Contreverse autour de la cathédrale de Cordoue
Publié : mer. 2 avr. 2014 21:52
"Controverse de Cordoue" autour de la mosquée-cathédrale
La rédaction | le 28.02.2014 à 11:20
Près de 100.000 personnes avaient signé, le 27 janvier, une pétition qui réclame le retour dans le giron de l'Etat espagnol de la « mosquée-cathédrale » de Cordoue, en Andalousie. La « Mezquita », ce chef-d'oeuvre architectural, classé à l'Unesco, est un témoignage de la présence musulmane qui a duré près de sept siècles dans la péninsule. D'abord mosquée, l'édifice a changé d'affectation en 1236 avec la reconquête de la ville par les armées chrétiennes : une cathédrale a alors été installée en son sein.
La mosquée-cathédrale de Cordoue (Photo : Wikimedia Commons)
Dans leur plaidoyer, les pétitionnaires s'insurgent contre ce qu'ils dénoncent comme les tentatives de l'Eglise catholique de récupérer la totalité du bâtiment. En 2006, l'Eglise a inscrit l'édifice sur le registre de propriété de la ville pour la modique somme de 30 euros. « Un tel vol a été possible grâce à deux miracles, ironise Ana Vera, la coordinatrice du mouvement, dans sa pétition. Le premier, que José Maria Aznar [Premier ministre de l'époque] ait changé la loi hypothécaire en 1998 pour permettre à l'Eglise de s'approprier des édifices publiques, bien qu'ils relèvent du patrimoine de tous les Espagnols : il a suffi que l'évêque certifie qu'ils appartenaient à l'Eglise, sans qu'un notaire vérifie ».
Ensuite, souligne-t-elle, obtenir la gestion d'un bâtiment de 23.400 mètres carrés en plein coeur de la troisième plus grande ville d'Andalousie s'est révélé un investissement rentable pour le diocèse. En effet, en Espagne, l'Eglise ne paye pas la taxe foncière et les frais de rénovation de ses église ne sont pas à sa charge - mais bien plutôt à celle de l'Etat. Enfin, sachant que la mosquée de Cordoue accueille chaque année 8 millions de visiteurs et que l'entrée coûte 8 euros, la jouissance exclusive du site permet d'assurer un juteux bénéfice à l'Eglise. Surtout qu'il est permis de douter que les bénéfices soient imposables, selon Ana Vera : s'ils sont considérés comme des donations à l'Eglise, ils sont exemptés d'impôts.
A l'heure actuelle, l'évêché de Cordoue dispose de la mosquée-cathédrale comme bon lui semble - il arrive que l'édifice soit fermé pour des conventions d'évêque par exemple. Le gouvernement régional d'Andalousie, dirigé par le PSOE, le parti socialiste espagnol, a annoncé, le 21 février, qu'il avait commandé un rapport pour établir s'il pouvait réclamer sa gestion. Le maire de droite de la ville a, lui, affirmé ne voir « aucun problème » dans la gestion de l'Église. Au-delà de ce débat, la communauté musulmane espagnole demande depuis longtemps que l'ancienne mosquée devienne un lieu de culte oecuménique. « C'est un héritage de l'Histoire qui appartient à tous les Espagnols, ce serait vraiment bizarre qu'il ne soit plus public, déclare Isabel Romero, présidente de la Junta Islamica, qui dénonce aussi la mainmise de l'Eglise. Toute tentative pour éliminer l'identité musulmane de la Mezquita est une attaque contre nous, les musulmans ».
En 2010, l'archevêque de Cordoue, Demetrio Fernandez, avait demandé - et obtenu- que le mot « mosquée » soit retiré des guides touristiques, qui qualifient désormais l'édifice de « cathédrale » uniquement, et ce « afin de ne pas induire les visiteurs en erreur ». Le prélat attribue la polémique actuelle autour du site touristique à l'extrême-gauche, qui tenterait de susciter l'hostilité à l'égard de la hiérarchie catholique. Selon lui, « l'Eglise est persécutée en Espagne, il suffit de voir les réactions à la réforme de la loi sur l'avortement ». Au début des années 70, le général Franco avait envisagé de transplanter brique par brique la cathédrale de Cordoue dans une autre ville, avec l'aide supposée de fonds saoudiens, afin de séparer les lieux de culte chrétien et musulman. L'archevêque de Cordoue de l'époque s'était opposé au projet.
