son patron ? Gustave Parking
la liberté de culte c'est le droit qu'a chacun de prendre des décisions pour lui-même mais ça ne lui donne pas le droit d'utiliser son dogme pour contrôler les autres. Barry Lynn
Offended you are ? A shit I don't give !
tu as peur de notre savoir avoue le. Titine. 2013
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- zeus
- Caporal-chef Virtuel

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Re: Généalogie d’un doute
Bienvenue Averroes,n'est ce pas cette brouille qui est à l'origine du chiisme?
En tout cas ,voila encore des hadiths qui mettent à sac le caractère parfait de l'islam.Je pense que les musulmans qui refusent de douter manquent d'abord d'esprit critique mais surtout de courage.Comme pour nous ,les musulmans ont besoin de ce réconfort :à partager la meme opinion ,mais là cette opinion est majoritaire.Seulement ils n'osent meme pas penser qu'ils sont dans le faux,cela impliquerait que bon nombre de gens se trompent,et généralement la majorité peut etre un gage de vérité.
Ce qui est faux la preuve,mais je pense que beaucoup doivent douter de leur religion ,et à ce moment là il refusent alors de se voir comme de vrais imbéciles.
En tout cas ,voila encore des hadiths qui mettent à sac le caractère parfait de l'islam.Je pense que les musulmans qui refusent de douter manquent d'abord d'esprit critique mais surtout de courage.Comme pour nous ,les musulmans ont besoin de ce réconfort :à partager la meme opinion ,mais là cette opinion est majoritaire.Seulement ils n'osent meme pas penser qu'ils sont dans le faux,cela impliquerait que bon nombre de gens se trompent,et généralement la majorité peut etre un gage de vérité.
Ce qui est faux la preuve,mais je pense que beaucoup doivent douter de leur religion ,et à ce moment là il refusent alors de se voir comme de vrais imbéciles.
- Averroes
- Recrue pour la Paix

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Re: Généalogie d’un doute
Salut.
Avec tous mes remerciements à papayou et à zeus pour l'accueil que vous avez réservé à cette modeste contribution, il convient de saluer la qualité de vos interventions. Le plaisir de savourer un échange instructif est réel et tant pis pour ceux qui continuent de croire à cette sempiternelle escroquerie intellectuelle qu'est le discours religieux.
En fait, le croyant, tout en se complaisant dans sa foi, refuse, consciemment ou non, de faire un simple usage rationnel de ses aptitudes cognitives. Car, sinon pour peu qu’il accorde un droit de cité à la raison, il ne peut éviter de conclure que le discours religieux ne peut convaincre que celui qui est déjà convaincu, n'en déplaise au pari pascalien qui confine au demeurant à la malhonnêteté intellectuelle.
Avec tous mes remerciements à papayou et à zeus pour l'accueil que vous avez réservé à cette modeste contribution, il convient de saluer la qualité de vos interventions. Le plaisir de savourer un échange instructif est réel et tant pis pour ceux qui continuent de croire à cette sempiternelle escroquerie intellectuelle qu'est le discours religieux.
En fait, le croyant, tout en se complaisant dans sa foi, refuse, consciemment ou non, de faire un simple usage rationnel de ses aptitudes cognitives. Car, sinon pour peu qu’il accorde un droit de cité à la raison, il ne peut éviter de conclure que le discours religieux ne peut convaincre que celui qui est déjà convaincu, n'en déplaise au pari pascalien qui confine au demeurant à la malhonnêteté intellectuelle.
- Papayou
- Major Virtuel

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Re: Généalogie d’un doute
Oui, le plus grave finalement n'est pas l'aveuglement qu'amène la foi, après tout, on peut avoir besoin de béquille ou de merveilleux au cours de sa vie, ce qui est plus dérangeant c'est le prosélytisme et la norme de vie que les religieux veulent imposer par une force exagérée dans certains cas, et la privation de libertés pour les non disciples qui refusent de se plier à ce merveilleux cauchemardesque
et si Dieu était un sous-chef et qu'il n'ait rien dit à son patron ? Gustave Parking
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Liza2
- Sergent Virtuel

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- Inscription : ven. 14 sept. 2012 19:21
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Re: Généalogie d’un doute
Oui c'est vrai et il est aussi très symptomatique (de la béquille) que le croyant a absolument besoin de l'assentiment d'une foule semblable à lui pour se sentir avoir raison alors que l'athée ou l'agnostique ou le déiste (même) lui peut vivre seul ce qu'il est sans référence particulière. Son bon sens lui servant de foi.Papayou a écrit :Oui, le plus grave finalement n'est pas l'aveuglement qu'amène la foi, après tout, on peut avoir besoin de béquille ou de merveilleux au cours de sa vie, ce qui est plus dérangeant c'est le prosélytisme et la norme de vie que les religieux veulent imposer par une force exagérée dans certains cas, et la privation de libertés pour les non disciples qui refusent de se plier à ce merveilleux cauchemardesque
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JohnGalt
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Re: Généalogie d’un doute
Je crois qu'au fonds de nous lorsqu'on était pratiquant, on avait un doute dés le départ. On voyait certaines incohérences au niveau des hadiths et du coran. Lorsqu'on est endoctriné depuis tout jeune, on ose pas remettre en cause ces doutes.On se dit si milliard de personnes y croit c'est qu'il y'a pas de doute à voir.
En y regardant de plus plus prés, on s'est forcé à croire un ensemble de mythes.
En y regardant de plus plus prés, on s'est forcé à croire un ensemble de mythes.
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Donia
- Status : Hors-ligne
Re: Généalogie d’un doute
Je crois aussi que c'est lié aux parents. Quand on grandit avec une mère ou un père (ou les deux) et toute une famille qui vous parlent depuis votre plus tendre enfance d'Allah de Mahomet et de l'islam comme des réalités aussi réelles que le bleu du ciel (
), on est naturellement conditionné....
- Bazalt
- Caporal-chef Virtuel

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- Inscription : sam. 27 juil. 2013 21:26
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Re: Généalogie d’un doute
Finalement et à en croire cet Hadith :
Heureusement qu'Omar s'est opposé à ce que momo écrive son testament et ainsi désigne son successeur.
Cela aura eut pour conséquence de mettre un gros bordel dans la secte.
Et c'est peut être cela qui sauvera l'humanité de ce fléau.
Heureusement qu'Omar s'est opposé à ce que momo écrive son testament et ainsi désigne son successeur.
Cela aura eut pour conséquence de mettre un gros bordel dans la secte.
Et c'est peut être cela qui sauvera l'humanité de ce fléau.
Lorsqu'une personne croit en une absurdité, on dit qu'elle est folle....lorsque des millions croient en la même chose, on dit que c'est une religion !
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punkafir
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Re: Généalogie d’un doute
Peut être que non, qui sait? Peut être avait 'il des remords avant de mourir et allait avouer avoir été un charlatan et qu'Omar a eu peur que l'escroquerie soit dévoilée? En tout cas c'est bizarre qu'il ait eu a ce point le besoin de faire que ce que le prophète allait dire ne soit pas entendu, vous ne trouvez pas?Bazalt a écrit :Finalement et à en croire cet Hadith :
Heureusement qu'Omar s'est opposé à ce que momo écrive son testament et ainsi désigne son successeur.
Cela aura eut pour conséquence de mettre un gros bordel dans la secte.
Et c'est peut être cela qui sauvera l'humanité de ce fléau.