Bonjour je me presente
Publié : mer. 4 juin 2014 16:21
Bonjour à tous,
Je vais sans doute être un peu longue mais mon “apostasie” ne s'étant pas faite en un jour, je vais tâcher de tout reprendre depuis le début.
Je suis française, d’origine sénégalaise mais j’ai grandi en france.
Ma situation familiale est assez compliquée: mon père est un fervent musulman et ma mère, catholique (toute aussi fervente). Lorsque mes parents se sont mariés, ma mère s’est convertie à l’islam pour mon père mais après leur divorce, elle est revenue au catholicisme (ça en dit long sur l’influence qu’elle a pu subir de ce point de vue mais bref, passons).
Nous sommes quatre frères et soeurs. Suite au divorce de mes parents, mon père a obtenu la garde des deux plus âgés et ma mère, la garde des deux plus jeunes (dont moi, étant la benjamine de la famille).
J’ai donc été élevée avec ma grande soeur en france par ma mère, et à mon grand étonnement, j’avais autour de moi des camarades de classe dont les familles se préoccupaient peu (voire pas du tout) de la religion. Ce n’en n’était pas moins des gens qui inculquaient de véritables valeurs à leurs enfants, et ce dans une indifférence absolue vis à vis de la religion.
J’accompagnais de temps à autre ma mère à l’église le dimanche, (tout ce cérémonial m’amusait!) on mangeait du saucisson à la maison, il y avait toujours une bouteille de vin sur la table, bref, j’avais beau être née musulmane, je me suis trouvée au centre de la guerre entre mes parents qui, inconsciemment, se vengaient de l’autre en élevant leurs enfants dans leurs fois respectives.
Cette petite vie tranquille a basculé lorsque mon frère et ma soeur (les deux plus âgés de ma famille) nous ont rejoint à leur majorité pour leurs études. J’étais ravie au début mais j’ai vite déchanté. Du jour au lendemain, j’ai dû cohabiter avec deux membres de ma famille complètement conditionnés par l’islam qui ont dû rappeler à la petite fille que j’étais qu’il s’agissait de ma religion.
Ma mère n’a pas eu de courage nous concernant. Pour elle, il fallait avoir une religion, c’était l’essentiel. Elle a donc laissé faire les aînés. Du jour au lendemain, il a fallu être hypocrite et ne plus manger de porc, apprendre à faire la prière, (et donc réciter des versets en arabe sans comprendre un traite mot de ce que je racontais)… Cela ne me plaisait pas mais j’étais une enfant, influencable et à qui l’on a appris qu’ il fallait craindre Dieu.
Je me suis donc mise à apprendre l’ensemble des rituels, non pas parce que je me sentais touchée par une quelconque foi en cette religion, mais parce qu’on m’avait appris à avoir peur de ce qui m’arriverait si je ne m’y conformais pas. Ma grande soeur était adolescente et faisait de la résistance mais moi, je ne le pouvais pas. Dès mon entrée au collège, je me suis mise à jeuner lors du mois de ramadan, pour faire “comme les grands” mais au fond de moi tout cela ne me plaisait pas, j’étais nostalgique de la vie que nous menions avant que nous ne soyons tous réunis autour de ma mère, tout était plus dur, plus contraignant …j’ai eu l’impression de renier une partie de moi-même.
Au delà de ça, j’ai commencé à me poser de nombreuses questions, il y avait nombre d’incohérences entre ce que j’apprenais à l’école et ce qu’enseignaient les monothéismes en général (la théorie de l’évolution/la genèse, la préhistoire/adam et eve…). C’est de cette façon que j’ai passé une enfance et une adolescence torturée, à faire semblant en fonction des gens avec lesquels je me trouvais, à finir mes phrases par des “inshallah” lorsque je parlais à mon frère parce qu’il me reprenait tout le temps… Et par ailleurs, ce formatage a dépassé malgré moi le champ religieux, si bien que j’ai perdu toute personnalité.
Retrospectivement, je me rends compte du décalage avec mes amis de l’époque qui étaient bien plus épanouis en étant élevés dans un catholicisme modéré (voire un athéisme assumé).
C’est lorsque je suis arrivée en classe de terminale que j’ai eu une sorte de “révélation”. Grâce à un professeur formidable, je me suis découverte une véritable passion pour la philosophie , et je pense que c’est en grande partie dû au fait que du point de vue de la pensée, le champ des possibles est infini dans cette discipline. J’ai toujours été extrêmement curieuse, et à ce propos, on m’appelait “commissaire divisionnaire” à la maison parce que je passais mon temps à poser des questions.
