Antiislamisme et Pouvoir, et pourquoi je m'en vais (II)

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eduardo
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Antiislamisme et Pouvoir, et pourquoi je m'en vais (II)

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Publié sur Vérité Action
« Abou Gharib » d’Irak et « Abou Gharaib • » de la Tunisie
mercredi 8 juin 2005, par Mohammed Abou

Nombreux sont ceux qui ont été choqués d’entendre ce qui s’est passé à nos frères irakiens à la prison d’Abou Gharib par les forces d’occupation (torture, atteinte à la dignité, agressions sexuelles) et ont exprimé leur profonde émotion pour ce qu’ils ont vu.
Cependant, celui qui suit l’actualité sera étonné et s’interrogera sur cette réaction courroucée surtout si l’on sache que ce qui a été rapporté sur les violations à la prison d’Abou Gharib ne dépasse pas dans son horreur ce qui se passe dans les prisons tunisiennes et les locaux des diverses unités de sécurité et postes de sûreté et au siège du ministère de l’intérieur sans que tout cela ne suscite un intérêt semblable.
Cela a-t-il un rapport avec « la lampe de Bab Menara qui « ne s’allume que pour les étrangers » 1 ou s’agit-il alors de troubles de la vue qui engendrent une presbytie accompagnée d’une myopie qui fait que nous ne pouvons voir nos frères qu’à une distance minimale de 2400 km ?
Une réponse objective ne peut négliger l’effet de l’information. En fait, le scandale d’Abou Gharib a été relayé par tous les médias étrangers et locaux au point que la chaîne Tunis 7 a diffusé les photos de la torture et que les journaux de la désinformation ont fait de même.
C’est ainsi qu’un large public a pris connaissance de ces informations contrairement aux échos des violations en Tunisie qui n’ont été diffusés que sur Internet, non accessible à tous, ou grâce à la chaîne « Almustakilla » qui a connue une forte audience durant une certaine période avant que son propriétaire ne découvre les mérites et privilèges de la « modération ».
Cela explique encore pourquoi le large public en Tunisie ne soit pas au courant des horreurs commises dans le pays par des compatriotes.
Un autre facteur, cette fois d’ordre culturel, explique le phénomène, à savoir la haine de l’étranger et le refus de l’occupant tout en acceptant la dictature locale pratiquée par un tyran de confession musulmane. Cela trouve appui dans l’idée alimentée par quelques juristes musulmans et qui stipule que vivre 70 ans sous la dictature est mieux que la « Fitna » (discordance).
Aussi est-il que le tunisien qui critique les américains n’a rien à craindre contrairement à la critique adressée à un compatriote pour laquelle il pourra payer une lourde tribu, ce dont beaucoup ne désirent pas le faire.
Cette problématique du sacrifice est d’une importance majeure pour notre sujet. Si on prend, à titre d’exemple, les avocats qui plaident dans les affaires politiques, on constatera que leur nombre est faible en Tunisie. Pour les autres pays arabes, j’ignore leur proportion, à part le fait que près de 2000 avocats se sont portés à la défense du doyen des dictateurs arabes, Saddam Hussein, avant qu’ils ne renoncent à voyager en Irak lorsqu’ils ont réalisé que leur vie sera en danger. A mon avis, cette attitude contredit leur foi dans l’affaire qu’ils défendent, que cette défense ait pour but seulement de garantir un procès équitable à un homme ou la défense d’un leader exceptionnel dont les femmes n’accoucheraient plus jamais d’un semblable.
Tout modestement, et j’espère avoir tort, il y’a parmi nous des gens qui ne veulent pas perdre la qualité de militant devant le public sans qu’ils soient pour autant prêts à assumer les lourdes conséquences que peut engendrer leur lutte. La défense de la cause palestinienne ou irakienne leur offre une échappatoire qui leur permet de mener une lutte confortable et cela sans qu’ils soient capables de fournir un soutien effectif à nos frères en Palestine ou en Irak. Tout ce qu’ils font c’est de consolider le pouvoir du dictateur local en détournant les gens de le confronter et en dirigeant leur regard vers d’autres.
Les irakiens sont capables, à eux seuls, de mettre fin à l’occupation. Parmi eux, il y’a ceux qui mènent avec brio et efficacité une opposition politique. D’autres ont choisi la résistance armée pour renvoyer l’occupant et ont témoigné d’un courage et de hautes capacités guerrières pouvant se passer de tous nos efforts pour les soutenir.
Quant aux tunisiens, louange à Dieu qu’ils ont eu le mérite que quelques jeunes des leurs aient participés à la lutte de leurs frères en Palestine et en Irak. La honte en Tunisie ne nous vient pas des sionistes ou des américains mais des mesures et des jugements trop sévères prononcés, au nom du peuple tunisien, contre ceux qui rêvaient de participer à la lutte palestinienne comme les jeunes internautes de Zarzis et les jeunes de l’Ariana sans qu’il soit prouvé qu’ils aient commis des actes criminels en Tunisie.
