
Sur le trottoir qui fait face au centre pénitentiaire où est détenu depuis le 14 juin 2004 notre confrère Mohamed Benchicou, le frère du numéro deux du parti dissous, entouré de ses fils et neveux, est accroché à son téléphone portable. Autour de lui des “fidèles” en barbe, tous vêtus de qamis, scrutent le grand portail de la prison. Entre les deux, au milieu de la route, un policier en tenue qui fait face à la foule se tient droit, les mains derrière le dos. Une image à immortaliser que notre photographe tente de saisir sans attirer les foudres des uns et des autres. Une entreprise qu’il abandonne aux cris “d’Allah Akbar” qui résonnent dès que le petit portail de la prison où était détenu, depuis juillet dernier, Ali Benhadj. Ce dernier n’a pas le temps d’en franchir le seuil qu’il est happé par une grappe de barbus qui, en un clin d’œil, ont franchi la route, coupant la circulation pour le rejoindre. Celui qui avait applaudi l’enlèvement des deux diplomates algériens à Baghdad et dont les parents ne pourront peut-être jamais aller se recueillir sur leurs tombes, se prosterne. Le petit groupe qui l’étouffe en fait autant, les policiers encadrent la foule.

Il est 18 heures, les conducteurs impatients usent de leurs klaxons pour faire libérer la chaussée. Un geste que rentabilisent les compagnons du bras droit de Abassi Madani. Comme conditionnés par ce boucan, ils accompagnent les cris d’“Allah Akbar” par des gestes de victoire. Sur certains visages se lit la hargne. La rage est exprimée par l’expression du visage du jeune qui conduit la Golf série trois dans laquelle s’engouffrent l’ex-détenu et sa famille. Une voiture de couleur grise, prise d’assaut par un groupe de jeunes et moins jeunes hystériques, qui vont jusqu’à embrasser la carrosserie. “Où sommes-nous ?” s’interroge à haute voix un policier en civil visiblement exaspéré par la scène qui se déroule devant ses yeux et que suivent une centaine de badauds. La question se perd ! Mais qui va oser une réponse ? Pour rappel, Ali Benhadj, incarcéré depuis fin juillet dernier pour avoir glorifié, sur les ondes d’El Jazira, une action terroriste. Il avait “précisé” à ses “frères moudjahidine” qui ont enlevé Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi à Baghdad, en Irak, que les défunts n’ont pas été enlevés en tant que citoyens algériens, mais en tant que diplomates. Déclarations, alors, punies par la loi sur la lutte antiterroriste et qui lui ont valu son interpellation par la police le 28 juillet 2005.
Saïda Azzouz
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