Nous avons eu à parler en cours de philo de “l’hypothèse” de Dieu, et je me rappelle avoir été choquée par l'emploi de ce terme, tant j’étais conditionnée par la foi à la maison. À un élève qui lui a demandé s’il croyait en Dieu, le professeur a répondu et qu’il lui était difficile de croire en une entité que les hommes sont incapables de conceptualiser, ni même de définir rationnellement. S’en est suivie une longue discussion.
Ça m’a bouleversée. C’est à ce moment là que je me suis mise à lire de plus en plus de choses sur l’islam, mais aussi sur le christianisme.
Le fait d’avoir été “déchirée” entre deux religions est sans doute ce qui m’a permis de voir leurs limites et de comprendre qu’elles n’ont rien d’universel et qu’elles sont avant tout le fruit de 2000 ans de conditionnement.
C’est au cours de l’été dernier, en achevant le livre de Richard Dawkins “Pour en finir avec Dieu”, que j’ai été défintivement convaincue de l’absurdité de toutes les religions, quelles qu’elles soient. Il me semble que j’ai toujours profondément cru en l’être humain, en sa capacité de générosité, d’empathie, d’altruisme…et ce en dehors de toute religion.
Le problème, c’est que dans la plupart des pays africains, la respectabilité passe par la religion, et à mon sens, c’est ce qui contribue à entretenir le conditionnement religieux.
Je tiens enfin à préciser que même s’il s’agit d’une religion extrêmement défavorable aux femmes, ce n’est pas ce qui m’a convaincu de quitter l’islam. Au delà de ça, je crois que j’ai toujours été extrêmement sceptique quant à l’idée de Dieu et à ses incohérences.
Pour finir, je voudrais dire que je suis très admirative de ceux qui apostasient en ayant grandi dans des pays musulmans car la pression sociale est telle qu’il faut énormément de courage et d’abnégation pour parvenir à une telle décision. Il m’a fallu 20 ans pour cela en ayant grandi en france, alors je n’ose pas imaginer ce que cela a dû être en termes d’efforts pour vous.
Bref, il y tellement d’autres choses que je voudrais vous dire mais je vais m’arrêter là!
Je vais sans doute être un peu longue mais mon “apostasie” ne s'étant pas faite en un jour, je vais tâcher de tout reprendre depuis le début.
Je suis française, d’origine sénégalaise mais j’ai grandi en france.
Ma situation familiale est assez compliquée: mon père est un fervent musulman et ma mère, catholique (toute aussi fervente). Lorsque mes parents se sont mariés, ma mère s’est convertie à l’islam pour mon père mais après leur divorce, elle est revenue au catholicisme (ça en dit long sur l’influence qu’elle a pu subir de ce point de vue mais bref, passons).
Nous sommes quatre frères et soeurs. Suite au divorce de mes parents, mon père a obtenu la garde des deux plus âgés et ma mère, la garde des deux plus jeunes (dont moi, étant la benjamine de la famille).
J’ai donc été élevée avec ma grande soeur en france par ma mère, et à mon grand étonnement, j’avais autour de moi des camarades de classe dont les familles se préoccupaient peu (voire pas du tout) de la religion. Ce n’en n’était pas moins des gens qui inculquaient de véritables valeurs à leurs enfants, et ce dans une indifférence absolue vis à vis de la religion.
J’accompagnais de temps à autre ma mère à l’église le dimanche, (tout ce cérémonial m’amusait!) on mangeait du saucisson à la maison, il y avait toujours une bouteille de vin sur la table, bref, j’avais beau être née musulmane, je me suis trouvée au centre de la guerre entre mes parents qui, inconsciemment, se vengaient de l’autre en élevant leurs enfants dans leurs fois respectives.
Cette petite vie tranquille a basculé lorsque mon frère et ma soeur (les deux plus âgés de ma famille) nous ont rejoint à leur majorité pour leurs études. J’étais ravie au début mais j’ai vite déchanté. Du jour au lendemain, j’ai dû cohabiter avec deux membres de ma famille complètement conditionnés par l’islam qui ont dû rappeler à la petite fille que j’étais qu’il s’agissait de ma religion.