La honte nous touche également du fait que les violations commises par les américains à la prison d’Abou Gharib (torture, chocs électriques, agressions sexuelles et déshabillement des détenus) n’a pas égalé l’horreur de ce que des tunisiens ont fait avec leurs compatriotes, notamment par l’arrachement des ongles, l’introduction de bâtons dans l’anus, la brûlure aux cigarettes, l’introduction des fils dans les parties génitales, la sodomisation des jeunes filles et garçons et le fait de forcer les victimes à manger de leurs excréments.
A cela, il faut ajouter l’élargissement du cercle de la répression aux familles et d’autres techniques qui font honte à tous ceux qui se sont tus face à ces pratiques, à commencer par les chefs des tortionnaires en passant par le peuple tunisien et en arrivant au président de l’Etat chargé, par la Constitution, de veiller au respect de la Constitution et de la loi. Ce dernier, soit ignore ce que commet les fonctionnaires de l’Etat, et dans ce cas n’est pas apte à cette fonction, soit sait ce qui se passe ou l’ordonne et dans ce cas il ne mérite pas de gouverner les tunisiens, ni les Hutus et les Tutsis.
Et à ceux qui justifiaient la répression au début des années 90 par l’impératif de confronter à un mouvement puissant qui menaçait l’ordre public, la stabilité et la marche ordinaire des institutions ; en admettant leur hypothèse l’on est en droit de s’interroger comment peuvent-ils expliquer la poursuite des atteintes dont étaient victimes les islamistes, les islamistes présumés, les gens de la gauche et même les prévenus du droit commun ? Comment peut-on expliquer les agressions contre le prisonnier Nabil El Ouaer dans sa cellule à la prison de Borj Erroumi et sa sodomisation par quatre autres prisonniers sur ordre de l’administration pénitentiaire ? Comment expliquer les obstacles érigés devant la justice l’empêchant de jouer son rôle et instruire les plaintes des victimes contre les agents de l’Etat et les détenteurs du pouvoir.
Qu’on le dise franchement que l’occupation de l’Irak a eu des retombées négatives sur les tunisiens qui paraissent être démoralisés ce qui se manifeste dans leur désintérêt à l’actualité surtout nationale alors qu’on s’attendait que les efforts se conjuguent pour chercher une issue à la crise du pays.
Quant à nos rêves panarabes, il est clair que les dirigeants n’en ont rien fait avec leurs slogans et leurs armées et il ne reste de solution que la lutte de tous les arabes dans leurs pays pour se débarrasser de la dictature et l’instauration de régimes démocratiques qui expriment la volonté populaire et c’est à ce moment que l’union arabe sera concrétisée et qu’on trouvera la solution pour la cause palestinienne et toutes les autres causes.
J’adresse un message à nos jeunes qui veulent combattre au sein de la résistance irakienne et qui ont été arrêtés et déférés devant la justice pour avoir simplement pensé aller en Irak sur la base de la loi sur le terrorisme, je les supplie personnellement de choisir la Tunisie comme terre pour mener le combat. Et si celui-ci est armé en Irak, ils n’auront besoin en Tunisie que du courage de dire non face au dictateur qui comme ses pairs dans d’autres pays arabes, est la cause de notre sous-développement.
Cela exige aussi de se débarrasser soi-même des comportements inadéquats qui portent préjudice à notre patrie comme les pots-de-vin, les combines, l’égoïsme et l’hypocrisie. Il exige aussi d’avoir un minimum de culture et de connaissances car le courage à lui seul ne suffit pas. On a l’exemple des afghans qui, après avoir libéré leur pays, se sont tournés les uns contre les autres en raison de l’absence d’un projet politique clair et l’incompréhension des exigences de la vie contemporaine et de la culture démocratique.
Je rappelle aussi à ces jeunes que leur départ pour soutenir la résistance irakienne n’est utile ni aux irakiens ni aux tunisiens. Le seul qui en profitera sera le régime au pouvoir qui se présentera comme un allié engagé dans le projet américain de lutte contre le terrorisme alors que c’est lui qui pratique le terrorisme, l’institutionnalise et l’alimente par la répression, l’oppression, le trucage des accusations contre les innocents et le blocage de toute voie d’alternance pacifique dans le pays.
J’appelle également ceux qui boycottent les produits américains de commencer par le boycott des produits et entreprises détenues par les familles soutenues par le pouvoir politique et qui ont ramassé des fortunes énormes dans peu de temps. L’établissement d’une liste des ces produits et entreprises est un devoir national dans lequel doit s’engager tous les citoyens en l’absence d’une autre solution pour maîtriser leur avidité.
Lorsqu’on arrive à arranger notre ménage intérieur et qu’on puisse créer un vrai changement dans notre pays, on pourra à ce moment viser plus haut.
• « Abou Gharaib » C’est un jeu de mot qui veut dire, mystères de la Tunisie
1 Proverbe tunisien
Le texte du présent article a fait objet de la commission rogatoire délivrée contre Me Mohamed Abbou
Il date du 25 août 2004
Traduction non officielle Vérité-Action