http://www.fait-religieux.com/monde/eur ... cathedrale
La rédaction | le 28.02.2014 à 11:20
Près de 100.000 personnes avaient signé, le 27 janvier, une pétition qui réclame le retour dans le giron de l'Etat espagnol de la « mosquée-cathédrale » de Cordoue, en Andalousie. La « Mezquita », ce chef-d'oeuvre architectural, classé à l'Unesco, est un témoignage de la présence musulmane qui a duré près de sept siècles dans la péninsule. D'abord mosquée, l'édifice a changé d'affectation en 1236 avec la reconquête de la ville par les armées chrétiennes : une cathédrale a alors été installée en son sein.
La mosquée-cathédrale de Cordoue (Photo : Wikimedia Commons)
Dans leur plaidoyer, les pétitionnaires s'insurgent contre ce qu'ils dénoncent comme les tentatives de l'Eglise catholique de récupérer la totalité du bâtiment. En 2006, l'Eglise a inscrit l'édifice sur le registre de propriété de la ville pour la modique somme de 30 euros. « Un tel vol a été possible grâce à deux miracles, ironise Ana Vera, la coordinatrice du mouvement, dans sa pétition. Le premier, que José Maria Aznar [Premier ministre de l'époque] ait changé la loi hypothécaire en 1998 pour permettre à l'Eglise de s'approprier des édifices publiques, bien qu'ils relèvent du patrimoine de tous les Espagnols : il a suffi que l'évêque certifie qu'ils appartenaient à l'Eglise, sans qu'un notaire vérifie ».
Ensuite, souligne-t-elle, obtenir la gestion d'un bâtiment de 23.400 mètres carrés en plein coeur de la troisième plus grande ville d'Andalousie s'est révélé un investissement rentable pour le diocèse. En effet, en Espagne, l'Eglise ne paye pas la taxe foncière et les frais de rénovation de ses église ne sont pas à sa charge - mais bien plutôt à celle de l'Etat. Enfin, sachant que la mosquée de Cordoue accueille chaque année 8 millions de visiteurs et que l'entrée coûte 8 euros, la jouissance exclusive du site permet d'assurer un juteux bénéfice à l'Eglise. Surtout qu'il est permis de douter que les bénéfices soient imposables, selon Ana Vera : s'ils sont considérés comme des donations à l'Eglise, ils sont exemptés d'impôts.
A l'heure actuelle, l'évêché de Cordoue dispose de la mosquée-cathédrale comme bon lui semble - il arrive que l'édifice soit fermé pour des conventions d'évêque par exemple. Le gouvernement régional d'Andalousie, dirigé par le PSOE, le parti socialiste espagnol, a annoncé, le 21 février, qu'il avait commandé un rapport pour établir s'il pouvait réclamer sa gestion. Le maire de droite de la ville a, lui, affirmé ne voir « aucun problème » dans la gestion de l'Église. Au-delà de ce débat, la communauté musulmane espagnole demande depuis longtemps que l'ancienne mosquée devienne un lieu de culte oecuménique. « C'est un héritage de l'Histoire qui appartient à tous les Espagnols, ce serait vraiment bizarre qu'il ne soit plus public, déclare Isabel Romero, présidente de la Junta Islamica, qui dénonce aussi la mainmise de l'Eglise. Toute tentative pour éliminer l'identité musulmane de la Mezquita est une attaque contre nous, les musulmans ».
En 2010, l'archevêque de Cordoue, Demetrio Fernandez, avait demandé - et obtenu- que le mot « mosquée » soit retiré des guides touristiques, qui qualifient désormais l'édifice de « cathédrale » uniquement, et ce « afin de ne pas induire les visiteurs en erreur ». Le prélat attribue la polémique actuelle autour du site touristique à l'extrême-gauche, qui tenterait de susciter l'hostilité à l'égard de la hiérarchie catholique. Selon lui, « l'Eglise est persécutée en Espagne, il suffit de voir les réactions à la réforme de la loi sur l'avortement ». Au début des années 70, le général Franco avait envisagé de transplanter brique par brique la cathédrale de Cordoue dans une autre ville, avec l'aide supposée de fonds saoudiens, afin de séparer les lieux de culte chrétien et musulman. L'archevêque de Cordoue de l'époque s'était opposé au projet.
http://www.fait-religieux.com/monde/eur ... cathedrale