Ma mère n’a pas eu de courage nous concernant. Pour elle, il fallait avoir une religion, c’était l’essentiel. Elle a donc laissé faire les aînés. Du jour au lendemain, il a fallu être hypocrite et ne plus manger de porc, apprendre à faire la prière, (et donc réciter des versets en arabe sans comprendre un traite mot de ce que je racontais)… Cela ne me plaisait pas mais j’étais une enfant, influencable et à qui l’on a appris qu’ il fallait craindre Dieu.
Je me suis donc mise à apprendre l’ensemble des rituels, non pas parce que je me sentais touchée par une quelconque foi en cette religion, mais parce qu’on m’avait appris à avoir peur de ce qui m’arriverait si je ne m’y conformais pas. Ma grande soeur était adolescente et faisait de la résistance mais moi, je ne le pouvais pas. Dès mon entrée au collège, je me suis mise à jeuner lors du mois de ramadan, pour faire “comme les grands” mais au fond de moi tout cela ne me plaisait pas, j’étais nostalgique de la vie que nous menions avant que nous ne soyons tous réunis autour de ma mère, tout était plus dur, plus contraignant …j’ai eu l’impression de renier une partie de moi-même.
Au delà de ça, j’ai commencé à me poser de nombreuses questions, il y avait nombre d’incohérences entre ce que j’apprenais à l’école et ce qu’enseignaient les monothéismes en général (la théorie de l’évolution/la genèse, la préhistoire/adam et eve…). C’est de cette façon que j’ai passé une enfance et une adolescence torturée, à faire semblant en fonction des gens avec lesquels je me trouvais, à finir mes phrases par des “inshallah” lorsque je parlais à mon frère parce qu’il me reprenait tout le temps… Et par ailleurs, ce formatage a dépassé malgré moi le champ religieux, si bien que j’ai perdu toute personnalité.
Retrospectivement, je me rends compte du décalage avec mes amis de l’époque qui étaient bien plus épanouis en étant élevés dans un catholicisme modéré (voire un athéisme assumé).
C’est lorsque je suis arrivée en classe de terminale que j’ai eu une sorte de “révélation”. Grâce à un professeur formidable, je me suis découverte une véritable passion pour la philosophie , et je pense que c’est en grande partie dû au fait que du point de vue de la pensée, le champ des possibles est infini dans cette discipline. J’ai toujours été extrêmement curieuse, et à ce propos, on m’appelait “commissaire divisionnaire” à la maison parce que je passais mon temps à poser des questions.
Nous avons eu à parler en cours de philo de “l’hypothèse” de Dieu, et je me rappelle avoir été choquée par l'emploi de ce terme, tant j’étais conditionnée par la foi à la maison. À un élève qui lui a demandé s’il croyait en Dieu, le professeur a répondu et qu’il lui était difficile de croire en une entité que les hommes sont incapables de conceptualiser, ni même de définir rationnellement. S’en est suivie une longue discussion.
Ça m’a bouleversée. C’est à ce moment là que je me suis mise à lire de plus en plus de choses sur l’islam, mais aussi sur le christianisme.
Le fait d’avoir été “déchirée” entre deux religions est sans doute ce qui m’a permis de voir leurs limites et de comprendre qu’elles n’ont rien d’universel et qu’elles sont avant tout le fruit de 2000 ans de conditionnement.
C’est au cours de l’été dernier, en achevant le livre de Richard Dawkins “Pour en finir avec Dieu”, que j’ai été défintivement convaincue de l’absurdité de toutes les religions, quelles qu’elles soient. Il me semble que j’ai toujours profondément cru en l’être humain, en sa capacité de générosité, d’empathie, d’altruisme…et ce en dehors de toute religion.
Le problème, c’est que dans la plupart des pays africains, la respectabilité passe par la religion, et à mon sens, c’est ce qui contribue à entretenir le conditionnement religieux.
Je tiens enfin à préciser que même s’il s’agit d’une religion extrêmement défavorable aux femmes, ce n’est pas ce qui m’a convaincu de quitter l’islam. Au delà de ça, je crois que j’ai toujours été extrêmement sceptique quant à l’idée de Dieu et à ses incohérences.
Pour finir, je voudrais dire que je suis très admirative de ceux qui apostasient en ayant grandi dans des pays musulmans car la pression sociale est telle qu’il faut énormément de courage et d’abnégation pour parvenir à une telle décision. Il m’a fallu 20 ans pour cela en ayant grandi en france, alors je n’ose pas imaginer ce que cela a dû être en termes d’efforts pour vous.
Bref, il y tellement d’autres choses que je voudrais vous dire mais je vais m’arrêter là!