Mohamed Abbou a été jugé et condamné en appel à 3 ans et demi de prison pour deux affaires :
• l'une pour avoir diffusé sur internet un texte intitulé : "Abou Ghraïb d'Irak, Abou Ghraïb de Tunisie ". Les chefs d'inculpation étaient : " diffusion d'écriture de nature à troubler l'ordre publique et diffamation à l'égard des autorités judiciaires".

Pour Amnesty, il s'agit d'une atteinte flagrante à la liberté d'opinion.

Maître Abbou a été condamné à 18 mois de prison.
• l'autre remontait à plus de deux ans, et concernait une plainte pour coups et blessures déposée par une avocate.
Grâce à des documents médicaux falsifiés et sans avoir voulu entendre les témoins de l'incident , établissant le caractère mensonger de la plainte ni le prévenu lui-même, Mohamed Abbou a été condamné à 2 ans de prison.
Amnesty considère qu'il s'agit uniquement, pour le pouvoir, de réduire au silence les défenseurs des droits humains en punissant pour l'exemple une des figures emblématiques qui s'est toujours constitué dans des affaires se rapportant aux délits d'opinion et aux droits humains.
De plus Mohamed Abbou fait partie de plusieurs associations de droits de l'homme comme l'Association des Jeunes Avocats, l'Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques (non reconnue par le pouvoir) et le Conseil National pour les Libertés (non reconnue par le pouvoir).


DERNIERE MINUTE, ELEMENT NOUVEAU :
Nous venons d’apprendre que le groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations Unies (WGAD) a conclu, le 28 novembre dernier, à une détention arbitraire en violation de l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et l’article 19 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques en ce qui concerne le cas de Maître Mohamed Abbou. Le WGAD demande au gouvernement tunisien de se mettre en conformité avec les normes internationales.
Les défenseurs des droits humains sont harcelés par les autorités et courent même le risque de se retrouver inculpés pour des infractions pénales. Le cas de Maître Mohamed Abbou est le plus révélateur, en ce sens qu’il résume les principales violations des droits humains que connaît la Tunisie aujourd’hui.
Alors que le Président ben Ali a permis la libération de 80 prisonniers politiques dont les internautes de Zarzis les 25 et 26 février dernier, Maître Mohamed Abbou est toujours détenu à la prison du Kef. Il est en butte à des tracasseries et des agressions perpétrées par des agents pénitentiaires et des prisonniers de droit commun dont il partage la cellule.


AGIR
Ecrivez aux autorités tunisiennes et demandez la libération immédiate et inconditionnelle de Maître Abbou, en recopiant ou téléchargeant les modèles de lettres ci-dessous :


Monsieur Zine el Abidine Ben Ali
Président de la République
Palais présidentiel
Tunis
Fax : 00 216 71 744 72
Avec copie à :
Monsieur Béchir Tekkari
Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme
Ministère de la Justice et des droits de l’Homme
31, boulevard Bab Benat
1006 Tunis – La Kasbah
Fax : 00 216 71 568 10


Monsieur le Président,
J’ai appris par Amnesty International que Maître Mohamed Abbou, avocat au barreau de Tunis et défenseur des droits humains avait été condamné en avril 2005 à 3 ans et demi de prison pour deux affaires.
Une première affaire concernait un article diffusé sur internet sur l’usage de la torture en Tunisie et qui a valu à son auteur 18 mois de prison. Il s’agit là d’une atteinte flagrante à la liberté d’opinion.
Cette procédure ne suffisant pas à déconsidérer Maître Abbou aux yeux de l’opinion publique, le Tribunal a ressorti une affaire de plainte pour coups et blessures déposée en 2003 par une avocate. Grâce à des documents falsifiés et sans que le Tribunal n’ait accepté d’entendre le prévenu ni les témoins, Maître Abbou a été condamné à 2 ans de prison.
De plus, je viens d’apprendre que le Groupe de Travail sur les Détentions Arbitraires des Nations Unies (WGAD) avait conclu le 28 novembre dernier que la détention de Maître Abbou était arbitraire et en violation de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de l’article 19 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques.
C’est pourquoi, je vous demande la libération immédiate et inconditionnelle de Maître Abbou.
Dans l’espoir d’un accueil favorable à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’_expression de ma haute considération.
Nom, prénom
Adresse, pays
Date, signature
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